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16-10-2018
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Les monnaies de France par B. Fillon (1850) - Préface
Les diverses branches de la science historique sont unies par des liens plus ou moins directs. Lorsque l'on étudie l'une d'elles, on est à chaque instant obligé de faire des emprunts aux autres, et souvent la solution d'une difficulté tient à des rapprochements qui paraissent d'abord impossibles. C'est surtout dans les questions d'ensemble que l'on reconnaît la vérité de ce principe ; mais alors il faut se placer à une certaine hauteur, et soumettre ses recherches à un système régulier qui permette de saisir le côté philosophique des faits.

La numismatique, envisagée sous ce point de vue, devient l'une des sources les plus pures et les plus abondantes de l'histoire. Cependant, il faut bien le dire, un petit nombre seulement de ceux qui recueillent nos monnaies nationales ont dirigé leurs études vers un pareil but. Les amateurs, préoccupés du soin d'enrichir leurs séries, ne sont presque jamais sortis des discussions de chroniques locales, et ont rarement songé à réunir en un seul cadre les données générales que l'on possède sur la matière. Or, agir de la sorte, et scinder les monnaies de France en une foule de petites divisions plus ou moins arbitraires, c'est fermer la voie des découvertes; c'est vouloir fractionner une science qui tient tout d'une pièce.

Dans le travail que je soumets à l'appréciation des archéologues, je n'ai pas la prétention de combler cette lacune. J'ai simplement voulu grouper quelques idées, dont les unes me semblent nouvelles, et dont les autres ont déjà été émises, mais n'ont pas été présentées sous le même aspect. J'ai essayé, en un mot, de tracer le plan d'une classification logique et raisonnée des monnaies de France, à quelque catégorie qu'elles appartiennent.
Celle par règnes, qu'emploient presque tous les amateurs, est défectueuse et fait souvent commettre de graves erreurs. Qu'il s'agisse, par exemple, de cataloguer ou de placer dans un médailler les pièces frappées à des types permanents, pendant une longue suite d'années, à Melle, à Bordeaux, à Limoges, et dans une foule d'autres villes; qu'arrivera-t-il si l'on s'en tient à la méthode ordinaire? Les époques seront confondues, la donnée historique sera pervertie, et ces monuments, au lieu d'être un intéressant sujet d'étude, ressembleront aux vieilleries étalées sans ordre sur la devanture d'un marchand de bric-à-brac.

La classification par provinces et ateliers monétaires est infiniement plas rationnelle, et ses avantages n'ont point échappé à quelques antiquaires. Elle s'applique aussi bien aux royales qu'aux seigneuriales, classes de monnaies entre lesquelles il est fort difficile, pour ne pas dire illusoire de tracer une ligne de démarcation pendant les Xème, XIème et XIIème siècles. J'ai surtout insisté sur cette période si peu connue qui est la clef de la numismatique du moyen-âge.

Dans mes investigations, il m'est arrivé de sortir des routes tracées et d'oser en prendre de nouvelles. Ai-je réussi à foire avancer la science de quelques pas et à renouer les chaînons interrompus de l'histoire monétaire de nos provinces? Ceux qui sont à même de consulter des collections nombreuses et d'étudier les monuments originaux seront mes juges.

D'un autre côté, j'ai demandé à l'art, cette expression vivante de l'état social des peuples, des éléments de saine critique et je me suis attaché à montrer l'intime corrélation qui existe entre les systèmes de monnayage et les faits politiques au milieu desquels ils ont pris naissance. La numismatique est souvent le meilleur moyen de connaître la situation financière de chaque époque, et l'on sait que la question du numéraire joua toujours un grand rôle dans les destinées des nations.

Notre histoire métallique sera ainsi affranchie à son tour des bornes étroites qui en faisaient une suite de preuves des généalogies des familles princières. Le titre, le poids, le type, tous les caractères de la fabrication des espèces seront autant de témoignages irrécusables de la grandeur, de la bonne foi ou de la tyrannie des princes, de la prospérité ou de la misère de ceux qu'ils furent chargés de conduire. L'historien, l'artiste, le géographe, l'archéologue, le philosophe, y trouveront donc tour à tour d'amples matériaux qu'ils sauront utiliser au profit de la science et de l'art.

On me reprochera sans doute d'avoir été parfois trop bref et trop concis. Certains passages comportaient en effet de plus longs détails ; mais, gêné dans mes allures par de continuelles entraves qui, Dieu merci, n'existeront plus désormais, j'ai fait trop souvent des concessions préjudiciables à la valeur du livre. Je ne sais si plus tard il me sera permis de développer les questions que j'ai soulevées. Ayant abandonné depuis plusieurs années la numismatique, il me faudrait travailler sur de nouveaux frais. Et d'ailleurs, à l'époque solennelle où nous vivons, sommes-nous bien sûrs du lendemain? Les événements nous pressent, et j'ai hâte d'apporter à mes collègues un faible tribut de reconnaissance et d'affection.

L'exposé qui va suivre montrera encore ce grand peuple de France exerçant sur l'Europe la haute magistrature et l'esprit de prosélytisme qui le distingue. Ses monnaies, comme ses mœurs et ses institutions, furent copiées des bords du Tage à ceux de la Vistule, et pénétrèrent même en Asie. Sous quelque face qu'on l'envisage, on est forcé de reconnaître sa suprématie intellectuelle, et d'avouer que l'on pourrait avec raison intituler son histoire tout entière : Gesta Dei per Francos.
Fontenay-Vendée, 10 octobre 1850.
Dernière mise à jour : ( 04-04-2009 )
 
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