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L'Empereur romain Quintille et ses monnaies
(29 votes)

Portrait de l'Empereur Quintille sur une exceptionnelle monnaie d'or frappée à MilanQuintille est un des empereurs romains dont le règne a été le plus court. Son règne est assez mal connu car aucune des sources littéraires qui l'évoquent ne sont contemporaines, et ces sources sont souvent contradictoires. Cependant, l'histoire du règne de Quintille est éclairée par quelques sources complémentaires, notamment des inscriptions épigraphiques et aussi bien sûr par les monnaies. Nous présenterons ici un aperçu rapide sur le règne de l'Empereur Quintille ainsi que quelques unes de ses monnaies.

Les sources de l'histoire du règne de Quintille

Dans un excellent article publié en 2002 dans les Cahiers de l'Institut Archéologique Liégeois, Jean Claude Thiry a effectué un relevé systèmatique des sources concernant le court règne de Quintille. Parmi les sources épigraphiques, on peut citer un milliaire daté de 268 après JC trouvé en Sardaigne, ainsi que deux inscriptions qui lui ont été dédiées après son avènement : l'une se trouve sur une borne militaire découverte près de Tagremart en Maurétanie, l'autre provient d'Ossi en Sardaigne et présente des voeux de santé et de victoire pour Quintille. La première de ces inscriptions nous apprend qu'avant d'avoir été empereur, Quintille fut gouverneur de Sardaigne.

La liste des sources littéraire qui évoquent Quintille est assez longue, mais les informations que l'on y trouve sont souvent très rapides, contradictoires, incertaines. Parmi les ouvrages et les auteurs qui évoquent Quintille, on peut citer L'Histoire Auguste, Eutrope, le Chronographe de 354, l'Epitome de Caesaribus, du pseudo Aurelius Victor, aint Jérôme, Orose, Jean Malalas, Zozime et Zonaras. Une partie des oeuvres qui ont probablement évoqué le règne de Quintille a été perdue. Il s'agit notamment d'Aurelius Victor, de Dexippe, de l'Histoire impériale d'Enmann, de Festus, d'Eusèbe de Césarée et d'Eunape de Sardes.

Ce que l'on sait sur Quintille

D'après l'ensemble de ces sources on apprend que Quintille était le frère de Claude II. Lors de son avènement, Quintille était probablement commandant d'une garnison militaire chargée de protéger l'Italie du Nord contre les incursions barbares; l'Empereur Claude lui aurait probablement confié les troupes stationnées à Sirmium (ville actuelle de Mitrovica en Serbie); ce sont les troupes qui le proclamèrent empereur après la mort de Claude. A Rome, le Sénat ratifia sa désignation. Selon Zonaras, Claude aurait désigné Aurelien comme successeur, mais les troupes en auraient décidé autrement, en particulier parce qu'Aurelien était alors en Mésie où il combattait des bandes de Goths qui avaient envahi la région.
D'après les différents auteurs, Quintille aurait été un personnage particulièrement vertueux et présentant toutes les qualités requises d'un grand chef de guerre, adepte de la discipline militaire. Cependant ces qualités n'ont pas suffi à lui assurer un long règne; Quintille est resté confiné semble-t-il dans les environs de Milan et d'Aquilée, en Italie du Nord; il tenta bien semble-t-il de s'assurer la fidélité des légions du Danube comme l'atteste un antoninien qui porte au revers la légende Pannoniae. Mais Quintille ne jouissait pas du prestige des généraux de l'Etat Major des armées d'Illyrie et l'armée du Danube lui préférait Aurelien. Les armées se rallièrent à Aurelien lorsqu'il se présenta à Sirmium et le proclamèrent Empereur, signant la perte de Quintille. Certains auteurs prétendent qu'il se suicida. Saint Jérôme et le Chronogaphe de 354 affirment au contraire qu'il fut assassiné à Aquilée.

La durée du règne de Quintille en question

Quintille a eu un règne particulièrement court, qui n'a pas dépassé les 3 mois. Il est probable que son règne a duré environ 77 jours, si l'on s'en tient aux indications fournies par le Chronographe de 354. La date exacte du règne de Quintille a été discutée mais il semble qu'on puisse placer le débit de ce règne éphémère au début de l'année 270 après JC et sa fin vers le mois de mars de cette même année.

Le sens historique du règne de l'Empereur Quintille

Quel sens historique peut-on attribuer au règne de Quintille ? Ce règne montre, comme d'autres à la même époque, le rôle majeur que joue l'armée dans prise du pouvoir impérial. Ce sont les armées qui font et défont les Empereurs; c'est l'armée qui porte Quintille au pouvoir, c'est encore l'armée qui le fait assassiner peu de temps après au profit d'un meilleur candidat. C'est dans les Etats Majors que se joue le destin de Rome, et non plus dans la curie de Rome. Cette situation s'explique en grande partie par la situation d'urgence militaire et stratégique dans laquelle se trouve l'Empire à cette époque : le limes, la frontnière fortifiée de l'Empire, craque partout; des bandes de barbares, francs, alamands, goths, franchissenent les frontières de l'Empire et ravagent des provinces entières qui avaient été jusque là épargnées par la Guerre et avaient vécu sous une période exceptionnelle de prospérité et de paix que les historiens ont baptisée la « Paix Romaine ». La stabilité politique du IIème siècle s'est définitivement évanouie; l'assassinat politique écourte le plus souvent le règne des Empereurs.

Les monnaies de Quintille

Les monnaies comptent parmi les témoignages les plus intéressants et les plus instructifs sur le règne de Quintille. Quatre ateliers ont frappé des monnaies à son nom sous son règne : l'atelier de Rome, celui de Milan, ainsi que les ateliers de Siscia et Cyzique. Ces ateliers ont produit essentiellement des antoniniens, qui sont alors des monnaies de billon très dévaluées. Les monnaies d'or de Quintille n'ont été émises semble-t-il que dans l'atelier de Milan et il est probable que ces monnaies correspondent au donativum distribué aux troupes lors de son avènement.
En ce qui concerne la production monétaire du règne de Quintille, elle s'inscrit dans la continuité du règne de Claude dont les effigies et les types sont repris; d'ailleurs les portraits sont parfois si proches qu'il est difficile de les distinguer, surtout si la légende des pièces est illisible.
Parmi les types bustes on trouve des bustes cuirassés, drapés et sur certaines monnaies, Quintille arbore une couronne radiée.
En ce qui concerne les revers, on relève des types de la PAX AUGUSTI (qui est alors un voeu pieux), un type à la Virtus, ainsi que des types à la Victoire, à la fidélité militaire, à la Fortuna Redux, à la Providence, à Mars, à la Joie, à la Sécurité ou à l'Eternité de l'Auguste. Ce qui domine sur ces monnaies, ce sont les préoccupations militaires : Mars, et la Fidélité des Armées, mais aussi la Sécurité de l'Empire, la Paix et la Victoire. Tous ces types sont comme un programme politique, un but à atteindre, mais bien sûr les faits historiques sont en complète contradiction avec les messages véhiculés par les monnaies : la providence et la fortune, certes, ont porté Quintille au pouvoir, mais elles ont aussi provoqué sa mort moins de trois mois plus tards... L'armée a été infidèle et versatile. La Victoire n'a pas eu lieu, l'Empereur n'a pas rejoint l'Eternité, la Sécurité n'est pas revenue pas plus que la joie (laetitia) de vivre dans l'Empire...
On peut noter pour finir qu'un type de revers dédié à Apollon, ainsi que des bustes radiés semblent rattacher Quintille, sur un plan religieux, à la religion alors la plus en vogue au sein de l'Armée romaine, le culte du Soleil.

 

Quelques exemples de monnaies frappées sous le règne de Quintille

Exemple de monnaie frappée sous le règne de l'Empereur Quintille

Quintille, 270 après JC. Aureus, Mediolanum (Milan), 4.82 grammes. Diamètre : 21 mm. A/ IMP C M AVR QVI – NTILLVS AVG Buste lauré, drapé et cuirassé tournée à droite. R/ FIDES EXERCITI Fides debout à gauche, tenant un étendard militaire dans chaque main. Références : RIC 1 var. C 10 var. H. Huvelin and J. Lafaurie, RN 1980, pl. 5, 50-52. Vagi 2396. Calicó 3968 (cette monnaie illustrée). Biaggi 1575 (cette monnaie). Photo Numismatica Ars Classica

Exemple de monnaie frappée sous le règne de l'Empereur Quintille
Quintille. Antoninien ou double denier, 270 après JC, billon 3.14 grammes. Diamètre : 20 mm. A/ IMP C M AVR CL QVINTILLVS AVG Buste drapé et radié tourné à droite R/ VIRTV – S AVG Soldat debout à gauche, s'appuyant sur un bouclier et tenant une lance. Dans le champ, B. Références : RIC 35. C 73. Photo Numismatica Ars Classica

Exemple de monnaie frappée sous le règne de l'Empereur Quintille
Quintille, 270 après JC. Antoninien, atelier de Cyzique. 270 après JC, billon 3.82 grammes. Diamètre : 21 mm. Références : C 36. RIC 84. Photo Numismatica Ars Classica

Exemple de monnaie frappée sous le règne de l'Empereur Quintille
Quintille, 270 après JC. Antoninien, æ 3.74 grammes. Diamètre : 19 mm. A/ IMP C M AVR CL QVINTILLVS AVG Buste radié et drapé tourné à droite R/ CONC – ORD – EXER La Condorde debout à gauche, tenant un étendard dans chaque main. Référeces : RIC 10. C 11. Photo Numismatica Ars Classica
 

Bibliographie sur Quintille

On doit à Jean-Claude Thiry l'excellent article suivant : « Quintille à travers les sources antiques et son monnayage », Cahier de l'Institut Archéologique Liègeois, V, Liège 2002, p. 33-44. Cet article présente avec toute la rigueur scientifique nécessaire les sources historiques ainsi que les émissions monétaires du règne de Quintille.

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Commentaires
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DEFAUX, André - QUINTILLE   2009-10-26 09:21:24
Très intéressant travail. Bravo.

Je cherche le montant des donativum donnés par les empereurs à leurs troupes Pouvez-vous m'indiquer des sources ? MERCI
Sacramon - Donativum   2009-10-26 18:03:20
Sur les donativum, vous pouvez déjà consulter cette page du dictionnaire de Daremberg et Saglio : c'est une source ancienne mais d'une grande érudition :

http://dagr.univ-tlse2.fr/sdx/dagr/feuilleter.xsp?tome=2&partie=1&numPage=389&filtre=donativum&nomEntree=DONATIVUM

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Dernière mise à jour : ( 19-08-2008 )
 
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