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Cheveux et barbes des Empereurs romains

La barbe et les cheveux des empereurs romains d'après leurs portraits monétaires

Les portraits monétaires des empereurs romains sont l'image officielle que les souverains souhaitaient donner d'eux-mêmes. Les divers ornements, couronnes, casques, nimbes et autres cuirasses qu'ils arboraient sont souvent riches de significations symboliques, politiques, religieuses ou culturelles. Parmi ces ornements les représentations de la barbe et des cheveux méritent quelques explications : les maîtres de l'empire se sont-ils spécialement préoccupés de cet aspect de leur apparence ? Quelle importance y-ont-ils accordée ?

Un rapide tour d'horizon des portraits monétaires des empereurs du I° au IV° siècle montre qu'en matière de port des cheveux et de la barbe, il existe une grande diversité. Auguste, le fondateur institutionnel de l'empire, a une chevelure abondante, dont les boucles descendent bas sur la nuque; des mèches légèrement courbées ponctuent son front et il porte de courts favoris.


Denier d'Auguste (Photo CNG)

Suétone note qu'Auguste « négligeait toute coquetterie et s'attachait si peu à soigner sa chevelure qu'il occupait en toute hâte plusieurs coiffeurs à la fois; quant à sa barbe, il la faisait tantôt tondre, tantôt raser et jusque pendant ce temps, il lisait ou même écrivait » (Suét., Aug., 79). Plus loin, il rajoute que « ses dents étaient écartées, petites et irrégulières, ses cheveux légèrement bouclés et tirant sur le blond, ses sourcils joints » (Suét. Aug., 79). Au sujet de Tibère, Suétone note qu'il « avait le teint blanc, les cheveux implantés bas derrière la tête, de sorte qu'ils lui couvraient même la nuque, ce qui paraissait être chez lui un usage de famille.» (Suét, Tib., 68).


Denier de Tibère (Photo CNG)

Sur le plan capillaire, le successeur d'Auguste était donc situé dans la norme. Il existe en effet une sorte de norme dynastique, un « usage de famille ». En général, les princes de la dynastie Julio-Claudienne calquent leur coiffure sur celle de l'empereur régnant. La chevelure de l'empereur Claude semble parfaitement se conformer à cette norme dynastique et Suétone se contente de noter que « la blancheur des cheveux de l'empereur rajoutait à la beauté de sa figure » (Suét., Claude, 30).


Sesterce de Claude (Photo CNG)

Suétone et Sénèque, par contre, sont bien plus durs avec la chevelure de Caligula; tous deux en donnent une description sans concession : « Caligula, rapporte Suétone, avait la taille haute, le teint livide, le corps mal proportionné, le cou et les jambes tout à fait grêles, les yeux enfoncés et les tempes creuses, le front large et mal conformé, les cheveux rares, le sommet de la tête chauve, le reste du corps velu » (Suét., Caligula, 50).

Sesterce de Caligula (Photo CNG)

Quand on observe les portraits monétaires de Caligula, on peut avoir le sentiment que la description de Suétone, pour une raison ou pour une autre, est volontairement exagérée. C'est une caricature qui pose la question de l'objectivité des faits rapportés. Pour diverses raisons, les auteurs antiques ont parfois montré un parti pris sans nuances. Sénèque, n'est pas moins sévère que Suétone à l'égard de Caligula en général, et de sa chevelure en particulier : « Caligula, parmi tous les vices qui abondaient en lui, avait une merveilleuse aptitude aux sarcasmes, comme l'éprouvaient tous ceux qui donnaient prise à quelque stigmate, bien qu'il fut lui même un ample sujet de moquerie. C'était cette pâleur caractéristique de sa folie, et si repoussante; c'étaient ces yeux disparaissant presque sous un front de vieille, et si affreusement louches; c'était cette tête chauve que des cheveux d'emprunt semés par place rendaient si difforme, et puis cette nuque hérissée d'une soie rude, ces jambes raides, ces pieds énormes... » (Sénèque, De Const. Sap., XVIII). Sénèque ayant été lui-même victime des sarcasmes de l'empereur, on comprend qu'il ait été aigri. Les témoignages des auteurs antiques doivent donc être envisagés avec prudence. Il est souvent nécessaire de les replacer dans un contexte plus large pour en saisir toute la portée.
 

Néron qui, s'il n'avait été empereur, aurait aimé faire une carrière de cithariste, semble avoir accordé une grande importance à sa présentation capillaire.


Avers d'un dupondius de Néron (Photo J. Elsen - Numismate)

On perçoit dès avant la réforme monétaire de 64 ap. J.-C. un changement dans la coiffure du prince : sa chevelure s'épaissit et les boucles deviennent plus apparentes; des mèches courbées très marquées descendent sur le cou, auxquelles il faut ajouter d'épais favoris et une barbe légère. En outre, Suétone note que la chevelure de Néron « tirait sur le blond » (« subflavo capillo », cf. Suét., Néron, 51), et que « dans sa mise et dans sa tenue, il manquait tellement de dignité qu'il arrangeait toujours sa chevelure en étages, la laissant même retomber sur sa nuque durant son voyage en Achaïe » (Suét., Néron, 51). Néron fait partie de ces empereurs qui ont choisi de montrer d'eux-mêmes une image conforme à la mode romaine. Il en va de même d'ailleurs pour Othon qui, avant de devenir lui-même maître de l'empire pour une courte période, partage les secrets et les frasques de Néron, ainsi qu'un goût certain pour une apparence soignée.


Denier d'Othon (Photo CNG)

Ce soucis de l'apparence capillaire est très visible sur ses portraits monétaires : sa coiffure y paraît composée de petites boucles bien ordonnées en quatre ou cinq lignes parallèles. Le tout a un aspect un peu surfait. Voilà ce que dit Suétone à ce sujet : « Le physique et les manières d'Othon n'étaient pas à la hauteur de son courage. En effet, à ce qu'on rapporte, il était de petite taille, mal planté sur ses pieds, avec des jambes cagneuses; il avait des coquetteries presque féminines, car il se faisait épiler, et, comme ses cheveux étaient rares, portait une perruque si bien faite et si exactement ajustée que nul ne s'en apercevait; bien plus, il se rasait tous les jours et s'appliquait ensuite sur le visage de la mie de pain mouillée, habitude qu'il avait prise dès sa première pousse de barbe, afin de ne jamais en avoir ». (Suét., Othon, XII). Othon, après Néron, fait incontestablement partie des empereurs les plus sophistiqués de l'antiquité. Othon, c'est Cléopâtre au masculin. D'ailleurs ses habitudes « pilo-capillaires » sont à ce point développées qu'elles en deviennent suspectes aux yeux de Suétone.

Vitellius, Galba, Vespasien et Titus ont été moins excentriques ou soignés que Néron ou Othon. La tendance capillaire est alors plutôt aux cheveux courts comme dans le cas de Vespasien : ses bustes et les portraits monétaires révèlent en même temps une attitude martiale et une calvitie bien assumée.


Sesterce de Vespasien (Photo CNG)

Titus, quant à lui, présente une coiffure plus abondante que son père, plus soignée avec de courtes mèches ordonnées parfois en rangs parallèles.


Sesterce de Titus (Photo CNG)

Contrairement à son père et à son frère Domitien n'a pas le cheveu rare; il se fait représenter assez souvent avec une barbe légère.


Sesterce de Domitien (Photo CNG)

Si l'on avait perdu les oeuvres de Suétone et de Juvénal, nous ignorerions tout de la sévère calvitie de Domitien : les monnaies montrent un homme à la chevelure abondante sans être excessive; comme son frère, Domitien est parfois représenté sur les portraits monétaires avec une courte barbe : dans l'ensemble son apparence est située dans la norme. Cependant, dans ses « Satyres », Juvénal, d'un mot, crucifie le dernier des Flaviens : il qualifie Domitien de « Néron chauve » (Juvénal, Satyres, IV). Suétone, de son côté, comme à son habitude, livre quelques détails intéressants : « Domitien avait la taille haute, un visage modeste et rougissant, de grands yeux, mais une vue assez faible; de plus il était beau, bien proportionné, surtout pendant sa jeunesse, et dans toute sa personne, si ce n'est qu'il avait les doigts de pied trop courts... Plus tard, il fut enlaidi par la chute de ses cheveux, par son obésité et par la maigreur de ses jambes [...] ». Par ailleurs, Suétone rajoute que Domitien « était si fâché d'être chauve qu'il croyait à une injure personnelle quand il entendait reprocher ce défaut à un autre par plaisanterie ou dans une dispute ». Enfin le « Néron chauve » écrivit paraît-il un opuscule intitulé « L'entretien de la chevelure » (Suét., Domit., 18). La différence entre la réalité et l'image officielle, dans le cas de Domitien, est tout à fait flagrante. Elle montre que si certains empereurs, comme Auguste se sont peu souciés de leur chevelure, d'autres au contraire s'en sont préoccupé jusqu'à l'obsession; ils n'ont pas hésité à projeter d'eux-mêmes une image complètement différente de la réalité. Ces petits arrangements avec la vérité constituent une forme de propagande assez banale; cette pratique, d'ailleurs, existe en dehors du cadre historique de l'antiquité ou même du cercle étroit des hommes de pouvoir. Quoi qu'il en soit, Nerva semble s'être davantage préoccupé de sa survie politique que de sa chevelure; quant à Trajan, ses monnaies présentent la coiffure de l'empereur de manière très uniforme : ses cheveux sont courts, lisses et bien peignés. On ne peut guère observer que quelques variations de détail sur ses portraits.

Un changement radical se produit sous Hadrien : désormais, le port de la barbe devient la règle.


Avers d'un Sesterce d'Hadrien (Photo J. Elsen - Numismate)

Voilà ce que rapporte l'auteur de l'Histoire Auguste au sujet d'Hadrien : « Il était de haute taille, bien fait de sa personne, avec une chevelure artistiquement peignée et une barbe fournie pour cacher les marques qu'il avait de naissance sur le visage » (HA, Hadrien, 26, 1). On ignore si Hadrien avait effectivement des marques disgracieuses qu'il aurait souhaité dissimuler sous sa barbe. On peut remarquer qu'il est représenté barbu sur les bas-reliefs de la colonne Trajane, de même que l'ensemble de son Etat-major. Si l'on considère, en outre, que tous les successeurs d'Hadrien portent la barbe jusqu'au début du III° siècle ap. J.-C., et que le port de la barbe perdure sous diverses formes jusqu'à Constantin, on peut noter qu'il s'agit d'un phénomène qui va bien au-delà de la simple posture esthétique individuelle.

 

Parvenus à ce stade, quelques explications générales sur la signification du port de la barbe et des cheveux dans l'antiquité romaine s'imposent. Les romains pensaient que dans leur lointain passé leurs ancêtres étaient hirsutes : ils portaient la barbe et les cheveux longs et très sommairement entretenus. Tite Live, raconte par exemple la prise de Rome par les Gaulois en 390 av. J.-C.; lorsque ceux-ci entrent dans la ville, ils ne trouvent que les vieillards restés là. C'est alors, rapporte Tite Live, que l'un des barbares « s'étant, dit-on, avisé de passer doucement la main sur la barbe de Marcus Papirius, qui, suivant l'usage du temps, la portait fort longue, celui-ci frappa de son bâton d'ivoire la tête du Gaulois, dont il excita le courroux : ce fut par lui que commença le carnage, et presque aussitôt tous les autres furent égorgés sur leurs chaises curules. » (Tite Live, Hist. Rom., V, 41). Malheur aux barbus ! Cicéron, quant à lui, pensait que les anciens romains étaient non seulement barbus, mais aussi austères : il évoque dans un de ses discours les ancêtres, « ces hommes austères, à longue barbe, tels que nous les voyons dans nos vieilles statues, dans nos anciens tableaux. » (Cic., Pro Caelio, XIV, 33). Les monétaires républicains, quand ils ont été chargés de représenter des thèmes légendaires sur les monnaies, se sont d'ailleurs eux aussi conformés au stéréotype de l'ancêtre hirsute. Une monnaie émise en 49 av. J.-C. par Pompée, représente par exemple le portrait de Numa Pompilius, l'un des trois rois des origines légendaires de Rome (cf. Crawford n°446-1).


Denier de Pompée (Photo CNG)

Il est abondamment barbu et chevelu, et correspond à la description littéraire qu'en donne Virgile dans l'Enéide : « Je reconnais les cheveux et la barbe blanche du roi romain qui fera de notre ville la première ville fondée sur des lois » (Virgile, Énéide, VI, 809-810). On pourrait citer d'autres exemples similaires.

 

Quand les Romains ont-ils commencé à faire usage des ciseaux et du rasoir ? Varron affirme que le premier barbier est arrivé à Rome en provenance de Sicile, hellénisée et civilisée de longue date, vers 300 avant J.-C (Varron, De re rustica, II, XI, 10). L'usage du cheveu court et de la barbe rase se répand alors chez les romains. Le premier à se raser quotidiennement fut, selon Pline l'Ancien et Aulu Gelle, Scipion l'Africain. « P. Scipion l'Africain et d'autres personnages distingués de son siècle avaient l'habitude de se raser les joues et le menton avant d'être parvenus à la vieillesse », rapporte Aulu Gelle dans ses « Nuits Attiques ». A la suite de cette première remarque, il rajoute quelques intéressantes notations : « En lisant l'histoire de la vie de P. Scipion l'Africain, je remarquai un passage où l'on rapportait que P. Scipion, fils de Paul, après avoir triomphé des Carthaginois et exercé les fonctions de censeur, fut cité devant le peuple par le tribun Claudius Asellus, auquel il avait retiré son cheval pendant sa censure; que, Scipion, quoique accusé, n'en continua pas moins de se raser, de se montrer vêtu d'une robe blanche; en un mot, qu'il ne prit rien de l'appareil ordinaire des accusés. Comme Scipion, à cette époque, avait près de quarante ans, je fus tout étonné de voir qu'à cet âge il se rasait la barbe. Mais bientôt je m'assurai qu'à cette époque les autres personnages de distinction de son âge avaient coutume de se raser. C'est pour cela que nous voyons beaucoup d'anciens portraits où sont représentés sans barbe des hommes qui, sans être vieux, sont déjà au milieu de leur carrière » (Aulu Gelle, Noct. Att., III, 4; cf. également Pline l'Ancien, Hist. Nat., 1, VII, 59, 211). Ce texte introduit des éléments tels que l'âge qui compliquent un peu la question et on se doute bien que l'histoire capillaire n'est pas aussi simple et linéaire que ce qu'ont pensé Varron ou Pline l'Ancien.

 

Les Romains n'ont pas systématiquement porté la barbe et les cheveux longs jusqu'au temps de Scipion. Rasoirs et ciseaux existent en Étrurie et dans le Latium bien avant cette période, comme l'attestent de nombreuses trouvailles archéologiques. Il apparaît cependant que la mode du cheveu court et de la barbe rase est largement dominante dans l'Empire entre le I° siècle avant J.-C. et la période d'Hadrien. C'est probablement Ovide qui a dressé le meilleur portrait de ce que devait être à ses yeux l'apparence capillaire idéale du romain : « Une simplicité sans art est l'ornement qui convient à l'homme.[...] Que tes cheveux, mal taillés, ne se hérissent pas sur ta tête; mais qu'une main savante coupe et ta chevelure et ta barbe. » (Ovide, Ars. Amat., I, 503-522). Mais la réalité est un peu plus complexe, plus variée. En ce qui concerne la barbe, il existait les adeptes du rasoir ou du ciseau. Auguste, comme nous l'avons vu ci-dessus, d'après ce que rapporte Suétone, se faisant tantôt raser, tantôt tondre la barbe (Suét., Aug., 79). Cette affirmation est en contradiction avec ce que note Pline l'Ancien, qui écrit qu'Auguste utilisait toujours le rasoir (Pline, Hist. Nat., 1, VII, 59, 211). Quoi qu'il en soit, Suétone, rapporte comme une bizarrerie qu'Othon se soit rasé tous les jours. Il est probable que, la plupart du temps, les Romains n'étaient pas rasés de près; ils devaient porter une courte barbe bien taillée, telle que la portent par exemple nombre d'empereurs au cours de la seconde moitié du III° siècle ap. J.-C., et que l'on peut observer sur de nombreuses monnaies. C'est d'ailleurs l'ordre naturel des choses, selon Ovide, qui écrit dans Les Métamorphoses que « L'oiseau est embelli par son plumage, la brebis par sa toison : ainsi la barbe sied à l'homme, et un poil épais est pour son corps un ornement. » (Ovide, Les Métamorphoses, XIII, 831-851).

 

La barbe et les cheveux complètement incultes sont, dans l'ensemble, mal vus. De même, le rasage et ou l'épilation à outrance sont suspects. Othon a le courage d'un homme, mais son rasage quotidien est qualifié par Suétone de « coquetterie de femme » (Suétone, Othon, XII). Ovide, lui, est encore plus net : il affirme sans nuance que se friser les cheveux avec un fer chaud ne convient qu'aux eunuques, aux homosexuels, ou, à la rigueur, ... aux femmes (Ovide, Ars. Amat., I, 503-522 ). Cicéron quant à lui écrit ceci à propos d'un certain C. Fannius Chaerea : « A elle seule, cette tête, avec ses sourcils rasés de près, ne nous paraît-elle pas sentir la perversité, proclamer la fourberie ? Du bout des pieds au sommet du front, - si l'extérieur des hommes, sans un mot, suffit à la révéler, Chaerea ne nous semble-t-il pas un composé de fraude, de tromperie et de mensonge ? S'il se fait toujours raser la tête et les sourcils, c'est pour justifier l'expression : "pas un poil d'honnête homme" » (Cicéron, Pro Roscio Comoedo, 20). Les chauves étant à ce point mal vus, on comprend que les hommes souffrant de calvitie soient mal à l'aise. On a dit déjà à quel point Domitien regrettait ses cheveux. Jules César lui-même, d'après Suétone, « supportait très péniblement le désagrément d'être chauve, qui l'exposa maintes fois aux railleries de ses détracteurs. Aussi ramenait-il habituellement sur son front ses rares cheveux de derrière; et de tous les honneurs que lui décernèrent le peuple et le sénat, aucun ne lui fut plus agréable que le droit de porter en toute occasion une couronne de laurier. » (Suétone, César, XLV).Il est vrai que les monnaies de César le présentent avec une couronne de laurier qui couvre largement sa tête, masquant ainsi les rares cheveux qui lui restent, et ces portraits semblent donner raison à Suétone...


Denier de César (Photo BNF)

 

A la barbe est associée l'idée de masculinité, mais aussi l'idée de jeunesse et de vieillesse, ainsi que quelques autres états ou attitudes. En effet, la rasure de la barbe et du duvet naissant des jeunes romains était l'occasion d'un rite de passage qui marquait la sortie de l'adolescence et l'entrée dans l'âge adulte. Suétone évoque ainsi la « depositio barbae » de Caligula : « A l'âge de 19 ans, Tibère l'ayant fait venir à Capri, en un même jour il prit la toge et se fit raser la barbe, sans recevoir aucun des honneurs qu'avaient obtenus ses frères pour leur début dans le monde » (Suétone, Caligula, X). Contrairement à Caligula, qui n'a peut-être pas reçu tous les honneurs de sa « depositio barbae », une grande fête est organisée en l'honneur de la rasure de la première barbe de Néron : « Dans les jeux gymniques qu'il donna dans l'enceinte des élections, il se fit couper la barbe pour la première fois, dans la pompe d'une hécatombe, et il la renferma dans une boite d'or enrichie de perles les plus précieuses, qu'il consacra à Jupiter Capitolin » (Suétone, Néron, XII).


Sesterce de Néron (Photo CNG)

Il arrivait en effet que les romains, dont certains craignaient fortement leurs dieux, leur offrent leur barbe ou même leurs cheveux; à moins que leur geste ne s'explique par la force de la tradition (cf. Censorinus, De Die Natali Liber, I, 10 ou encore Plutarque, Vie de Thésée, V). Cependant, les empereurs semblent s'être contentés d'offrir leur première barbe à Jupiter. Ce rituel de la « depositio barbae » permet d'expliquer pourquoi les princes apparaissent parfois barbus sur leurs bustes monétaires : la barbe souvent légère qu'ils arborent exprime leur jeunesse ou leur état d'adolescent.

 

Les romains se laissent éventuellement pousser barbe et cheveux en signe de deuil, ou en cas de coup dur, politique ou autre. Ainsi, Sénèque décrit un Caligula pitoyable après la mort de sa sœur Drusilla, avec laquelle il entretenait des relations incestueuses. « Caligula, écrit-il, évita après la perte de sa sœur Drusilla, la vue et le commerce de ses concitoyens [...] Ce même Gaius (Caligula), dans tous les caprices du délire, tantôt laisse croître sa barbe et ses cheveux, tantôt parcourt en égaré les rivages d'Italie et de Sicile, n'étant jamais bien sûr s'il veut, pour Drusilla, des pleurs ou des autels » (Sénèque, Consolation à Polybe, 17, 4-5). A défaut de deuil véritable, on peut laisser pousser sa barbe et ses cheveux en cas de forte tension politique. « Cicéron, voyant le danger dont le menaçait la haine de ses ennemis, prit la robe de deuil, laissa croître sa barbe, et allait partout supplier le peuple de lui être favorable » (Plutarque, Vie de Cicéron, XXX). César et Auguste, quant à eux furent très affectés paraît-il par des défaites militaires. César avait pour ses soldats une telle affection « que lorsqu'il apprit la défaite de Titurius, il laissa croître sa barbe et ses cheveux, et il ne les coupa qu'après l'avoir vengé. » (Suét., César, 67). Pire encore, Auguste, quand il apprit la nouvelle du désastre de Varus, qui perdit trois légions en Germanie, « fut tellement consterné de ce désastre, qu'il laissa croître sa barbe et ses cheveux plusieurs mois de suite, et qu'il se frappait de temps en temps la tête contre la porte, en s'écriant: "Quintilius Varus, rends-moi mes légions". L'anniversaire de cette défaite fut toujours pour lui un jour de tristesse et de deuil » (Suét., Auguste, 23). Enfin, il arrive souvent que les morts soient représentés avec une barbe légère; les anciens n'ignoraient pas que la barbe continue à pousser quelques temps après la mort. Ils associaient en outre cette « barbula » à la jeunesse, comme nous l'avons vu. L'image de la barbe chez le mort antique a peut-être été comprise comme un signe de jeunesse éternelle.

 

Dès l'époque de la République, il existe des modes à Rome. L'entourage de Catilina est rempli de jeunes gens à la mode que Cicéron décrit impitoyablement : « Vient enfin une dernière classe, et c'est en effet la dernière par l'avilissement de ceux qui la composent. Ce sont les hommes de Catilina, c'est son élite, on plutôt ce sont ses amours et ses délices. Vous les reconnaissez aux parfums de leur chevelure élégamment peignée, à leur visage sans barbe, ou à leur barbe arrangée avec art, à la longueur de leurs tuniques, et aux manches qui couvrent leurs bras efféminés; enfin, à la finesse des tissus qui leur servent de toges; hommes infatigables qui signalent, dans des festins prolongés jusqu'à l'aurore, leur patience à supporter les veilles. Ce vil troupeau renferme tous les joueurs, tous les adultères, tout ce qu'il y a de débauchés, sans mœurs et sans pudeur. Ces jeunes gens, si délicats et si jolis, savent bien autre chose que chanter et danser, qu'aimer et être aimés; ils savent darder un poignard et verser du poison. » (Cicéron, In Catil., II, 10). Ovide, dont une partie des idées a été exposée précédemment, évoque « le plaisir de se friser les cheveux au fer chaud » qu'il trouve tout à fait indigne de tout homme qui se respecte (Ovide, Ars. Amat. I, 503). Sénèque lui aussi dénonce les élégants : « Direz-vous livrés au repos, ceux qui passent tant d'heures chez un barbier, pour se faire arracher le moindre poil qui leur sera poussé pendant la nuit, pour tenir conseil sur chaque cheveu, pour qu'on relève leur coiffure abattue, et qu'on ramène également de chaque côté du front leurs cheveux clairsemés ? Comme ils se mettent en colère, si le barbier, croyant avoir affaire à des hommes, met à les raser quelque négligence ! Comme ils pâlissent de courroux, s'il leur a coupé les faces d'un peu trop près, si quelques cheveux dépassent les autres, si tous ne tombent pas en boucles bien égales ! Est-il un seul d'entre eux qui n'aimât mieux voir sa patrie en désordre, que sa coiffure ? qui ne soit plus inquiet de l'ajustement de sa tête, que de sa santé ? qui ne préférât être bien coiffé qu'homme de bien ? Appelez-vous oisifs, ces hommes toujours occupés entre le peigne et le miroir ? » (Sénèque, De la brièveté de la vie, XII, 3). La position de divers auteurs opposés aux modes capillaires apparaît comme un phénomène récurrent de l'histoire romaine. Cicéron au premier siècle avant J.-C., Ovide ou Sénèque au premier siècle après J.-C., récusent les modes qui ne correspondent pas à leur conception de l'homme romain. A partir du III° siècle après J.-C. les apologistes chrétiens, tels que Tertullien, ainsi que quelques Pères de l'Église prennent le relais, prônant eux aussi l'austérité. Mais au début de l'empire, la mode suit son cours malgré tout dans l'aristocratie romaine : les élégants se font friser les cheveux au fer chaud, il les font agencer en étages savamment ordonnés. Les portraits monétaires d'empereurs tels que Néron et d'Othon illustrent parfaitement ces usages capillaires.

 

Mais les modes changent. Aulu Gelle, auteur du II° siècle après J.-C. perçoit cette évolution sans bien parvenir à l'expliquer (cf. Aulu Gelle, Nuits Attiques, III, 4, passage cité ci-dessus). Il est surpris que Scipion continue à se raser la barbe au delà de l'âge de 40 ans et, affirmant ceci, il donne la norme de son temps : les hommes âgés de plus de 40 ans, en principe, cessent de se raser. La barbe est donc associée à la vieillesse et à l'expérience. L'auteur de la vie d'Hadrien dans l'Histoire Auguste rapporte ainsi qu'Hadrien « rendait visite aux soldats malades dans leurs quartiers, choisissait le lieu approprié pour établir le camp, ne conférant le cep de vigne, insigne des centurions, qu'à des hommes robustes et de bonne réputation, ne nommait tribuns que des individus portant une barbe fournie et ayant un âge qui leur permît, grâce à l'expérience que donnent les années, de posséder l'expérience nécessaire au tribunat » (HA, Hadrien, 10). Ailleurs, le même auteur décrit ainsi Pertinax : « C'était un vieillard d'aspect vénérable : longue barbe, cheveux tirés en arrière, un corps assez massif au ventre proéminent, mais une allure impériale » (HA, Pertinax, XII).


Denier de Pertinax (Photo CNG)

Cette description élogieuse dessine le portrait très positif d'une sorte de patriarche barbu. Le portrait de Septime Sévère n'est pas moins flatteur : « C'était un bel homme, de taille imposante. Il avait une longue barbe, des cheveux blancs frisés, un visage noble, une voix agréable, mais avec une pointe d'accent africain qu'il conserva jusque dans sa vieillesse. » (HA, Sévère, XIX).


Avers d'un aureus de Septime Sévère (Photo CNG)

En principe, les cheveux blancs sont également perçus comme un signe positif, d'expérience. Cependant, Sénèque ne peut s'empêcher de formuler une mise en garde à ce sujet : « Ce n'est donc pas à ses rides et à ses cheveux blancs, qu'il faut croire qu'un homme a longtemps vécu : il n'a pas longtemps vécu, il est longtemps resté sur la terre. Quoi donc ! pensez-vous qu'un homme a beaucoup navigué, lorsque, surpris dès le port par une tempête cruelle, il a été çà et là ballotté par les vagues, et qu'en butte à des vents déchaînés en sens contraire, il a toujours tourné autour du même espace ? il n'a pas beaucoup navigué, il a été longtemps battu par la mer » (Sénèque, De la brièveté de la vie, 7, 10).


A l'exception notable de Trajan, les empereurs du II° siècle portent la barbe.


Sesterce de Trajan (Photo CNG)

Selon une très ancienne pratique grecque, les philosophes ou ceux qui voulaient se faire passer pour tels, arboraient une barbe longue, épaisse et peu ou pas soignée, ainsi qu'un manteau de rude étoffe, le pallium. On croise ça et là, dans la littérature gréco-romaine cet archétype du philosophe à longue barbe. Plutarque décrit par exemple dans la Vie de Phocion « un certain Archibiade, surnommé le Laconiste, qui portait la barbe extrêmement longue, s’habillait toujours d’un manteau grossier et affectait un air sombre. » (Plut., Vies des Hommes Illustres, Phocion, X). Nombre de poètes suivent aussi, la même règle capillaire, si l'on en croit Horace : « Pour Démocrite, écrit-il, l'homme de génie est plus favorisé du sort que le malheureux qui peine à devenir habile, et l'Hélicon n'est pas fait pour les poètes raisonnables. Sous ce prétexte, la plupart des écrivains ne se taillent plus les ongles, laissent pousser leur barbe, cherchent la solitude, fuient les bains. Ah! le beau moyen d'obtenir le nom glorieux de poète que de ne pas confier au barbier Licinus une tête que ne guérirait pas l'ellébores de toutes les Anticyres! Je suis un beau maladroit, moi, de me purger au printemps! Si je ne le faisais pas, personne ne me surpasserait comme poète! » (Horace, L'Art poétique,3° partie, v. 295-300). Mais Horace n'adhère pas à cette mystique du génie poétique barbu à long manteau et se propose d'enseigner quelques lignes de conduite pour bien maîtriser l'Art poétique. L'adoption de la barbe par Hadrien semble correspondre à son adhésion personnelle à la philosophie stoïcienne. « Il eut des rapports de franche amitié avec les philosophes Épictète et Héliodore, et, sans que je les désigne tous par leurs noms, - avec des grammairiens, rhéteurs, musiciens, géomètres, peintres, astrologues » (HA, Hadrien, XVI, 10). Marc Aurèle et Antonin le Pieux eux aussi adhèrent au stoïcisme et arborent une tenue affectant la rudesse et la sévérité primitives.


Aureus d'Antonin le Pieux (Photo CNG)


Avers d'un Sesterce de Marc Aurèle (Photo J. Elsen - Numismate)

Le II° siècle est le temps des empereurs philosophes et barbus. Il n'est plus question de barbe rase : l'auteur de l'Histoire Auguste rapporte une anecdote intéressante à ce sujet : « On raconte également [que Lucius Verus] se fit couper la barbe en Syrie pour complaire à une maîtresse de bas étage, ce qui déchaîna contre lui les sarcasmes des Syriens.» (HA, Ver., VII).


Denier de Lucius Verus (Photo CNG)

L'influence stoïcienne se prolonge au III° siècle et même au-delà.

Tous les empereurs barbus ou non, qu'ils aient eu les cheveux lisses, naturellement ou artificiellement frisés, ras, longs, ou mi-longs, n'ont pas forcément, à l'image de Marc Aurèle, modelé l'apparence de leurs cheveux ou de leur barbe en fonction de considérations philosophiques ou littéraires. Certains ont simplement profité des croyances fortement ancrées dans la tradition gréco-romaine. Ainsi, généralement, les auteurs antiques, à l'exception de Sénèque qui se méfie, prêtent aux cheveux blancs une valeur positive de vieillesse et d'expérience ou même parfois de beauté. Suétone, par exemple, écrit au sujet de Claude que « ses cheveux blancs ajoutaient à la beauté de sa figure » (Suét., Claude, 30). De même, en général l'antiquité admirait les cheveux blonds. Auguste, rapporte Suétone, avait les « cheveux légèrement bouclés et tirant sur le blond » (Suét. Aug., 79), de même que Néron : bien que, paraît-il, son corps soit couvert de taches et malodorant, « sa chevelure tirait sur le blond » (Suét., Néron, 51). Voilà comment l'historien grec Hérodien décrit l'empereur Commode : « l'Empereur joignait une apparence remarquable, tant par ses heureuses proportions physiques que par la beauté de son mâle visage. Car ses yeux étaient ardents et ses regards plein de feu. Sa chevelure, naturellement blonde et bouclée, jetait des éclats si flamboyants, s'il venait à marcher au soleil, que certains croyaient qu'à chacune de ses sorties on la saupoudrait d'une poussière d'or; d'autres y voyaient la marque d'une origine divine et affirmaient qu'un halo céleste entourait sa tête. Un léger duvet lui couvrait les joues, comme une efflorescence. » (Hérodien, I, 7, 5, I). L'Histoire Auguste n'est pas moins riche au sujet des empereurs blonds. On peut y lire par exemple au sujet de Diaduménien qu'il « était un enfant d'une rare beauté : taille élancée, cheveux blonds, yeux noirs, nez aquilin [...] A peine avait-il reçu les vêtements d'écarlate et de pourpre, ainsi que les autres insignes militaires du pouvoir impérial qu'il resplendit comme s'il venait des étoiles ou du ciel; aussi fut-il chéri de tous à cause de sa beauté. (HA, Diaduménien, 3).


Denier de Diaduménien (Photo CNG)

Le jeune empereur, du seul fait de sa blondeur, bénéficie d'emblée d'une sorte d'aura divine.

 

On voit bien par ces textes que ce qui est en cause c'est la croyance dans la divinité des empereurs. Dans la tradition gréco-romaine, l'idée est bien ancrée que Jupiter est toujours barbu; le dieu des dieux arbore d'abondants cheveux bouclés tandis qu'Apollon, dieu solaire, est toujours blond mais imberbe (cf. Cicéron, De Natura Deorum, I, 30 et 36). Du coup, les cheveux naturellement bouclés, surtout s'ils sont associés à la blondeur, comme dans le cas d'Auguste ou de Commode, peuvent être perçus comme un signe de divinité.


Sesterce de Commode (Photo CNG)

Apollon est blond mais imberbe, Commode est blond et barbu comme l'attestent ses portraits monétaires ? Qu'importe : Hérodien transforme cette barbe non Apollinienne en un « léger duvet qui lui couvre les joues » (Hérodien, loc. cit.). Néron, quand à lui, se prend pour Apollon; il revêt sur certains de ses portraits monétaires la couronne radiée qui symbolise les rayons du soleil. Il en va de même de Caligula. « D'ordinaire, rapporte Suétone, il paraissait avec une barbe d'or, tenant en main les insignes des dieux, la foudre, le trident ou le caducée. On le vit aussi avec les attributs de Vénus. » (Suétone, Caligula, 52). La barbe d'or, c'est aussi la barbe des dieux. Certains empereurs tels que Commode ou Gallien, ont intentionnellement doré leur barbe pour paraître semblables à des dieux. Au sujet de Gallien, on lit dans l'Histoire Auguste qu'il « parsema sa chevelure de poussière d'or et porta souvent dans ses déplacements une couronne radiée » (HA, Gallien, 16).


Antoninien de Gallien (Photo CNG)

Lucius Verus, aurait agi de même : « Verus avait une belle prestance, un visage avenant, avec une longue barbe à la mode barbare, une taille élevée et un front assez bombé au dessus des sourcils qui lui donnait un air noble. Il prenait, dit-on, un tel soin de ses cheveux blonds qu'il se saupoudrait la tête de paillettes d'or pour que leur brillant accentuât encore la blondeur de sa chevelure. » (HA, Lucius Verus, 10). Le cas de Commode, qui aurait lui aussi couvert sa chevelure de poudre d'or pour accroître une rayonnement véritablement solaire, est sans doute le plus emblématique de tous. On peut dire finalement que certains empereurs ont bénéficié de croyances bien ancrées dans la culture gréco-romaine. Certains, cyniquement, ont utilisé ces croyances à leur avantage. Dans certains cas, ils ont peut-être même fini par se prendre réellement pour des dieux. Si la popularité des cheveux ou de la barbe blonde ne se dément pas pendant toute l'antiquité, en général, la postérité est plus que défavorable aux empereurs blonds ou « tirant sur le blond », tels que Néron, Commode ou Gallien.

 

A partir de Caracalla, les empereurs portent à nouveau les cheveux courts et sans boucles artificielles. Quant au port de la barbe stoïcienne, la mode s'interrompt. La barbe, désormais se porte très courte. Certains princes, comme Gordien III, sont de nouveau rasés de près.


Sesterce de Gordien III (Photo CNG)

Macrin, Pupien et plus tard Postume sont les derniers à arborer la longue barbe du philosophe.


As de Macrin (Photo CNG)


Sesterce de Pupien (Photo CNG)

Après Gallien, les princes illyriens arborent assez uniformément des cheveux courts et une barbe légère. C'est le cas notamment d'Aurelien.


Avers d'un aureus d'Aurelien (Photo BNF)


Cet usage persiste jusqu'à Licinius. Seuls les cheveux bouclés de Quintille font exception dans cette galerie de portraits aux cheveux courts et aux barbes rases. [


Antoninien de Quintille (Photo CNG)

Constantin est le premier empereur chrétien. Avant sa conversion au christianisme, il adhère au culte de Sol Invictus. En matière capillaire, il porte d'abord la barbe rase et les cheveux court conformes à la mode de fixée par ses prédécesseurs.


Bronze de Constantin I (Photo CNG)

Sa conversion au Christianisme le pousse, semble-t-il pour se démarquer de la religion traditionnelle, à se faire raser de près; par ailleurs, Constantin adopte au cours des dernières années de son règne une coupe de cheveux qui rappelle celles d'Auguste et des débuts de l'Empire.


Avers d'un aureus de Constantin I (Photo BNF)

Ce choix est le résultat d'une volonté politico-religieuse. La plupart des empereurs du IV° siècle se conforment à cette nouvelle orientation capillaire. Mais avant sa disparition, le paganisme, la barbe de philosophe et l'abondante chevelure font une sorte de baroud d'honneur par l'intermédiaire de Julien II. Ce prince tente de réagir contre le christianisme conquérant. Son retour au paganisme se traduit concrètement par l'adoption d'une barbe philosophique ostentatoire et d'une chevelure abondante. Le profil barbu très caractéristique de Julien figure naturellement sur ses portraits monétaires.


Bronze de Julien II (Photo CNG)

Mais le christianisme a déjà fait des progrès décisifs en particulier dans la partie orientale de l'empire. Aussi l'empereur subit-il les quolibets de certains de ses sujets. A Antioche le peuple se moque de l'aspect du prince « tendant son menton orné d'une barbe de bouc » (Ammien Marcellin, Histor. l. XXII, 14). Qu'à cela ne tienne : Julien écrit en 363 un ouvrage intitulé le « Misopogon » c'est-à-dire « L'ennemi de la barbe », dans lequel il justifie de manière très spirituelle son choix capillaire. Il écrit notamment aux habitants d'Antioche : « Mais puisque vous déplaisent la longueur de notre barbe, la négligence de notre chevelure, notre éloignement du théâtre, notre respect pour les choses sacrées, par dessus tout notre zèle à juger, notre volonté de mettre un terme aux exactions du marché, bien volontiers, nous sortons de notre ville » (Julien, Misopogon). Le mépris de Julien II pour les habitants d'Antioche joint à sa longue barbe ne suffisent pas malgré tout pour lutter contre le christianisme triomphant de cette époque.

 

On peut lire toutes sortes de conceptions, sociales, politiques, philosophiques, religieuses ou tout simplement esthétiques, dans la façon dont les empereurs ont ordonné et présenté leurs cheveux et leur barbe. Il n'existe pas une signification linéaire, unique et définitive du port de la barbe et des cheveux par les empereurs. L'image qu'ils ont présentée d'eux-même sur les monnaies est souvent idéalisée. La plupart des empereurs se sont contentés de se conformer à des modes. D'autres au contraire, tels que Constantin et Julien, ont volontairement choisi une apparence capillaire qui est une forte affirmation de leurs convictions politiques et religieuses. Entre ces deux positions assez extrêmes, les maîtres de l'empire, nombreux et dont les personnalités sont très variées, ont adopté toute sortes d'attitudes : l'indifférence (Auguste), la chevelure mondaine à la mode (Néron, Othon), le conformisme total (Claude). En définitive, c'est sans doute dans la psychologie individuelle des empereurs que l'on trouve les meilleures explications de leurs attitudes.


 

BIBLIOGRAPHIE

 

Les textes des divers auteurs antiques cités existent dans de nombreuses éditions; on peut trouver les principaux textes traduits en français en livre de poche (notamment dans la collection Folio Classiques, éd. Gallimard., ou encore chez Garnier-Flammarion). Les éditions « Les Belles Lettres » publient des extraits de certaines oeuvres en éditions bilingues dans la collection Classiques en poche (cf. en particulier le Misopogon de Julien, éd. 2003). C'est également aux Belles Lettres, dans la Collection des Universités de France (CUF) que sont publiées les oeuvres complètes des auteurs grecs ou latins, des plus célèbres aux plus confidentiels, avec de solides apparats critiques (cf. www.lesbelleslettres.com). On peut citer enfin la remarquable édition bilingue de l'Histoire Auguste, par A. Chastagnol, éd. Robert Laffont, dans la collection « Bouquin », Paris, 1994.

Etudes :

H. Leclerq, articles « Barbe » et « Chevelure » dans le « Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie », éd. F. Cabrol, Paris, 1910,

P. Bastien, « Le buste monétaire des empereurs romains », t. I-III, Wetteren (coll. "Numismatique romaine, essais, recherches et documents", XIX), 1992, 1993, 1994.

Dernière mise à jour : ( 01-09-2008 )
 
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