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Tibere : un empereur etrange

Tibère, l'étrange empereur

Buste de Tibère, tête laurée. Tibère (né en 42 av. JC, mort en 37 ap. JC) est empereur entre 14 et 37 ap. JC. Il est moins connu que Jules César ou Auguste, peut-être parce qu’il ne fut pas aussi mégalomaniaque que ses prédecesseurs. De plus, sa figure est moins romantique que celle d'un Marc Antoine, qui se perd en Egypte dans les bras de Cléopâtre. Au contraire, Tibère, légèrement associal, n'offre qu'un triste profil. Son règne, pourtant, est très intéressant car il est le premier à s'installer à la tête du Principat, le nouveau régime politique mis en place par Auguste. Nous essaierons de décrire la vie de Tibère, son étrange personnalité et son rapport au pouvoir, en nous demandant particulièrement quel fut son impact sur les institutions de l'empire, qui étaient encore très récentes et incertaines.

 

Les débuts de Tibère (42-12 av. JC)

Tibère naquit à Rome, au Palatium, seize jours avant les calendes de décembre (Suét., Tib., V), en 42 av. JC, d'une ascendance noble. Ses parents, Ti. Claudius Nero et Livia Drusilla (Livie), étaient tous les deux issus de la gens Claudia, une des ces familles patriciennes qui pourvoyaient de nombreux serviteurs à la république romaine depuis des générations. Buste de Livie Tibère était donc destiné par sa naissance à la vie publique. Mais il naît pendant une période de grands bouleversements. A cette époque, les guerres civiles font rage, et les ambiteux finissent par détruire l'ancien régime républicain. Auguste, parvenu au pouvoir, impose un régime autocratique, le Principat, qui ne garde que les apparences formelles de la République. En 39 av. JC., Tiberius Nero cède son épouse Livie, déjà mère du jeune Tibère, et, de surcroit, enceinte du petit Drusus Néron, à Octave (qui ne recevra le titre et le prénom d'Auguste, décerné par le Sénat, que plus tard). Ce changement matrimonial se fait, dit Suétone, à la demande d'Auguste (Suét., Tib., IV). Le sort du petit Tibère, même s'il ne maîtrise pas encore son destin, s'en trouve évidemment bouleversé. En tant que beau-fils d'Auguste, il devient l'un des héritiers potentiels du Principat.

d'Auguste sur l'avers d'un denier d'argent (photo Jean Elsen S.A., Numismates)

Ti. Claudius Nero meurt en 33 av. JC., et c'est à l'occasion des funérailles de son père que Tibère, alors âgé de 9 ans, fait sa première apparition publique : du haut de la tribune aux harangues, à Rome, il prononce l'éloge funèbre de son père (Suét., Tib., VI). En 31 av. JC, Octave bat son adversaire Antoine lors de la bataille d'Actium. Lors du triomphe organisé à Rome, en 29 av. JC, Tibère prend part à la cérémonie. Monté sur un cheval, avançant sur le côté gauche, il précède le char triompal. Deux années plus tard, il revêt la toge virile et il épouse Vipsania Agrippina, la fille de M. Vipsanius Agrippa, l'ami de longue date d'Auguste. Portrait d'Agrippa sur un as, frappé à Rome sous Caligula (37-41 ap. JC). 10,49 gr. A/ M AGRIPPA L-F COS III Tête à gauche, coiffée de la couronne rostrale. R/   S-C Neptune debout à gauche, tenant un dauphin et un trident (RIC 58). (photo Jean Elsen S.A., Numismates)  De ce mariage heureux, les jeunes époux ont un fils, Drusus. Par ailleurs, Tibère poursuit son apprentissage des fonctions civiles. A 17 ans, il devient questeur, et il exerce la préture et le consulat cinq ans avant l'âge normal (Dio, 53, 28, 3-4; Vell. 2, 94, 1; Suet., Tib. IX). Il plaide également comme avocat à la cour, dans diverses affaires. Son éducation militaire et diplomatique s'effectue un peu partout dans l'Empire. Il est tribun militaire lors de l'expédition militaire d'Auguste dans les Cantabres. Il se rend ensuite en Orient, en 20 av. JC (Dio 54, 8, 1-2; 9,4-5; RG 27, 2), où, à la tête d'une armée, il surveille les conquêtes d'Auguste. Sur le plan diplomatique, il place le roi Tigrane sur le trône d'Arménie, et négocie avec les Parthes le retour des enseignes militaires perdues lors du désastre de Carrhae subi par Crassus en 53 av. JC. En Occident il gouverne pendant un an la Gaule Chevelue, troublée à la fois par des incursions barbares et pas la discorde des chefs, dit Suétone (Suét., Tib., IX). Il guerroie en Rhétie et en Vindélicie, soumet des pleuples barbares dans les Alpes, et installe 40000 Germains, assignés à résidence, sur la rive gauche du Rhin.

Tout ce parcours s'explique bien en premier lieu par la position sociale de Tibère, qui, en tant que membre de l'aristocratie patricienne, suit naturellement le Cursus Honorum (la « carrière des honneurs ») traditionnel, parfois en brûlant les étapes comme le rappelle Suétone : Quant aux magistratures, dit-il, non seulement il les aborda avant l'âge, mais encore il en parcourut le cycle, questure, préture, consulat, presque sans interruption (Suét., Tib., IX). Cette carrière rapide doit aussi être envisagée par rapport au contexte de la succession d'Auguste. Ce dernier, à ce sujet, favorise délibérement sa famille, les Julii, au détriment du sentiment républicain. Dans un premier temps, le successeur désigné est son neveu Marcellus, mais celui-ci meurt prématurément en 23 av. JC. Auguste marie donc sa fille Julie à M. Vipsanius Agrippa pour lier son ami de longue date à sa famille. Des noces, officialisées en 21 av. JC, naissent deux fils, Gaius et Lucius, tous deux adoptés par Auguste en 17 av. JC.

Denier d'Auguste frappé à Lyon entre 2 av.-4 ap. JC. 3,83 gr. A/ CAESAR AVGVSTVS- DIVI F PATER PATRIAE Tête laurée tournée à droite. R/  C•L• CAESARES/ AVGVSTI F COS DESIG PRINC IVVENT Gaius et Lucius Caesar debout de face, tenant chacun une lance et un bouclier rond. Dans le champ, lituus à gauche et simpulum à droite. (RIC 210). (photo Jean Elsen S.A., Numismates)

De toute cette stratégie augustéenne, il ressort que les beau-fils, Tibère et Drusus, ne sont pas en première position dans la ligne de succession. Ils arrivaient alors après Agrippa, successeur désigné et ses fils Gaius et Lucius, pour la génération suivante. Tibère et Drusus n'étaient pas pour autant exclus définitivement de la succession : il semble qu'ils aient fait partie d'un groupe de princes remplaçants, toujours utiles en cas d'urgence.

Mais Tibère n'en reste pas à ce statut de prince supplétif. Agrippa meurt en 12 av. JC. Auguste active donc une nouvelle stratégie matrimoniale. Tibère est sommé de divorcer de Vipsania Agrippina pour se marier sur le champ avec la veuve d'Agrippa, mais aussi fille d'Auguste, Julie. C'est pour Tibère un vrai déchirement. Il quitte, contraint et forcé, une première épouse avec laquelle il était en parfait accord, dit Suétone (Suet. Tib., VII), qui lui avait déjà donné un fils, Drusus, et qui, de surcroît, était enceinte. La séparation occasionne une profonde douleur à Tibère. La douleur est d'autant plus forte, rajoute Suétone, que Tibère réprouvait la conduite de Julie à son égard, s'étant aperçu qu'elle avait du goût pour lui du vivant même de son précédent mari (Suét., Tib., VII). On ignore si Suétone, grand collectionneur d'anecdotes suspectes, n'a pas un peu embelli la réalité sur ce point précis. Tacite, lui, affirme que c'est Julie qui méprisait Tibère, le considérant comme indigne d'elle (Tac. Ann., I, 53). Quoi qu'il en soit, ils se marièrent, mais ils ne furent pas heureux. Ils eurent un enfant qui mourut en bas âge et, comble de la déliquescence du couple selon Suétone, ils finirent même par faire lit à part (Suét., Tib., VII). Quant aux relations entre Tibère et son ancienne épouse, Auguste les interdit, purement et simplement : plutôt que le bonheur conjugal au sein de sa famille, il visait une succession réussie. La suite de la vie de Tibère, inconsolable, allait montrer qu'il ne trouverait pas davantage son bonheur dans l'exercice du pouvoir. Cependant, Tibère était désormais le successeur désigné d'Auguste.

Tibère : le premier exil (12 av. JC - 2 ap. JC)

Dans un premier temps Tibère poursuit ses activés de prince héritier d'Auguste. Il se voit confier d'importantes missions en Pannonie et en Germanie entre 12 et 6 av. JC, où il obtient des succès militaires contre les barbares. Parallèlement, son expérience politique et sa titulature s'enrichissent : il est nommé consul pour la seconde fois en 7 av. JC, et, en 6 av. JC, il obtient la puissance tribunicienne (tribunicia potestas) (cf. Dio., 54, 29; 55, 8 et 9; Suét., Tib. IX). Mais brusquement, en 6 av. JC, Tibère annonce qu'il se retire de la vie publique. Il fit voile vers Rhodes, île dont le charme et la salubrité l'avaient séduit, dès le jour il y avait abordé à son retour d'Arménie (Suét., Tib., X). Ce départ inattendu a fait couler beaucoup d'encre dans l'antiquité, les auteurs se demandant quelle en était la cause. Dion Cassius, Suétone et Tacite ont pensé bien sûr qu'il était parti pour fuir sa nouvelle épouse, Julie (Dio. 55, 9; Suét. Tib. X, XI; Tac. Ann. I. 53). Ils ont aussi évoqué la raison dynastique : Tibère serait parti, contre le gré d'Auguste, pour céder la place aux fils de Julie et d'Agrippa, Gaius et Lucius. C'est l'explication que donnera Tibère en personne, plus tard, de son départ (Suét. Tib., X). Tibère aurait-il été disgrâcié par Auguste et envoyé volontairement en exil ? Il s'agit là d'une intéressante hypothèse, mais qui est malheureusement mal éclairée par les sources. La psychologie individuelle très particulière de Tibère explique-t-elle mieux cette fugue prolongée ? L'avenir montrera en effet que Tibère était très maladroit en public, et jusqu'à la fin de sa vie, il semble avoir préféré l'isolement plutôt que la vie publique.

On ignore donc si le départ de Tibère fut une démarche personnelle, si cet éloignement fut jugé comme bienvenu par Auguste, ou si, au contraire, il gêna ses plans de succession. Quoi qu'il en soit, Drusus, le frère de Tibère étant mort en Germanie en 9 av. JC. (Dio 55, 1-2), Tibère lui-même étant en exil, c'est vers Gaius et Lucius que se tournent les espérances d'Auguste. Bien qu'ils soient encore très jeunes, Auguste les associe au pouvoir : il deviennent « Princes de la Jeunesse » (Princeps Juventutis). Le message dynastique est bien véhiculé par une série de monnaies émises en grand nombre, dont l'avers montre le portrait d'Auguste et le revers les jeunes héritiers présomptifs de l'Empire (cf. photo n°5 ci-dessus). Tibère, sur son île, est divorcé de Julie par Auguste, ce qui le réjouit et entérine une situation de séparation de fait (Suét., Tib., XI), mais l'isole un peu plus. Bientôt, la durée de sa puissance tribunicienne arrive à son terme. Elle n'est pas renouvelée. Ce qui fut peut-être un départ volontaire ressemble à présent à une véritable disgrâce. Il n'attend plus désormais qu'un bateau lui apporte l'ordre de se donner la mort (Suét. Tib. XII). Il n'en est rien : en 2 ap. JC, malgré l'irritation d'Auguste à son sujet, il est rappelé de son long exil rhodien. Peut-être les requêtes de sa mère Livie et, selon Suétone, de Gaius, ont-elles été efficaces. Il faut rajouter que le sort semble avoir aidé Tibère : c'est également en 2 ap. JC que Lucius meurt de maladie à Marseille, fragilisant le plan dynastique d'Auguste.

Le retour en grâces de Tibère (2-14 ap. JC)

Après ses 7 ans d'exil Tibère s'installe de nouveau à Rome, où « il s'abandonne complètement au repos, ne remplissant que ses devoirs privés, sans prendre part aux fonctions publiques » (Suét., Tib., XV). Bien qu'isolé politiquement, il est un recours possible dans la succession d'Auguste, ce qui a évidemment dû jouer un rôle dans son rappel. Après Lucius, vient le tour de Gaius : celui-ci meurt de manière complèment inattendue, des suites d'une blessure reçue pendant un siège en Arménie[1]. Auguste n'a donc plus qu'un seul recours : Tibère, qui est de nouveau propulsé héritier officiel. Le beau-fils est adopté, en tant que fils à part entière par Auguste, et il est associé au pouvoir. Tout ceci se déroule au cours de la 4° année de notre ère. Auguste adopte également Agrippa Postumus, le troisième et dernier fils survivant de Julie et d'Agrippa. Selon Tacite, il désirait multiplier les précautions (Tac. Ann., I, 3). Aussi demande-t-il à Tibère, qui était déjà père d'un fils naturel, d'adopter Germanicus, le fils de feu son frère Drusus (4 ap. JC). [photo n°6. Monnaie de Germanicus] Auguste, dont les plans ont été contrariés par le sort, reconstitue un groupe d'héritiers après le désastre personnel que représentait pour lui la mort de Gaius et Lucius. L'adoption de Germanicus est aussi intéressante quant au lien du sang, qui préoccupe Auguste : Germanicus est le fils de Drusus et d'Antonia, qui est elle-même la fille de M. Antoine et d'Octavie, la soeur d'Auguste. Il se pourrait que cette adoption forcée de Germanicus par Tibère ait été une stratégie visant à préserver le sang des julii au pouvoir après la mort d'Auguste, par le biais d'un héritier de troisième génération incarné dans la personne de Germanicus. En fait la carrière de Germanicus s'interrompt avant d'en arriver là.

Parvenu à ce point, on peut s'interroger sur la nature exacte des relations personnelles entre Auguste et Tibère : les deux hommes s'apprécient-ils vraiment ? On trouve bien, dans les Res Gestae divi Augusti, qui sont le testament politique d'Auguste, l'écho mélancolique des pensées d'Auguste au sujet de la mort de Gaius et Lucius : « ...mes fils Gaius et Lucius Césars, que le destin m'a enlevés alors qu'il étaient en pleine jeunesse... » (RG, 14). Il n'en faut pas plus pour que Suétone en déduise qu'Auguste avait choisi Tibère comme successeur par nécessité, plutôt que par choix (Suét., Tib., XXIII). Par ailleurs, dans son testament, Auguste, évoque apparemment très froidement Tibère : « ... Tibérius Néron, écrit-t-il, qui était à l'époque mon beau-fils... » (RG 27, 2 et 30, 1); Gaius et Lucius, eux, sont toujours appelés « mes fils » (RG 14; 20, 3; 22 ; 27,2). Auguste rajoute enfin qu'il agit pour l'intérêt du peuple romain, mais cette expression, telle quelle, peut être interprétée de manière positive ou négative. C'est en substance ce que dit Suétone quand il évoque les relations personnelles d'Auguste et de Tibère. Auguste, affirme-t-il, réprouva ouvertement le caractère farouche de Tibère. [...] Cependant, rajoute-t-il, je ne peux pas croire qu'un prince si réfléchi et si prudent ait rien fait à la légère, surtout dans une affaire d'une pareille importance, mais j'estime qu'après avoir soigneusement pesé les vices et les vertus de Tibère, il trouva que celles-ci l'emportaient, surtout quand je considère que, devant l'assemblée et sous serment, il déclara l'adopter dans l'intérêt du peuple Romain » (Suét. Tib. XXI). Tacite évoque également l’idée qu'Auguste se faisait de Tibère. Auguste, rapporte-t-il, lorsqu'il demanda une seconde fois la puissance tribunicienne pour Tibère, avait glissé, dans un discours au reste favorable, quelques reflexions sur sa façon de se présenter, de s'habiller et de se conduire pour les blâmer, sous couleur de les excuser (Tac. Ann., I, 10). Finalement, Auguste apprécie peu la personnalité de Tibère, mais il ne se laisse pas pour autant guider par ses sentiments. Il agit en bon chef d'Etat.

Malgré la distance relative qui sépare les personnalités d'Auguste et de Tibère, celui-ci devient, entre 4 et 14 après JC, le successeur officiel désigné par Auguste. En conséquence il reçoit tous les attributs liés à son rang, et notamment le pouvoir proconsulaire, décerné par le Sénat, qui lui permet de diriger les Provinces conjointement avec son père adoptif (Suét., Tib. XXI). Lorsque le vieil Auguste rend son dernier souffle, le 19 août 14 ap. JC, Tibère est âgé de 55 ans; nul ne conteste le rôle d'héritier que lui a assigné Auguste.

Un début de règne râté (14 - 23 ap. JC)

Lorsqu'on envisage l'accession de Tibère au pouvoir, il ne faut pas perdre de vue la nouveauté du régime mis en place par Auguste. Cette situation, c'est-à-dire l'existence d'un régime d'allure républicaine, mais dirigé par un pouvoir personnel et autocratique, était sans précédent. Or, les premiers actes de Tibère, en ce moment décisif, sont particulièrement maladroits. Un mois après la mort d'Auguste son testament est lu et honoré au Sénat. Mais Tibère tient une sorte de discours d'investiture particulièrement confus, vague, maladroit, qui traite à la fois du Principat et de sa propre médiocrité : Seul l'esprit du divin Auguste était capable de soutenir [le Principat], dit-il. Quant à lui, il avait été appelé par Auguste à partager ses travaux, il avait appris par expérience à quel point était difficile [...] la charge de tout diriger. Aussi, dans une cité soutenue par tant d'illustres personnages, on ne devait pas tout confier à un seul; plusieurs associant leurs efforts rempliraient plus aisément les fonctions de l'Etat (Tac., Ann., I, 11). En ce grave moment de transition dynastique et institutionnelle, Tibère utilise un langage opaque, des mots ambigus, imprécis. Suétone, souvent maximaliste, rapporte les faits ainsi : Ayant convoqué le sénat en vertu de sa puissance tribunicienne, [Tibère] commença une allocution, puis, soudain, comme s'il succombait à la douleur poussa de profonds gémissements, disant qu'il voudrait perdre non seulement la parole, mais la vie, et chargea son fils Drusus de lire son discours (Suét., Tib., XXIII). Tacite, pour sa part, insiste plutôt sur l'incohérence du discours de Tibère, qui, incontestablement, sème le trouble parmi les sénateurs. Pour finir l'un d'eux l’interroge : « Je te demande, César, de quelle partie du gouvernement veux-tu que l'on te charge ? », question claire, à laquelle Tibère répond par quelques autres imprécisions. Pourtant, dans les faits, il assume pleinement le pouvoir, bien qu'il ait refusé le titre d'Auguste. De plus il aurait déclaré accepter le pouvoir, mais sans perdre l'espoir de s'en décharger plus tard. Suétone lui prête ces mots : « [J'assumerai le pouvoir] jusqu'à ce que je parvienne au moment où il pourra vous paraître légitime d'accorder quelque repos à ma vieillesse. » (Suét., Tib., XXIV).

Le trouble que ressentirent les Sénateurs lors de cette séance « d'investiture » est répercuté, peut-être même amplifié très au delà de la réalité, par Suétone, mais aussi par Tacite et les autres historiens antiques. Les historiens modernes ont aussi été déconcertés par l'attitude de Tibère, qui ne fut semble-t-il qu'un médiocre politique. Cherchant peut-être à imiter la finesse politique et institutionnelle pratiquée avec brio par son père adoptif, il ne parvint qu'à brouiller les esprits, avec des discours ambigus et un comportement étrange, légèrement pathologique. Tacite et Suétone, malgré tout, en tant qu'écrivains, s'en sont donné à coeur joie, notamment en répétant ce genre de lettre tibérienne adressée au Sénat : « Que vous écrirai-je, Pères Conscrits, et comment vous écrirai-je ? Ou que dois-je en ce moment ne pas vous écrire ? Si je le sais, que les dieux et déesses me fassent périr plus cruellement que je ne me sens périr tous les jours ! » (Suét., Tib., LXVII). Tout le règne fut ainsi : déconcertant.

Sur le plan des institutions, par contre, Tibère ne perdit pas de vue l'essentiel, c'est-à-dire la préservation du son pouvoir personnel. La suppression des faibles pouvoirs symboliques dont le peuple disposait encore illustre bien cet aspect des choses. L'élection des Tribuns de la Plèbe, qui se déroulait jusque là au Champ de Mars, par et pour le peuple, eut lieu désormais au Sénat. Les Sénateurs, d'ailleurs n'eurent plus à se soucier de faire des campagnes électorales « humiliantes », comme dit Tacite, puisque les candidats étaient à présent désignés (sans échec possible) sur proposition du Prince (Tac., Ann., I, 15). Le peuple protesta mollement, et le Sénat acquiesça. Hors de Rome, les légions de Pannonie et de Germanie, profitent de l'avènement de Tibère pour se révolter et exiger de meilleures conditions de service. Les vieux soldats estiment qu'après 30 ou 40 ans de service, ils ont bien mérité une vraie retraite, et non pas un nouveau service sous une autre forme. Après leur service actif, ils se voient en effet assignés à résidence sur des terres qu'ils doivent mettre en valeur eux-mêmes et il ont en plus la mission de surveiller les barbares. Leurs revendications portent aussi sur la solde, jugée insuffisante. La révolte se transforme en mutinerie. Les fils de Tibère, Germanicus et Drusus, sont envoyés sur place pour mettre fin au désordre[2].

Tibère, piètre politique, trouble les sénateurs; à peine arrivé au pouvoir, il subit en outre la révolte des armées du Rhin. Mais, pour le reste, il respecte l'esprit des institutions inventées par Auguste, notamment en renforçant le pouvoir personnel et dynastique du prince. Il met en oeuvre, à son tour, ses propres plans dynastiques. La première victime de ces nouvelles dispositions, c'est peut-être Agrippa Postumus, fils adoptif d'Auguste, assassiné juste après la mort de son père dans des circonstances troubles, alors qu'il était déjà disgrâcié depuis 6-7 ap. JC. Tacite dit sans détour ce qu'il pense de cette affaire : le commanditaire du meurtre, affirme-t-il, c'est sans conteste Tibère (Tac., Ann., I, 7). Ce dernier semble d'ailleurs, par moments, avoir mauvaise conscience; il déclare un jour à ses amis « qu'ils ne savent pas quel monstre était l'empire » (Suét., Tib., XXIV). Malgré l'absence de preuves, l'hypothèse de la responsabilité de Tibère dans cet assassinat n'est pas absurde. La mort suspecte de Germanicus en 19 ap. JC, tend d'ailleurs à confirmer cette impression.

Germanicus, fils adopté en quelques sortes « de force » par Tibère sur les instances d'Auguste, se voit confier le pouvoir proconsulaire. Il est envoyé en Germanie pour réprimer la révolte des légions (14-16 ap. JC). Victorieux et jouissant d'une immense popularité, il rentre à Rome et triomphe en 17 ap. JC. Après avoir été nommé consul pour la deuxième fois, Tibère l'envoie pacifier l'Orient[3]. Puis, écrit Suétone, après avoir complètement battu le roi d'Arménie, réduit la Cappadoce à l'état de Province, il mourut à Antioche, au cours de sa 34ème année, après une longue maladie, et l'on ne fut pas sans soupçonner un empoisonnement (Suét., Caligula, I). Germanicus lui-même, sur son lit de mort, désigne le coupable : c'est le gouverneur de Syrie, Cn. Calpurnius Pison, un ami de longue date de Tibère, qui l'a empoisonné (Tac., Ann., II, 69). Suétone, comme à son habitude, fait quelques raccourcis : Germanicus accusant Pison, et Pison étant l'ami de Tibère, en toute logique, c'est Tibère qui a commandité l'assassinat de Germanicus (Suét., Caligula., II). L'affaire est très gênante, en effet, du point de vue tibérien, car Germanicus jouissait à Rome d'une extraodinaire popularité. Il est établi que Germanicus réunissait, à un degré que personne n'atteignit jamais, toutes les qualités du corps et de l'esprit... dit de lui Suétone, dithyrambique, entre autres flatteries (Suét., Calig., III). Plus loin, il rajoute qu'il fut tellement estimé et chéri de ses parents qu'Auguste, [...], après s'être demandé longtemps s'il ne le choisirait pas comme successeur, le fit adopter par Tibère... (Suét., Calig. IV). Mais il n'est pas aimé seulement par sa famille ou l'aristocratie romaine. Le peuple l'adore. A son retour de Germanie, la foule venue le saluer en masse, manque de l'étouffer. Mieux encore : à sa mort, on lança des pierres contre les temples et on renversa les autels des dieux. Certains particuliers jetèrent à la rue les lares de la famille (Suét., Calig., V). La foule en colère punit donc les dieux publics ou privés à coup de jets de pierre, quand elle ne se livre pas simplement à un iconoclasme vengeur. Les dieux, apparemment, sont jugés responsables de la mort de cet homme si extraordinaire.

Agrippine, l'épouse de Germanicus, ne partage pas la thèse de la responsabilité divine. Agrippine l'Ancienne, femme de Germanicus, mère de Caligula. Sesterce frappé à Rome sous Caligula. 27,12 gr. A/ AGRIPPINA M F MAT C CAESARIS AVGVSTI Buste drapé à droite, les cheveux noués en queue sur la nuque. R/ S•P•Q•R•/ MEMORIAE/ AGRIPPINAE Carpentum à gauche, attelé de deux mules (RIC 55). (photo Jean Elsen S.A., Numismates)Selon elle, les coupables du meurtre sont bien des humains. De retour en Italie avec les cendres de son mari, elle déclare publiquement que Pison est responsable du meurtre; elle insinue en outre qu'il existe des responsabilités cachées. Pison est mis en accusation par le Sénat, dont il subit l'hostilité, sans parler de la haine du peuple. Tibère, de son côté, garde le visage obstinément fermé pour empêcher toute émotion de transparaître (Tac., Ann., III, 15). Pison sent que sa perte est proche. Un jour, on le trouve chez lui, au petit matin, la gorge transpercée, son épée gisant à terre (Tac., id.). Avant son suicide, Pison se serait apprêté à produire devant le Sénat une lettre portant les instructions de Tibère pour l'assassinat de Germanicus (Tac., Ann., III, 16). Il n'en fit rien. Tibère prit une mine triste et se rendit devant le Sénat pour y lire la dernière lettre de Pison, dans laquelle celui-ci clamait haut et fort sa loyauté et son innocence (Tac. Ann., III, 16, 3). Toute cette affaire, une fois de plus, a fait couler beaucoup d'encre. A-t-on « aidé » Pison à se suicider ? Pison a-t-il vraiment assassiné Germanicus sur ordre de Tibère ? Le mystère reste entier. Ce qui ne fait aucun doute, c'est qu'avec la mort de Germanicus, Drusus, le « vrai » fils de Tibère, peut désormais, seul, être investi du rôle d'héritier officiel du Principat. C'est alors qu'entre en scène L. Aelius Sejanus, « Séjan », l'influent Préfet du Prétoire.

Le règne du Préfet du Prétoire Séjan (23-31 ap. JC)

L'histoire de Séjan est celle, classique, d'un second ambitieux qui tente de s'installer à la première place. Né à Volsinies, en Etrurie, Séjan est le fils du chevalier Seius Srabo, qui fait lui même une belle carrière en tant que Préfet du Prétoire. Seius Srabo participe, conjointement à son fils, aux opérations de répression des mutineries de Germanie, en 15 ap. JC. Par la suite, il sera promu comme Préfet d'Egypte, ce qui correspond à l'aboutissement d'une carrière équestre sous le Principat. A cette époque, Séjan est déjà haut placé dans la hiérarchie militaire. Il fait partie de la cavalerie prétorienne, un corps d'élite très proche de l'empereur. A ce titre il seconde Drusus, le fils de Tibère. Tacite dit bien quelle était alors sa position : il jouissait d'un grand crédit auprès de Tibère et devait servir de mentor au jeune homme [Drusus] » (Tac., Ann., I, 24). Tacite raconte également que, déjà, Séjan était opposé à Agrippine, épouse de Germanicus et mère de Caligula, qui s'occupait d'un peu trop près, et avec une grande efficacité, des questions militaires. Il ne restait plus rien à faire pour les chefs des armées, dès lors qu'une femme faisait la tournée des manipules [...] écrit Tacite, quelque peu misogyne (Tac. Ann., I, 69). Agrippine a étouffé la révolte que le nom du prince n'avait pu arrêter (ibid.).Tacite ne peut s'empêcher de rajouter : Séjan attisait et aggravait ces sentiments [hostiles à Agrippine]; connaissant le caractère de Tibère, il semait pour un lointain avenir des haines que le prince dissimulerait et qu'il laisserait éclater lorsqu'elles auraient grandi » (Tac., Ann., I, 69). Affirmant cela, Tacite anticipe sur la réalité à venir.

Séjan, grâce à ses compétences militaires et à sa loyauté, devient l'ami et le plus proche conseiller de Tibère. Sa loyauté est bien illustrée par l'incident de Spelunca[4], en 36 ap. JC. Tibère dîne dans une grotte naturelle lorsque se produit une chute de pierres, qui manque de l'écraser. C'est une excellente occasion pour Séjan de faire remarquer son dévouement. Séjan se jette vers le Prince en danger pour opposer la barrière de son corps aux pierres qui tombaient (Tac., Ann., IV, 561). Suétone mentionne l'incident, dit que plusieurs convives ont été écrasés, mais ne dit rien du rôle de Séjan au cours de cet incident (Suét., Tib. XXXIX). Quoi qu'il en soit, Séjan est actif, zélé. Ainsi, il se montre particulièrement efficace pendant l'incendie du Théatre de Pompée : « Quant au théatre de Pompée, détruit dans l'incendie fortuit, Caesar [Tibère] promit de le reconstruire [...]. En même temps, il exalta les mérites de Séjan, en disant que, grâce aux efforts et à la vigilance de celui-ci, un incendie aussi violent avait pu être limité à la destruction d'un édifice » (Tac., Ann., III, 72). Pour l'instant Séjan éteint des feux. Son action porte aussi sur la Garde Prétorienne, stationnée à Rome : les 9 cohortes, jusque là éparpillées, sont rassemblées dans un camp unique, sous prétexte de discipline et d'efficacité (Tac., Ann., IV, 2). Ce regroupement a probablement eu lieu en 17 ou 18 ap. JC). Effectivement, les troupes d'élite ainsi rassemblées dans Rome sous le commandemant de Séjan amplifient considérablement son pouvoir personnel. A présent, il fait sa cour aux sénateurs qui sont nombreux à devenir ses clients et qui se pressent autour de lui pour obtenir magistratures, charges lucratives et autres provinces. On finit même par lui élever des statues dans les théâtres et sur les forums. Tibère en personne dit publiquement de lui : « Il est le compagnon de mes oeuvres » (Tac. Ann. IV, 2).

Le fils de Tibère, Drusus meurt en 23 ap. JC. Si l'on en croit Tacite, il aurait été assassiné dans un complot mené par Séjan (Tac. Ann. IV,.3-8). Cette affaire d'assassinat est mal éclairée par les sources : elle fut révélée par une note postume d'Apicata, l'épouse répudiée de Séjan, huit ans après les faits. Suétone, d'habitude si bavard, est laconique sur ce sujet : il signale juste que la mort de Drusus a lieu à Rome (Suét. Tib. 39). Assassinat ou pas, Drusus est bel et bien mort en 23 ap. JC., ce qui bien sûr relance la question dynastique. Quant la mort eut privé [Tibère] de ses enfants, il recommanda aux sénateurs les fils aînés de Germanicus, Néron et Drusus, et célébra le jour où ils débutèrent ensembles, en faisant des largesses au peuple (Suét., Tib., 54). Néron et Drusus (fils de Germanicus), dupondius frappé sous Caligula en 37 ap. JC. A/ NERO ET DRVSVS CAESARES. Néron et Drusus galopant à droite. R/ C CAESAR AVG GERMANICUS PON M TR POT. Dans le champ S C. (RIC, 43). Néron et Drusus, après la mort de leur oncle  Germanicus et de leur père Drusus sont pendent un temps reconnus comme héritiers officiels de Tibère, mais ils meurent tout les deux avant lui, peut-être victimes des intrigues de Séjan. Dès le début de son règne, Caligula leur rend hommage, comme le montre cette monnaie. Le Préfet du Prétoire, de son côté, tente de s’immiscer dans le lignage julio-claudien : il demande Livilla, la veuve de Drusus (fils de Tibère), en mariage en 25 ap. JC. Mais il se fait des idées. Tibère lui aurait répondu ceci : « Tu te trompes, Séjan, si tu penses que tu resteras au même rang et que Livilla, qui a été mariée à C. Caesar puis à Drusus, sera disposée à vieillir auprès d'un chevalier romain. A supposer que je le permette, moi, crois-tu que cela sera toléré par ceux qui ont vu son frère, son père et nos ancêtres dans les plus hautes charges ? » (Tac. Ann., IV, 40). Tibère, donc, ne veut pas donner Livilla en mariage à Séjan, et il ne le peut pas (dit-il) : ce serait transgresser l'ordre social. Pourtant, Agrippa, le très cher ami d'Auguste, n'avait-il pas été marié à sa propre fille Julie et intégré à la dynastie ?

C'est de nouveau dans la descendance d'Agrippine que se trouvent des héritiers potentiels pour le Principat. Agrippine, quant à elle, semble avoir agaçé Tibère, qui lui aurait rétorqué un jour ce vers grec : « Si vous ne dominez, ma chère fille, vous croyez qu'on vous fait tort ! » (Suét., Tib., 53). Séjan, si l'on en croit Tacite, s'en était déjà pris à l'entourage et aux amis d'Agrippine, sous prétexte de crime de lèse-majesté[5]. Il récidive contre Agrippine elle-même, de sa propre initiative (Tac., Ann., IV, 54), ou peut-être en répondant aux desiderata de Tibère. Agrippine finit exilée sur l'île de Pandataria, dans la baie de Naples, où elle meurt. Ses fils, Néron et Drusus ne tardent pas à disparaître à leur tour, par la volonté de Tibère en personne ou par l'intermédiaire de Séjan (Suét. Tib. 53; Tac., V, 4; Suét., Tib., 54). Mais Agrippine fut très prolifique; de ses neuf enfants survivait encore le petit Gaius, dont le surnom est passé à la postérité : Caligula.

Portrait de Caligula (37-41), sur un as frappé en 37-38 à Rome. Légende : C CAESAR AVG GERMANICVS PON M TR POT Tête nue à gauche. (photo Jean Elsen S.A., Numismates)

 

En 26 ap. JC, Tibère, qui est alors âgé de 68 ans, décide de partir dans sa seconde retraite. Il s'installe sur l'île de Capri, choisie car elle est abordable d'un seul côté et sur une faible étendue, car partout ailleurs elle est entourée par des rochers à pic d'une hauteur immense et par une mer profonde (Tib., Suét., XLIII). Tibère cède ainsi à l'un des traits constants de son caractère : le goût de la solitude, ainsi peut-être qu'à une certaine paranoïa, qui justifie la protection des hautes falaises et de la mer profonde de Capri. Ce second exil volontaire sera le dernier : Tibère, probablement sans regrets, ne reverra jamais Rome. Rome, c'est fini.

Ce départ arrange bien Séjan, qui atteint l'apogée de son pouvoir personnel. C'est peut-être l'historien Velleius Paterculus, qui écrit en 30 ap. JC, et qui est donc un contemporain de Tibère et Séjan, qui donne l'image la plus exacte de ce qu'est alors le pouvoir du Préfet du Prétoire. Dans son texte, il compare l'alliance entre Tibère et Séjan à celle d'Auguste et Agrippa. Le père de Séjan ne fut qu'un chevalier, certes, dit-il, mais allié depuis des temps immémoriaux à de vieilles familles patriciennes. Velleius Paterculus réhausse la noblesse de Séjan, qualifié d'homme éminent. Il insiste sur son zèle, sa loyauté, sa vigueur, son esprit. Il rajoute qu'il fut et reste encore le seul qui aide Tibère à porter tout le poids du fardeau de l'Empire, avant de poursuivre son panégyrique : Homme d'une gravité sereine, il est actif sans paraître agir. Il ne réclame rien pour lui et par là même obtient tout, toujours il se croit indigne de l'estime qu'on a de lui. Son visage est calme comme sa vie, mais son esprit est toujours en éveil... (cf. Vell., II, 127). La force de ces flatteries est à l'image de la force du pouvoir exercé alors par Séjan. Tente-t-il de devenir, en quelques sortes, « l'Agrippa de Tibère », comme le suggère Velleius Paterculus ? Il n'est pas loin de parvenir à son but, lorsque, après le cuisant échec de sa première demande en mariage, par un curieux renversement des choses, Tibère l'autorise à se fiancer à Livilla, en 30 ap. JC. En 31 après JC, Séjan prend le consulat en tant que collègue de l'empereur, un honneur que Tibère avait jusque là réservé exclusivement aux héritiers du Principat. Tibère le laisse même croire un instant qu'il va partager avec lui la puissance tribunicienne[6].

Séjan est pleinement confiant, ce 18 octobre 31, lorsqu'il se rend au Sénat. Il lit une lettre envoyée par Tibère qui le loue longuement, puis le dénonce soudainement comme traitre et demande qu'il soit mis aux arrêts. Parmi les sénateurs la confusion s'installe. Certains s'enfuient, d'autres s'interrogent sur l'attitude à adopter. Les troupes ayant été placées sous le commandement d'un nouveau Préfet du Prétoire, Macron, Séjan est arrêté, conduit en prison et exécuté sans jugement. L'épuration commence alors et s'étale jusqu'en 33 ap. JC; les « partisans » de l'ancien Préfet du Prétoire sont impitoyablement traqués. La délation et la torture deviennent la règle; certains se suicident; les condamnés sont privés de sépulture (Suét., Tib., 61; Tac., Ann., V, 8). Il faut encore se demander quelle fut la cause de la perte de Séjan. Les sources antiques sont plutôt discordantes : Tacite dit qu'il avait au fond de lui un désir passionné de parvenir au faîte, et qu'il souhaitait s'emparer du regnum, c'est-à-diredu pouvoir absolu (Tac., Ann., IV, 1). Suétone le qualifie de révolutionnaire, et parle de la conjuration de Séjan (Suét. Tib., 65). Flavius Josèphe, lui, parle de conspiration, mais sans préciser davantage (AJ, 18, 181). Faut-il finalement croire à cette idée de complot ? Est-ce plutôt la paranoïa de Tibère qui a été fatale a Séjan ? Suétone, donne une raison intéressante : Tibère aurait puni Séjan parce qu'il avait découvert sa haine forcenée contre les enfants de son fils Germanicus (Suét., Tib. 61). Cette explication, bien sûr pourrait être discutée. Tibère n'aurait-il pas plutôt eu vent du complot qui aurait conduit son fils Drusus à la mort ? Il serait possible multiplier les hypothèses. Peut-être Séjan est-il simplement mort pour avoir voulu s'immiscer dans la stratégie dynastique de Tibère.

La fin du de règne de Tibère (31-37 ap. JC)

Au cours de ses dernières années de règne, dans sa retraite de Capri, si l'on croit Suétone, Tibère aurait laissé libre cours à sa perversité (Suét. Tib., 43- 44, 63-64, 66-67), notamment en s'acharnant sur ses ennemis politiques en les faisant torturer de la plus horrible manière. Le même Suétone, qui écrit sous le règne d'Hadrien (117-138 ap. JC), dit qu'à son époque, le pied des falaises de Capri était devenu un lieu hautement touristique : « On montre à Capri le lieu des exécutions, d'où les condamnés, après de longues et savantes tortures, étaient, par ses ordres, précipités à la mer sous ses yeux: en bas les attendaient une troupe de marins qui broyaient leur corps à coups de rames et de gaffes, jusqu'à ce qu'il ne leur restât plus un souffle de vie... » (Suét., Tib., 62). On ne sait que penser de telles affirmations. S'agit-il de figures de style littéraires destinées à plaire aux lecteurs de Suétone ? Reflète-t-il une sorte de mythologie tibérienne qui, plus d'un siècle après les faits, aurait déformé et amplifié des évènements réels ? On ne sait. Tout au plus peut-on penser que Tibère, d'un naturel inquiet et farouche, fut fortement touché par la mort de son cher fils Drusus.

Pendant son « exil », Tibère garde un lien avec Rome, qu'il gouverne apparemment de loin par courrier. Bien que son quartier général soit installé à Capri même, il lui arrive de parcourir les rivages de la Campanie avec la flotte de Misène, et même de s'approcher de près de Rome, sans y entrer cependant (Suét., Tib., 72). C'est lors du retour d'un de ses cabotages sur les côtes d'Italie du sud que Tibère tombe malade. Il s'éteint à Misène, dans la villa de Lucullus, le 16 mars 37 après JC, à l'âge de 78 ans (Suét., Tib. 73). Tacite, qui prend parfois des accents suétoniens, rapporte au sujet de la mort de Tibère une histoire véritablement « abracadabrantesque ». Le 17ème jour avant les calendes d'avril, écrit-il,la respiration de Tibère s'étant arrêtée, on crut qu'il avait accompli sa destinée de mortel [...] Mais soudain, alors que Caligula s'apprêtait à inaugurer son règne, on annonce que Tibère a recouvré la parole et la vue et qu'il demande qu'on lui apporte de la nourriture pour le remettre de son évanouissement ! Tibère, ressuscité gêne tout le monde, Caligula en premier. Macron, le Préfet du Prétoire, décide donc de le faire étouffer (Tac., Ann., VI, 50). Tout ceci est incroyable. Suétone, de même, rapporte des rumeurs d'assassinat (Suét., Tib., 73). En réalité, Tibère n’a probablement pas été assassiné, pas plus qu’il n’est ressuscité ! Le vieux Tibère, quoi qu’en dise Tacite, est probablement mort de vieillesse dans son lit. A l'annonce de sa mort, la foule, à Rome remplit paraît-il les rues en hurlant « Au Tibre Tibère ! », ce qui évoque la pratique qui consistait à jeter le corps des condamnés dans le Tibre (Suét., Tib., 75). Là encore on ne sait que penser de cette affirmation : Suétone joue semble-t-il sur la proximité phonétique des mots Tibre -Tibère. Cette « joie » de la foule pourrait par ailleurs s'expliquer par l'alternance qui survient après un long règne de plus de vingt ans. Car en réalité, la dépouille mortelle de Tibère est transportée à Rome, et il est incinéré au cours de funérailles publiques (Suét., Tib., 75), auxquelles assiste son successeur Caligula (Suét., Tib., XIII).

Vue de l'île de Capri, dernière retraite de Tibère

Vue de l'île de Capri, dernière retraite de Tibère

 

Le nom de Tibère ne fait pas l'objet de la damnatio memoriae : nulle part son nom n'a été martelé sur les inscriptions[7]. Il n'est pas divinisé, certes, mais la procédure de divinisation était encore récente, puisque seuls César et Auguste en avaient bénéficié jusque là. En outre, tout au long de son règne, Tibère a fait preuve d'une grande modestie. Au début de son règne, rapporte Tacite, il se conduisit d'abord en véritable citoyen et presque en simple particulier (Suét., Tib., XXVI). Dans sa titulature, il refuse de porter le prénom d'Imperator (contrairement à Auguste), ainsi que le titre de Père de la Patrie (Pater Patriae). Contrairement à ses prédécesseurs, et à nombre de ses successeurs, Tibère a peut-être éprouvé quelques réticences à se faire passer pour un demi-dieu de son vivant, ou pour un vrai dieu après sa mort. Si l'on croit Suétone, il aurait refusé que l'on adore son portrait ou ses statues dans les temples de son vivant (Suét., Tib., XXXVI). Tacite, par contre, rapporte qu'une ambassade des villes d'Asie vint à Rome demander l'autorisation de construire un temple en l'honneur du Sénat, de Tibère et de sa mère Livie (Tac., Ann., IV, 15), et que l'autorisation fut accordée. Tibère se rendit même au Sénat où les ambassadeurs des cités grecques discutèrent pour savoir quelle ville était la plus digne d'accueillir le nouveau temple. Tibère, relativement modeste, s'est comporté malgré tout, en vertu de son titre de Grand Pontife (Pontifex Maximus), en véritable chef de la religion romaine. A ce titre il aurait interdit les religions étrangères, les cultes égyptiens et juifs, en obligeant les adeptes de cette première superstition à brûler tous les vêtements et objets sacrés (Suét., Tib., XXVI). On le voit aussi promouvoir le culte national-impérial romain : il dédie des temples à Jupiter ou à Auguste à Capoue, à Nole (Suét., Tib., XL); il autorise que l'on en construise en Asie et ailleurs, par exemple à Tarragone (Tac., Ann., I, 78).

Conclusion : l'Empire selon Tibère

 

Dans son testament politique, Auguste préconisait de ne pas étendre davantage l'Empire (Tac, Ann., I, 11). Tibère a respecté ce voeu : il ne s'est pas lancé dans de grandes conquêtes supplémentaires. Après avoir mâté la révolte des armées de Germanie et de Pannonie par le biais de ses fils Germanicus et Drusus, sa politique semble avoir consisté à affirmer partout le pouvoir impérial de Rome par la diplomatie ou, si nécessaire, par les armes : en Orient, les Royaumes de Cappadoce et d'Arménie sont mis au pas; il fait réprimer des révoltes locales en Gaule (21-22 ap. JC) et en Afrique (révolte de Tacfarinas entre 17-24 ap. JC). Sur le plan des institutions, Tibère ne diminua semble-t-il en rien l'héritage d'Auguste. Il usa du crime de lèse-majesté pour réprimer ses adversaires politiques (cf. p. ex. Tac., Ann., IV, 28-30). Séjan, qui fut un temps tout puissant, tenta semble-t-il de s'imposer dans la dynastie julio-claudienne, en abusant du caractère particulier de Tibère. Il échoua et fut exécuté. Malgré une documentation souvent surprenante et parfois contradictoire, on finit par croire que Tibère ne fut pas le tyran sadique et lubrique que dépeint Suétone. Tibère, a souvent eu un comportement déroutant. Mais son étrange profil psychologique n'a finalement pas conduit à la remise en cause du nouveau régime politique mis en place par Auguste, le Principat. Il faut donc croire qu'Auguste ne l'a pas choisi par hasard.



[1]Cf. Tac., Ann., I, 3; Dio 55, 10a, 6-9; RG 14.1; Suét. Aug. LXV, Tib. XV

[2]Sur tout cet épisode, cf. Tac., Ann. I, 16-48 et Dio, 57, 4-6

[3]Sur tout ceci, Tac., Ann., I, 14; I, 31-51, 55-71; II, 5-26

[4]Seplunca signifie « La Caverne »; le lieu-dit est situé à proximité du village actuel de Sperlunga, sur la côte tyrrhénienne, à mi-chemin entre Terracine et Gaète. La « villa » a été découverte et fouillée; on y a découvert un triclinium et des statues représentant des scènes de l'Odyssée.

[5]Cf. Tac. Ann., IV, 18-20, 52, 68-70
[6]Sur tout ceci, cf. Suét., Tib., 65 et Ehrenberg et Jones, Documents, p. 32 and nos. 50a, 358a

[7]Cf. R. Cagnat, Cours d'épigraphie latine, Paris, 1914, p.170 et 172.

Le monnayage de l'Empereur Tibère

Tibère n'a pas fondamentalement bouleversé le système monétaire mis en place par Auguste. Sur ce plan comme pour le reste, il s'est montré très conservateur. Tibère garde le droit exclusif de frapper des monnaies d'or (aurei, quinaires) ou d'argent (deniers). L'atelier monétaire impérial a été installé par Auguste loin de Rome, à Lyon[1]. Tibère, là encore, n'y change rien. La question du monnayage de bronze est un peu plus compliquée. Avant de l'évoquer, on peut noter que l'un des aspects les plus remarquables du monnayage de Tibère, c'est le très petit nombre de types différents de monnaies d'or et d'argent qu'il a fait frapper. L'un de ces types, émis sous forme de deniers ou d'aurei, commémore « le divin auguste » (RIC 1).

Il existe également un type frappé en 14-15 ap. JC sous forme de deniers ou d'aurei dont le revers représente Tibère dans un quadrige tiré par quatre chevaux (RIC, 2). Il s'agit d'un quadrige triomphal. Par la suite, Tibère est représenté sur les monnaies avec la couronne de lauriers, qui est précisément l'un des attributs emblématiques du triomphateur (cf. monnaies n°1, 4). Il reçoit ce triomphe, dit Suétone, grâce aux guerres conduites dans l'Illyricum, qui fut complètement soumis (Suét., Tib., XVI). Il fut obligé cependant d'ajourner son triomphe de deux ans à cause du désastre subi par Varus en Germanie (Suét. Tib., XX). La cérémonie semble avoir eu lieu très peu de temps avant la mort d'Auguste.

Entre 15 ap. JC et 36 ap. JC, Tibère fait frapper régulièrement des quinaires d'or (RIC, 4, 5) où il apparaît tête laurée, en tant que « Tibère, fils du divin Auguste » (TI. DIVI. F. AVGVSTVS). Cependant, c'est le type « PONTIF MAXIM » (RIC, 3; ce type existe sous forme de deniers et aurei) dont le revers représenterait Livie assise qui est sans conteste la monnaie d'argent la plus fréquente, et peut être aussi la plus connue (cf. monnaie n°1). Cette pièce, parce qu'elle fut frappée au temps de Jésus, a la réputation d'être citée dans la Bible (cf. Matthieu 22, 15-21 et Marc 12, 13-17), mais la pièce n'étant pas explicitement décrite par les Evangiles, rien n'est certain. Ce qui est sûr par contre, c'est que les numismates ont beaucoup discuté pour savoir si la figure assise au revers représentait Livie, la mère de Tibère, ou plutôt une personnification de la « Pax Augusta ». L’un des arguments contre l'identification de cette figure à Livie, c'est que son nom n'apparaît pas sur la monnaie; on rajoute généralement l'anecdote rapportée par Tibère, selon laquelle il fut indigné qu'il eut été question au sénat d'ajouter à ses titres celui de « fils de Livie », par analogie avec celui de « fils d'Auguste » (Suét., Tib., L). On voit donc, là encore, que rien n'est certain. Il n'est pas impossible, cependant, comme le dit H. Mattingly (RIC, t. I, p.99), que le public, à l'époque, ait identifié malgré tout cette figure assise à Livie.

La continuité et la monotonie des types de monnaies d'or et d'argent appelle quelques commentaires. En effet, le monnayage d'or et surtout d'argent d'Auguste est très riche en types de toutes sortes. Il se peut qu'Auguste, avec le type de deniers très communs dont le revers représente Gaius et Lucius Césars (cf. monnaie n°2), ait choisi volontairement d'adopter vers la fin de son règne un monnayage moins varié. Tibère, pour une question de tempérament personnel, se serait donc contenté de poursuivre la politique simplificatrice amorcée sous Auguste. Il faut rajouter que Tibère, après son accession à la tête de l'Empire, resta soit dans Rome, ou en Italie, repoussant toujours une tournée dans les Provinces et aux armées (Suét., Tib., 38). Il est possible que cet éloignement entre l'Empereur et son atelier monétaire lyonnais ait favorisé l'adoption de types monétaires répétitifs et stéréotypés.

En ce qui concerne les monnaies de bronze, la situation est très différente à tous les niveaux. Sur le plan du droit monétaire, Auguste décide de rétrocéder au sénat de Rome une partie du droit de battre monnaie, qui lui avait toujours appartenu sous la République. Le sénat a donc le droit d'émettre des monnaies de bronze (« Aes » en latin), sur lesquelles il estampille sa marque d'approbation : S.C, qui est l'abréviation de Senatus Consulto (voir p. ex. monnaies n°3, 5, 6, 7). Sur ces monnaies, le droit d'effigie est règlementé : sous Tibère, et jusqu'à Caligula, le portrait de l'empereur apparaît sur les As mais pas sur les sesterces (cf. monnaies n°6, 7).

L'Empereur n'abondonne pas pour autant tout droit sur les monnaies de bronze. Celles-ci mentionnent en principe la titulature impériale (cf. monnaie n°6, 7). Une exception notable est fournie par certaines monnaies dites de « restitution », et notamment celles qui commémorent le « divin Auguste » (DIVUS AUGUSTUS; cf. photo n°8). Ces monnaies sont très abondantes. Elles ont été frappées après la mort d'Auguste, c'est une certitude puisqu'il y apparaît comme divinisé, mais leur attribution à Tibère, en l'absence de légende explicite a été longtemps discutée (cf. RIC, p. 98-101). Les monnaie du type à l'autel de Lyon (cf. monnaie n°4), très célèbres, sont tout aussi fréquentes que les types du Divus Augustus évoqués ci-dessus. Ces monnaies (As et Semis), frappées dans l'atelier impérial de Lyon, montrent que malgré la rétrocession de droits monétaires au Sénat, l'empereur n'entendait pas lui abandonner une exclusivité sur le monnayage de bronze. En définitive, le pouvoir monétaire de l'empereur est donc comparable à tous ses autres pouvoirs : l'aspect républicain du régime est conservé, mais il détient la réalité du pouvoir.

Pour être tout à fait complet sur les monnaies de bronze, il faut évoquer sommairement les très nombreux monnayages provinciaux émis sous Tibère (cf. exemple n°10, 11, 12, 13). Ces monnaies dites « provinciales » sont en fait produites par les municipalités un peu partout à travers l'Empire. Ces monnaies, qui approvisionnaient les marchés locaux, sont à l'image de l'Empire, c'est-à-dire variées. L'Empire de Rome s'est construit en effet par les armes, mais aussi par l'association volontaire et par la colonisation. Lorsqu'une cité alliée disposait d'un monnayage, Rome ne l'a pas supprimé. L'Egypte romaine, par exemple conserve son système monétaire ancien, d'origine grecque. Rome n'a pas instauré la monnaie unique. Par contre les Empereurs exercent contrôle politique unique sur les monnaies locales, qui sont émises (ou non) avec son accord et qui portent la titulature et le portrait impérial ou ceux de la famille impériale (cf. monnaies n°10-12).

Dans, l'ensemble les monnaies impériales et sénatoriales frappées sous Tibère reflètent peu l'actualité. Le cas s'est parfois produit cependant. Une monnaie sénatoriale frappée à Rome 22-23 ap. JC, par exemple, porte la légende CIVITATIBUS ASIAE RESTITVTIS (cf. monnaie n°7). La « restitution » ou plutôt la restauration des villes d'Asie dont il est ici question est éclairée par un passage de Suétone, qui dit : [Tibère] ne fit pas même la moindre libéralité aux provinces, excepté à celle d'Asie, où des villes avaient été détruites par un tremblement de terre. (Suét. Tib., XLVIII). Dans ce cas l'évènement d'actualité est en rapport avec l'émission de la monnaie. Il existe d'autres exemples, qui ne sont pas toujours aussi bien éclairés par les sources. Dans le cas de l'image du temple de la Concorde, représenté sur le revers d'un sesterce frappé en 35 ap. JC (monnaie n°6), la monnaie semble avoir été émise au moment de la restauration du Temple (RIC, p. 101).

Cependant, le caractère dominant du monnayage de Tibère, ce n'est pas l'actualité immédiate. Ce que l'on perçoit en premier lieu, c'est l'aspect dynastique des monnaies. Sur les monnaies de Tibère, naturellement, l'effigie de l'empereur est presque omniprésente. Seuls l'avers des du Sénat de Rome ne présentent pas le portrait impérial; et lorsque cette exception se produit (cf. p. ex. monnaie n°7), l'empereur se fait représenter en entier, assis sur sa chaise curule. Au sujet du portrait de Tibère, Suétone note l'anecdote suivante : [Tibère avait] des yeux très grands, qui, chose extraordinaire, voyaient même la nuit, et dans les ténèbres, mais pour peu de temps et lorsqu'ils venaient de s'ouvrir après le sommeil; ensuite ils perdaient ce pouvoir (Suét. Tib. LXVIII). On peut s’interroger sur l’origine et la véracité de ce prodige qui permettait à Tibère de voir la nuit. Le fait que Tibère soit présenté par Suétone comme ayant « de grands yeux » est assez intéressant. Les bustes de marbre de Tibère ne le montrent pas avec les yeux particulèrement exorbités; sur les monnaies, par contre ses yeux sont assez grands, un peu disproportionnés. Finalement, on peut se demander si l'image de l'empereur, notamment celle véhiculée par les monnaies n'aurait pas alimenté des légendes sur ses pouvoirs surnaturels de Tibère, dont Suétone se serait fait complaisamment l'écho. A moins que l’Empereur n’ait réllement été atteint de nyctalopie, cette maladie ophtalmique qui donne la faculté de voir la nuit. Quoi qu’il en soit, on ne peut pas conclure la question des yeux de Tibère autrement que par des hypothèses.

Outre Tibère, les monnaies de cette période présentent de nombreux membres de la dynastie, morts ou vifs (cf. monnaies n°1,2, 8, 10, 10, etc). Auguste, le père fondateur de l'Empire et père adoptif de Tibère, est très représenté sur les monnaies à l'époque de Tibère, notamment par les monnaies sénatoriales (cf. monnaies n°8, 9). On peut remarquer qu'après sa divinisation, sa couronne de lauriers traditionnelle jusque là est abandonnée au profit d'une couronne radiée, signe de sa divinité. On peut aussi noter que le père biologique de Tibère, Tiberius Claudius Néron est évacué de la numismatique. La raison politique, incarnée par Auguste, l'emporte donc sur la raison biologique. En ce qui concerne la mère de Tibère, Livie, elle n'apparaît franchement ni sur les monnaies impériales (voir plus haut, le cas du denier « R/ Livie Assise », monnaie n°1) ni sur les monnaies sénatoriales romaines, bien que les numismates (dont H. Cohen) aient voulu absolument voir son portrait dans 3 monnaies émises en 21-22 ap. JC (cf. RIC, n°22-24, et monnaie n°3, ci-jointe). Mais s'il s'agissait vraiment de Livie, pourquoi son nom et sa titulature n'auraient-ils pas été indiqués ? Il semble que Tibère a voulu éviter que son « Auguste » mère lui fasse de l'ombre[2]. Dans ses titres il s'appelle « fils du divin Auguste », mais pas « fils de l'Auguste Livie ». La numismatique présente également les images des divers hérititers de l'Empire, en particulier celle de Drusus, bien représenté dans les monnayages municipaux (cf. monnaies n°11, 12). Une monnaie municipale de Carthagène (Espagne) présente même à l'avers le portrait de Tibère et au revers celui du jeune Caius Caligula qui, après la mort de nombreux princes héritiers, accède finalement à l'Empire (monnaie n°13). On peut remarquer que les monnaies ne laissent pratiquement rien transparaître des nombreuses conspirations, des multiples meurtres et de toutes les avanies du pouvoir, telles qu'elles sont rapportées par les sources littéraires. Les monnaies donnent une impression d'objectivité; en réalité elles ne laissent paraître que l'image que le pouvoir souhaitait donner de lui-même.

Tibère, si l'on croit les sources littéraires, a la réputation d'être un modeste, qui refusa les honneurs. Voilà ce que rapporte Suétone à ce sujet : il refusa le prénom d'Imperator, le surnom de Père de la Patrie et n'accepta pas de couronne civique dans son vestibule; même le nom d'Auguste, dont il avait cependant hérité, il ne l'ajouta au sien que dans ses lettres aux rois et aux souverains (Suét., Tib., XXVI). Si l'on examine les monnaies, on constate effectivement que Tibère n'utilise pas « Imperator » comme un prénom, ce qui ne l'empêche pas de recevoir les salutations impériales (cf. p. ex. RIC, 2 : légende du revers : TRI POT XVI, IMP VII : « 18° Puissance Tribunicienne, 7° salutation impériale ») : il utilise la fonction mais n'en prend pas le nom. D'ailleurs, il faut noter qu'il existe un certain nombre d'inscriptions lapidaires sur lesquelles il s'intitule : Imp. Ti Caesar Avg. = Imperator Tiberius Caesar Augustus, au lieu de son nom habituel : Ti Caesar Avg. = Tiberius Caesar Augustus[3]. On voit par ailleurs sur toutes les monnaies de même que sur les inscriptions lapidaires, que l'affirmation de Suétone selon laquelle Tibère aurait refusé le nom d'Auguste ne se vérifie pas. Tibère s'intitule par exemple sur une monnaie frappée en 22-23 ap. JC (cf. monnaie n°5) : TI CAESAR DIVI AVG F AVGVST IMP VIII, c'est-à-dire : « Tibère César, fils du divin Auguste, Auguste, salué Imperator pour la 8° fois ». En ce qui concerne les couronnes, civiques, ou autres, Tibère ne les refusa point par excès de modestie. Depuis son triomphe à Rome, peu avant la mort d'Auguste, il porte, sauf à de rares exceptions (cf. monnaie n°5), la couronne de lauriers du triomphateur (cf. monnaies n° 1, 4, 10, 13). A contrario, Caligula, son successeur, trop jeune pour avoir eu le temps de briller sur les champs de bataille, se présente tête nue (cf. monnaie n°13). Enfin, en ce qui concerne le titre de « Pater Patriae », monnaies et inscriptions confirment les dires de Suétone[4] : Tibère n'a pas adopté ce titre. Finalement, on peut dire que la titulature est relativement modeste par rapport aux titres à rallonge qu'adopteront certains de ses successeurs; cette modestie, cependant, est très relative. Sous Tibère, les titres ne sont pas définitivement figés. Le mot imperator, qu'il s'agisse de la fonction ou du prénom, connaît quelques flottements, que l'on explique fort bien par la nouveauté du régime inventé par Auguste. L'empire, sous Tibère, est encore en voie de consolidation. Pour désigner le régime politique on parle d'ailleurs de « Principat », pas encore « d'Empire ». Le monnayage de Tibère est très insctructif à bien des égards.

 

BIBLIOGRAPHIE SUR TIBERE

 

SOURCES LITTERAIRES

Les principales sources littéraires anciennes pour le règne de Tibère sont : Tacite, Annales, 1-6 [abrégé : Tac. Ann.] (traduction par P. Grimal, éd. Gallimard, 1990). - Suétone, Vies des douze Césars, (en particulier, vies de Tibère et de Caligula) [abrégé : Suét., Tib., et Calig.] (traduction par M. Benabou, Gallimard, 1931-1932). - Dion Cassius, 57-59 [abrégé : Dio]. - Flavius Josèphe, Bello Judaico 2, 204-17 et Antiquités Judaïques 18, 181-87, 205-25 [abrégé : AJ et BJ]. - Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 94-131 [abrégé: Vell.]. Il existe des mentions éparses dans d'autres auteurs antiques, notamment Pline l'Ancien, Philon d'Alexandrie, et Sénèque. Voir également le testament d'Auguste, les Res gestae divi Augusti [abrégé : RG]

 

SOURCES EPIGRAPHIQUES ET NUMISMATIQUES SUR LE REGNE DE TIBERE

Cagnat R., Cours d'épigraphie latine, 4e éd., Paris, 1914, 504 p.: réimpr. Rome, 1964 [Abrégé « Cagnat, Epigr. »]

Ehrenberg, V. and A. H. M. Jones, eds. Documents Illustrating the Reigns of Augustus and Tiberius. Oxford, 1970

Cohen H., Description historique des monnaies frappées sous l'Empire romain, communément appelées Médailles impériales, 2e éd., 8 vol. + supplément, Paris, 1880-1892, 4150 p. [Tibère : t. I, p. 188. Les monnaies des membres de sa famille sont décrites dans le même tome]

Mattingly H., Sydenham E.A., Sutherland C.H.V. [e.a.], The Roman Imperial Coinage, Londres, 10 t., 1923-1994. Voir le volume I, « D'Auguste à Vitellius » [Abrégé : RIC]



 

[1]Nous disposons de preuves formelles de l'existence de cet atelier lyonnais : Strabon, IV, 3, 2, donne à connaître qu'il existait un atelier monétaire impérial pour l'or et l'argent à Lugdunum. Ce que confirme l'inscription lyonnaise de Tibère : "Aequator monetae" (Orelli, n°3228. - Boissieu, Inscript. ant. de Lyon p. 281). Pour ces références, cf. Th. Mommsen, Histoire de la monnaie romaine, Bologne, Forni, édition française, 1868-1875, t. III, p. 13, note 2)

[2]Le Sénat avait donné à Livie le titre « d'Augusta » (cf. Tacite, Ann., I, 8).

[3]Cf. C.I.L., VIII, 685, 10018, 10023, 10492, citées par Cagnat, Epigr., p.181.
[4]Cagnat, Epigr., p.164

Images des monnaies de la partie "Le monnayage de Tibère"

Denier de Tibère Auguste, frappé à Lyon. 3,78 gr. A/ TI· CAESAR· DIVI· AVG·F· AVGVSTVS Tête laurée à droite. R/ PONTIF- MAXIM Figure féminine, Pax ou Livie, assise à droite, tenant un rameau et un long sceptre. (RIC 30). (photo Jean Elsen S.A., Numismates)

1. Denier de Tibère Auguste, frappé à Lyon. 3,78 gr. A/ TI· CAESAR· DIVI· AVG·F· AVGVSTVS Tête laurée à droite. R/ PONTIF- MAXIM Figure féminine, Pax ou Livie, assise à droite, tenant un rameau et un long sceptre. (RIC 30). (photo Jean Elsen S.A., Numismates)

Denier d'Auguste frappé à Lyon entre 2 av.-4 ap. JC. 3,83 gr. A/ CAESAR AVGVSTVS- DIVI F PATER PATRIAE Tête laurée tournée à droite. R/ C·L· CAESARES/ AVGVSTI F COS DESIG PRINC IVVENT Gaius et Lucius Caesar debout de face, tenant chacun une lance et un bouclier rond. Dans le champ, lituus à gauche et simpulum à droite. (RIC 210). (photo Jean Elsen S.A., Numismates)

2. Denier d'Auguste frappé à Lyon entre 2 av.-4 ap. JC. 3,83 gr. A/ CAESAR AVGVSTVS- DIVI F PATER PATRIAE Tête laurée tournée à droite. R/ C·L· CAESARES/ AVGVSTI F COS DESIG PRINC IVVENT Gaius et Lucius Caesar debout de face, tenant chacun une lance et un bouclier rond. Dans le champ, lituus à gauche et simpulum à droite. (RIC 210). (photo Jean Elsen S.A., Numismates)

Dupondius de Tibère frappé en 21-22 à Rome. A/ SALVS AVGVSTA. Busté drapé tourné à droire de la Santé, cheveux remontés en chignon. R/   TI CAESAR DIVI AVG F AVG TR POT XXIIII. SC au centre. (RIC 47)

3. Dupondius de Tibère frappé en 21-22 à Rome. A/ SALVS AVGVSTA. Busté drapé tourné à droire de la Santé, cheveux remontés en chignon. R/ TI CAESAR DIVI AVG F AVG TR POT XXIIII. SC au centre. (RIC 47)

Dupondius de Tibère frappé en 21-22 à Rome. A/ SALVS AVGVSTA. Busté drapé tourné à droire de la Santé, cheveux remontés en chignon. R/   TI CAESAR DIVI AVG F AVG TR POT XXIIII. SC au centre. (RIC 47)

4. Tibère, en tant que César (12-14 ap. JC). As (11,48 gr), frappé à Lyon. A/ TI CAESAR [AVGVST] F IMPERAT VII, Tête laurée tournée à droite R/ ROM ET AVG, Autel de Lyon, surmonté par deux victoires sur des colonnes. [RIC I 245 (Augustus)] Cohen 37. (photo CNG)

Tibère. As frappé à Rome en 22-23 ap. JC. A/ TI CAESAR DIVI AVG F AVGVST IMP VIII. Tête nue tournée à gauche. R/ PONTIF MAXIM TRIBVN POTEST XXIIII. S C au centre. (RIC 44). (Photo CNG)

5. Tibère. As frappé à Rome en 22-23 ap. JC. A/ TI CAESAR DIVI AVG F AVGVST IMP VIII. Tête nue tournée à gauche. R/ PONTIF MAXIM TRIBVN POTEST XXIIII. S C au centre. (RIC 44). (Photo CNG)

Sesterce de Tibère Auguste, frappé en 35 ap. JC à Rome; 27,93 gr. A/ Temple à huit colonnes, dont six au péristyle et deux aux angles; au centre de la cella une figure nicéphore assise sur un piédestal. Le temple est généralement présenté comme le Temple de la Concordia Augusta à Rome, qui était situé à l'extrêmité du Forum. R/ TI CAESAR DIVI AVG F AVGVST P M TR POT XXXVII. Large S C (Cohen, 69; RIC, 38). Très Rare (photo Jean Elsen S.A., Numismates)

6. Sesterce de Tibère Auguste, frappé en 35 ap. JC à Rome; 27,93 gr. A/ Temple à huit colonnes, dont six au péristyle et deux aux angles; au centre de la cella une figure nicéphore assise sur un piédestal. Le temple est généralement présenté comme le Temple de la Concordia Augusta à Rome, qui était situé à l'extrêmité du Forum. R/ TI CAESAR DIVI AVG F AVGVST P M TR POT XXXVII. Large S C (Cohen, 69; RIC, 38). Très Rare (photo Jean Elsen S.A., Numismates)


Tibère, sesterce (26,34 gm) frappé en 22-23 à Rome. A/ CIVITATIBVS ASIAE RESTITVTIS, Tibère, la tête laurée, assis à hauche sur une chaise curule, tenant une patère et un sceptre. R/ TI. CAESAR DIVI AVG F AUVGVST P M TR POT XXIIII, autour de S C. (RIC 19). (photo CNG)

7. Tibère, sesterce (26,34 gm) frappé en 22-23 à Rome. A/ CIVITATIBVS ASIAE RESTITVTIS, Tibère, la tête laurée, assis à hauche sur une chaise curule, tenant une patère et un sceptre. R/ TI. CAESAR DIVI AVG F AUVGVST P M TR POT XXIIII, autour de S C. (RIC 19). (photo CNG)

Auguste divinisé. As frappé sous Tibère. 10,88 gr. A/ DIVVS. AVGVSTVS. PATER., tête radiée d'Auguste tournée à gauche R/ Autel entouré par S C, PROVIDENT en exergue [RIC I 81 (Tibère)]. (Photo CNG)

8. Auguste divinisé. As frappé sous Tibère. 10,88 gr. A/ DIVVS. AVGVSTVS. PATER., tête radiée d'Auguste tournée à gauche R/ Autel entouré par S C, PROVIDENT en exergue [RIC I 81 (Tibère)]. (Photo CNG)

Sesterce d'Auguste divinisé, frappé sous Tibère, vers 22-23 ap. JC (26.04 gr.). A/ DIVVS AVGVSTVS PATER, Auguste portant une couronne radiée, assis vers la gauche, tenant une branche de laurier et un sceptre; devant lui, un autel. R/ TI. CAESAR. DIVI. AVG. F. AVGVST. P. M.

9. Sesterce d'Auguste divinisé, frappé sous Tibère, vers 22-23 ap. JC (26.04 gr.). A/ DIVVS AVGVSTVS PATER, Auguste portant une couronne radiée, assis vers la gauche, tenant une branche de laurier et un sceptre; devant lui, un autel. R/ TI. CAESAR. DIVI. AVG. F. AVGVST. P. M.TR. POT. XXIIII. Large S C autour. [RIC I 49 (Tibère)]. (photo CNG)

Tibère et Drusus César, bronze frappé à Philippe, Macédoine, entre 14 et 37 ap. JC. 17 mm, 5,46 gr. A/ Tête accolées de Tibère et Drusus tournées à droite. R/ DeTwo priests ploughing right. (RPC I 1658) Monnaie Rare. (photo CNG)

10. Tibère et Drusus César, bronze frappé à Philippe, Macédoine, entre 14 et 37 ap. JC. 17 mm, 5,46 gr. A/ Tête accolées de Tibère et Drusus tournées à droite. R/ DeTwo priests ploughing right. (RPC I 1658) Monnaie Rare. (photo CNG)

Tibère et le divin Auguste. Tétradrachme de billon frappé à Alexandrie, Egypte, 20-21 ap. JC. 14,07 gr. A/ Tête laurée de Tibère tournée à droite R/ Tête radiée d'Auguste tournée à droite (RPC I 5089). (photo CNG)

11. Tibère et le divin Auguste. Tétradrachme de billon frappé à Alexandrie, Egypte, 20-21 ap. JC. 14,07 gr. A/ Tête laurée de Tibère tournée à droite R/ Tête radiée d'Auguste tournée à droite (RPC I 5089). (photo CNG)

Drusus, fils de Tibère, bronze frappé à Paphos (?), Chypre. 19 mm. 5,12 gr. Frappé sous Tibère, 22-23 ap. JC. A/ DRVSVS CAESAR, tête nue de Drusus tournée à droite. R/ Zeus Salamnios debout, tourné à gauche devant le temple d'Aphrodite Paphienne. (RPC I 3921). (photo CNG)

12. Drusus, fils de Tibère, bronze frappé à Paphos (?), Chypre. 19 mm. 5,12 gr. Frappé sous Tibère, 22-23 ap. JC. A/ DRVSVS CAESAR, tête nue de Drusus tournée à droite. R/ Zeus Salamnios debout, tourné à gauche devant le temple d'Aphrodite Paphienne. (RPC I 3921). (photo CNG)

Tibère et Caligula César, sur une monnaie frappée Carthago Nova, Espagne. Tiberius and Gaius Caligula, Caesar. Frappée après la mort de Drusus et Néron Césars (fils de Germanicus). Quadrans de bronze (2,37 gr). A/ Tête laurée de Tibère tournée à droite R/ Tête nus de Caligula tournée à droite. (RPC I 184). (photo CNG)

13. Tibère et Caligula César, sur une monnaie frappée Carthago Nova, Espagne. Tiberius and Gaius Caligula, Caesar. Frappée après la mort de Drusus et Néron Césars (fils de Germanicus). Quadrans de bronze (2,37 gr). A/ Tête laurée de Tibère tournée à droite R/ Tête nus de Caligula tournée à droite. (RPC I 184). (photo CNG)

Tibère Auguste. As, frappé Rome en 80-81 ap. JC. Restitution de Titus. 10,28gr. A/ TI CAESAR DIVI AVG F AVGVST IMP VIII Tête nue à gauche. R/ IMP T CAES DIVI VESP F AVG REST Au centre, SC. (RIC 211). Rare. Cette monnaie montre que Tibère n'a pas subi la damnatio memoriae, faute de quoi Titus ne l'aurait certainement pas rendu hommage à sa mémoire (photo Jean Elsen S.A., Numismates)

14. Tibère Auguste. As, frappé Rome en 80-81 ap. JC. Restitution de Titus. 10,28gr. A/ TI CAESAR DIVI AVG F AVGVST IMP VIII Tête nue à gauche. R/ IMP T CAES DIVI VESP F AVG REST Au centre, SC. (RIC 211). Rare. Cette monnaie montre que Tibère n'a pas subi la damnatio memoriae, faute de quoi Titus ne l'aurait certainement pas rendu hommage à sa mémoire (photo Jean Elsen S.A., Numismates)

Dernière mise à jour : ( 11-02-2017 )
 
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