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Les enseignes militaires romaines
05-10-2006
Entre le I° s. av. JC et le IV° s. ap. JC, de multiples enseignes militaires (« signa militaria » en latin ) ont été en usage dans l'armée romaine, et notamment l'enseigne manipulaire, le vexillum, l'aigle légionnaire, le « draco » (dragon) ou encore le labarum.Tous ces signes ont eu une signification symbolique, militaire, mais aussi religieuse et politique qui mérite quelques explications.

Rome n'a pas inventé l'enseigne militaire. Parmi les civilisations antiques qui précèdent Rome, toutes en ont intégré dans leurs armées. L'historien grec Diodore de Sicile évoque au I° siècle avant notre ère les enseignes militaires d'Egypte : « Les habitants de l'Egypte étant, au début, souvent vaincus par leurs voisins à cause du désordre de leur armée, ils eurent l'idée de se donner, dans les batailles, un signe de ralliement; or, ces signes sont les images des animaux qu'ils vénèrent aujourd'hui et que les chefs portaient fixés à la pointe de leurs piques, en vue de chaque rang de soldat. Le bon ordre dû à ces enseignes contribuant beaucoup à la victoire, on se figura que le salut venait d'elles; aussi établit-on la coutume de ne tuer aucun des animaux représentés, et cette coutume se transforma ensuite en culte » (Diod., I, 86). Ce texte, quoique bref, explique presque complètement la raison d'être des enseignes : elles avaient un but tactique, militaire, sur le champ de bataille, où elles servaient de point de ralliement aux différentes unités. Au delà de cet aspect strictement militaire, elles avaient une fonction religieuse : la divinité tutélaire fixée sur une hampe au dessus de la mêlée devait guider les soldats vers la victoire.

Un exemple explicite permet de se figurer quelle était l'importance tactique des enseignes. Suétone, rapporte dans sa vie de Jules César, que « souvent, à lui seul, il rétablit ses lignes qui pliaient en se jetant au devant des fuyards, en les arrêtant un à un, en les saisissant à la gorge pour les tourner vers l'ennemi, et cela maintes fois au milieu d'une panique si forte qu'un porte-aigle, ainsi arrêté, dirigea contre lui la pointe de son enseigne, et qu'un autre, pour lui échapper, la laissa entre ses mains » (Suét., Caes., LXII). En cas de déroute, César tente à toute force de remettre les porte-enseignes dans le droit chemin, car c'est vers eux que les regards de la troupe sont tournés. Dans la bataille, les enseignes militaires jouent un rôle tactique visuel équivalent au rôle sonore tenu par les cornicines (trompettes). Les enseignes sont donc équipées pour être opérationnelles pendant la campagne. La hampe des étendards est munie d'une forte pointe métallique (la « cuspis »), qui sert à les planter dans le sol. Certaines hampes portent même un cran d'arrêt, qui permet d'éviter de ficher l'enseigne trop fortement en terre, et une poignée, pour l'arracher plus facilement.

1. Denier d'Auguste (27 av JC, 14 ap. JC), frappé entre 19 et 15 av. JC. Avers : CAESAR AVGVSTVS, tête d'Auguste tournée à droite. Revers : SIGNIS /RECEPTIS. Un bouclier rond portant l'inscription CL V flanqué des lettres SP / QR. A gauche, aigle légionnaire. A droite, un étendard. Sur l'enseigne de gauche, on peut voir la poignée destinée à arracher l'enseigne plus facilement. (Photo J. Elsen - Numismate)
1. Denier d'Auguste (27 av JC, 14 ap. JC), frappé entre 19 et 15 av. JC. Avers : CAESAR AVGVSTVS, tête d'Auguste tournée à droite. Revers : SIGNIS /RECEPTIS. Un bouclier rond portant l'inscription CL V flanqué des lettres SP / QR. A gauche, aigle légionnaire. A droite, un étendard. Sur l'enseigne de gauche, on peut voir la poignée destinée à arracher l'enseigne plus facilement. (Photo J. Elsen - Numismate)

2. Antoninien de CLAUDE II le Gothique (268-270 ap. JC). Avers : IMP CLAVDIVS P F AVG B. Buste drapé de Claude tourné droite. Revers : FIDES MILIT/ S. Allégorie de la fidélité tenant deux enseignes, sur lesquelles on distingue nettement les cuspis, sorte de cran-d'arrêt. (Photo J. Elsen - Numismate)

2. Antoninien de CLAUDE II le Gothique (268-270 ap. JC). Avers : IMP CLAVDIVS P F AVG B. Buste drapé de Claude tourné droite. Revers : FIDES MILIT/ S. Allégorie de la fidélité tenant deux enseignes, sur lesquelles on distingue nettement les cuspis, sorte de cran-d'arrêt. (Photo J. Elsen - Numismate)

Les enseignes et porte-enseignes ont joué un rôle tellement important dans l'armée romaine qu'une grande partie du vocabulaire de commandement les intègre directement : « A l'attaque ! » se dit « Signa inferre ! »; le passage des troupes en revue est appelé « la chevauchée devant les enseignes » (Ante signa equitare), tandis que « lever le camp » se dit « Signa movere », c'est-à-dire déplacer ou bouger les enseignes. Ce ne sont que quelques exemples.
 
De multiples textes illustrent le caractère divin qui était attribué aux enseignes. Sous le règne de l'empereur Claude (41-54 ap. JC), les troupes Dalmates, sous la conduite du légat Furius Camilius Scribonianus, fomentent une guerre civile. Mais, rapporte Suétone, « les légions infidèles à leur serment furent [...] ramenées au repentir par une crainte superstitieuse, parce que, au moment où elles reçurent l'ordre de marcher vers leur nouveau général, par suite d'un hasard providentiel, il fut impossible de parer l'une des aigles ni d'arracher et de mouvoir les enseignes ». Plutarque, lui aussi, croit à la divinité des enseignes. Il pense que les dieux se manifestent à travers elles sous forme de prodiges. Peu de temps avant la guerre entre Sylla et Marius, le bois des enseignes s'enflamme (Plut., Syll., VII) : c'est, selon lui, un message des dieux, qui annonce les dégâts de la guerre civile à venir. Tacite n'est pas en reste. Il écrit qu'en 54 ap. JC tout le monde comprend par divers prodiges qu'un changement pour le pire est annoncé. Parmi ces prodiges, « des enseignes et des tentes de soldats furent brûlées par la foudre » (Tac., Ann., XII, LXIV, I).
 
Les enseignes, auxquelles étaient attachées de telles croyances religieuses étaient l'objet d'un culte partagé jusqu'à la tête de l'Etat. L'Apologiste chrétien Tertullien déclare au début du III° s. ap. JC que dans la religion romaine, le culte des enseignes était pratiqué dans tous les camps militaires, et que ce culte l'emportait sur tous les autres (Tert., Apol., III, 6, 2). Perdre des enseignes était un véritable traumatisme religieux, qui pouvait se muer en problème politique. Ainsi Auguste s'est-il attaché à récupérer les enseignes perdues par Antoine et par Crassus chez les Parthes. Les enseignes restituées par le Parthe Phraatès sont déposées dans le Temple de Mars « Ultor », c'est-à-dire de Mars Vengeur, consacré spécialement à cet effet.
 
3. Denier d'Auguste (27 av JC, 14 ap. JC). Avers : CAESAR AVGVSTO, Tête nue d'Auguste tournée à droite. Revers : MAR VLT. Temple de Mars Ultor (« vengeur »). A l'intérieur se trouvent les enseignes militaires romaines restituées par les Parthes (Photo Classical Numismatic Group)
3. Denier d'Auguste (27 av JC, 14 ap. JC). Avers : CAESAR AVGVSTO, Tête nue d'Auguste tournée à droite. Revers : MAR VLT. Temple de Mars Ultor (« vengeur »). A l'intérieur se trouvent les enseignes militaires romaines restituées par les Parthes (Photo Classical Numismatic Group)
 
Des émissions de monnaies commémorent le retour des enseignes.
4. Denier frappé en 19 av. JC par le monnayeur M. Durmius, pour célébrer la restitution des enseignes perdues par Crassus. Au revers un Parthe agenouillé présente un étendard. (Photo Classical Numismatic Group)
4. Denier frappé en 19 av. JC par le monnayeur M. Durmius, pour célébrer la restitution des enseignes perdues par Crassus. Au revers un Parthe agenouillé présente un étendard. (Photo Classical Numismatic Group)
 
5. Dupondius de Germanicus (15 av. JC-19 ap. JC). Avers : Germanicus dans un quadrige triomphal. Au dessus : GERMANICVS CAESAR. Revers : SIGNIS - RECEPT/ DEVICTIS - GERM/ S-C. Germanicus avançant à gauche, en habit militaire, la main droite levée, tenant un sceptre surmonté d'un aigle. Cette monnaie commémore la récupération des enseignes perdues par Varus lors du désastre de Teutobourg. (Photo J. Elsen - Numismate)
5. Dupondius de Germanicus (15 av. JC-19 ap. JC). Avers : Germanicus dans un quadrige triomphal. Au dessus : GERMANICVS CAESAR. Revers : SIGNIS - RECEPT/ DEVICTIS - GERM/ S-C. Germanicus avançant à gauche, en habit militaire, la main droite levée, tenant un sceptre surmonté d'un aigle. Cette monnaie commémore la récupération des enseignes perdues par Varus lors du désastre de Teutobourg. (Photo J. Elsen - Numismate)
 
 
Plus tard, en 15 ap. JC, Germanicus, parvient à récupérer les enseignes des trois légions perdues par Varus lors du désastre de la forêt de Teutobourg (Germanie), en 9 ap. JC. « A la fin de l'année (16 ap. JC) , rapporte Tacite, sont dédiés un arc près du temple de Saturne « pour le retour des enseignes perdues avec Varus, reprises sous le commandement de Germanicus et les Auspices de Tibère », puis un temple de Fors Fortuna, près du Tibre [...] » (Tac., Ann., XLI, I).
 
L'importance militaire et religieuse des enseignes étant posée, on peut essayer de les décrire plus en détail, et autant que possible d'expliquer la signification des divers éléments dont elles étaient composées. Pour ce faire, nous disposons à la fois de vestiges, assez peu nombreux, des enseignes elles-mêmes, ainsi que d'une riche iconographie monumentale et numismatique; les textes qui évoquent les enseignes sont également très riches. Les auteurs antiques ont pensé que les plus anciens étendards militaires romains furent une poignée de paille ou de foin fixée au sommet d'une pique : « Ces enseignes étaient faites de foin, mais on accordait au foin tout le respect que tu vois attribué à tes aigles », déclare Ovide à Auguste dans son ouvrage « Les Fastes », écrit vers le début du I° siècle ap. JC . Il rajoute « qu'une longue perche portait ces bottes (maniplos) pendues à son sommet », et qu'en conséquence, on appelait le soldat « maniplaris » (Ov., Fast., III, 115). Plutarque, de même, raconte au début du II° siècle après J.C. un épisode des origines mythologiques de Rome, l'attaque menée par Romulus contre Amulius qui tenait Rémus prisonnier : « Romulus amenait de son côté un grand corps de troupes divisé en compagnies de cent hommes, dont chacune était conduite par un capitaine qui tenait en l'air au haut d'une pique une brassée d'herbe et de brindilles. Les Latins appellent ces enseignes manipules » (Plut. Romulus, 8, 7). L'explication de cette croyance dans les « enseignes de paille » se trouve peut-être dans le rapprochement qu'opéraient les Anciens entre la « manipule », c'est-à-dire la formation militaire, et la « manipule » en tant que « brassée d'herbe ». Pour sa part, l'étymologiste Varron rapproche « manipulus » de « manus », la main (Varr. L.L. V,8; VI,85). Quelle que soit la réalité de ces croyances et de ces étymologies antiques, l'une des enseignes romaines les plus originales est constituée d'une main de bronze, fixée sur la hampe. Cette enseigne « manipulaire » apparaît sur de nombreux monuments et monnaies

6. Sesterce de Gordien III (238-244 ap. JC) Avers : Buste lauré drapé et cuirassé. Revers : Allégorie de la Fidélité tenant une enseigne manipulaire. (Photo Classical Numismatic Group)

6. Sesterce de Gordien III (238-244 ap. JC) Avers : Buste lauré drapé et cuirassé. Revers : Allégorie de la Fidélité tenant une enseigne manipulaire. (Photo Classical Numismatic Group)

 

7. Sesterce de Philippe Ier (244-249 ap. JC). Avers : IMP M IVL PHILIPPVS AVG Buste lauré, drapé, cuirassé à droite. Revers : FIDES EXERCITVS/S-C. Parmi les 4 étendards qui représentés au revers, le second est une enseigne manipulaire. (Photo J. Elsen - Numismate)
7. Sesterce de Philippe Ier (244-249 ap. JC). Avers : IMP M IVL PHILIPPVS AVG Buste lauré, drapé, cuirassé à droite. Revers : FIDES EXERCITVS/S-C. Parmi les 4 étendards qui représentés au revers, le second est une enseigne manipulaire. (Photo J. Elsen - Numismate)
 
Le fameux encyclopédiste Pline l'Ancien raconte dans son Histoire Naturelle, écrite au I° s. ap. JC qu'avant l'époque de Marius (157-86 av. JC), les troupes marchaient au combat sous cinq enseignes différentes qui portaient les figures d'animaux suivantes : l'aigle, le loup, le minotaure, le cheval et le sanglier (Pline, Hist. Nat., X, 5). Marius aurait opéré une simplification drastique en ne conservant qu'un seul animal, l'aigle (latin « aquila ») qui devient l'emblème principal des légions. L'histoire des emblèmes selon Pline est donc assez proche des faits rapportés par Diodore de Sicile : dans les temps anciens, les romains auraient marché au combat sous les enseignes animales qui représentaient leurs divinités tutélaires primitives. Les plus anciennes images d'enseignes militaires sont conformes aux dires de Pline. Le revers d'une monnaie émise en 82 avant JC par Valérius Flaccus montre trois enseignes militaires;

8. Denier de Valerius Flaccus, frappé en 82 av. JC. Avers : Buste de la Victoire à droite. Derrière, B. R/ C.VAL.FLA/ IMPERAT/ EX.-S.C Aigle légionnaire entre deux enseignes de cohortes. (Photo J. Elsen - Numismate)

8. Denier de Valerius Flaccus, frappé en 82 av. JC. Avers : Buste de la Victoire à droite. Derrière, B. R/ C.VAL.FLA/ IMPERAT/ EX.-S.C Aigle légionnaire entre deux enseignes de cohortes. (Photo J. Elsen - Numismate)

la plus importante d'entre elles figure effectivement l'aigle posé sur une pique, les ailes déployées. De part et d'autre se trouvent deux enseignes de cohortes. Sur l'une, on lit H (hastati), sur l'autre P (principes). Ces deux mentions font référence à l'organisation tactique de l'armée, les hastati étant les soldats munis d'un javelot, le terme principes (les premiers) évoquant l'ordre dans lequel ce corps de troupe devait intervenir. Ces enseignes, cependant, ne sont pas purement militaires : chacune porte divers symboles, globes, croissants, pendeloques, qui vont au delà de la simple indication militaire.
 
L'aigle est incontestablement l'animal dominant sur les enseignes militaires romaines. Il est le symbole du dieu des dieux, Jupiter. On le représente avec les ailes déployées, posé sur un foudre, autre attribut typiquement jupitérien (que l'on retrouve également sur les boucliers des légionnaires). Rien ne symbolise mieux la légion toute entière que l'aigle, comme on peut le constater par quelques textes très précis à cet égard. La perte de l'aigle est un déshonneur suprême pour les soldats. Dans la Guerre des Gaules, César rapporte que lors du débarquement en Bretagne, ses soldats hésitaient à sauter à la mer pour aller attaquer l'ennemi. Le porte-aigle (« Aquilifer ») de la dixième légion aurait alors déclaré : « Compagnons, sautez à la mer si vous ne voulez pas livrer votre aigle à l'ennemi ». César poursuit : « Alors les nôtres, s'exhortant entre eux à ne point souffrir un tel déshonneur, sautèrent, tous comme un seul homme, hors du vaisseau; ceux des navires voisins, témoins de leur audace, les suivirent et marchèrent à l'ennemi » (César, Bell. Gall., IV, 25). Sous le règne de Tibère (14-37 ap. JC), Muniatius Plancus, ancien Consul, est envoyé sur la frontière du Rhin où deux légions s'étaient révoltées. Celles-ci, inquiètes et gagnées par le sentiment de leur faute, pénètrent de force dans la demeure de Germanicus, leur général, et exigent qu'on leur remette les enseignes. Peu de temps après, les soldats s'en prennent à Plancus, qui se réfugie dans le camp de la Ière légion. « Là, rapporte Tacite, embrassant les enseignes et l'aigle, il se mettait sous la protection de leur caractère sacré » (Tac., Ann., I, 39). Il faut cependant toute l'autorité du porte-aigle (Aquilifer) Calpurnius pour empêcher les soldats de souiller les autels des dieux du sang d'un envoyé du peuple romain. Le perte de l'aigle, en principe, se traduit par la dissolution de la légion : c'est le cas des XVIIème, XVIIIème et XIXème légions perdues lors du désastre de Varus, évoqué ci-dessus. Mais, on ne dissout point la XXI Rapax, qui a pourtant perdu son Aigle lors de la bataille de Bédriac (Tac., Hist, II, 43). Enfin, on peut noter que sous l'Empire, les enseignes étaient présentes dans toutes les cérémonies militaires, et que la présence de l'Aigle, entourée des enseignes de cohortes, symbolisait l'ensemble de l'armée impériale.
9. Sesterce de Commode (177-192 ap. JC) Avers : M COMMODVS ANT P FELIX AVG BRIT. Tête laurée trounée à droite. Revers : PM TR P XI IMP VIII COS V PP / S-C / FID EXERCIT. L'empereur en habit militaire debout à gauche sur une estrade, harangue trois porte-enseignes, qui symbolisent l'armée. (Photo J. Elsen - Numismate)
9. Sesterce de Commode (177-192 ap. JC) Avers : M COMMODVS ANT P FELIX AVG BRIT. Tête laurée trounée à droite. Revers : PM TR P XI IMP VIII COS V PP / S-C / FID EXERCIT. L'empereur en habit militaire debout à gauche sur une estrade, harangue trois porte-enseignes, qui symbolisent l'armée. (Photo J. Elsen - Numismate)
 
 
Quoi que dominant, l'aigle n'est pas l'unique animal qui ait été représenté sur les étendards après la réforme de Marius. Sous l'Empire, outre l'aigle jupitérien, chaque légion était dotée de son propre emblème. Il pouvait s'agir soit, la plupart du temps, d'un animal, soit d'un héros (Hercule par exemple), soit d'une divinité (Minerve, la Victoire, Neptune...). Parmi ces animaux, on trouve le taureau, le sanglier, le bélier ou encore la cigogne et le lion.
 

10. Antoninien de Gallien (253-268 ap. JC). Avers : GALLIENVS AVG, bust radié et cuirassé tourné à droite. Revers : LEG III ITAL VI P VI F, cigogne marchant à droite. La cigogne était l'emblème de la 3° légion Italica, dont il est question dans légende du revers. (Photo Classical Numismatic Group)

10. Antoninien de Gallien (253-268 ap. JC). Avers : GALLIENVS AVG, bust radié et cuirassé tourné à droite. Revers : LEG III ITAL VI P VI F, cigogne marchant à droite. La cigogne était l'emblème de la 3° légion Italica, dont il est question dans légende du revers. (Photo Classical Numismatic Group)
 
 
 
On trouve également des chimères, tels que Pégase, le cheval ailé, ou le Capricorne. L'explication du choix de ces animaux est multiple. Certains ont un rapport direct avec les signes du zodiaque et les croyances personnelles des Empereurs. Ainsi, comme le rapporte Suétone, « Auguste eut une si grande confiance dans ses destinées qu'il fit publier son horoscope et frapper des pièces d'argent portant le signe du Capricorne » (Suét., Aug., 94). Ledit Auguste, lorsqu'il décide de réorganiser l'armée, choisit logiquement le Capricorne comme insigne de certaines légions. Un autre exemple intéressant est fourni par Domitien, empereur de 81 à 96 ap. JC, qui vouait un culte particulier à la déesse Minerve. Domitien crée une nouvelle légion, et il lui donne comme insigne particulier une tête de bélier, car dans le mois auquel préside Minerve, le soleil est dans le signe du Bélier.
 
Les enseignes révèlent d'autres signes du culte des astres; sur certaines d'entre elles la juxtaposition d'un globe et d'un croissant, paraîssent symboliser le soleil et la lune. Il est possible que l'astrolâtrie et la zoolâtrie aient trouvé un terrain particulièrement favorable chez les légionnaires de recrutement local du Rhin et du Danube. Dans un cas au moins, l'armée romaine semble avoir adopté une enseigne d'inspiration barbare, le dragon. Celui-ci était utilisé par les peuplades scythiques ou parthiques. Un dragon est représenté comme enseigne sur la colonne trajane, à Rome, qui évoque la guerre de conquête de Dacie (actuelle Roumanie), au début du II° siècle après JC. Le dragon s'impose comme enseigne dans l'armée romaine en 175 ap. JC, lors des guerres contre les Jazygues. Dans la deuxième moitié du IV° s. ap. JC, le dragon a triomphé comme enseigne militaire, et l'historien Ammien Marcellin décrit ainsi ceux qui ornent le défilé des troupes de l'empereur Constance en visite à Rome : « ...tout autour on voyait flotter les dragons attachés à des hampes incrustées de pierreries, et dont la pourpre, gonflée par l'air qui s'engouffrait dans leurs gueules béantes, rendait un bruit assez semblable aux sifflements de colère du monstre, tandis que leurs longues queues se déroulaient au gré du vent » (Ammien Marcellin, XVI, 10). Ce dragon romain, par sa forme, rappelle les dragons chinois.
 
 
Les animaux sont importants, certes, mais ils sont loin de constituer la totalité des symboles qui figurent sur les enseignes. Sur les hampes des enseignes manipulaires sont attachées des phalères. Ce sont des plaques de métal argenté dont certaines portent le portrait de l'empereur en leur centre. Le nombre de phalères varie entre 2 et 6 sur chaque enseigne. Ces plaques de métal, à l'origine, sont des décorations militaires individuelles, ce qui les classe parmi les « dona militaria ». Ces gratifications pouvaient aussi être collectives, aussi trouve-t-on sur certaines enseignes des couronnes de laurier ou de chêne, des couronnes murales (commémoration du siège d'une ville) ou rostrales (en souvenir d'une bataille navale). Sous la République, ce sont des torques que l'on remettait aux corps de troupe et aux soldats comme signe de gratification. Les troupes ainsi remerciées étaient qualifiées de « torquatae ».
 
11. Denier dit « légionnaire » de Marc Antoine, frappé en 32-31 av. J.-C. Avers : ANT AVG III VIR R P C Galère à droite. Revers : LEG X Aigle légionnaire entre deux étendards. Le torque suspendu autour du cou de l'Aigle indique que la Xème légion a reçu une récompense militaire. (Photo Classical Numismatic Group)
11. Denier dit « légionnaire » de Marc Antoine, frappé en 32-31 av. J.-C. Avers : ANT AVG III VIR R P C Galère à droite. Revers : LEG X Aigle légionnaire entre deux étendards. Le torque suspendu autour du cou de l'Aigle indique que la Xème légion a reçu une récompense militaire. (Photo Classical Numismatic Group)
 
 
 
En somme, on accrochait sur les enseignes toute la gamme des décorations militaires possibles.
 
Il faut pour finir évoquer le « vexillum », qui est un petit « vellum », c'est-à-dire une pièce d'étoffe. Le vexillum, c'est un drapeau. Les auteurs antiques affirment qu'aux origines de Rome, un vexillum rouge était hissé pour appeler aux armes les fantassins, tandis que les cavaliers devaient se réunir sous une bannière bleue (Serv., Aen. VIII, 1). On peut observer un vexillum sur une monnaie émise pendant la période de la République, en 51 av. JC, par C. Coelius Caldus; un autre vexillum est accroché sur les enseignes restituées par les Parthes à Auguste.
 

12. Denier de Coelius Caldus, frappé en 51 av. JC. Derrière la tête à l'avers, figure un vexillum qui porte l'inscription HIS(pania) en commémoration d'une campagne militaire en Espagne. (Photo Classical Numismatic Group)

12. Denier de Coelius Caldus, frappé en 51 av. JC. Derrière la tête à l'avers, figure un vexillum qui porte l'inscription HIS(pania) en commémoration d'une campagne militaire en Espagne. (Photo Classical Numismatic Group)
 
 
 
Sous l'Empire le vexillum est l'enseigne caractéristique de la cavalerie, sans que cette particularité soit exclusive. Les enseignes de la légion sont parfois constituées d'un vexillum sur lequel est inscrit le nom du corps de troupe ainsi que le symbole de la légion en question. Là encore cependant, rien n'est systématique, puisque le nom du corps de troupe pouvait aussi bien être inscrit sur une « tabula » en bois quadrangulaire attachée à la hampe, quand il n'était pas remplacé par un médaillon. Le vexillum est une étoffe carrée, attachée à l'enseigne par une traverse perpendiculaire sur laquelle pendent des bandelettes pourpres terminées par des feuilles de lierre en argent, le lierre étant une plante de bon augure. Le vexillum connaît une évolution originale : sur certaines enseignes, le drapeau de tissu disparaît, et on ne conserve que les pendeloques. Cette évolution est nettement visible sur les monnaies du III° siècle ap. JC.
 

13. Follis de Maxence (306-312 ap. JC). Avers : IMP C MAXENTIVS PF AVG Tête l. à droite. Revers : FIDES MI-L-I-TVM AVG N/ MOSTS Fides debout à gauche, tenant un étendard dans chaque main. (Photo J. Elsen - Numismate)

13. Follis de Maxence (306-312 ap. JC). Avers : IMP C MAXENTIVS PF AVG Tête l. à droite. Revers : FIDES MI-L-I-TVM AVG N/ MOSTS Fides debout à gauche, tenant un étendard dans chaque main. (Photo J. Elsen - Numismate)
 
 
 
La conversion de Constantin au Christianisme au début du IV° siècle, bouleverse de fond en comble les symboles représentés sur les enseignes militaires. Dès l'instant où l'empereur devient chrétien, il n'est plus question de représenter l'aigle de jupiter sur les étendards impériaux. Constantin choisit de faire représenter le Chrisme, le symbole de Jésus Christ sur les enseignes. Ses successeurs font de même.
 

14. Bronze de Jovien (363-364 ap. JC). Sur le revers de cette monnaie, on peut voir l'Empereur debout de face, tenant le labarum d'une main et une victoire de l'autre. (Photo Classical Numismatic Group)

14. Bronze de Jovien (363-364 ap. JC). Sur le revers de cette monnaie, on peut voir l'Empereur debout de face, tenant le labarum d'une main et une victoire de l'autre. (Photo Classical Numismatic Group)
 
 
 
Ce vexillum christianisé porte le nom de labarum. Valentinien III, pour sa part, se présente avec une nouvelle enseigne, la croix appelée à connaître un succès aussi durable que l'aigle de Jupiter.
 

15. Solidus de Valentinien III (425-455 ap. JC). Au revers, l'empereur est représenté debout de face, appuyé sur une longue croix, le pied posé sur une tête. (Photo Classical Numismatic Group)

15. Solidus de Valentinien III (425-455 ap. JC). Au revers, l'empereur est représenté debout de face, appuyé sur une longue croix, le pied posé sur une tête. (Photo Classical Numismatic Group)

Dernière mise à jour : ( 26-12-2011 )
 
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