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La Guerre des Juifs (66-70 ap. J.C.)

La Guerre des Juifs (66-70 ap. J.C.) : représentations numismatiques d'une victoire romaine

Entre 66 et 70 après J.-C., Rome a livré une guerre sanglante contre la Judée révoltée. Cette guerre s'est terminée par une victoire romaine qui a eu des conséquences sur les émissions monétaires impériales, puisque les empereurs avaient l'habitude de faire représenter sur les monnaies les évènements marquants de leur règne. Comment la Guerre des Juifs a-t-elle été représentée dans le monnayage impérial ? C'est ce que nous nous proposons d'examiner.

La Guerre des Juifs n'apparaît dans le monnayage de Vespasien qu'après la prise du Temple de Jérusalem et de cette ville par Titus, en 70. Vespasien, en effet, s'est adjoint l'aide de son fils, qui a été chargé de terminer la guerre alors que lui même, nommé empereur au cours des opérations militaires en 69, a dû quitter la Palestine et se rendre à Rome pour assumer la charge de l'Empire. Les évènements militaires ne se terminent en réalité qu'en 73, lorsque Flavius Silva prend d'assaut la forteresse de Massada où s'étaient réfugiés les derniers insurgés. Mais à Rome, on considère la prise de Jérusalem, qui constituait le coeur de la Nation juive, comme la fin de la guerre. Les monnaies qui évoquent la Guerre des Juifs concernent donc deux empereurs : Vespasien (empereur de 69 à 79 ap. J.C.) et Titus (empereur de 79 à 81 ap. J.C.). On peut noter que ces monnaies traitent la guerre de Judée de façon globale, sans jamais évoquer un évènement précis, comme par exemple la prise du Temple de Jérusalem. Elles constituent en quelque sorte une synthèse des évènements. Ces monnaies qui traitent directement la guerre des juifs sont assez nombreuses. L'un des types les plus connus est celui de la Judaea Capta, c'est-à-dire la "Judée Capturée", qui représente une allégorie de la Judée assise en pleurs au pied d'un trophée (voir la monnaie n°1). Ce type est pourtant loin d'être unique. D'autres émissions monétaires n'évoquent pas directement cette guerre, mais y sont de toute évidence attachées.

n°1. Vespasien, denier. A/ IMP CAESAR VESPASIANUS AVG. R/ IUDAEA. La Judée captive assise en pleurs au pied d'un trophée.

n°1. Vespasien, denier. A/ IMP CAESAR VESPASIANUS AVG. R/ IUDAEA. La Judée captive assise en pleurs au pied d'un trophée.

 

Examinons dans un premier temps les émissions qui évoquent explicitement la Guerre des Juifs. Il existe dans les monnayages de Vespasien et de Titus plus de 60 types de monnaies connues qui reprennent ce thème. Ces monnaies représentent environ 6 % des monnayages confondus de Vespasien et Titus. Henry Cohen a répertorié 39 émissions par Vespasien et 26 par Titus. En ce qui concerne la chronologie de ces émissions, il faut noter que la plupart ont eu lieu sous le principat de Vespasien. Dans de nombreux cas en effet, Titus apparaît en tant que César associé au pouvoir, tandis que Vespasien est effectivement empereur. Les monnaies qui évoquent la guerre des Juif, pour l'essentiel, ont donc été frappées sous le règne de Vespasien, entre 70 et 79. Les émissions propres au règne de Titus sont peu nombreuses, à peine une dizaine de types. Et encore, la titulature de ces émissions de Titus cite toujours Vespasien en tant qu'Empereur Auguste, alors que Titus est desormais Empereur, mais demeure toujours César (dans le monnayage de Titus, par exemple la titulature du n°112 de Cohen, indique imp t caesar divi vespasian avg, c'est à dire : "l'Empereur Titus César, le Divin Vespasien Auguste". Autre exemple, le n°306 (Cohen) du monnayage de Titus est le suivant : imp titus caes vespasian avg pm, ce qui signifie "L'Empereur Titus César, Vespasien Auguste et Grand Pontife"). Ceci semble montrer qu'après son accession au pouvoir Titus a renoncé à commémorer la guerre des Juifs en son seul nom; il est vrai que son père en avait été l'artisan principal.

 

La chronologie peut être davantage resserrée. Comme on peut le constater sur le diagramme qui présente la chronologie des frappes concernant la Judée , l'essentiel des émissions ont été faites "à chaud", au cours des 2 ou 3 ans qui ont suivi la fin de la guerre. En soi, cela n'est pas surprenant. Ces émissions ont sans doute eu plusieurs buts propagandistes : d'une part, elles pouvaient informer les provinces de l'empire du sort réservé aux rebelles par Rome, la défaite et la captivité. Dans ce sens, il s'agit d'une mise en garde contre l'idée de révolte. D'autre part, ces monnaies rehaussent le prestige de Rome et de son empereur : La Judée capturée enrichit le palmarès militaire, déjà impressionnant, de Rome, et la gloire personnelle de l'Empereur.

Tableau chronologique des frappes concernant la Judée

Pour le reste, la répartition chronologique des émissions révèle un creux au cours des années centrales du règne de Vespasien; la Judée réapparaît vers la fin de son règne, notamment du fait des frappes réalisées par Titus en tant que César. Titus fait frapper quelques monnaies commémoratives au début de son règne; puis la Judée disparaît du monnayage impérial. Domitien, frère et successeur de Titus, bien qu'associé au pouvoir assez tôt (voir la monnaie n°2), abondonne le thème de la Judée, pour la bonne et simple raison qu'il n'a pas participé à cette guerre. Contrairement à son frère Titus, dont il semble avoir été jaloux , Domitien ne pouvait pas se glorifier d'avoir guerroyé en Judée. Qu'à cela ne tienne : il mena campagne contre les germains et s'intitula "Germanicus", le vainqueur des germains, ayant à son tour des titres de gloire à mettre en avant (voir monnaie n°3).

n°2.  Vespasien, Titus et Domitien, denier. A/ IMP CAESAR VESPASIANUS AVG. R/  CAESAR AVG F COS CAESAR AVG F PR. Titus et Domitien face à face. Bien que Domitien ait été associé au pouvoir au même titre que son frère, il n'a pas participé à la Guerre des Juif, ce qui a constitué un sujet de dissenssion avec son frère Titus. Une fois devenu empereur, Domitien a cessé de commémorer la victoire de Judée, remplacée par sa propre victoire sur les germains (voir aussi photo n°3)

n°2. Vespasien, Titus et Domitien, denier. A/ IMP CAESAR VESPASIANUS AVG. R/ CAESAR AVG F COS CAESAR AVG F PR. Titus et Domitien face à face. Bien que Domitien ait été associé au pouvoir au même titre que son frère, il n'a pas participé à la Guerre des Juif, ce qui a constitué un sujet de dissenssion avec son frère Titus. Une fois devenu empereur, Domitien a cessé de commémorer la victoire de Judée, remplacée par sa propre victoire sur les germains (voir aussi photo n°3)

n°3. Dupondius de Domitien frappé en 85 ap. J.C. A/ IMP CAES DOMITIAN AVG GERM COS XI. R/ VICTORIAE AUGUSTI SC. Victoire debout à gauche, tenant une palme et se disposant à écrire sur un bouclier germain attaché à un trophée composé d'armes germaines (Cohen, 639).

n°3. Dupondius de Domitien frappé en 85 ap. J.C. A/ IMP CAES DOMITIAN AVG GERM COS XI. R/ VICTORIAE AUGUSTI SC. Victoire debout à gauche, tenant une palme et se disposant à écrire sur un bouclier germain attaché à un trophée composé d'armes germaines (Cohen, 639).


Les émissions tardives du règne de Vespasien et les dernières émissions du règne de Titus n'ont pas le même sens que celles des année 70-73. En 80, la Guerre des Juifs, qui a eu lieu 10 ans auparavant, n'est plus un sujet d'actualité; on peut penser qu'à ce moment les monnaies qui évoquent les évènements de Judée commémorent davantage la mémoire d'un haut fait du règne de Vespasien, ou les qualités militaires de son successeur Titus, que l'évènement en soi. La mémoire des choses, même les plus terribles, finit toujours par s'estomper, puis par disparaître.

Comment les graveurs ont-ils représenté la guerre des Juifs ? C'est ce que nous pouvons envisager à présent, mais une petite clarification préalable s'impose. Les types de monnaies, comme nous l'avons vu, sont très nombreux, plus de 60, mais chaque type ne représente pas forcément un revers entièrement original. De nombreuses monnaies sont parfaitement identiques mais ont été frappées sous forme de denier, d'aureus ou de sesterce. Parfois, une légère et subtile variation de la titulature impériale, à l'avers, fait autant de types différents : par exemple, les monnaies n°139-140-141 (Cohen) du monnayage de Vespasien sont presque identiques, mais le numéro 139 est un aureus, les numéro 140-141 des deniers; ces deux deniers sont identiques, mise à part la titulature de Vespasien : l'une mentionne imp caes vespas avg pm tr IIII pp cos IIII (n°140), l'autre imp caes vespas avg pm cos IIII (n°141). Autre subtile variation : il arrive que sur des monnaies en tous point identiques, même revers, même légendes, l'Empereur regarde alternativement à droite ou à gauche (voir par exemple Vespasien, Cohen n°234, tête laurée à gauche, et Cohen n°235, même monnaie, tête laurée à droite). Enfin, deux revers apparemment identiques peuvent présenter des variantes (n°4-5 et 6-7).

n°4. As de Vespasien frappé en 71. A/ IMP CAES VESPASIAN AVG COS III. R/ IUDEA CAPTA SC. La Judée assise à droite entourée d'armes et pleurant au pied d'un palmier. (Cohen, 246)

n°4. As de Vespasien frappé en 71. A/ IMP CAES VESPASIAN AVG COS III. R/ IUDEA CAPTA SC. La Judée assise à droite entourée d'armes et pleurant au pied d'un palmier. (Cohen, 246)

n°5. As de Vespasien frappé en 77 ou 78. A/ IMP CAES VESPASIAN AVG COS VIII PP. R/ IUDEA CAPTA SC. La Judée assise à droite entourée d'armes et pleurant au pied d'un palmier. (Cohen, 246). Cette monnaie est comparable au n°5, mais a été frappée plus tardivement. En outre, le thème du revers, bien que similaire montre des variantes dans la disposition des armes.

n°5. As de Vespasien frappé en 77 ou 78. A/ IMP CAES VESPASIAN AVG COS VIII PP. R/ IUDEA CAPTA SC. La Judée assise à droite entourée d'armes et pleurant au pied d'un palmier. (Cohen, 246). Cette monnaie est comparable au n°5, mais a été frappée plus tardivement. En outre, le thème du revers, bien que similaire montre des variantes dans la disposition des armes.

n°6 et 7 Sesterces de Vespasien, frappés en 71. A/ IMP CAES VESPASIAN AVG P M TR P P P COS III. R/  IVDAEA CAPTA, S C en exergue. Femme juive en pleurs assise sur une cuirasse à droite. A droite, un prisonnier juif debout attaché les mains derrière le dos. Derrière, un palmier. Les armes représentées au sol varient d'un exemplaire à l'autre. (Cohen 238).

n°6 et 7 Sesterces de Vespasien, frappés en 71. A/ IMP CAES VESPASIAN AVG P M TR P P P COS III. R/  IVDAEA CAPTA, S C en exergue. Femme juive en pleurs assise sur une cuirasse à droite. A droite, un prisonnier juif debout attaché les mains derrière le dos. Derrière, un palmier. Les armes représentées au sol varient d'un exemplaire à l'autre. (Cohen 238).

n°6 et 7 Sesterces de Vespasien, frappés en 71. A/ IMP CAES VESPASIAN AVG P M TR P P P COS III. R/ IVDAEA CAPTA, S C en exergue. Femme juive en pleurs assise sur une cuirasse à droite. A droite, un prisonnier juif debout attaché les mains derrière le dos. Derrière, un palmier. Les armes représentées au sol varient d'un exemplaire à l'autre. (Cohen 238).


En réalité, pourtant, les graveurs des ateliers monétaires n'ont utilisé pour les revers qu'un nombre limité de thèmes récurrents : une allégorie de la Judée (n°1, 4, 5, 8, 9, 10), des personnages juifs (un femme ou un homme, n°6, 7, 11, 12, 13), une allégorie de la Victoire (n°9, 10), des armes présentées telles qu'elles ou sous forme de trophée (n°4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 12, 13). Dans quelques cas, Vespasien et Titus en personne sont mis en scène sur des revers (n°8). Tous ces thèmes ont été combinés de différentes manières. Il est possible d'essayer de rechercher les sources d'inspiration des graveurs.

MONNAIES n°8, 9, 10, 11, 12, 13

n°8. Sesterce de Vespasien frappé en 71 ap. J.C. A/ IMP CAESAR VESPASIAN AVG PM TR PPP COS III. R/ IUDAEA CAPTA, SC en exergue. Palmier en arrière-plan. A gauche, Vespasien debout en habit militaire le pied posé sur un caque, tenant une haste et un parazonium. A droite, la Judée en pleurs assise sur une cuirasse (Cohen 239).

n°8. Sesterce de Vespasien frappé en 71 ap. J.C. A/ IMP CAESAR VESPASIAN AVG PM TR PPP COS III. R/ IUDAEA CAPTA, SC en exergue. Palmier en arrière-plan. A gauche, Vespasien debout en habit militaire le pied posé sur un caque, tenant une haste et un parazonium. A droite, la Judée en pleurs assise sur une cuirasse (Cohen 239).

n°9. Denier de Vespasien, postume (frappé sous Titus, peut-être en 80-81). A/ DIVUS AUGUSTUS VESPASIANUS. R/ EX SC. Victoire debout à droite érigeant un trophée. Dessous la Judée assise. (Cohen 144).

n°9. Denier de Vespasien, postume (frappé sous Titus, peut-être en 80-81). A/ DIVUS AUGUSTUS VESPASIANUS. R/ EX SC. Victoire debout à droite érigeant un trophée. Dessous la Judée assise. (Cohen 144).

n°10 Sesterce de Vespasian, très usé mais rare. Frappé en 71. A/  [IMP C]AES VESPASIAN AVG P [M TR P P P COS III]. R/ VI[CTORIA] AVGVSTI. Victoire debout à gauche le peid posé sur un casque écrivant sur un bouclier posé sur un palmier. A droite, la Judée en pleurs assise sur une cuirasse.

n°10 Sesterce de Vespasien, très usé mais rare. Frappé en 71. A/ [IMP C]AES VESPASIAN AVG P [M TR P P P COS III]. R/ VI[CTORIA] AVGVSTI. Victoire debout à gauche le peid posé sur un casque écrivant sur un bouclier posé sur un palmier. A droite, la Judée en pleurs assise sur une cuirasse.

n°11 Denier de Vespasien. A/ IMP CAESAR VESPASIANUS AVG R/ IVDAEA. Femme juive assise à droite sous un palmier, les mains attachées derrière le dos.(Cohen 229).

n°11 Denier de Vespasien. A/ IMP CAESAR VESPASIANUS AVG R/ IVDAEA. Femme juive assise à droite sous un palmier, les mains attachées derrière le dos.(Cohen 229).

n°12. Denier de Titus, frappé en 79 ap. JC. A/ R/ TR POT VIII COS VII. Juif à genoux tourné à droite devant un trophée.

n°12. Denier de Titus, frappé en 79 ap. JC. A/ R/ TR POT VIII COS VII. Juif à genoux tourné à droite devant un trophée.

n°13. Denier de Titus frappé en . A/ IMP TITUS CAES VESPASIAN AVG PM. R/ TR P IX IMP XV COS VIII PP. Deux captifs, assis dos à dos entre un trophée. (Cohen 305)

n°13. Denier de Titus frappé en . A/ IMP TITUS CAES VESPASIAN AVG PM. R/ TR P IX IMP XV COS VIII PP. Deux captifs, assis dos à dos entre un trophée. (Cohen 305)

 

Examinons le cas de l'allégorie de la Judée. La Judée captive apparaît toujours comme une femme assise au pied d'un palmier ou d'un trophée, en pleurs, avec la tête appuyée sur une main. Elle est assise sur une cuirasse ou directement sur le sol. L'origine de la personnification des provinces, dans le monnayage romain, en 70 après JC, est loin d'être nouvelle. Deux personnifications, celle de l'Espagne et celle de la Gaule, datant du I° siècle avant J.C., sont célèbres (photos n°14 : Gaule et n°15 : Espagne). Les Provinces ont même parfois été représentées sous forme d'animaux (l'Egypte comme un crocodile, photos n°16 et 17, et la Judée comme un Chameau, photo n°18). Les graveurs des années 70 du I° siècle ont renoncé à représenter la Judée comme un animal exotique (si l'on se place du point de vue occidental), le chameau étant remplacé par l'allégorie de la femme en pleurs.

Monnaies n°14, 15, 16, 17, 18

n°14. Denier répulicain, L. Hostilius Saserna, 48 av. J.C. A/ Tête de la Gaule tournée à droite, derrière carnyx. R/ L. HOSTILIVS SASERNA. Diana d'Ephèse debout de face, un cerf à gauche.

n°14. Denier répulicain, L. Hostilius Saserna, 48 av. J.C. A/ Tête de la Gaule tournée à droite, derrière carnyx. R/ L. HOSTILIVS SASERNA. Diana d'Ephèse debout de face, un cerf à gauche.

n°15. Denier républicain, A. Postumius A.f. Sp.n. Albinus,  81 av J.C. A/ Tête voilée de l'Espagne tournée à droite. A/ Personnage en toge debout entre une Aigle romaine et des faisceaux.

n°15. Denier républicain, A. Postumius A.f. Sp.n. Albinus, 81 av J.C. A/ Tête voilée de l'Espagne tournée à droite. A/ Personnage en toge debout entre une Aigle romaine et des faisceaux.

n°16. Denier d'Auguste, frappé en 28 av J.C. A/ CAESAR COS VI. R/ AEGYPTO CAPTA, crocodile tourné à droite.

n°16. Denier d'Auguste, frappé en 28 av J.C. A/ CAESAR COS VI. R/ AEGYPTO CAPTA, crocodile tourné à droite.

n°17. As de Nîmes, frappé vers 10-14 ap. J.C. A/ IMP DIVI F PP. R/ COL-NEM, crocodile enchaîné à un palmier

n°17. As de Nîmes, frappé vers 10-14 ap. J.C. A/ IMP DIVI F PP. R/ COL-NEM, crocodile enchaîné à un palmier

n°18. Denier républicain, M. Aemilius Scaurus et Pub. Plautius Hypsaeus. 58 av. J.C. A/ Chameau tourné à droite, un  personnage agenouillé devant lui. R/ Jupiter dans un quadrige tourné à gauche; un scropion devant.

n°18. Denier républicain, M. Aemilius Scaurus et Pub. Plautius Hypsaeus. 58 av. J.C. A/ Chameau tourné à droite, un personnage agenouillé devant lui. R/ Jupiter dans un quadrige tourné à gauche; un scropion devant.

 

L'élément exotique, typiquement oriental, n'est pourtant pas absent. Un palmier est représenté sur près d'une quarantaine de types (voir entre autres les photos n°4 à 8). Il apparaît donc comme l'un des thèmes dominants. Le palmier a sans doute été jugé par les graveurs comme assez représentatif du caractère oriental de la province de Judée. Il sert de toile de fond en particulier sur les monnaies de bronze, sans doute car leur surface permettait un traitement plus élaboré que les modules en argent ou en or. Là encore, on peut noter que la présence d'un élément végétal n'est pas une innovation. Le palmier apparaît sur une monnaie coloniale célèbre, l'as de Nîmes (photo n°17), sur lequel, précisément, c'est l'Egypte captive symbolisée comme un crocodile qui figure enchaînée à un palmier. Il n'est pas impossible que les graveurs de Vespasien se soient inspirés de l'As de Nîmes pour créer leur propre composition . Le palmier n'apparaît jamais seul. Il constitue un élément du décor sur lequel sont figurés soit l'allégorie de la Judée capturée, soit des personnages juifs captifs, soit encore des armes. Vespasien et Titus en personne se sont fait représenter sur ces compositions (photo n°8).

Les personnages juifs captifs constituent également un thème récurrent. On peut les distinguer de la représentation de l'allégorie de la Judée par les marques de la captivité : le prisonnier juif est toujours représenté avec les mains enchaînées derrière le dos. Il peut être debout enchaîné au palmier, ou seul au pied d'un trophée avec un genou posé à terre, quand il n'est pas directement assis par terre, dans une attitude prostrée. Comme pour les autres monnaies, on peut préciser que la représentation de captifs n'est pas une invention des graveurs de Vespasien. Des captifs sont représentés de diverses manières, par exemple, sur des monnaies de P. Fonteius, C. Memmius ou Jules César (photos n°19-21). Il est cependant difficile de dire si les graveurs des monnaies de Vespasien ou Titus se sont directement inspiré de ces monnaies.

Monnaies n°19, 20, 21

n°19. Denier de P. Fonteius P.f. Capito, 55 av. JC. A/ Buste casqué de Mars tourné à droite R/ Guerrier sur un chevel galoppant à droite, guerriers gaulois en dessous

n°19. Denier de P. Fonteius P.f. Capito, 55 av. JC. A/ Buste casqué de Mars tourné à droite R/ Guerrier sur un chevel galoppant à droite, guerriers gaulois en dessous

n°20. Denier de Julius Caesar. 46-45 av. J.C. A/ Buste de Venus R/ Gaulois et gauloise captifs assis au pied d'un trophée, CAESAR en exergue.

n°20. Denier de Julius Caesar. 46-45 av. J.C. A/ Buste de Venus R/ Gaulois et gauloise captifs assis au pied d'un trophée, CAESAR en exergue.

n°21. Denier de C. Memmius 56 av. J.C. A/ Tête de Cérès à droite R/ Captif agenouillé à droite, devant un trophée.

n°21. Denier de C. Memmius 56 av. J.C. A/ Tête de Cérès à droite R/ Captif agenouillé à droite, devant un trophée.

 

La guerre est également un thème récurrent. Elle se présente sous forme d'armes variées, casques, boucliers, lances, posés en tas, au sol, qui apparaîssent presque systématiquement. Dans de nombreux cas, ces armes abandonnées ou prises aux vaincus sont assemblées sur un trophée. Le trophée est un monument commémoratif d'une victoire sur lequel on faisait figurer les dépouilles de l'ennemi; il avait pour base un tronc d'arbre sur lequel étaient attachées les armes de l'ennemi. Cette représentation est aussi ancienne que le monnayage romain (Victoriat, photo n°22), qui a toujours représenté la victoire par des trophées sous différentes formes.

n°22. Anonyme, 206-195 av. J.C. Victoriat. A/ Tête laurée de Jupiter tourné à droite. R/ ROMA en exergue, Victoire debout tournée à droite couronnant un trophée; un porc entre les deux.

n°22. Anonyme, 206-195 av. J.C. Victoriat. A/ Tête laurée de Jupiter tourné à droite. R/ ROMA en exergue, Victoire debout tournée à droite couronnant un trophée; un porc entre les deux.

 

Les graveurs ont figuré la défaite, négative, des Juifs, mais aussi la victoire, positive, des romains. La victoire constitue là encore un thème numismatique classique : il s'agit d'une femme ailée qui assemble un trophée (photo n°9), ou encore, par exemple, qui écrit sur un bouclier (photo n°10). La Victoire ne constitue pas cependant un thème dominant des représentations de la Guerre de Judée. Le plus souvent elle apparaît seule, sans référence directe à la guerre des juifs (photo n°23).

n°23. Denier de Vespasien, frappé en 72-73 ap. J.C. A/ IMP CAES VESP AVG P M COS IIII. R/ VICTORIA AVGVSTI, Victoire avançant à droite, tenant une palme et plaçant une couronne sur un étendard planté dans le sol

n°23. Denier de Vespasien, frappé en 72-73 ap. J.C. A/ IMP CAES VESP AVG P M COS IIII. R/ VICTORIA AVGVSTI, Victoire avançant à droite, tenant une palme et plaçant une couronne sur un étendard planté dans le sol

 

Pour chacun des éléments thématiques représentés sur les revers, comme on l'a vu, de nombreux précédents existaient. Peut-on considérer pour autant que les graveurs se sont inspirés volontairement de certains types particuliers ? Il semble bien en effet que les graveurs des ateliers monétaires ont examiné ce qui avait été fait avant eux. Mais le plus souvent, ils ne se sont pas contentés de reproduire à l'identique ce qui existait. Ils ont mis en place des créations originales, en agençant de diverses manières des thèmes généraux (la Victoire, des captifs, un élément de décor oriental, des armes...). Certaines de ces monnaies parviennent à allier une qualité de composition graphique et symbolique extraordinaires.

 

De très nombreuses autres monnaies de Vespasien sont en rapport avec la guerre des Juifs, sans pour autant l'évoquer directement. Après la guerre, en 71, Vespasien et Titus ont organisé leur triomphe à Rome et n'ont pas manqué de le faire représenter (la photo n°26 présente un aureus de Vespasien qui le montre triomphant dans un char). La représentation de Rome en armes (photo n°27) constitue également une évocation indirecte de cette guerre, de même que l'allégorie de la Victoire (photo n°23), de la Paix (n°28), ou encore la représentation de Mars, le dieu de la guerre, qui peut éventuellement transporter un trophée (n°29 et 30). Quoiqu'il en soit, ces différents types de revers donnent le ton des règnes de Vespasien et de Titus : ils sont des empereurs militaires, des empereurs victorieux. La numismatique le rappelle de façon très insistante.

Monnaies n°2'4, 25, 26, 27, 28, 29 et 30

n°24. Denier de Vespasien frappé en 75 ap. J.C. A/ Tête laurée tournée à droite. R/ Victoire debout sur une ciste mystique, un serpent de chaque côté. Le revers de cette monnaie est identique au revers d'un quinaire d'Auguste (photo n°25)

n°24. Denier de Vespasien frappé en 75 ap. J.C. A/ Tête laurée tournée à droite. R/ Victoire debout sur une ciste mystique, un serpent de chaque côté. Le revers de cette monnaie est identique au revers d'un quinaire d'Auguste (photo n°25)

n°25. Quinaire d'Auguste, 27 av. J.C., 14 ap. JC. A/ Tête tournée à droite. R/ Victoire debout sur une ciste mystique, un serpent de chaque côté.

n°25. Quinaire d'Auguste, 27 av. J.C., 14 ap. JC. A/ Tête tournée à droite. R/ Victoire debout sur une ciste mystique, un serpent de chaque côté.

n°26. Aureus de Vespasien, frappé en 73 ap. J.C. A/ Tête laurée tournée à droite. R/ Vespasien dans une quadrige triomphal allant à droite (Cohen 642).

n°26. Aureus de Vespasien, frappé en 73 ap. J.C. A/ Tête laurée tournée à droite. R/ Vespasien dans une quadrige triomphal allant à droite (Cohen 642).

n°27. Dupondius de Vespasien, frappé en 71 ap. J.C. A/ Tête radiée tournée à droite R/ Rome assise à gauche tenant une couronne et un parazonium (Cohen  411).

n°27. Dupondius de Vespasien, frappé en 71 ap. J.C. A/ Tête radiée tournée à droite R/ Rome assise à gauche tenant une couronne et un parazonium (Cohen 411).

n°28. Sesterce de Vespasien frappé en 72-73 ap. J.C. A/ Tête laurée à droite R/ La Paix debout à gauche, tenant une branche et une corne d'abondance (Cohen 332).

n°28. Sesterce de Vespasien frappé en 72-73 ap. J.C. A/ Tête laurée à droite R/ La Paix debout à gauche, tenant une branche et une corne d'abondance (Cohen 332).

n°29. Sesterce de Vespasien frappé en 71 ap. J.C. A/ Tête laurée tournée à droite R/ Mars marchant à droite, portant une lance et un trophée. (Cohen 440).

n°29. Sesterce de Vespasien frappé en 71 ap. J.C. A/ Tête laurée tournée à droite R/ Mars marchant à droite, portant une lance et un trophée. (Cohen 440).

n°30. Sesterce de Titus frappé en 80-81 ap. J.C. A/ Tête laurée à droite R/ Mars marchant à droite, portant une lance et un trophée. (Cohen 203, var).

n°30. Sesterce de Titus frappé en 80-81 ap. J.C. A/ Tête laurée à droite R/ Mars marchant à droite, portant une lance et un trophée. (Cohen 203, var).

 

La monnaie n'apprend rien sur les évènements précis de la guerre des Juifs mais synthétise après coup, dans un message explicite, l'essentiel : une province révoltée, la Judée, a été réduite à la captivité par l'Empereur. Le message adressé aux habitants de l'Empire a deux fonctions : il montre la puissance militaire de l'Empereur victorieux et le glorifie. Il constitue aussi, peut-être, une mise en garde contre les tentatives de révolte, qui conduisent à la captivité. Le thème de la Judée captive montre aussi la qualité graphique et symbolique souvent exceptionnelles du travail des graveurs romains, qui se sont sans doute inspiré de monnaies existantes, tout en parvenant à créer des compositions inédites.

Dernière mise à jour : ( 03-09-2008 )
 
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