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Nerva art du compromis

Photo n°1 - Buste de marbre de Nerva L'empereur Nerva (96-98 ap. JC) : l'art du compromis

 
Marcus Cocceius Nerva a eu un règne court (96-98 ap. JC), qui est généralement considéré comme un règne de transition. Nerva, en effet, a rompu avec les traditions jusqu'alors en vigueur en ce qui concerne l'accession au pouvoir impérial. A partir de son règne, plutôt que de privilégier les liens du sang, c'est le choix du meilleur candidat qui prévaut. Nerva, contrairement à son prédécesseur Domitien (81-96 ap. JC), n'est pas mort assassiné. Il n'a pas la réputation d'avoir été un tyran sanguinaire. Il n'a pas subi non plus la "damnatio memoriae", c'est-à-dire la destruction systématique de toute trace de son règne. Au contraire, Nerva a été revendiqué comme ancêtre par tous les empereurs jusqu'à Sévère Alexandre. Pourtant son règne se situe dans un contexte politique plutôt agité, qui a exigé de lui un sens certain du compromis.
 

Un contexte politique troublé

 
Pour mieux saisir les conditions politiques dans lesquelles Nerva accède au pouvoir en 96, il faut évoquer sommairement la fin du règne de son prédécesseur Domitien. On trouve dans la "Vie des 12 Césars", de Suétone, les principales causes de sa chute finale. Pendant son règne, Domitien réprime sans pitié les crimes de lèse-majesté. Il fait ainsi périr l'historien Hermogène de Tarse, "à cause de quelques allusions contenues dans son histoire" (Suét., Domitien, X). Suétone accuse également Domitien d'avoir fait preuve de cruauté gratuite : "sa barbarie était non seulement grande, mais encore astucieuse et imprévue" (Suét. Domitien, XI). Mais la principale cause de l'assassinat de Domitien semble être liée aux difficultés des finances publiques : "Ruiné par ses constructions, par ses spectacles et par ses augmentations des soldes, il essaya d'abord d'alléger ses dépenses militaires en diminuant le nombre des soldats; mais se rendant compte qu'il s'exposait ainsi aux incursions des barbares, il ne se fit aucun scrupule de piller par tous les moyens.
Les biens des vivants et des morts étaient saisis partout, sur la moindre accusation venue de n'importe quel délateur. [...]" (Suét., Domitien, XII). Cette forte répression fiscale se porte bien entendu sur les couches les plus riches de la société, c'est-à-dire principalement sur l'aristocratie sénatoriale. Les dernières années du règne de Domitien sont pour lui un cauchemar. Conscient sans doute d'avoir attiré la haine sur lui, il devient paranoïaque : pour éviter d'être assassiné, il aurait fait disposer sur les murs des portiques où il avait l'habitude de se promener des plaques de phengite dont la surface brillante devait lui permettre de voir par réflexion tout ce qui se passait derrière lui (Suét., Domitien, XIV). Malgré tout, il meurt assassiné le 18 septembre 96. "Son meurtre", dit Suétone, "fut accueilli avec indifférence par le peuple, avec indignation par les soldats, qui voulurent aussitôt le faire proclamer dieu, et même auraient été prêts à le venger, s'ils avaient trouvé des chefs" (Suét., Domitien, XXIII). Le Sénat, en ce qui le concerne, exulte : les sénateurs envahissent la Curie, injurient Domitien, détachent séance tenante ses portraits qui ornaient la salle et les font jeter au sol. Ils proclament l'abolition complète de sa mémoire, la "damnatio memoriae". Le jour même de l'assassinat de Domitien, le Sénat nomme son candidat, Nerva, à la tête de l'Empire.
 
 

Nerva, l'aristocrate, traverse intact les règnes de Néron, Vespasien, Titus et Domitien avant d'accéder au pouvoir

 
Nerva est né le 8 novembre 30 après JC (cf. Dion Cassius, 68, 4, 4). Il est issu d'une ancienne lignée de l'aristocratie sénatoriale. Du côté paternel, son grand-père, Cocceius Nerva, fut un proche compagnon de Tibère (cf. Tacite, Annales, Livre VI, chap. XXVI, 1), tandis que son arrière grand-père avait déjà été consul en 36 avant JC. Du côté maternel, les ancêtres de Nerva appartenaient aussi à l'aristocratie italienne. Les débuts de Nerva sont mal connus. On sait qu'il exerça diverses fonctions religieuses et surtout, il semble avoir joué un rôle important en 65 en révélant la conspiration de Pison contre l'empereur Néron. Voilà ce que rapporte à ce sujet Tacite, dans ses Annales (Livre XV, LXXII, 1) : "[Néron] convoque le sénat et accorde les ornements triomphaux [...] à Cocceius Nerva, préteur désigné, et à Tigellin, préfet du prétoire, portant si haut Tigellin et Nerva que, outre leurs statues en triomphateurs au forum, il leur en éleva d'autres au Palatium". Néron chute en 68 et l'on ignore ce que fit Nerva pendant la période troublée qui suivit. On n'ignore pas, par contre, que Nerva s'est rallié par la suite à la nouvelle dynastie Flavienne. En 71, sa loyauté est remerciée par Vespasien, qui le nomme consul, et l'on peut noter que c'est l'unique fois que Vespasien a partagé le consulat avec une autre personne que son fils Titus. Sous Domitien, Nerva poursuit son parcours : il est à nouveau nommé consul en 90. On ne sait pas au juste ce que devint Nerva pendant la fin du règne de Domitien, s'il fut ou non persécuté, s'il se retira de lui même de la vie politique pour laisser passer l'orage. Quoiqu'il en soit, Nerva est nommé empereur le jour même de la mort de Domitien, dans les circonstances que l'on a décrites, alors qu'il était déjà sexagénaire. On peut se demander pourquoi le sénat a choisi Nerva, dont on a vu qu'il avait soutenu la dynastie des Flaviens, et qu'il avait eu des liens politiques assez étroits avec Domitien, tout au moins au début de son règne. Peut être le Sénat a-t-il choisi Nerva en raison de son expérience politique : Nerva n'avait-il pas survécu au régime de Néron, à la guerre civile, n'avait-il pas été apprécié par Vespasien, Titus, et même par le tyran Domitien, auquel, une fois de plus, il avait réussi à survivre ? Le candidat Nerva présentait en outre l'avantage de ne pas avoir de descendance, ce qui garantissait que l'empire ne deviendrait pas sa possession familiale.
 
 

La politique impériale conduite par Nerva

 
Immédiatement après son entrée en charge, Nerva marqua sa volonté de changement. Il décida notamment que le Palais de Domitien se nommerait désormais la "Maison du Peuple". Plus concrètement, il rappela les personnes exilées sous Domitien et dont les crimes n'étaient pas prouvés, et restitua les biens qui avaient été induement confisqués (Dion Cassius, 68, 16). Le sénat eut aussi l'autorisation d'engager des poursuites judiciaires contre les délateurs mais cette mesure tourna rapidement au règlement de compte incontrôlé (cf. Dion Cassius 68, 1, 3). Les finances publiques ne furent pas rétablies immédiatement par le seul fait de la mort de Domitien. Nerva, comme son prédécesseur, dut faire face à une situation financière relativement précaire. Une commission de cinq sénateurs consulaires fut chargée de réduire les dépenses. Les jeux public et les courses furent réduits. Cette politique d'austérité budgétaire n'empêcha pas Nerva de se préoccuper de l'Italie, qui connaissait alors une crise en raison de la concurrence des produits importés de toutes les provinces de l'empire. Des distributions de terres et des exemptions d'impôts sur les successions eurent lieu en faveur des pauvres urbains d'Italie. Nerva mit également en place le système des "alimenta", qui consistait à concéder des terres agricoles en échange d'une rente annuelle de 5% versée à leur municipalité pour financer l'éducation d'orphelins. Cette politique fut poursuivie par ses successeurs, Trajan, Antonin le Pieux et Marc Aurèle. Nerva régna peu de temps, et la nécessité le conduisit à des mesures de restrictions budgétaires. Pour ces deux raisons, il ne fut pas un grand empereur bâtisseur. Au début de l'année 98, il inaugura tout de même le forum (cf. photos n°2 et 3) dont la construction avait été lancée par Domitien pour relier le forum d'Auguste avec le forum de la Paix. Compte tenu de la "damnatio memoriae" dont fut victime Domitien, non seulement son forum fut inauguré par Nerva, mais il fut désormais connu sous le nom de "forum de Nerva" autant que sous celui de "forum transitorium".
 
 

Nerva n'est pas aussi servile que l'auraient voulu les sénateurs

 
Le gouvernement de Nerva s'est appuyé sur des hommes qui avaient fait leurs preuves sous les Flaviens. Ainsi, Frontin, consul et gouverneur de Bretagne sous Vespasien devint sous Nerva curateur chargé de l'approvisionnement en eau de Rome. Frontin semble avoir eu pour mission spéciale de mettre fin aux gabegies qui caractérisaient cette fonction, tâche à laquelle il semble avoir parfaitement réussi : en remerciement pour son efficacité, il fut nommé consul pour la seconde fois en 98. Il écrivit aussi un ouvrage fort intéressant sur l'approvisionnement de Rome en eau, le "De aquis urbis Romae". Enfin, bien qu'il ait été placé à la tête de l'empire par le sénat, Nerva semble avoir été beaucoup moins permissif que ce que beaucoup de sénateurs avaient espéré. Cette attitude de Nerva semble avoir causé le mécontentement d'une partie des sénateurs (Dion Cassius, 68, 3, 2).
 
 

En octobre 97, Rome est au bord de la guerre civile

 
L'assassinat de Domitien, comme nous l'avons vu, provoqua la vive satisfaction du sénat, qui se sentit libéré d'un tyran, mais aussi le mécontentement de l'armée, dont la solde avait été augmentée. La situation de Nerva était politiquement très délicate : comme en 68, après la mort de Néron, Rome était à nouveau au bord de la guerre civile. La crise éclate en octobre 97. La garde prétorienne, sous le commandement de Caspérius Aelianus, se mutine et exige que Nerva leur remette les assassins de Domitien. Nerva, s'exécute et subit en plus la pire des humiliations : il est contraint de remercier publiquement les mutins pour leur action. A ce moment, Nerva est très proche de sa mort politique, qui, à Rome, signifie souvent la mort pure et simple. Mais il saisit l'occasion d'une victoire contre les Germains en Pannonie à la fin du mois d'octobre 97 pour adopter Marcus Ulpius Trajanus. Le choix de Trajan n'est pas neutre : ce jeune général victorieux et légitimiste, grâce à ses légions aguerries face aux Germains, pouvait faire figure de contrepoids efficace face à la Garde Prétorienne à Rome. Trajan est immédiatement acclamé "imperator", c'est-à-dire général victorieux. Il prend le titre de "Germanicus", "vainqueur des Germains". On lui attribue la puissance tribunicienne. Nerva, bien entendu, partage les titres de la victoire, et s'intitule lui aussi Germanicus. Enfin, Trajan est nommé consul en 98. La succession ainsi posée, de fait, désarmorce toute tension.
 
Au début de son quatrième consulat, Nerva tombe malade pendant une audience privée, et meurt trois semaines plus tard, à la fin du mois de janvier 98. Trajan fit placer la dépouille mortelle dans le Mausolée d'Auguste et demanda au sénat de voter sa divinisation. Selon Tacite, Nerva a eu l'immense mérite de réunir deux choses autrefois incompatibles : le principat et la liberté (cf. Tacite, Vie de Cn. Julius Agricola, III, 1). Nerva, empereur modéré, a passé sa vie à louvoyer entre les différents régimes, tour à tour partisan de Néron, puis des Flaviens. Parvenu au pouvoir, il réussit à éviter à Rome une nouvelle guerre civile, grâce à son sens du compromis. Il a réussi également une transition sereine à la tête de l'Empire.
 
 

Le monnayage de Nerva : une subtile propagande

 
Nerva a eu un règne court mais son monnayage est relativement abondant et riche : les ateliers monétaires ont produit entre 96 et 98 un peu plus de 150 types de monnaies d'or, d'argent, ou de bronze. Les monnaies impériales portent au revers le portrait très caractéristique de Nerva, dont le cou est long, le nez crochu et les yeux perçants. L'empereur apparaît comme un homme mûr dont l'attitude semble quelque peu hautaine. Le portait de Nerva est toujours tourné vers la droite et porte la couronne de lauriers, qui est l'attribut de l'imperator, c'est à dire le général vainqueur et le commandant en chef de l'armée. Sur les dupondii, il porte la couronne radiée (voir par exemple la monnaie n°7), signe distinctif inauguré sous Néron pour différencier les as des dupondii, monnaies dont le module est identique mais le métal et la valeur sont différents. La titulature affichée sur les avers des monnaies de Nerva est peu problématique : Domitien, qui a subi la "damnatio memoriae" n'apparaît évidemment pas dans la titulature de Nerva, qui s'intitule "Imperator Nerva Caesar Augustus". La mention de ses consulats, de ses puissances tribuniciennes et le titre de Germanicus apparaissent sur la majorité des monnaies, que l'on peut donc généralement dater sans problèmes (cf. tableau "Chronologie du règne de Nerva").
 
 

Chronologie du règne de Nerva

18 septembre 96 : assassinat de Domitien. Nerva, qui a déjà été consul deux fois, devient empereur : il exerce sa première puissance tribunicienne (sa titulature comporte : IMP, TR P, COS II).
Fin octobre ou novembre 96 : COS II DESIGN III
1° janvier 97 : TR P COS III
18 septembre 97 : TR P II COS III
Fin octobre 97 : Adoption de Trajan. Nerva triomphe en même temps que Trajan, qui est l'auteur réel de la victoire militaire. Nerva s'intitule donc Germanicus; il est salué "imperator" (général vainqueur) pour la seconde fois. Sa titulature mentionne donc : GERM TR P II IMP II COS III
Novembre 97 : COS III DESIGN IIII
1° janvier 98 TR P II COS IIII
27 janvier 98 : Mort de Nerva.
 

 

Les monnaies de l'Empereur Nerva

Les revers des monnaies de Nerva sont extrêmement intéressants, car ils affichent une habile propagande politique. On peut noter que le monnayage de Nerva présente une rupture nette avec les thèmes développés sous les Flaviens, et en particulier sous Domitien, ce qui se comprend aisément compte-tenu des conditions de l'accession de Nerva au pouvoir. En règle générale, le monnayage de Nerva évoque davantage la dynastie julio-claudienne que les Flaviens. Les monnaies de restitution frappées sous Nerva portent exclusivement l'image de membres de la dynastie julio-claudienne : il peut s'agir du "divin" Auguste, fondateur de l'empire, ou d'Agrippine mère.
 
 
 

Listes des thèmes figurés sur les revers des monnaies de Nerva

Adlocutio Augusti - Aequitas Augusti - Annona Augusti - Commune Asiae - Concordia exercitum - Congiarium populi romani - Diane debout - Diane de Perga - Aigle entre deux enseignes - Six épis en faisceau - Fisci judaici calumnia sublata - Fortuna Augusti - Fortuna Populi Romani - Instruments sacerdotaux - Justicia Augusti - Libertas - Libertas publica - Pax Augusta - Pax Augusti - Plebei urbanae frumento constituto - Providentia Senatus - Roma renascens - Salus publica - Tutela Italiae - Vehiculatione Italiae remissa - Victoria Augusti
 
 
Les revers des monnaies de Nerva représentent 26 thèmes différents (cf. "Listes des thèmes figurés sur les revers des monnaies de Nerva").
 
On peut classer ces revers dans différentes catégories : certains revers figurent des thèmes qui évoquent la personne de Nerva. Les images de Diane sur certaines monnaies (cf. monnaie n°1) semblent être un hommage à la divinité tutélaire de la famille de Nerva. Les instruments sacerdotaux (monnaie n°2) ont été représentés régulièrement, tout au long du règne, et fournissent une indication intéressante sur l'idée que Nerva se faisait de ses fonctions religieuses : cette idée semble avoir été traditionnaliste, conservatrice. Ce type de revers a été inauguré sous César, et repris par Auguste, Néron, Vespasien, Titus.
 
 
 
Le revers de certaines monnaies représente des mesures du gouvernement de Nerva. L'une d'elles, dont le revers porte la mention "Fisci judaici calumnia sublata" (cf. monnaie n°3), évoque la fin d'une des pratiques les plus impopulaires du régime de Domitien. Ce dernier utilisa tous les moyens pour renflouer les caisses publiques, et il s'en prit notamment avec sévérité aux Juifs, qui, depuis la prise du Jérusalem par Titus devaient verser à l'Empire le tribut de deux drachmes par personne et par an qu'ils versaient jusque là pour l'entretien du Temple de Jérusalem. Il semble que le régime de Domitien ait étendu cette taxe aux personnes "vivant à la façon des juifs" (sur ce point, cf. Suétone, Domitien, XII), le fisc impérial usant contre les contribuables du procédé de la dénonciation ("calumnia"). C'est la fin de ces pratiques fiscales qu'évoque cette monnaie très intéressante car très circonstanciée.
 
L'entrée en fonction de Nerva a également été l'occasion de distribuer un congiaire au peuple, et de frapper une monnaie représentant cette distribution alimentaire (cf. monnaie n°4). C'est aussi à l'occasion de son accession au pouvoir que Nerva s'est adressé aux troupes de Rome, c'est-à-dire à la garde prétorienne. Cette monnaie qui porte la légende "Adlocutio Augusti" est intéressante, car Nerva apparaît revêtu d'une toge sur l'estrade qui fait face aux cohortes prétoriennes : ce détail a son importance, car Nerva se présente avant tout comme un empereur civil.
 
 
Parmi les revers commémorant des mesures du gouvernement de Nerva, on peut noter l'existence de trois autres monnaies qui portent les légendes "Plebei urbanae frumento constituo", "Tutelae Italiae", "Vehiculatione Italiae Remissa" (cf. monnaie n°5). Ces monnaies évoquent toutes des mesures qui concernent Rome ou l'Italie, et qui montrent que Nerva semble avoir pratiqué la politique de "l'Italie d'abord". Le sens de la première monnaies citée ci-dessus est discuté : on ignore si Nerva a créé ou remis en fonction un système d'aide alimentaire aux indigents de Rome. Tout au plus peut-on dire que l'approvisionnement alimentaire de Rome a été l'un des soucis de Nerva. On sait qu'il fit construire à Rome des entrepôts, les "Horrae Nervae", qui étaient sans doute destinés à stocker les produits de l'Annone, l'impôt en nature destiné à l'approvisionnement de Rome. Des monnaies portent la légende "Annona". La légende "Tutelae Italiae" évoque le système des "alimenta", qui, là encore concerne les orphelins et la population pauvre des villes italiennes. Enfin, la monnaie qui porte la légende "Vehiculatione Italiae Remissa" et qui présente deux mules en train de paître, signifie que les charges de la poste impériale ont cessé de peser sur l'Italie. Jusque là en effet, l'entretien de la poste impériale, fort onéreux, était confié aux cités traversées par le "cursus publicus". Nerva abolit cette lourde charge, mais exclusivement pour les cités d'Italie. Les monnaies, on le voit, permettent bien souvent de suivre pas à pas la politique conduite par Nerva, et parfois de préciser des aspects que les auteurs antiques n'ont évoqués que brièvement.
 
 
Enfin, toute une catégorie de monnaies assez nombreuses, porte des revers plus ou moins abstraits, allégoriques ou apparemment conventionnels (cf. par exemple les monnaies n°6, 7 et 8, dont les revers représentent respectivement l'Equité, la Fortune et la Justice), qui permettent de saisir le sens du programme politique de Nerva. Deux exemples résument bien les idées maîtresses du règne de Nerva : la "Libertas Publica" et la "Concordia Exercitum" (cf. monnaies n°9 et 10). Le thème de la liberté apparaît sous la République, en particulier après la mort de Jules César, jugé liberticide. Au premier siècle de l'Empire, à chaque fois qu'un empereur tyrannique disparaît, on invoque le retour à la liberté. Nerva, après la mort de Domitien, ne fait pas exception à la règle. La liberté retrouvée est l'une des grandes lignes de force du programme politique de Nerva. Les relations entre Nerva et l'armée n'étaient pas moins importantes : Nerva a cherché à éviter qu'une nouvelle guerre civile n'éclate, comme ce fut le cas après la mort de Néron. La monnaie dont le revers évoque la "Concordia exercitum", et qui présente sur certains types deux mains jointes devant une enseigne militaire posée sur une proue de navire, est là encore emblématique du programme politique de Nerva, qui a voulu mettre en place une politique "d'entente cordiale" avec l'armée. Ce type a été frappé avec une grande régularité tout au long du court règne de Nerva, ce qui n'a pas empêché la révolte des Prétoriens en octobre 97.
 
Le monnayage de Nerva est donc très riche. On y trouve l'image des principales mesures politiques du règne, qui, comme on l'a vu, ont concerné principalement l'Italie. On y voit également une présentation des grands thèmes du programme politique de Nerva, qui restaure la liberté, et cherche à se concilier l'armée. Nerva, arrivé au pouvoir dans des circonstances un peu troubles, semble avoir fait très attention au message véhiculé par les monnaies émises à son nom. Il semble que même l'émission des types les plus conventionnels en apparence, tels que" l'Aequitas Augusti" ou la "Justicia" ont été mûrement réfléchis, pour ne contrarier ni le parti sénatorial, ni l'armée. Apparemment, rien n'a été laissé au hasard. Le monnayage de Nerva véhicule souvent une subtile propagande.
 

Bibliographie sur l'Empereur Nerva :

-Alfred Merlin, "Les revers monétaires de l'empereur Nerva (18 septembre 96, 27 janvier 98)", Paris, 1906 (étude numismatique et historique)
-Henry Cohen, "Description historique des monnaies frappées sous l'Empire Romain", Paris, 1880 (le catalogue des monnaies de Nerva figure dans le tome II)
-Jean-Baptiste Giard, "Monnaies de l'Empire romain", volume III, "Du soulèvement de 68 après J.-C. à Nerva. Catalogue", Bibliothèque Nationale, Poinsignon Numismatique, Paris-Strasbourg, 1998 (photographies de toutes les monnaies du catalogue).
 
 

Légendes des images

 
Photo n°1 - Buste de marbre de Nerva
Photo n°1 - Buste de marbre de Nerva (photo Andreas Pangerl - romancoins.info)
 
 
Photo n°2 - Gravure par Etienne du Pérac représentant les vestiges du forum de Nerva au Milieu du XVI° siècle
Photo n°2 - Gravure par Etienne du Pérac représentant les vestiges du forum de Nerva au Milieu du XVI° siècle (photo K. Koskimies).
 
Photo n°3 - Le forum de Nerva, vestiges actuels
Photo n°3 - Le forum de Nerva, vestiges actuels (photo K. Koskimies).
 
 

Légendes des monnaies de Nerva

 
1. Revers d'un denier de Nerva frappé en 96. R/ COS II DESIG III PP. Diane debout de face tirant une flèche de son carquois; derrière elle, un chien courant (Cohen n°40) [Photo CNG]
1. Revers d'un denier de Nerva frappé en 96. R/ COS II DESIG III PP. Diane debout de face tirant une flèche de son carquois; derrière elle, un chien courant (Cohen n°40) [Photo CNG]
 
1. Revers d'un denier de Nerva frappé en 96. R/ COS II DESIG III PP. Diane debout de face tirant une flèche de son carquois; derrière elle, un chien courant (Cohen n°40) [Photo CNG]
2. Revers d'un denier de Nerva frappé en 97. R/ COS III PATER PATRIAE. Simpule, aspersoir, vase à sacrifice et bâton d'Augure (Cohen n°48). [Photo CNG]
 
3. Sesterce de Nerva, 96 ou 97. A/ Tête laurée de Nerva tournée à droite. R/ [FISCI IVDAICI CALVMNIA SVBLATA] SC. Palmier. [Photo : Jean Elsen S.A. - Numismates]
3. Sesterce de Nerva, 96 ou 97. A/ Tête laurée de Nerva tournée à droite. R/ [FISCI IVDAICI CALVMNIA SVBLATA] SC. Palmier. [Photo : Jean Elsen S.A. - Numismates]
 
4. Revers d'un sesterce de Nerva frappé en 96. R/ CONGIAR PR SC. Nerva assis sur une estrade placée à gauche; devant lui, un homme en toge assis faisant une distribution à un homme égalemenrt en toge qui monte les degrés de l'estrade; à droite, un soldat debout tenant une tessère. Derrière, la statue de Pallas debout casquée, ayant une chouette dans la main droite et tenant une haste de la gauche. (Cohen n°37). [Photo : Jean Elsen S.A. - Numismates]
 
4. Revers d'un sesterce de Nerva frappé en 96. R/ CONGIAR PR SC. Nerva assis sur une estrade placée à gauche; devant lui, un homme en toge assis faisant une distribution à un homme égalemenrt en toge qui monte les degrés de l'estrade; à droite, un soldat debout tenant une tessère. Derrière, la statue de Pallas debout casquée, ayant une chouette dans la main droite et tenant une haste de la gauche. (Cohen n°37). [Photo : Jean Elsen S.A. - Numismates]
 
5. Sesterce de Nerva, frappé en 97. A/ IMP NERVA CAES AVG PM TR P COS III PP. Tête laurée tournée à droite. R/ VEHICVLATIONE ITALIAE REMISSA SC. Deux mules en sens contraire; derrière elles, on voit les deux timons d'un char avec les traits et les harnais. (Cohen n°143) [Photo CNG]
 
5. Sesterce de Nerva, frappé en 97. A/ IMP NERVA CAES AVG PM TR P COS III PP. Tête laurée tournée à droite. R/ VEHICVLATIONE ITALIAE REMISSA SC. Deux mules en sens contraire; derrière elles, on voit les deux timons d'un char avec les traits et les harnais. (Cohen n°143) [Photo CNG]
 
6. Denier de Nerva frappé en 96. A/ IMP NERVA CAES AVG P M TR P COS II PP. Tête laurée tournée à droite. R/ AEQUITAS AVGVST. L'Equité debout à gauche, tenant une balance et une corne d'abondance. (Cohen n°3). [Photo CNG]
 
6. Denier de Nerva frappé en 96. A/ IMP NERVA CAES AVG P M TR P COS II PP. Tête laurée tournée à droite. R/ AEQUITAS AVGVST. L'Equité debout à gauche, tenant une balance et une corne d'abondance. (Cohen n°3). [Photo CNG]
 
7. Dupondius de Nerva frappé en 97. A/ IMP NERVA CAES AVG PM TR P COS III PP. Tête radiée tournée à droite. R/ FORTVNA AVGVST. La Fortune debout à gauche, tenant un gouvernail et une corne d'abondance. (Cohen n°69). [Photo : Jean Elsen S.A. - Numismates]
 
7. Dupondius de Nerva frappé en 97. A/ IMP NERVA CAES AVG PM TR P COS III PP. Tête radiée tournée à droite. R/ FORTVNA AVGVST. La Fortune debout à gauche, tenant un gouvernail et une corne d'abondance. (Cohen n°69). [Photo : Jean Elsen S.A. - Numismates]
 
 
 

8. Denier de Nerva frappé en 96. A/ IMP CAES NERVA CAES PM TR P COS II PP. Tête laurée tournée à droite. R/ IVSTICIA AVGVST. La Justice assise à droite, tenant un rameau et un sceptre. (Cohen n°99). [Photo : Jean Elsen S.A. - Numismates]

 
8. Denier de Nerva frappé en 96. A/ IMP CAES NERVA CAES PM TR P COS II PP. Tête laurée tournée à droite. R/ IVSTICIA AVGVST. La Justice assise à droite, tenant un rameau et un sceptre. (Cohen n°99). [Photo : Jean Elsen S.A. - Numismates]
 
9. As de Nerva frappé en 97. A/ IMP NERVA CAES P M TR P COS III PP. Tête laurée tournée à droite.R/ LIBERTAS PUBLICA. La liberté debout à gauche, tenant un pileus (sorte de bonnet phrygien en laine dont on coiffait les esclaves qu'on affranchissait), et un sceptre. (Cohen n°115). [Photo : Jean Elsen S.A. - Numismates]
9. As de Nerva frappé en 97. A/ IMP NERVA CAES P M TR P COS III PP. Tête laurée tournée à droite.R/ LIBERTAS PUBLICA. La liberté debout à gauche, tenant un pileus (sorte de bonnet phrygien en laine dont on coiffait les esclaves qu'on affranchissait), et un sceptre. (Cohen n°115). [Photo : Jean Elsen S.A. - Numismates]
 
10. Sesterce de Nerva frappé en 97. A/ IMP NERVA CAES AVG PM TR P COS III PP. SC dans les champs. Tête laurée tournée à droite. R/ CONCORDIA EXERCITUM. Deux mains jointes tenant une aigle légionnaire posée sur une proue. (Cohen n°30). [Photo CNG]
 
10. Sesterce de Nerva frappé en 97. A/ IMP NERVA CAES AVG PM TR P COS III PP. SC dans les champs. Tête laurée tournée à droite. R/ CONCORDIA EXERCITUM. Deux mains jointes tenant une aigle légionnaire posée sur une proue. (Cohen n°30). [Photo CNG]
Dernière mise à jour : ( 26-12-2011 )
 
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