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La Consécration des Empereurs romains
La plupart des empereurs romains ont été divinisés. Suétone, par exemple, dans sa "Vie des douze Césars", évoque toujours le "divin Auguste" ou le "divin Vespasien". Le passage du statut de simple mortel à celui de dieu est très intéressant, et on peut s'interroger : comment et pourquoi la plupart des empereurs ont-ils été divinisés ?
C'est par le biais d'une cérémonie très particulière, la Consécration ("consecratio" en latin) ou Apothéose ("apotheosis" en grec), que l'empereur mort entre dans le Panthéon romain. Cette cérémonie, comme bien d'autres aspects de la vie civique et religieuse romaine, était très codifiée et pompeuse. Deux historiens héllénophones, Dion Cassius et Hérodien, l'ont décrite avec de nombreux détails sous sa forme classique. On peut suivre le déroulement de la cérémonie d'après la description assez précise qu'en a donné Hérodien dans le livre IV de son "Histoire des Empereurs Romains"[1].
Lorsque la mort s'empare d'un empereur, un mélange de deuil, de fête et de dévotion s'installe à Rome. Les obsèques impériales, grandioses, se déroulent successivement dans trois lieux différents. Pendant la première phase de la cérémonie, qui dure 7 jours, une effigie de cire qui représente l'empereur défunt est exposée devant l'entrée du Palais Impérial (cf. carte de Rome ci-dessous) sur un lit luxueux, en ivoire, orné de draps d'or. Pendant la plus grande partie de la journée, l'ensemble du Sénat dont les membres sont revêtus de noir, veille sur le côté gauche. Les femmes de l'aristocratie, elles, sont vêtues sobrement de blanc et installées sur le côté droit. Des médecins s'approchent du lit à intervalles réguliers, simulent un examen du malade, proclament régulièrement les progrès du mal et finissent par déclarer la mort.
 
Carte de Rome : les lieux de la Consécration des Empereurs romains
 
Carte de Rome : les lieux de la consécration
Légende
Les collines de Rome : I. Aventin - II. Palatin - III. Caelius - IV. Esquilin - V.Viminal - VI. Quirinal - VII. Capitole - VIII. Janicule. - c. Cirque Maxime - d. Colisée - e. Via Flaminia - f. Mausolée d'Auguste
 

Le parcours de la consécration

A - Palatin. Lieu des Palais impériaux et de résidence habituelle des empereurs (Palais d'Auguste, de Tibère, de Caligula, de Vespasien). C'est la première étape de la consécration, celle de l'exposition du corps de l'empereur devant son Palais.
B. Voie Sacrée : bordée notamment par le Temple d'Antonin et Faustine, c'est l'itinéraire emprunté pour conduire le lit funéraire de l'empereur vers le forum.
C - Zone des forums impérieux. Le "vieux forum" cité par Hérodien est sans doute le Forum de César. Pendant cette deuxième étape, on chante un hymne funèbre solennel.
D. Champ de Mars. Lieu de construction du bûcher funèbre, lieu de la "decursio" et de la crémation de l'auguste dépouille. Cette cérémonie se déroulait à l'extérieur de l'enceinte de Servius Tullius (a) en raison du caractère militaire de la "decursio" : il était interdit de franchir cette enceinte en armes. Avec la construction du Mur d'Aurelien (b) au III° siècle ap. JC, le champ de Mars qui s'est peu à peu couvert de monuments, est intégré dans la cité.
 
L'ordre équestre et les jeunes sénateurs transportent alors le lit de mort par la Voie Sacrée jusqu'au vieux forum où il est exposé. Des choeurs d'enfants et de femmes issus des familles aristocratiques sont installés de part et d'autres, sur des gradins, et chantent l'hymne funèbre du défunt.
 
Le lit est alors transporté hors de la ville, vers le champ de Mars (cf. carte de Rome ci-dessus). C'est là qu'est construit le bûcher funéraire. Sa structure est en bois, et il est rempli de matières combustibles. Vu de l'extérieur, le bûcher a la forme d'une pyramide à degrés, qui comporte 3 étages. La forme de cette structure, dit Hérodien, fait penser à celle d'un phare. L'aspect extérieur du bûcher est somptueux, il est orné d'étoffes précieuses, de statues, de guirlandes de fleurs (cf. gravure n°1 ci-dessous).
 
Gravure n°1 - Revers d'un sesterce sur lequel est gravée l'image du bûcher funéraire d'Antonin le Pieux. (Gravure du XVII° siècle).
Revers d'un sesterce sur lequel est gravée l'image du bûcher funéraire d'Antonin le Pieux. (Gravure du XVII° siècle).
 
 
 
 
Le lit funèbre est déposé à l'intérieur du deuxième étage ainsi que toutes sortes de plantes odoriférantes offertes et déposées là par les dignitaires de l'Empire, venus rendre leur dernier hommage. La "decursio" suit alors : l'ordre équestre entame une cavalcade autour du bûcher. Ce moment du rituel est représenté sur la base de la colonne d'Antonin le Pieux (photo n°1).
 
Représentation en sculpture de la decursio au moment de la divinisation de l'Empereur
Base de la colonne d'Antonin le Pieux, à Rome (actuel Musée du Vatican), qui présente la "decursio"
 
 
Dans l'armée romaine, la décursio est une manière de rendre hommage au chef militaire mort. Cette cavalcade, dit Hérodien, s'effectue là encore selon un rite précis, codifié. A un moment, des chars dont les conducteurs sont revêtus de la toge prétexte et qui portent des masques qui représentent tous les généraux ou empereurs romains célèbres, font le tour du bûcher. Le nouvel empereur enflamme alors la construction, puis tous les assistants viennent y mettre le feu à leur tour. Le bûcher, rempli de bois et de matières conbustibles, s'enflamme, en principe instantanément. De la dernière structure, la plus haute et la plus petite, un aigle s'envole. A son sujet, Hérodien dit que "les romains croient qu'il emporte de la terre au ciel l'âme de l'Empereur". La consécration est alors terminée : l'Empereur est associé au culte des autres dieux.
 
La cérémonie de la consécration a fait l'objet de représentations lapidaires et numismatiques assez nombreuses, qui permettent de constater que la description d'Hérodien est conforme à la réalité. On connaît assez précisément l'allure du bûcher funéraire grâce aux images gravées sur les monnaies (cf. monnaie n°1 et gravure n°1 ci-dessus).
 
Monnaie n°1 - Sesterce de Faustine l'Ancienne, l'épouse de d'Antonin le Pieux (morte en 141). L'avers mentionne "La Divine Faustine Auguste" (DIVA AVGVSTA FAVSTINA), le revers évoque sa consécration (CONSECRATIO). Photo CNG.
 
 
 
 
 
 
Effectivement, l'édifice, bien que provisoire, y apparaît très richement orné. La numismatique montre également l'aigle, seul ou transportant directement l'empereur vers les cieux (cf. monnaies n°2 et 3).
 
Denier du
Monnaie n°2 - Denier du "Divin Septime Sévère" (mort en 211). Au revers, un aigle posé sur un globe est entouré de la légende "CONSECRATIO". Crédit photo : Jean Elsen S.A. - Numismates
 
Revers d'un sesterce de Marc Aurèle (mort en 180 ap. JC). L'aigle, qui tient un foudre dans ses griffes, et qui symbolise Jupiter, emmène Marc Aurèle divinisé vers l'Olympe
Revers d'un sesterce de Marc Aurèle (mort en 180 ap. JC). L'aigle, qui tient un foudre dans ses griffes, et qui symbolise Jupiter, emmène Marc Aurèle divinisé vers l'Olympe
 
 
La présence de cet oiseau dans le rituel de la divinisation n'est pas anodin. L'aigle est en effet le symbole du dieu des dieux, Jupiter. Sur la base de la colonne d'Antonin le Pieux, c'est un génie ailé qui transporte l'empereur divinisé, accompagné de son épouse Faustine, dans les airs, sous le regard d'une allégorie de Rome (photo n°2).
 
Photo n°2 : Base de la colonne d'Antonin le Pieux, à Rome (actuel Musée du Vatican), qui présente la phase finale de la consécration : l'envol de l'âme de l'empereur vers le monde des dieux.
Base de la colonne d'Antonin le Pieux, à Rome (actuel Musée du Vatican), qui présente la phase finale de la consécration : l'envol de l'âme de l'empereur vers le monde des dieux.
 
 
Deux aigles sont présents à côté des deux augustes personnages. Les impératrices, en effet, peuvent être divinisées au même titre que leurs impériaux époux. C'est le cas de Faustine l'Ancienne, par exemple (cf. monnaie n°1 ci-dessus), ou encore de Matidie (monnaie n°4). Comme on peut le voir sur des monnaies commémorant leur divinisation, c'est parfois un paon qui se substitue à l'aigle pour conduire l'impératrice vers le monde des dieux (monnaies n°4 et 5).
 
Monnaie n°4 - Antoninien de Matidie, épouse de Valérien I (253-260 ap. JC); c'est un paon, et non pas un aigle, qui conduit Matidie chez les dieux. Photo CNG.
Monnaie n°4 - Antoninien de Matidie, épouse de Valérien I (253-260 ap. JC); c'est un paon, et non pas un aigle, qui conduit Matidie chez les dieux. Photo CNG.
 
Monnaie n°5 - Denier de Faustine l'Ancienne. Sur le revers c'est un paon qui est associé à la légende
Monnaie n°5 - Denier de Faustine l'Ancienne. Sur le revers c'est un paon qui est associé à la légende "CONSECRATIO". Crédit photo : Jean Elsen S.A. - Numismates
 
 
 
Quelques textes permettent de compléter la description de la Consécration. Voici ce qu'écrit l'auteur de l'Histoire Auguste à propos de la divinisation de Faustine, l'épouse d'Antonin le Pieux : "elle reçut la consécration par un vote du Sénat, qui l'honora par des jeux du cirque, un temple, des prêtresses flaminiques, des statues d'or et d'argent"[2]. La façade du temple de la divine Faustine est toujours debout (photo n°3 ci-dessous).
 
Vestiges du temple du
Photo n°3 - Vestiges du temple du "Divin Antonin le Pieux" et de la "Divine Faustine" à Rome. Photo K. Koskimies
 
 
Antonin le Pieux, après sa mort en 161, est lui aussi divinisé et rejoint la dépouille de son épouse dans ce temple. C'est le Sénat qui décide de la divinisation d'un empereur défunt, mais sur proposition de son successeur. C'est ce qu'exprime un extrait de la "Vie d'Hadrien" dans "l'Histoire Auguste" : "Dans une lettre particulièrement soignée adressée au Sénat, il [Hadrien] demanda que les honneurs divins fussent conférés à Trajan, ce qu'il obtint d'un consentement unanime"[3].
 
Notons que la consécration existe aussi en négatif, si l'on peut dire, pour les Empereurs détestés : après leur mort, ceux-ci ne sont pas divinisés, mais subissent la "damnatio memoriae" qui consiste à détruire toute trace de la personne détestée. Ainsi Caligula (37-41 ap. JC) et Néron (54-68 ap. JC) ne sont pas divinisés mais leur mémoire est damnée. Lors de la mort de Domitien (81-96 ap. JC), les sénateurs, dit Suétone, "manifestèrent la plus grande allégresse : s'empressant d'envahir la curie, ils ne purent s'empêcher de prodiguer au défunt les invectives les plus injurieuses et les plus violentes, d'ordonner même que l'on apportât séance tenante ses écussons et ses portraits qu'ils firent jeter par terre dans la salle même, enfin de décréter que l'on effacerait partout ses inscriptions et que l'on abolirait complètement sa mémoire"[4]. Dans le cortège des damnés de la mémoire rajoutons quelques cas plus ou moins célèbres : ni Commode (161-192 ap. JC), pas plus que Caracalla (211-217 ap. JC) ou Gordien III (238-244 ap. JC) n'ont bénéficé des honneurs de la Consécration.
 
La divinisation des empereurs ne se limite pas à la cérémonie un peu exotique de la consécration telle que la décrit Hérodien. Outre cet aspect rituel et ludique (puisque la divinisation d'un empereur est aussi l'occasion de donner des jeux) celle-ci a également un caractère politique et religieux très important. Les empereurs divinisés sont insérés dans la titulature officielle de leurs successeurs. Ainsi, sur certaines de ses monnaies, Titus (79-81 ap. JC) s'intitule officiellement "L'Empereur Titus César, fils du Divin Vespasien Auguste" (cf. monnaie n°6).
 
Monnaie n°6 - Sesterce de Titus, frappé en 80-81 après JC. La légende de l'avers indique la titulature suivante :
Monnaie n°6 - Sesterce de Titus, frappé en 80-81 après JC. La légende de l'avers indique la titulature suivante : "L'Empereur Titus César, fils du Divin Vespasien Auguste, Grand Pontife, Tribun de la Plèbe, Père de la Patrie, Consul pour la VIII° fois" ("imp t caes divi vesp f p m tr p p p cos VIII"). Photo CNG.
 
La mention de l'ascendance d'un "divus" dans une titulature indique en principe le respect de la filiation politique et une accession au pouvoir sereine. A l'inverse l'absence du prédécesseur divinisé indique une rupture politique. Ainsi, la titulature officielle de Nerva (96-98 ap. JC) ne mentionne jamais Domitien, dont on a vu plus haut qu'il était loin de faire l'unanimité au Sénat. Certains "divi", enfin, sont l'objet de comémorations à date fixe, dans un culte de la mémoire et du passé. Eventuellement, un jour du calendrier peut leur être consacré. Ainsi, dans le calendrier romain, le 15 mars est le jour anniversaire de la consécration de César. A ce sujet, voilà ce que dit Ovide, dans "Les Fastes"[5] : "Pour lui [César], transporté dans les cieux, il habite le palais de Jupiter. Il est adoré dans le palais qu'on lui a consacré au milieu du Forum".
 
La divinisation a donc également un sens religieux très important dont témoigne l'architecture monumentale. Comme on l'a vu, Antonin le Pieux a fait construire à Rome un Temple, tombeau de son épouse divinisée, et où ses propres restes reposent après sa divinisation. Citons encore à Rome, l'existence du Temple du Divin Auguste, où l'on célèbre le fondateur de l'Empire ou encore celui du Divin Jules César. Mais l'architecture monumentale est loin d'être exclusivement romaine. Des Temples où des collèges de prêtres[6] célèbrent le culte impérial existent également dans toutes les Provinces de l'Empire. Parmi les mieux conservés, citons le Temple de Livie à Vienne ou encore l'Autel de Lyon, aujourd'hui disparu, où l'on célébrait le culte de Rome et d'Auguste (cf. monnaie n°7).
 
Monnaie n°7 - Semis de Tibère frappé en 12-14 ap. JC. Le revers présente une image de l'Autel de Lyon où était célébré le culte de Rome et d'Auguste (
Monnaie n°7 - Semis de Tibère frappé en 12-14 ap. JC. Le revers présente une image de l'Autel de Lyon où était célébré le culte de Rome et d'Auguste ("ROM ET AVG"). Photo CNG.
 
 
Le culte impérial est à l'image de la fonction impériale, c'est à dire qu'il est à la fois politique et religieux. Dans les Provinces, Rome tolère les cultes locaux, à condition que le culte impérial soit respecté. Les empereurs ne peuvent supporter que la religion officielle de l'Empire soit bafouée, en particulier par les religions monothéistes, notamment le judaïsme et christianisme. Juifs et chrétiens ne croient qu'en un seul dieu, à l'exclusion de tout autre. Ils sont donc en opposition ouverte face à l'Empire, qui les persécute. La guerre de Judée (69-70) débute d'ailleurs pour une question d'image : Ponce Pilate procurateur de Judée, fait introduire l'image de l'Empereur dans Jérusalem. Les juifs sont troublés; ils considèrent, dit Flavius Josèphe[7], "que leurs lois étaient foulées aux pieds puisque qu'elle interdisent de placer dans la ville quelque image que ce soit". Quelques jours plus tard, une foule importante est accourue à Jérusalem pour supplier Ponce Pilate de faire enlever ces images de l'Empereur. "Pilate leur dit alors qu'il les ferait massacrer s'ils n'acceptaient pas les images de César [...]. Mais les juifs, comme sur un mot d'ordre, se jetèrent au sol comme un seul homme et tendirent leur nuque en criant qu'ils étaient prêts à mourir plutôt que de transgresser leur loi". Cet exemple montre l'opposition frontale entre deux vision politiques et religieuses inconciliables. Ce genre d'opposition tourna toujours à l'avantage de Rome, jusqu'à ce que le chritianisme devienne la religion officielle de l'Empire.
La divinisation des Empereurs avait donc des implications politiques et religieuses très importantes, qui concernent la nature même du pouvoir impérial. On peut cependant s'interroger sur les origines de cette pratique et du culte des souverains romains. Il existe bien, dans l'histoire mythologique de Rome, un demi-dieu, Romulus, qui est rappelé au milieu des dieux par son père, Mars[8]. Romulus, le fondateur de Rome, est donc en quelque sorte divinisé. En règle générale, la République romaine se défie du pouvoir personnel, jugé liberticide. Jules César reçoit pourtant tous les honneurs et un culte de la personnalité est organisé de son vivant. Le Sénat décide de lui élever une statue qui porte l'inscription "C'est un demi-dieu". On lui construit même un temple où il est adoré sous le nom de "Jupiter Julius". Après sa mort, un culte populaire et spontané se développe, et le Sénat finit par lui décerner officiellement la consécration.
Auguste (27 av. JC-14 ap. JC), pour sa part, prétend avoir refusé l'exercice d'un culte personnel trop accentué. Dans son testament politique, il affirme effectivement "qu'il y avait à Rome à peu près 80 statues d'argent qui me représentaient à pied, à cheval ou sur un quadrige; je les ai personnellement fait enlever"[9]. Suétone confirme la limitation du culte d'Auguste dans Rome : "On élevait couramment des temples, il le savait bien, [...], et cependant il n'en accepta dans aucune province sans associer le nom de Rome au sien; mais à Rome, il refusa obstinément cet honneur"[10]. En réalité, il avait de son vivant, des prêtres et des temples dans de nombreuses cités italiennes, Pise, Pompéi, Preneste, d'autres villes encore. Il est même à l'origine du culte impérial dans les Provinces : "La permission d'élever un temple à Auguste dans la colonie de Tarraco (Tarragone) fut accordée aux espagnols, sur leur demande"[11]. C'est également sous Auguste qu'est élevé l'Autel de Lyon (cf. monnaie n°7), comparable à celui de Tarragone. Là aussi, on célébrait le culte de Rome et d'Auguste. Naturellement, après sa mort, en 14 après JC, Auguste est divinisé. Le cérémonial qui est alors imaginé est toujours appliqué par la suite. Il s'agit de la cérémonie de la divinisation telle qu'elle est décrite par Hérodien.
Si le culte des empereurs divinisés semble avoir eu un écho populaire parfois sincère, une certaine incrédulité règne dans les milieux intellectuels. Sénèque dans son "Apocoloquintose", écrit une satyre féroce contre la divinisation de Claude (41-54 ap. JC), jugée peu crédible. L'auteur de ce pamphlet fait dire à Jupiter, qui s'adresse à l'assemblée des dieux au sujet de Claude : "Qui lui rendra un culte comme à un dieu ? Qui croira qu'il en est un ? Si vous faites de tels dieux, personne ne croira que vous êtes des dieux"[12]. Après le réquisitoire de Jupiter, l'assemblée des dieux décide d'envoyer Claude en enfer. Juvénal et Lucain critiquent aussi la consécration. Lucain, très irrévérencieux, affirme que la divinisation décernée aux Césars est une façon de punir les dieux d'avoir laissé périr la République[13].
Quelle que soit la sincérité du culte impérial, la plupart des empereurs ont eu tendance à développer leur aura mystique en se présentant avec des attributs divins ou, mieux encore, directement en compagnie des dieux. Certains empereurs poussent l'idée de la divinisation au point de se présenter comme des dieux vivants. Selon Suétone, Domitien se serait lui-même intitulé, à l'occasion, "Dieu et maître" (Vie des douze Césars, Domitien, 13). Cependant, les inscriptions officielles ne confirment pas ce titre. Il n'en va pas de même d'Aurélien, deux siècles plus tard, dont certaines monnaies portent la titulature suivante : "L'Empereur Auguste Aurelien, Dieu et Maître" ("imp deo et domino Aureliano avg"[14]). Au IV° siècle, le chritianisme devient la religion officielle de l'Empire. C'est la fin de la divinisation des Empereurs, puisque le Dieu des chrétiens ne saurait partager sa divinité avec un mortel, même empereur.
La naissance et le développement de la divinisation des empereurs romains sont problablement liés à la nature du pouvoir impérial, qui, malgré sa façade républicaine, est un pouvoir absolu. Les Empereurs, chefs suprêmes d'un territoire immense, ont mis en place une propagande politico-religieuse multiforme pour conforter leur pouvoir. La Consécration et le culte impérial sont l'une des facettes de cette propagande.

Bibliographie sur la consécration des Empereurs Romains

 
  • Suétone, "Vie des douze Césars", Gallimard, coll. Folio Classiques, traduction H. Ailloud, 1975
  • Tacite, Oeuvres complètes, textes traduits et présentés par Pierre Grimal, La Pléïade, Gallimard, 1990
  • Hérodien, "Histoire des Empereurs romains de Marc Aurèle à Gordien III (180 ap. JC-238 ap. JC), traduction et commentaire par Denis Roques, Paris, Les Belles Lettres, 1990.
  • "Histoire Auguste. Les empereurs romains des II° et III° siècles", édition établie par A. Chastagnol, Robert Laffont, coll. "Bouquins", 1994
  • Traduction en français des "Res gestae divi augusti" par Robert Etienne, dans son ouvrage "Le siècle d'Auguste", Paris, Armand Colin, 1970, p. 103-115
  • Sénèque, "Apocoloquintose du divin Claude", texte établi et traduit par René Waltz, Paris, Les Belles Lettres, 1966
  • Ch. Daremberg et Edm. Saglio, "Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, d'après les textes et les monuments", Paris, 1873. Article Apotheosis, par G. Boissier
  • Henry Cohen, "Description historique des monnaies frappées sous l'Empire romain", 2° édition, Paris, 1880-1882.
  • Robert Etienne : "Le culte impérial dans la Péninsule Ibérique d'Auguste à Dioclétien", Paris, De Boccard, 1974


NOTES :
[1]Hérodien écrit son hitoire (cf. bibliographie) dans la première moitié du III° siècle ap. JC
[2]"Histoire Auguste", Vie d'Antonin le Pieux, VI, 7. Antonin le Pieux est empereur entre 138 et 161 ap. JC
[3]"Histoire Auguste", Vie d'Hadrien, VI, 1. Hadrien règne de 117 à 138 après JC
[4]Suétone, "Vie des douze Césars", Domitien, XXIII.
[5]Cf. Ovide, Fastes, 3, 700. Ce texte a été écrit au début de notre ère.
[6]Voir par exemple le cas de l'Espagne, étudié par Robert Etienne : "Le culte impérial dans la Péninsule Ibérique d'Auguste à Dioclétien", Paris, De Boccard, 1974
[7]Flavius Josèphe, "La guerre des Juifs", traduit du grec parPierre Savinel, préface de Pierre Vidal-Naquet, Les éditions de Minuit, Paris, 1977. Les deux extraits cités ci-après se trouvent dans "la guerre des Juifs", II, 9, 2.
[8]Cf. Ovide, "Les Fastes"
[9]Auguste, "Res gestae divi augusti", 24. Traduction dans Robert Etienne, "Le Siècle d'Auguste", Paris, A. Colin, 1970, p. 103-115.
[10]Suétone, "Vie des 12 Césars", Auguste, LII
[11]Tacite, "Annales", LXXVIII, 1
[12]Sénèque, Apocoloquintose, 11, 3
[13]Cf. Daremberg, article cité en bibliographie.
[14]Cf. Robert Etienne, op. cit., p.287-288.
Dernière mise à jour : ( 26-12-2011 )
 
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