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Caligula et sa sombre légende

Caligula et sa sombre légende

 
Caligula est né en 12 av. JC et, en tant que successeur de Tibère, il règne sur l'Empire Romain entre 37 et 41 ap. JC. A cette date, il meurt assassiné. Dans la littérature antique, Caligula a laissé une réputation de fou mégalomaniaque, capricieux et cruel. Ce portrait est souvent caricatural, et on peut s'interroger : cette réputation n'est-elle qu'une légende forgée après sa mort ou repose-t-elle sur des faits avérés ? Caligula a-t-il vraiment mérité la sombre légende qui est souvent associée à son nom ?
 
Portrait de CaligulaLe nom officiel de Caligula est C(aius) Julius Caesar, ou, sur les inscriptions, C(aius) CAESAR AVG(ustus) GERMANICVS. Certains historiens le nomment parfois Gaius ou Caius : en réalité, si l'on suit le grammairien romain Quintilien, le « C » de Caius se prononçait « G » (Quint., Inst. orat., I, 7, 28). Le prénom officiel de Caligula s'écrivait donc « Caius » et se prononçait « Gaius ». Caligula n'est pas le prénom officiel de l'empereur, ce n'est qu'un surnom officieux, qui a été attribué à « Gaius » par les troupes de Germanie dans sa petite enfance. L'historien Tacite (55-120 ap. JC) explique qu'on « l'appelait Caligula, parce que souvent, pour le rendre populaire à la foule des soldats on lui mettait au pied cette chaussure » (Tac., Ann., I, 41, 3. Cf. aussi Suétone, Caligula, IX). Caligula est le diminutif de « caliga », la sandale cloutée des légionnaires romains. Ce surmon, qui témoigne de la sympathie universelle dont jouissait le jeune prince dans son enfance, lui est resté et il est même passé à la postérité. Mais, selon Tacite, un tel surnom, populaire et démagogique, ne convenait pas à un César. L'historien déplore qu'Agrippine, la mère de Caligula, s'occupe d'affaires militaires, puis il rajoute : « ...comme si ce n'était pas assez se populariser que de promener en habit de soldat le fils d'un général, et de donner à un César le nom de Caligula ! » (Tac., Ann., I, 69)
 
 
Gaius Caligula est probablement né le 31 août 12 avant JC à Antium (la moderne Anzio). Suétone (70-122 ap. JC), le principal biographe de Caligula, discute longuement sur ce lieu de naissance. « Cneius Lentulus Gaetulicus dit qu'il est né à Tibur, rapporte Suétone. Pline prétend que ce fut dans le village appelé Ambitarvius, dans le pays de Trèves, au-dessus de Coblence » (Suét., Caligula, VIII). Dès le I° s. ap. JC, Caligula a la réputation d'être né en Germanie, dans les quartiers d'hiver des légions. Les vers suivants, publiés peu après sa naissance, auraient couru plus tard dans le public : « Au milieu de nos camps le sort qui l'a fait naître, à l'amour des soldats, le désignait pour maître » (Ibid.). Suétone réfute tous ces lieux de naissance et il conclut : « Pour moi, je trouve dans les actes officiels qu'il naquit à Antium. » (Ibid.). Toutes ces controverses entre historiens, dès l'antiquité, sont intéressantes : elles montrent comment l'opinion commune associe à la personne de Caligula, de son vivant même, des croyances, des rumeurs. Plus tard, la réalité des faits s'estompe peu à peu et, finalement, il ne reste que la rumeur qui, nourrie par des historiens sensationnalistes tels que Suétone, se tranforme en légende.
 
 
Pourquoi la rumeur prétendait-elle que Caligula était né dans les camps de Germanie ? On peut l'expliquer par deux éléments et, en premier lieu, par la réputation de Germanicus, le père de Caligula. « Il est établi que Germanicus réunissait, à un degré que n'atteignit jamais personne, tous les avantages du corps et les qualités de l'esprit, une beauté et une valeur singulières, une profonde érudition et une haute éloquence dans les lettres grecques et les lettres latines, une bonté d'âme admirable, le plus grand désir de se concilier et de mériter l'affection de ses semblables, et le plus merveilleux talent pour y réussir ... » (Suét., Caligula, 3). Cet éloge dithyrambique écrit par Suétone montre quelle fut l'extraordinaire réputation de Germanicus. Suétone évoque aussi longuement l'amour sans limite du peuple romain pour cet homme, qui fut avant tout un chef de guerre efficace. Après la mort d'Auguste, en effet, les légions de Germanie, dont on connaît le rôle vital de rempart face aux barbares, se rebellent. Germanicus les remet dans le devoir et les conduit au triomphe. A l'annonce de sa mort, une sorte de folie s'empare de la foule à Rome : des émeutes éclatent; on crie à l'assassinat, commandité par Tibère qui aurait souhaité supprimer cet homme qui lui faisait de l'ombre. Voilà qui fut le père de Caligula. Naturellement, la tentation fut grande d'associer Caligula aux exploits de son père et donc de placer son lieu de naissance en Germanie, au milieu des troupes, en pleine tourmente : ce lieu de naissance avait quelque chose de bien plus romantique, si l'on peut s'exprimer ainsi, qu'une naissance paisible dans la ville d'Anzio.
 
Caligula dans la dynastie julio-claudienne : tableau généalogique simplifié
 
 
Caligula est l'un des neuf enfants qu'ont eu Germanicus et Agrippine, ce qui le plaçait au coeur de la dynastie julio-claudienne. Par son père, Germanicus était le petit-fils de Livie, l'épouse d'Auguste et par sa mère celui d'Octavie et d'Antoine. Il était neveu de l'empereur Tibère, qui l'adopta en 4 av. JC à la demande d'Auguste. Agrippine l'Ancienne, de son côté, était la fille de Julie et d'Agrippa, qui fut lui-même un très proche compagnon d'Auguste. Bien qu'il ne soit probablement pas né en Germanie, c'est dans ces provinces nordiques que Caligula passe une partie de son enfance. Il accompagne également son père en Syrie (Suét., Caligula, X). Nous sommes mal renseignés sur cette période de son existence. On ignore si l'instabilité qui régnait au sein de la dynastie julio-claudienne l'a personnellement atteint. La question de la succession à la tête de l'empire, en effet, conduisit peut-être Tibère à écarter par la violence et éventuellement des meurtres les prétendants à l'empire, qu'ils soient légitimes ou non. Germanicus, le père de Caligula, fut peut-être assassiné en 19 ap. JC sur les ordres de Tibère, l'empereur régnant, ce qui aurait évidemment jeté un froid entre Agrippine et l'empereur en titre. Quoi qu'il en soit, Agrippine meurt en 33 ap. JC, alors qu'elle était en exil dans l'île de Pandataria. Pendant l'exil de sa mère, Caligula vit auprès de de sa bisaïeule Livie. Celle-ci meurt en 29 ap. JC et Caligula, encore adolescent, prononce son éloge funèbre à Rome, à la tribune aux harangues. C'est alors sa grand-mère Antonia qui le prend en charge, jusqu'à ce que Tibère l'appelle auprès de lui dans son refuge de Capri, en 31 ap. JC. Caligula, âgé de 21 ans, prend la toge virile et se fait raser la barbe. Il poursuit alors, semble-t-il, une carrière des honneurs assez classique mais sans éclat : selon l'historien Dion Cassius, il aurait été questeur honoraire en 33 ap. JC (cf. Dion Cassius, 58, 23,1). Suétone, de son côté, prétend que lorsqu'il prit la toge virile, « il ne reçut aucun des honneurs qui avaient accompagné ses frères à leur entrée dans le monde » (Suét., Caligula, X).
 
 
Pendant cette période, le climat qui règne dans l'entourage du prince est dominé par la suspicion, les complots, les rumeurs ou la paranoïa. Tacite évoque le cas l'ancien Préteur Sextius Paconianus qui éclaire bien cette ambiance particulière. C'était, écrit Tacite, « un homme audacieux, malfaisant, épiant les secrets de toutes les familles, et que Séjan [le Préfet du Prétoire] avait choisi pour préparer la ruine de Caius César [Caligula] » (Tac., Ann., VI, 3). Ledit Sextius échappe d'ailleurs à la condamnation promise par Tacite en promettant... de faire des dénonciations.
 
 
Tacite et Suétone dressent tous deux un portrait moral négatif du jeune Caligula. « Caïus, écrit Tacite, sous une artificieuse douceur, cachait une âme atroce. La condamnation de sa mère, l'exil de ses frères, ne lui arrachèrent pas une plainte. Chaque jour il se composait sur Tibère; c'était le même visage, presque les mêmes paroles. De là ce mot si heureux et si connu de l'orateur Passienus, "qu'il n'y eut jamais un meilleur esclave, ni un plus méchant maître." » (Tac., Ann., VI, 20). Suétone, de même, décrit ainsi son séjour auprès de Tibère : « Il n'y eut sorte de pièges qu'on ne lui tendît pour lui arracher des plaintes; mais il ne s'y laissa jamais prendre. Il ne parut pas s'apercevoir du malheur des siens, comme s'il ne leur fut jamais rien arrivé, et dévorait ses propres affronts avec une dissimulation incroyable. » (Suét., Caligula, X). Tacite et Suétone, on le voit, s'accordent sur le portait moral de Caligula, qui fut faux et dissimulateur, selon une opinion admise de tous. On peut penser cependant qu'un Caligula bavard et plaintif n'aurait pas mieux échappé à la critique. D'ailleurs Suétone noircit le tableau antant qu'il peut : Caligula, qui a un caractère naturellement farouche, est animé dès cette époque, paraît-il, d'inclinations basses et cruelles; il assiste avec une curiosité extrême aux supplices des condamnés. La nuit, enveloppé dans un long manteau et affublé d'une perruque, il court les tavernes et mauvais lieux avec l'assentiment de Tibère qui espérait ainsi adoucir le caractère farouche de Caligula (Suét., Caligula, XI). Suétone rajoute : « Le subtil vieillard [Tibère] le connaissait à fond, et quelquefois il disait tout haut: "Caius ne vit que pour ma perte et pour celle de tous. J'élève une hydre pour le peuple romain, et un Phaéton pour l'univers ». Ce portrait et ces déclarations qui ne sont que pure invention de Suétone sont tellement caricaturales qu'elles ont dû amuser plus d'un lecteur depuis leur date de rédaction, il y a dix-neuf siècles. Mais les empereurs, eux, ont souvent mal supporté ces insolences, qui ont coûté plus d'une fois à leurs auteurs l'exil ou la mort.
 
 
Suétone dresse un portrait moral de Caligula extrêmement riche et sombre. Il donne aussi une très intéressante description physique : « Caius avait la taille haute, le teint très pâle, le corps mal proportionné, le cou et les jambes tout à fait grêles, les yeux enfoncés, les tempes creuses, le front large et menaçant, les cheveux rares, le sommet de la tête dégarni, le reste du corps velu. Aussi était-ce un crime capital de regarder d'en haut quand il passait, ou simplement de prononcer le mot chèvre pour quelque raison que ce fût. Son visage était naturellement affreux et repoussant, et il s'efforçait de le rendre plus horrible encore en étudiant devant son miroir tous les jeux de physionomie capables d'inspirer la terreur et l'effroi. Il n'était sain ni de corps ni d'esprit. »(Suét, Caligula, L). Là encore, la description est a ce point partiale et outrée qu'elle ne peut être envisagée au premier degré. C'est une caricature qui prête à sourire. On connait le portrait de Caligula grâce à des bustes de marbre ou grâce aux portraits monétaires. Il n'est pas le monstre physique décrit par Suétone. Caligula, n'est pas Quasimodo... On ne peut dire s'il est beau ou laid : ce genre d'appréciation est très hautement subjectif. Les canons de la beauté varient d'une période à l'autre. Suétone, dans son portrait, expose son parti pris personnel, rien de plus.
 
 
Tibère meurt en mars 37 après JC, à l'âge de 78 ans. Tacite décrit sa mort : « Le dix-sept avant les calendes d'avril, Tibère eut une faiblesse, et l'on crut qu'il avait accompli sa destinée de mortel. Déjà Caïus sortait, au milieu des félicitations, pour prendre possession de l'empire, lorsque tout à coup on annonce que la vue et la parole sont revenues au prince, et qu'il demande de la nourriture pour réparer son épuisement. » (Tac. Ann., VI, 50). La consternation est générale, certains, après un bref moment de joie, reprennent une attitude triste. Le préfet du Prétoire Macron aurait alors décidé d'en finir et de faire étouffer le vieillard sous un amas de couverture. Le récit de l'accession de Caligula à l'empire par Suétone est plus détaillé encore. Il explique en particulier comment Caligula a fait alliance avec Macron pour parvenir à son but : « Caius, quand il eut perdu Junie à la suite de couches, séduisit Ennia Naevia, femme de Macron, alors préfet des cohortes prétoriennes, en lui promettant même de l'épouser, s'il s'emparait du pouvoir, promesse qu'il garantit à la fois par un serment et par un écrit autographe. Dès qu'il eût ainsi gagné Macron, suivant quelques historiens, il empoisonna Tibère. L'empereur respirait encore quand il lui fit enlever son anneau; et, comme il paraissait vouloir le retenir, il fit jeter sur lui un coussin, et même l'étrangla de sa propre main [...] Ce récit paraît d'autant plus vraisemblable, que Caligula lui-même se vanta, selon quelques auteurs, sinon d'avoir commis ce parricide, du moins de l'avoir projeté. Il se glorifiait souvent, pour faire voir son attachement à sa mère et à ses frères, d'avoir voulu les venger. Il était entré, disait-il, avec un poignard dans la chambre de Tibère endormi; mais la pitié l'avait retenu; il avait jeté son arme, et s'était retiré sans que Tibère, quoiqu'il s'en fût aperçu, osât ni le poursuivre ni le punir. » (Suét. Caligula, XII - cf. aussi Tacite, Ann., VI, 45). Ce récit comporte de nombreuses invraisemblances, de nombreuses incohérences et autres incertitudes. Suétone présente comme des faits avérés des rumeurs colportées par « quelques auteurs » et il n'hésite pas lui-même, pour donner plus d'intérêt à son récit, à s'en faire l'écho et, pourquoi pas, à les tenir pour vraies.
 
 
Cette conjuration de Caligula pour accélerer la mort de Tibère est peu vraissemblable. Tibère, déjà très âgé pour l'époque, est sans doute mort de vieillesse. Comme toute fin de règne long, sa mort fût peut-être attendue avec impatience par certains, par goût pour l'alternance ou par arrivisme pour d'autres. L'arrivée de Caligula au pouvoir, selon Suétone, « combla les voeux du peuple romain, je dirai même de l'humanité tout entière, car il était le prince rêvé pour la majorité des provinciaux et des soldats, dont la plupart l'avaient connu tout enfant, mais aussi pour toute la plèbe de Rome, qui gardait le souvenir de son père Germanicus et s'apitoyait sur cette famille presque anéantie. » (Suét., Caligula, XIII). La foule aurait alors fait annuler une clause du testament de Tibère, qui lui adjoignait comme cohéritier son petit fils Tiberius Gemellus. A peine entré en charge, et secondé par le préfet du prétoire Macron, Caligula fut salué par l'allégresse du peuple et par les témoignages remarquables de sympathie des étrangers. Ainsi, le roi des Parthes aurait traversé l'Euphrate pour rendre hommage aux portraits des Césars. Caligula prononça l'éloge funèbre de Tibère, lui organisa des obsèques grandioses. Il rendit également hommage aux membres de sa famille, qu'il fit enterrer en grande pompe à Rome, dans le Mausolée (cf. Suét., Caligula, XV). On perçoit la naissance ou l'essor du culte de la famille impériale, que l'on appellera bientôt « la maison divine » (domus divina) : le culte impérial s'applique peu à peu à tous les membres de la dynastie impériale.
 
 
Enfin, voilà comment Suétone, résoud une contradiction majeure quant à l'accession de Caligula au pouvoir. Tibère, en effet, est suspecté d'avoir fait assassiner Germanicus, le père de Caligula, et d'avoir persécuté sa mère et ses frères. On peut donc se demander pourquoi le vieil empereur aurait choisi un membre de cette famille tant détestée comme successeur. Suétone, affirme que « Toutes les accusations qui dataient du règne précédent furent annulées; afin de tranquiliser complètement pour l'avenir les délateurs et les témoins ayant figuré aux procès de sa mère et de ses frères, il fit entasser sur le forum toutes les pièces de leurs dossiers, puis, après avoir attesté les dieux, à haute voix, qu'il n'en avait lu ni touché aucune, il ordonna de les brûler » (Suét., Caligula, XV). Suétone avait accès de très près aux archives impériales, puisqu'il fut secrétaire et archiviste pour le compte de l'empereur Hadrien (76-138 ap JC). Il se peut qu'il ait cherché des preuves de la persécution de la famille de Caligula, mais, n'ayant rien trouvé, il imagina cette destruction des dossiers par le feu. Par la faute de cet autodafé, il ne nous reste que des présomptions. Peut-être Tibère est-il victime d'une rumeur pluriséculaire.
 
 
Le jeune Caligula se trouve donc à la tête de l'Empire romain. Il est aidé dans ses fonctions par Macron, le préfet du Prétoire. Sa popularité est immense et, dans un premier temps, il fait tout pour l'entretenir. Il paye notamment sans fraude et sans chicane tous les legs portés sur le testament de Tibère. Il fait des remises d'impôts à l'Italie. Il réforme la justice et tente de rendre le droit de suffrage au peuple. Il se révèle paraît-il vertueux, en prenant des mesures draconiennes contre les « inventeurs de débauches monstrueuses » (Suét., Caligula, XVI). Enfin, Caligula fut tolérant quant à la liberté d'expression, et supprima la censure : « Il fit rechercher les ouvrages de Titus Labienus, de Cremutius Cordus et de Cassius Severus, supprimés par des sénatus-consultes. Il en permit la distribution et la lecture, comme étant très intéressé lui-même à ce que l'histoire fût fidèlement écrite » (Suét., Caligula, XVI). L'empereur est aussi très généreux : il distribue de l'argent, organise des banquets publics et mène une active politique festive : « Il donna deux fois au peuple trois cents sesterces par tête, et servit deux repas somptueux au sénat et aux chevaliers, et même à leurs femmes et à leurs enfants... (Suét., Caligula, XVII) ...Il donna des combats de gladiateurs, tantôt dans l'amphithéâtre de Taurus, tantôt au champ de Mars (Suét., Caligula, XVIII) ».
 
 
Pourtant, après ce début de règne particulièrement réussi, Caligula commença à se comporter de manière tyrannique. Ce comportement se transforma rapidement, de l'avis des différents auteurs antiques qui ont écrit sur le sujet, en folie pure et simple. Nous avons vu déjà que certains d'entre eux pensaient que cette folie était inscrite dans les traits même de son visage, et que son art de la dissimulation était un signe avant coureur de son comportement déviant. Sénèque (4 av. JC-65 ap. JC) n'explique pas la folie de Caligula, il se contente de la mentionner, dans quelques unes des ses oeuvres. Il écrit notamment : « C. César, que la nature semble n'avoir fait naître que pour montrer jusqu'où peuvent aller les vices les plus monstrueux avec une immense fortune, dévora dans un souper dix millions de sesterces » (Sénèque, Helv., 10, 4). Pour Sénèque, comme pour Tacite ou Suétone, la folie de Caligula est inscrite en lui, c'est sa nature profonde. Suétone évoque une maladie mentale (Suét., Caligula, 51). Flavius Josèphe, qui écrit dans la deuxième moitié du I° siècle de notre ère, pense quant à lui que cette folie est circonstanciée : Caligula serait devenu fou après avoir absorbé un filtre d'amour administré par sa femme Caesonia environ deux ans après son accession au pouvoir (FJ, AJ, 19, 193 et 18, 256). Le philosophe Philon d'Alexandrie (mort en 50 ap. JC), pense que la folie caligulienne se déclenche à la fin de l'année 37 ap. JC. Dion Cassius, écrit quant à lui au début du III° siècle; il explique la folie de Caligula par une faiblesse de caractère qui conduisit à une dégradation de son comportement (cf. Dion Cassius, 59, 3-4).
 
 
Il faut à présent tenter de décrire ce qui est reproché à Caligula, et en même temps essayer de décrire ce que fut son action politique. Sénèque, Suétone et Tacite sont à peu près d'accord pour présenter Caligula comme un fantaisiste. Il aurait fait construire un pont de bateaux pour relier Baïes aux digues de Pouzzoles (Suét., Caligula, XIX). Sénèque trouve ce genre de fantaisie inexcusable au moment où le trésor est vide et alors que la famine menace : « Naguère, dans les journées qui précédèrent ou suivirent immédiatement sa mort, C. César, si l'on conserve encore quelque sentiment dans les enfers, dut regretter amèrement de laisser le peuple romain sain et sauf, car il ne restait de subsistances que pour sept ou huit jours ; et tandis qu'avec des vaisseaux il construisit des ponts, et se jouait de la puissance de l'empire, on était à la veille de subir le dernier des maux, même pour des assiégés, la disette. Peu s'en fallut que la mort, la famine et la ruine générale qui en est presque toujours la suite, n'accompagnassent cette imitation d'un roi insensé, d'un roi étranger, si malencontreusement superbe » (Sénèque, De Brev., 18, 5). Il faut dire que Sénèque avait quelques raisons d'en vouloir à Caligula. Celui-ci, rapporte Suétone, « méprisait tellement le style élégant et orné, qu'il appelait les ouvrages de Sénèque, l'auteur alors le plus en vogue, des amplifications scolastiques, et les comparait à du sable sans ciment. » (Suét., Caligula, 53). Après de telles déclarations, on conçoit que Sénèque ait éprouvé quelque rancoeur à l'égard du jeune prince.
 
 
L'une des fantaisies les plus remarquables de Caligula est rapportée, une fois de plus, par Suétone : « la veille des jeux du cirque, il ordonnait à des soldats d'imposer silence à tout le voisinage pour que rien ne troublât le repos de son cheval Incitatus. Il lui fit faire une écurie de marbre, une crèche d'ivoire, des housses de pourpre et des licous garnis de pierres précieuses. Il lui donna un palais, des esclaves et un mobilier, afin que les personnes invitées en son nom fussent reçues plus magnifiquement. On dit même qu'il projeta de le faire consul. » (Suét., Calig., LV). Compte-tenu de la propension de l'auteur de ces lignes à rapporter les faits les plus saugrenus pour amuser ses lecteurs, on ne peut évidemment tenir cette anecdote pour vraie. On peut cependant garder l'idée que Caligula exerça pleinement ses prérogatives face aux ordres équestres et sénatoriaux : « Il fit la revue des chevaliers romains avec un soin sévère, et cependant tempéré par la modération. Il enleva publiquement leur cheval à ceux qui étaient entachés de bassesse ou d'ignominie, et se contenta d'omettre à l'appel les noms de ceux qui avaient commis de moindres fautes » (Suét., Caligula, XVI). Il ne fut pas moins strict face à l'aristocratie sénatoriale. « Canus Julius, un des plus grands hommes qui aient existé, et dont la gloire n'a point souffert d'être né même dans ce siècle, venait d'avoir une longue altercation avec Caligula ; comme il s'en allait, le nouveau Phalaris lui dit : "Ne vous flattez pas au moins d'une folle espérance, j'ai donné l'ordre de votre supplice." - "Grâces vous soient rendues, très excellent prince !" » (Sénèque, Tranq., 14, 4). Caligula oppose la mort à l'arrogance, même si celle-ci est le fait d'un personnage expérimenté et de haut rang. Peut-être la tentation fut-elle grande pour l'aristocratie, d'abuser de la jeunesse et de l'inexpérience de Caligula. Outre quelques membres irrévérentieux de l'aristocratie (Tac., Agr., IV, 1), Caligula aurait ordonné l'assassinat de son frère Tibère et son beau-père Silanus (Suét., Caligula, XXII), mais aussi, entre autres, de Macron, le préfet du prétoire (Suét., Caligula, XXVI)
 
 
L'amoralité caligulienne se situe aussi sur un plan sexuel. Parmi les plus importants reproches qui lui sont faits, Caligula aurait entretenu une relation incestueuse avec ses soeurs (Suét., Caligula, XXIV). Il aurait aussi fait installer un bordel directement dans le palais impérial : « ne voulant négliger aucune sorte de trafic, il installa au Palatium un lieu de plaisir, où, dans un grand nombre de cellules séparées les unes des autres et meublées suivant la majesté de cette demeure, se tenaient des matrones et des jeunes garçons de naissance libre, puis il envoya ses nomenclateurs parcourir les places et les basiliques pour inviter à la débauche jeunes gens et vieillards; on consentait aux visiteurs des prêts usuraires et des agents notaient publiquement leurs noms, parce qu'ils contribuaient à augmenter les revenus de l'empereur »(Suét., Caligula, XLI). Si l'on croit Suétone, Caligula, enfin, fut un sadique de la pire espèce; un seul exemple suffira : « Il ne faisait guère périr ses victimes qu'à petits coups réitérés, et l'on connaît de lui ce mot qu'il répétait souvent: "Fais en sorte qu'il se sente mourir." » (Suét., Caligula, XXX).
 
 
Il n'est pas simple on le voit, parmi tant d'accusations souvent invérifiables ou partisanes, de dire ce que fut vraiment la politique de Caligula. Sur le plan militaire, son règne est marqué par une expédition en Germanie mais Tacite qui n'a pas de mots assez durs, rapporte que « les menaces démesurées de Caius César tournèrent au canular » (Tac., Germ., XXXVII 5). Ailleurs, il écrit : « On s'accorde à penser que Caligula songeait à s'introduire en Bretagne, mais, versatile, il abandonna ce projet après avoir échoué dans ses tentatives démesurées d'envahir la Germanie » (Tac., Agr., XIII, 1). Suétone, de son côté, décrit ladite expédition en Germanie avec un luxe de détails tous plus loufoques les uns que les autres. Le rythme de marche des troupes est tellement saccadé que « tantôt les cohortes prétoriennes devaient, pour pouvoir suivre, mettre leurs enseignes sur des bêtes de somme, contrairement à l'usage, tantôt elle devenait si nonchalante et molle qu'il faisait balayer puis arroser les routes par la plèbe des villes voisines, pour éviter la poussière... » (Suét., Caligula, XLIII). Tout le récit de cette campagne militaire par Suétone est à l'avenant. Parvenu sur place, Caligula aurait lancé des raids contre un ennemi introuvable et décerné à ses compagnons des décorations militaires d'un genre nouveau : des « couronnes exploratoires ». Au cours d'un banquet avec ses officiers, Caligula, en l'absence de tout danger militaire, aurait déclamé les vers célèbres de Virgile, les invitant « A tenir bon et à se conserver pour les jours heureux »... (Suét. Caligula, XLV). Le prince, enfin, aurait organisé un triomphe romain non moins burlesque, au cours duquel il fit passer des Gaulois recrutés pour la circonstance pour des Germains vaincus. Ces faux captifs, précise Suétone qui ne râte jamais une occasion d'amuser ses lecteurs, furent obligés non « seulement de teindre en rouge et de laisser tomber leur chevelure (à la façon germaine), mais encore à étudier la langue des Germains et à prendre des noms barbares... » (Suét., Caligula, XLVII). Malgré des exagérations manifestes dans ce récit, Caligula n'a pas été un grand chef de guerre. Peut-être n'en a-t-il pas eu le temps.
 
La géographie caligulienne selon Suétone
 
 
Quelle qu'ait été l'efficacité des actions militaires de Caligula, il est un domaine dans lequel les sources laissent paraître quelques éléments plus objectifs de la politique conduite par Caligula. Sur le plan financier, le début du règne fut particulièrement coûteux. Le Prince multiplia les distributions d'argent, les jeux, les fêtes, les dépenses somptuaires. Sénèque condamne sans détour les folies financières de l'Empereur : « Quoique soutenu par une cour fertile en expédients, à peine trouva-t-il le moyen de dépenser en un repas le revenu de trois provinces » (Sénèque, Helv., 10, 4) Suétone, lui aussi, énumère toutes sortes de folies princières, puis conclut : « En un mot, il dévora en moins d'une année des sommes énormes et tout ce fameux trésor de Tibère, qui s'élevait à deux milliards sept cent millions de sesterces » (Suétone, Caligula, XXXVII). Les conséquences de ces difficultés budgétaires ne se font pas attendre : Caligula se voit contraint de donner un sévère tour de vis fiscal. De nouveaux impôts furent créés. Ainsi, on préleva sur les procès et les jugements, où qu'ils aient été rendus, le quarantième des sommes en litige. Cette hausse de la pression fiscale s'est peut-être transformée peu à peu en oppression fiscale. Caligula fait vendre « ce qui restait de tous les spectacles, fixant lui-même les prix et poussant les enchères si haut que certaines personnes, forcées d'acheter tel ou tel lot à des prix exorbitants et dépouillées de leur biens s'ouvrirent les veines » (Suét., Caligula, XVIII). Malgré tout, la situation financière ne s'améliore pas. A la fin du règne, l'état des finances est tellement grave que la famine menace Rome. Suétone écrit à ce sujet que des famines furent organisées intentionnellement par Caligula en personne : « Quelquefois il faisait fermer les greniers publics et annonçait au peuple une famine. » (Suétone, Caligula, XXVI). Cette accusation qui rend explicitement Caligula responsable d'avoir organisé la pénurie est invérifiable. Par contre cette situation a sans doute lourdement pesé sur la popularité du Prince.
 
 
Le dossier religieux de Caligula, enfin, n'est pas moins chargé. Caligula, en effet, a développé le culte impérial. Suétone donne à ce sujet quelques détails intéressants. Après la visite de rois clients de Rome, venus lui rendre hommage, Caligula « commença à s'attribuer la majesté divine. Il fit venir de Grèce les statues des dieux les plus vénérées et les plus belles, entre autres celle de Jupiter Olympien, pour remplacer leurs têtes par la sienne; il fit prolonger jusqu'au forum une aile du Palais et, transformant en vestibule le temple de Castor et de Pollux, il s'y tenait souvent au milieu de ses frères les dieux et s'offrait parmi eux à l'adoration des visiteurs; et certains le saluèrent du nom de Jupiter Latial. Il consacra même à sa divinité un temple spécial, des prêtres et des victimes [...]; dans ce temple se dressait sa propre statue en or, faite d'après nature, que l'on revêtait chaque jour d'un costume semblable au sien. » (Suétone, Caligula, XXII). L'essor du culte impérial est confirmé par toutes les sources, et la politique active de Caligula dans ce domaine provoque un véritable choc de civilisation en Judée. Sous Tibère, dans la province de Syrie, rapporte Tacite, ce fut la paix. Mais, « Ayant reçu de Caïus César l'ordre de placer son image dans le temple [de Jérusalem], elle [la Judée] aima mieux prendre les armes; la mort de Caïus arrêta ce mouvement » (Tac., Hist., V, 9). Cette révolte s'explique par l'incompatibilité manifeste entre ce culte impérial romain en pleine expansion, et le monothéisme exclusif constitutif de la religion juive. Flavius Josèphe et Philon d'Alexandrie, deux auteurs de confession juive, confirment et détaillent dans leurs ouvrages respectifs la révolte évoquée par Tacite (cf. FJ, AJ, 18, 261-309 et BJ, 2, 184-203; Philon d'Alexandrie, Leg., 188, 198-348). Compte-tenu des positions religieuses de Caligula, qu'ils considéraient comme une offense à leurs propres croyances, on comprend pourquoi ces deux auteurs se montrent particulièrement hostiles envers l'empereur. Mais, plus que la politique religieuse de Caligula, c'est son statut personnel dans l'édifice impérial qui paraît avoir posé problème aux auteurs romains. Tacite semble déplorer que sous les règnes de Tibère, de Caligula et de Claude, Rome ait été assimilée au patrimoine d'une seule famille (Tac., Hist., I, 16). Il existe encore au II° siècle après JC une nostalgie de la République. Suétone, en ce qui le concerne, reproche à Caligula de se comporter comme un roi oriental, en autocrate et en tyran tout puissant, qui se permet de persécuter tous les ordres de la société romaine (Suét., Caligula, XXVI). Pourtant, sous Caligula, l'Empire était déjà durablement installé.
 
 
Le règne de Caligula est bref. Il meurt assassiné 24 janvier 41 après JC, à Rome, dans le couloir d'un Palais Impérial, par la volonté d'un groupe de soldats de la Garde Prétorienne dont les raisons sont mal connues. Caligula vécut 29 ans et il fut empereur pendant 3 ans, 10 mois et 8 jours. Après avoir connu une extraordinaire popularité en début de règne, l'opinion se retourna. Sa jeunesse et son inexpérience, l'arrogance de l'aristocratie, une gestion financière désastreuse et l'affirmation d'un régime personnel fort et d'un pouvoir quasiment absolu provoquèrent probablement sa perte. Tous les auteurs ont insisté sur sa folie, sa monstruosité et ses perversions; mais tous ces auteurs avaient de bonne raisons de lui être hostile. Il ont excessivement noirci l'image de Caligula, en faisant de lui l'un des personnages les plus sombres de l'histoire.
 
 

Bibliographie sur Caligula

 
Philon d'Alexandrie, « Legatio ad Caium », introduction, traduction et notes par André Pelletier, Paris, éd. du Cerf, Limoges, 1972 (Abrégé « Leg. »; on trouve également des indications sur Caligula dans le texte « In Flaccum »)
 
Flavius Josèphe, « La guerre des Juifs », traduit du grec par Pierre Savinel, précédé « Du bon usage de la trahison » par Pierre Vidal Naquet, Paris, éditions de Minuit, 1977 (Abrégé : « FJ, BJ »)
 
Flavius Josèphe, « Les Antiquités Juives, livres I à III », texte, traduction et notes par Etienne Nodet, Paris, Cerf, 1992 (Abrégé « FJ, AJ)
 
F. Lemaistre, « Les Oeuvres de Sénèque le Philosophe », Paris, Garnier, 1860 - voir également l'édition de R. Waltz, Collection des Universités de France, Paris, 1961
 
Tacite, « Oeuvres complètes », trad. Pierre Grimal, Gallimard, 1990
 
Suétone, « Vie des douze Césars », trad. H. Ailloud, Paris, Gallimard, 2000
 
Dion Cassius, « Histoire romaine », trad. Janick Auberger, Paris, Les Belles Lettres, 1995
 

Les monnaies de Caligula

 
Les monnaies de Caligula, qui sont l'image officielle que le pouvoir impérial souhaitait donner de lui-même, ne laissent rien paraître des meurtres, exactions et des vices réels ou supposés du prince. Les images véhiculées par ces monnaies ne se conforment pas à la légende noire de Caligula.
 
 
En matière monétaire Tibère fut plutôt conservateur. Il n'en va pas de même de Caligula qui a introduit un très important changement dans la politique monétaire impériale : la centralisation à Rome de l'ensemble des émissions monétaires, qu'il s'agisse de monnaies de bronze, d'argent ou d'or. Jusque là en effet l'émission de monnaies d'or et d'argent, privilège exclusif de l'empereur, s'effectuait loin de Rome, dans un atelier installé à Lyon (cf. Strabon, IV, 3, 2). Le Sénat de Rome, disposait quant à lui du droit d'émettre des monnaies de bronze, et pour ce faire avait à sa disposition un atelier monétaire dans la Ville Eternelle. La marque sénatoriale « SC », abréviation de « Senatus Consulto » figurait sur ces monnaies et l'effigie impériale n'y était pas représentée. Or, Caligula se trouve à Lyon , où il inaugure son 3° consulat, en 39 après JC (Suét., Caligula, XVII). Là, il donne des jeux (Suét, Caligula, XX), mais la raison essentielle de sa présence à Lyon fut semble-t-il tout autre : Caligula se rend dans la capitale des trois Gaules pour liquider le mobilier de l'ancienne cour impériale. Voilà ce qu'écrit Suétone à ce sujet : « De même, comme il avait vendu en Gaule à des prix énormes les parures, le mobilier, les esclaves et même les affranchis de ses soeurs, après leur condamnation, séduit par l'appât du gain, il fit venir de Rome tout le matériel de l'ancienne cour » (Suétone, Caligula, XXXIX). Il est probable que l'atelier monétaire impérial fut lui aussi, par la même occasion, rapatrié à Rome[1].
 
 
Parmi les monnaies frappées sous Caligula, on trouve donc des émissions sénatoriales qui ne portent pas le portrait de l'empereur, mais qui mentionnent malgré tout sa titulature (cf. monnaie n°5 et 10). Il existe également des monnaies de bronze émises pour l'empereur et qui ne portent pas la marque du sénat de Rome (cf. monnaie n°3). Une nouveauté est également introduite dans la pratique monétaire de l'atelier de Rome, puisqu'un sesterce porte à la fois la marque de contrôle du sénat et le portrait de Caligula (cf. monnaie n°4). La bonne entente entre Caligula et l'aristocratie sénatoriale, qui prévaut au début de son règne, est bien illustrée par une monnaie dont le revers porte la marque consensuelle SPQR, qui signifie « Le Sénat et le Peuple Romain » (le Peuple Romain étant représenté par l'Empereur en personne; cf. monnaie n°6). D'ailleurs cette monnaie indique que le sénat offre à l'empereur la couronne civique, une des plus hautes distinctions de l'empire. Cette couronne, composée de feuilles de chêne (Plin., HN, XVI, 5), était théoriquement attribuée aux plus valeureux soldats qui avaient sauvé la vie d'un citoyen romain ou qui avaient fait preuve d'une exceptionnelle bravoure au combat. Attribuée pour services rendus au citoyens (« Ob cives servatos ») cette couronne rappelle la couronne du triomphateur. Ce cadeau du Sénat fait à Caligula au début de son règne lui permet de se faire représenter sur ses monnaies avec la tête laurée (cf. p. ex. monnaies n°3, 6, 9), bien qu'il soit parfois présenté tête nue (monnaie n°7).
 
 
Si l'on observe les titulatures des monnaies de Caligula, elles sont conformes à celles qui apparaissent sur les inscriptions lapidaires : Caligula s'intitule « C CAESAR AVG GERMANICVS », c'est-à-dire Caius César Auguste Germanicus. Le « Germanicus » qui figure dans son nom désigne son père et non pas le fait, qui sera plus tard couramment appliqué, que l'empereur ait vaincu les germains. Dans cette filiation julio-claudienne, Tibère est absent : cette absence est intentionnelle, mais on ne peut dire si elle est le fait de la volonté du prince ou du sénat. Il se peut que l'influence du Sénat ait été déterminante. On peut noter que, sur les monnaies, tout autant que sur les autres inscriptions, Caligula ne s'intitule IMP (imperator), c'est-à-dire général vainqueur, que par exception, notamment sur des monnaies frappées dans les colonies. Comme son prédécesseur (et comme Claude son successeur), Caligula n'a pas porté le titre « d'Empereur », ni comme prénom, ni pour illustrer le fait qu'il était détenteur du pouvoir militaire. L'idée d'Empire et d'Empereur, sous Caligula, est encore en gestation. Certains auteurs tels Tacite, encore au deuxième siècle, préfèrent parler de « Principat », c'est-à-dire de « gouvernement du Prince » plutôt que « d'Empire ». Dans la titulature caligulienne, on trouve les mentions de sa Puissance Tribunicienne (TR POT ou TR P) qui fait de lui le représentant du peuple (cf. p. ex monnaies n°7, 8, 9, etc). Dès les premiers jours de 38, il est appelé « Pater Patriae », c'est-à-dire « Père de la Patrie » (abrégé P P). Caligula est aussi Grand Pontife (PONTIFEX MAXIMUS, abrégé P M ou PON M), c'est-à-dire chef de la religion romaine. Enfin, Caligula fut quatre fois consul. On retrouve ces diverses mentions dans les titulatures des monnaies, ce qui permet de les dater (cf. tableau Date des puissances tribuniciennes et des Consulats de Caligula).
 
 
Date des puissances tribuniciennes (trib pot) et des consulats (Cos) de Caligula
37 ap. JC
18 mars
trib. pot.
cos
38 ap. JC
1 janvier - 18 mars
trib. pot. II
 
39 ap. JC
1 janvier - 18 mars
trib. pot. III
cos. II
40 ap. JC
1 janvier - 18 mars
trib. pot. IV
cos. III
41 ap. JC
1 janvier
 
cos. IV
 
 
En ce qui concerne les thèmes représentés sur les monnaies, on peut noter que, aussi bien sur les monnaies du sénat que sur celles de l'empereur, les portraits dynastiques, bien que sélectifs, sont très présents. Le Sénat, comme nous l'avons dit, fait parfois figurer Caligula sur l'avers de ses monnaies, ce qui est une nouveauté (cf. monnaie n°4). Il choisit aussi de représenter Néron et Drusus Césars, les frères de Caligula, morts sous Tibère (monnaie n°10) ainsi que ses soeurs, Agrippine, Drusilla et Julie, qui sont représentées comme la Sécurité, la Concorde et la Fortune (monnaie n°4). Les monnaies sénatoriales rendent également hommage à Auguste, fondateur institutionnel du Principat ou à Germanicus (monnaie n°1), le « chéri » du peuple romain, mais pas à Tibère, évacué du monnayage de Caligula.
 
 
Sur les monnaies sorties de l'atelier monétaire impérial, Caligula rend lui aussi hommage à Auguste, représenté avec une couronne radiée, signe de sa divinisation (monnaie n°8), mais aussi à ses parents, Germanicus (monnaie n°9) et Agrippine l'ancienne. Le portrait d'Agrippine figure notamment sur un sesterce frappé au nom du sénat et du peuple romain (SPQR, cf. monnaie n°2) et dont le revers présente un charriot funéraire qui évoque peut-être le transfert des cendres d'Agrippine dans le Mausolée de Rome. Le caractère dynastique est très marqué dans le monnayage de Caligula, mais les thèmes militaires ou religieux n'en sont pas absents pour autant : dès son entrée en fonction Caligula s'adresse aux troupes. C'est « l'ADLOCUTIO », représentée sur le revers d'un sesterce (monnaie n°3) qui ne porte pas la marque de l'atelier sénatorial et qui fut peut-être frappé pour être distribué directement aux troupes. En ce qui concerne l'aspect religieux, le revers d'un sesterce montre l'empereur en train de sacrifier devant le temple du divin Auguste (monnaie n°5), tandis que l'avers de cette même monnaie présente la piété assise. Une autre monnaie sénatoriale présente à l'avers le portrait de Caligula et au revers Vesta assise (monnaie n°7). L'Empereur, en tant que Pontifex Maximus, disposait du contrôle direct des vierges vestales, et le culte de Vesta était un des plus anciens et des plus honorés de Rome. Si l'on s'en tient au message de ces monnaies, on perçoit Caligula comme un empereur traditionnaliste et conservateur sur le plan religieux. Mais, en réalité, la politique religieuse de Caligula a consisté a développer et à affirmer le culte impérial.
 
 
Le règne de Caligula a été bref; le monnayage de cet empereur, à dominante dynastique, est relativement peu abondant. Il comporte malgré tout des types particulièrement intéressants à la fois sur le plan stylistique et en ce qui concerne la nature du message transmis.
 
 
 

Bibliographie sur les monnaies de Caligula

 
Cohen H., « Description historique des monnaies frappées sous l'Empire romain, communément appelées Médailles impériales », 2e éd., 8 vol. + supplément, Paris, 1880-1892, 4150 p. [Caligula : t. I, p. 236. Les monnaies des membres de sa famille sont décrites dans le même tome]
 
Mattingly H., Sydenham E.A., Sutherland C.H.V. [e.a.], « The Roman Imperial Coinage », Londres, 10 t., 1923-1994. Voir le volume I, « D'Auguste à Vitellius » [Abréviation : « RIC »]
 
Cagnat R., Cours d'épigraphie latine, 4e éd., Paris, 1914
 
 

Liste de monnaies de Caligula et de sa famille

 
1. Germanicus, père de Caligula; mort en 19 ap. JC. As frappé sous Caligula. A/ GERMANICVS CAESAR TI AVGVST F DIVI AVG N. Tête nue de Germanicus tournée à gauche. R/ CAESAR AVG GERMANICVS PON M TR POT autour de SC. (RIC I 35 (Gaius); Cohen 1) - Photo CNG.
1. Germanicus, père de Caligula; mort en 19 ap. JC. As frappé sous Caligula. A/ GERMANICVS CAESAR TI AVGVST F DIVI AVG N. Tête nue de Germanicus tournée à gauche. R/ CAESAR AVG GERMANICVS PON M TR POT autour de SC. (RIC I 35 (Gaius); Cohen 1) - Photo CNG.
 
 
 
2. Sesterce d'Agrippine l'Ancienne, frappé sous Caligula. A/ AGRIPPINA M F MAT C CAES AVGVSTI Buste d'Agrippine drapé tourné à droite. R/ S P Q R MEMORIAE AGRIPPINAE. Carpentum conduit par deux mules. (RIC 42 (Gaius). -Photo J. Elsen Numismate.
2. Sesterce d'Agrippine l'Ancienne, frappé sous Caligula. A/ AGRIPPINA M F MAT C CAES AVGVSTI Buste d'Agrippine drapé tourné à droite. R/ S P Q R MEMORIAE AGRIPPINAE. Carpentum conduit par deux mules. (RIC 42 (Gaius). -Photo J. Elsen Numismate.
 
 
3. Sesterce de Caligula frappé en 37 ap. JC. A/ C CAESAR AVG GERMANICVS PON M TR POT. Sa tête laurée à gauche. R/ ADLOCVT COH. Caligula debout à gauche sur une estrade garnie d'une chaise curula, haranguant cinq soldats, dont les quatre qui sont derrière portent des enseignes surmontées d'aigles. (Cohen 1). Photo J. Elsen Numsimate.
3. Sesterce de Caligula frappé en 37 ap. JC. A/ C CAESAR AVG GERMANICVS PON M TR POT. Sa tête laurée à gauche. R/ ADLOCVT COH. Caligula debout à gauche sur une estrade garnie d'une chaise curula, haranguant cinq soldats, dont les quatre qui sont derrière portent des enseignes surmontées d'aigles. (Cohen 1). Photo J. Elsen Numsimate.
 
4. Sesterce de Caligula frappé en 37 ap. JC. A/ C. CAESAR AVG GERMANICVS PON M TR POT. Sa tête laurée tournée à gauche. R/ AGRIPPINA DRVSILLA SC. Les trois soeurs de Caligula debout, sous les images de la Sécurité tenant une corne d'abondance et appuyée sur une colonne; de la Concorde tenant une patère et une corne d'abondance; et de la Fortune, tenant un gouvernail et une corne d'abondance. (Cohen 4). Photo A. Pangerl.
4. Sesterce de Caligula frappé en 37 ap. JC. A/ C. CAESAR AVG GERMANICVS PON M TR POT. Sa tête laurée tournée à gauche. R/ AGRIPPINA DRVSILLA SC. Les trois soeurs de Caligula debout, sous les images de la Sécurité tenant une corne d'abondance et appuyée sur une colonne; de la Concorde tenant une patère et une corne d'abondance; et de la Fortune, tenant un gouvernail et une corne d'abondance. (Cohen 4). Photo A. Pangerl.
 
5. Sesterce de Caligula frappé en 37-38 ap. JC. A/ C CAESAR AVG GERMANICVS P M TR POT, en exergue : PIETAS. La Piété voilée assise à gauche et tenant une patère. Derrière elle une statuette de femme. R/ DIVO AVG SC. Temple à six colonnes orné de guirlandes; sur la frise, Mars entre quatre petites figures; au-dessus du fronton, un quadrige de face entre deux Victoires élevant des boucliers au-dessus de leurs têtes, et deux figures. Devant, Caligula debout sacrifiant près d'un autel, auquel un victimaire amène un taureau. Derrière, une figure tenant une patère. (Cohen 9) - Photo CNG.
5. Sesterce de Caligula frappé en 37-38 ap. JC. A/ C CAESAR AVG GERMANICVS P M TR POT, en exergue : PIETAS. La Piété voilée assise à gauche et tenant une patère. Derrière elle une statuette de femme. R/ DIVO AVG SC. Temple à six colonnes orné de guirlandes; sur la frise, Mars entre quatre petites figures; au-dessus du fronton, un quadrige de face entre deux Victoires élevant des boucliers au-dessus de leurs têtes, et deux figures. Devant, Caligula debout sacrifiant près d'un autel, auquel un victimaire amène un taureau. Derrière, une figure tenant une patère. (Cohen 9) - Photo CNG.
 
 

 
 
 
 
 
6. Sesterce de Caligula frappé en 37 ap. JC. A/ C CAESAR AVG. Sa tête laurée tournée à gauche. R/ S P Q R P P OB CIVES SERVATOS. Dans une couronne de chêne (Cohen 24). - Photo CNG.
 
 
6. Sesterce de Caligula frappé en 37 ap. JC. A/ C CAESAR AVG. Sa tête laurée tournée à gauche. R/ S P Q R P P OB CIVES SERVATOS. Dans une couronne de chêne (Cohen 24). - Photo CNG.

7. As de Caligula frappé en 37 ap. JC. A/ C CAESAR AVG GERMANICUS PON M TR POT. Tête nue de Caligula tournée à gauche. R/ VESTA S C. Vesta voilée, assise à gauche, tenant une patère et un sceptre. (Cohen, 27). Photo J. Elsen Numismate.
7. As de Caligula frappé en 37 ap. JC. A/ C CAESAR AVG GERMANICUS PON M TR POT. Tête nue de Caligula tournée à gauche. R/ VESTA S C. Vesta voilée, assise à gauche, tenant une patère et un sceptre. (Cohen, 27). Photo J. Elsen Numismate.

8. Denier de Caligula frappé en 37 ap. JC. A/ C. CAESAR AVG GERM P M TR POT. Tête laurée de Caligula tournée à droite. R/ DIVVS AVG PATER PATRIAE. Tête radiée du divin auguste tournée à droite. (RIC, I, 16). Photo CNG.
 
 
8. Denier de Caligula frappé en 37 ap. JC. A/ C. CAESAR AVG GERM P M TR POT. Tête laurée de Caligula tournée à droite. R/ DIVVS AVG PATER PATRIAE. Tête radiée du divin auguste tournée à droite. (RIC, I, 16). Photo CNG.

9. Denier de Caligula frappé en 37 ap. JC. A/ C CAESAR AVG GERM P M TR POT. Tête laurée de Caligula tournée droite. R/ GERMANICVS CAES P C. Tête nue de Germanicus tournée à droite. (Photo CNG).
 
9. Denier de Caligula frappé en 37 ap. JC. A/ C CAESAR AVG GERM P M TR POT. Tête laurée de Caligula tournée droite. R/ GERMANICVS CAES P C. Tête nue de Germanicus tournée à droite. (Photo CNG).
 

10. Neron et Drusus Césars, dupondius frappé sous Caligula, en 37 ap. JC. A/ NERO ET DRVSVS CAESARES. Néron et Drusus galopant à droite. R/ C CAESAR AVG GERMANICVS PON M TR POT. Dans le champ SC. (Photo CNG)
10. Néron et Drusus Césars, dupondius frappé sous Caligula, en 37 ap. JC. A/ NERO ET DRVSVS CAESARES. Néron et Drusus galopant à droite. R/ C CAESAR AVG GERMANICVS PON M TR POT. Dans le champ SC. (Photo CNG)


[1] L'atelier de Lyon a fonctionné sous les successeurs de Caligula

Autres pages sur Caligula


Caligula et sa sombre légende (biographie détaillée de Caligula - Nombreuses monnaies en illustrations)
Biographie de Caligula par Weiss (courte biographie du XIXème siècle)
Vie de Caligula par Suétone
Vie de Caligula par Aurelius Victor
Photos de Caligula
Extraits de "La vraie histoire de Caligula", aux éditions Les Belles Lettres
Interview de Jean Malye sur "La vraie vie de Caligula"
La vraie vie de Caligula (compte-rendu de la parution d'un recueil de textes antiques sur Caligula publié aux éditions Les Belles Lettres)
 
Dernière mise à jour : ( 13-11-2008 )
 
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