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Monnaies du Moyen Age
La fabrication des monnaies des Carolingiens aux Capétiens

Pendant la période mérovingienne, l'ancienne organisation monétaire subit de grandes modifications, en ce qui concernait les personnes chargées de la fabrication ; les ouvriers employés à ce travail, qui jusque-là avaient été de condition servile, mais qui sous le Bas-Empire avaient commencé déjà à monter quelques degrés dans l'échelle sociale, arrivèrent à se rendre indépendants.

Peu à peu, la fabrication passa entre les mains des orfèvres. (Pour cette période, voir le chapitre des Monnaies Mérovingiennes.)

Sous les Carolingiens, les monnayers ne signaient plus les monnaies et formaient une corporation d'officiers subalternes qui suivaient partout le souverain. On voit aussi par le document de 809 (B.N. ms. latin 4788; Pertz, Leges, I, 159) que la monnaie était sous la surveillance du Comte ; que les monnayers ne pouvaient ouvrer que dans la cité même, ou dans les lieux officiellement désignés ; que tout individu qui fabriquait de la monnaie, dans la circonscription du comté était passible de peines sévères, parmi lesquelles nous croyons reconnaître la confiscation, la fustigation et la marque. Des peines analogues et l'amputation d'une main sont mentionnées dans l'édit de Pîtres, en 864.

Les associations de monnayers se formèrent probablement déjà pendant la période Carolingienne et furent astreintes de faire le serment de s'acquitter fidèlement de leur emploi.

De là, vint qu'au XIIème siècle lorsqu'on songea à régulariser la fabrication des monnaies, on vit différents serments qui correspondaient aux différentes divisions de l'empire de Charlemagne et qui présentaient seulement quelques différences introduites par les mœurs et coutumes de chaque pays. Parmi les serments, les plus connus sont : Celui de France qui comprenait le royaume de Charles le Chauve ; celui de L'Empire qui s'étendait sur les États de Lothaire ; Les monnayers appartenant aux officines établies dans l'ancien royaume de Bourgogne, continuèrent à former une corporation à part lorsque ces pays furent réunis à la couronne ; celui de Toulouse, datant probablement de Pépin Ier, comprenait les monnayers de l'ancien royaume d'Aquitaine.

Celui d'Espagne se composait des monnayers des ateliers que les Carolingiens avaient établis dans le Nord de la péninsule.
Peu à peu, les rois de France s'affermissant sur le trône, firent des règlements pour établir clairement les droits et les devoirs des monnayers. Ils leur concédèrent différents privilèges, qui étaient peut-être déjà établis par l'usage. Le roi d'Angleterre, divers souverains et presque tous les barons et prélats imitèrent cet exemple et s'empressèrent de donner à leurs monnayeurs des privilèges et des libertés plus ou moins étendus : on comprend en effet, que s'ils avaient agi autrement, leurs ateliers auraient été bientôt abandonnés, pour ceux où les ouvriers étaient plus favorablement traités.

Ce fut précisément la dispersion du monnayage qui rendit si puissantes par le nombre et si nécessaires les corporations de monnayers : Les seigneurs qui battaient monnaie, et qui en tiraient grand profit, ne pouvaient se passer d'ouvriers. De là, les privilèges de toutes sortes.

Les monnayeurs du serment de France avaient une sorte de constitution qu'ils appelaient la grande Charte de Bourges. Ce document, qui n'a pas été retrouvé, est cité comme seule charte non annulée dans le règlement qui fut fait à Paris, en juin 1354.
Dans cette assemblée des prévôts et procureurs, ouvriers et monnayers, les monnaies qui furent représentées sont celles de Paris, Rouen, Tournai, Saint-Quentin, Troyes, Poitiers, Saint-Pourçain, Angers, Montpellier, Dijon, Limoges, Mantes et Macon.
Ce règlement contient, en soixante-six paragraphes, le code des monnayeurs, leurs droits comme leurs devoirs.

Tout y est réglé de manière à faire régner la concorde parmi les membres de la corporation ; il y a même jusqu'à la caisse de secours mutuels, car les malades reçoivent par jour 2 sols payés par les ouvriers ou les monnayers (§ 46).
Il y avait également une caisse commune qui se composait des retenues, des réceptions, des cotisations et des amendes. Le principal privilège des monnayers consistait dans la juridiction particulière qui leur ordonnait de ne répondre devant aucun juge autre que leur prévôt, hormis dans les trois cas de meurtre, larcin et rapt.

Les peines que le prévôt avait droit d'infliger étaient : 1° les amendes, qui s'élevaient de 13 deniers à 10 marcs d'argent ; 2° l'interdiction de travail pendant un an et un jour ; 3° la défense d'invoquer les privilèges ; 4° l'expulsion de la Compagnie.
Dans le serment du Saint-Empire, le fils de monnayer avait à payer comme droit d'entrée 1 marc d'argent, le fils de fille, neveu ou cousin, 2 marcs. Le récipiendaire donnait un haut de chausses au prévôt, pour boire aux compagnons et payait les lettres du notaire. S'il se mariait postérieurement à sa réception, il payait un marc d'argent.

A 12 ans, les apprentis peuvent devenir ouvriers ou monnayeurs et doivent faire leur épreuve. Le fils de fille et neveux, les droits neveux étaient ouvriers.
Les compagnons contribuent à la dot des filles de monnayeurs ou ouvriers qui se marient (§ 47). En général, les compagnons d'une monnaie sont placés sous le commandement d'un seul prévôt. Mais cette règle n'est pas fixe et on trouve quelquefois un prévôt des monnayeurs et un prévôt des ouvriers. La charge de prévôt était annuelle.
A chaque nouveau règne, le roi avait le droit d'instituer un ouvrier du serment de France dans chacun des quarante hôtels des monnaies.
Quoique les serments de France et du Saint-Empire fussent bien distincts, néanmoins Charles le Bel, Philippe IV, Jean II et Charles V admettent que les monnayers du Saint-Empire peuvent aider temporairement les monnayers de France, lorsque ceux-ci ne sont pas en nombre suffisant. (Ordonnancea, t. I, 806 ;. II, 139, 197, 417, 583.)
Enfin les rois de France avaient accordé aux monnoyers des exemptions de toutes tailles, coustumes, paiages, travers, chaucées, passaiges, festaiges, trentiesme, cinquantiesme, malestostes.
Les monnoyers de Troyes ne paient pas la jurée, impôt sur la propriété que devaient les franches personnes appelées bourgeois du roi.
Ces exemptions étaient universellement concédées aux monnoyers, et nous voyons Guy, comte de Flandre et marquis de Namur, accorder, par une charte datée du mois de mai 1290, à ses monnoyers, les mêmes privilèges que le roi de France aux siens, et les rendre justiciables seulement de leurs prévôt et maîtres de la monnaie, excepté en cas de rapt, meurtre et larcin, (R.N., 1850, p. 133.)

En Lorraine, dès 1307, Thibaut II décharge ses monnoyers de toutes tailles, gabelles, etc.
Il en est de même dans le duché de Bourgogne, en 1416, à Metz en 1420.
Les monnoyers n'étaient assujettis au guet ou à la garde des portes que par exception. A Souvigny, en 1282, ils étaient enterrés gratuitement dans le cimetière.

Un certain nombre de petits monuments sont parvenus jusqu'à nous et confirment les textes au sujet de diverses exemptions.
Nous voulons parler des pièces d'argent servant de laissez-passer. (R.N., 1839, 216 et 1848, 66.)
Cependant, l'étendue de ces droits, on général bien établis et universellement respectés, était quelquefois contestée.
Ainsi, sous Gui II, comte de Blois (1381-1391), dans un procès relatif à divers privilèges réclamés par la veuve d'un monnoyer, le procureur du comte prétendait que le privilège ne devait s'appliquer qu'à l'exemption des taxes personnelles, comme les péages, et non à une taxe réelle, à un impôt foncier comme le droit de festage, qui était « ung droit de V sols imposés sur chacune meson estant, en la ville et banlieue de Blois. (R.N., 1840, 275.) A côté de ces privilèges, il y avait de réelles servitudes, car le monnayeur ne se peust appliquer à nul autre mestier comme proprement il est déclaré ou texte de leur privilège et encore plus la loy vieult que ils soient puniz suplicio et morte et leurs biens confisqués se ils se appliquent ailleurs. Ils n'ont nule administration de la chose publique, mais ils sont seulement exécuteurs de la fabrique comme ung sergent de fere le commandement d'un bailli ou d'un prévost.

Le procureur du comte n'a pas d'ailleurs une grande estime pour la corporation et il dit : « Si des privilèges ont été accordés aux monnayeurs, c'est seullement en recompensacion de leurs misères, paines et travaux. «
Philippe le Bel, en septembre 1327, exempte les monnayeurs de tous impôts, soit qu'ils ouvrent, soit qu'ils n'ouvrent pas. Le roi ajoute qu'il agit ainsi : « attendu qu'ils sont si abstrains et obligez à ce faire que a nul autre mestier, office ne estât ne se peuvent ordonner et ainsi sont serfs à y chose faire. »

En 1785, il existait encore dans les dix-sept ateliers monétaires des communautés de monnayeurs et d'ajusteurs, dans lesquelles on ne pouvait être admis si l'on n'était d'estoc et ligne, c'est-à-dire issu de familles exerçant la même profession. Les aînés étaient généralement monnayeurs et les cadets, ajusteurs. Les filles pouvaient être reçues tailleresses et transmettaient à leurs enfants mâles le droit d'être admis dans la corporation. Quant aux privilèges qui y étaient attachés, un édit d'octobre 1782 les avait encore confirmés.

Mais beaucoup de gens s'appelaient monnayers, précisément pour jouir de ces privilèges. Ainsi des lettres patentes de Henri V, données à Paris, le 22 janvier 1425, contiennent une liste des ouvriers monnoyers du serment de France demeurant en la sénéchaussée de Meaux. Or ces prétendus ouvriers sont laboureurs, tanneurs et huissiers; et ils s'intitulaient monnayers du roi quoiqu'il n'y ait pas eu de monnaie royale à Meaux, depuis Hugues Capet. (R. N., 1840, 149.)

Les ateliers étaient affermés par un bail, dès le XIVème siècle. La durée du bail était soit de six mois, soit d'un an. Ce système persista et au XVIème siècle, le Conseil du roi était chargé de faire les baux généraux des monnaies de France, en stipulant que le fermier général aurait à payer différents droits de seigneuriage, etc. Quant aux baux particuliers, c'est la Cour des monnaies qui se chargeait de les faire, après avoir fait afficher les conditions, et la marche des enchères. Le jour venu, l'adjudication était faite selon l'ordonnance de 1417 qui dit : Il sera allumé une chandelle durant laquelle ceux qui voudront mettre enchère seront receus et icelle chandelle éteinte de flambe et de feu, la monnoye sera affermée. L'adjudication devait être faite au maître ou fermier particulier pour trois, quatre, cinq ou six ans au plus. (Ordonnance de 1554 et 1586.)

Les monnaies pouvaient aussi être mises en régie et dirigées par un préposé royal agissant comme un maître de monnaie (Commis aux régies). D'après les ordonnances de 1540, 1551, 1554, 1566 et 1586, les obligations des maîtres des monnaies étaient les suivantes : Recevoir les matières d'or et d'argent en présence des gardes ou des contre-gardes et en tenir registre; fournir le travail aux ouvriers et aux monnayers, dans les mêmes conditions; veiller à la bonne fabrication des monnaies; fournir une caution ordinaire de 4,000 livres pour répondre de la faiblesse dans le poids ou dans le titre; ne pas employer les matières d'or ou d'argent à d'autres travaux que ceux de la monnaie ; faire affiner ces matières en présence des gardes et des essayeurs; ne pas fondre d'espèces monnayées aux coins et armes du roi. Enfin les maîtres étaient responsables des fautes commises par leurs ouvriers.

A dater du XIIIème siècle, des textes font connaître les généraux-maîtres qui avaient la haute surveillance de l'administration des monnaies : ces fonctionnaires, qui étaient souverains juges de tout le personnel des monnaies, à dater du règne de Philippe le Bel, exerçaient leur contrôle même dans les ateliers des prélats et des barons (Ordonnance de juin 1313.) Ils devaient visiter les ateliers du roi au moins deux fois par an ; leurs inspections se faisaient inopinément, et ils pouvaient suspendre les officiers qu'ils trouvaient en faute : leur juridiction s'étendait sur les changeurs, les orfèvres, les merciers, les tabletiers et les affineurs.
Ces fonctionnaires qui, dès 1322, prenaient quelquefois la qualification de présidents, étaient dans le principe au nombre de quatre, et faisaient partie de la chambre des comptes, et des trésoriers du roi : on 1358, pendant la régence du Dauphin, ils furent appelés à former la Chambre des monnaies, distincte de la Chambre des comptes; leur nombre dès lors varia : il fut porté jusqu'à onze. En 1551, la Chambre des monnaies, prit le nom de Cour. Sous Louis XIII la Cour des monnaies se composait du président, de dix conseillers, d'un avocat et d'un proccureur général, d'un prévôt général, d'un lieutenant, trois exempts, un greffier, quarante archers, une trompette et douze huissiers. La Cour enregistrait l'apport des poinçons faits par le tailleur général des monnaies et les délivrait ensuite aux maîtres des monnaies de province. La Cour jugeait en dernier ressort tous les procès relatifs aux monnaies. Louis XIV institua une Cour des monnaies à Lyon en 1704; elle fut supprimée en 1771. Celle de Paris fut abolie à l'époque de la Révolution.

Charles VIII, créa, en 1491, un receveur général des monnaies de France. La charge de prévôt général date de juin 1635; ce personnage devait faire exécuter les arrêts de la Cour des monnaies.
Les généraux provinciaux n'avaient aucune juridiction sur la fabrication et devaient simplement renvoyer la connaissance des affaires aux généraux-maîtres.
Les officiers particuliers établis dans chaque monnaie pour la fabrication des espèces étaient : deux juges-gardes, un contre-garde, un essayeur, un tailleur ou graveur, puis les ouvriers et les monnayeurs.
Dans chaque Chambre des monnaies, il y avait un procureur du roi, un greffier et deux huissiers pour la juridiction des généraux provinciaux et des juges-gardes.
Nous ne pouvons même pas indiquer ici tous les changements qui survinrent à différentes époques dans l'organisation monétaire. Quant aux fonctions des divers officiers, elles sont indiquées d'une façon assez étendue dans les Lettres patentes du 3 octobre 1690.

A Blanchet, Manuel de Numismatique, Paris, 1890

Dernière mise à jour : ( 20-06-2009 )
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Préface des Monnaies féodales de France - F. Poey d'Avant
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Dernière mise à jour : ( 24-03-2011 )
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Périodisation de la numismatique médiévale

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