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23-04-2017
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Les ateliers monétaires mérovingiens
C'est une chose surprenante que la multiplicité des noms de lieux inscrits sur les monnaies de la période mérovingienne (1). Personne ne fait difficulté d'admettre qu'on ait frappé monnaie dans les chefs-lieux des cités et dans les centres commerciaux. Mais y-a-t-il eu un atelier monétaire dans chacune des nombreuses localités, vici, castra, villae, domus, dont on lit les noms sur les tiers de sou mérovingiens ? M. A. de Barthélémy, qui a fait de ce monnayage une étude particulière et qui pour la plupart des problèmes difficiles qu'il a examinés, a donné des solutions si heureuses (2), pense, contrairement à feu Charles Robert (3), « que l'on ne frappait pas monnaie danstous les vicus, dans toutes les villa et les simples domus dont les noms sont révélés par la numismatique (4). »

Mais où frappait-on monnaie ? Les intendants d'une villa ou les habitants d'un vicus portaient-ils l'or qu'ils avaient recueilli à l'un des monnayeurs de la cité la plus voisine ? S'il en eût été ainsi, les noms de monnayeurs devraient se présenter souvent les mêmes sur les monnaies frappées au chef-lieu de la cité et sur celles qui portent les noms de villae, vici ou castra, sis dans les limites de cette cité. Or, c'est un fait bien rare dans la numismatique mérovingienne.
Le Blanc (5) estimait que les noms de lieux gravés sur les tiers de sou mérovingiens indiquaient l'endroit où ceux-ci avaient été fabriqués. Il convient, croyons-nous, de revenir à son opinion.
Que les tiers de sou mérovingiens aient été frappés dans les localités mêmes dont ils portent les noms, je n'en veux pour preuve que le mot fit, ou ses variantes fiet et fitur, écrit à la suite du nom d'une villa, d'un vicus ou d'un castrum, sur un grand nombre de monnaies mérovingiennes. Je donnerai ici quelques exemples en laissant de côté les pièces émises dans les cités, comme aussi celles où paraissent les noms de localités qui, comme Duurstede, devaient être, en raison de leur commerce, assez importantes pour posséder des ateliers monétaires.

Albenno fit,
Antro vico fitur,
Apraricia fi(t),
Ara fitur,
Arciaca fit(u)r,
Areduno vico fitur,
Ariaco fitur,
Baracillo fi(t),
Catonaco fitur,
Cresia fietur,
Crideciaco vico fit,
Deas vico fi(t),
Divione fit,
Ensa vico fi(t),
Eovorico fit,
Gemiliaco fit,
Isarnodero fit,
Jucliaco fit,
Juliaco villa fit,
Jusciaco fi(t),
Lopino fit,
Marciaco fit,
Mosomo fiet,
Neioialo cas(tro) fi(t),
Novo vico fi(t),
Odomo fitur,
Potento fit,
Sancti Jorgi fitur,
Sauliaco fit,
Sarponna fit,
Tulbiaco fit,
Vidua vico fit,
Vienna fiet,
Vindocino fit.

Qu'on ne dise pas que les monnayeurs, en gravant le mot fit sur les triens des villae, vici ou castra, obéissaient à l'habitude qu'ils avaient d'écrire ce mot, sur les pièces qu'ils fabriquaient le plus ordinairement, à la suite du nom de la cité où était établie leur officine. Pour que cet argument eût quelque valeur, il faudrait que le mot fit se rencontrât constamment sur les pièces portant des noms de cités ou de localités importantes. Or, c'est ce qui n'arrive pas; car, sur ces triens, quand la légende ne consiste pas dans le seul nom de la cité, celui-ci est accompagné aussi fréquemment du mot civitas que du mot fit. D'ailleurs prétendre que les monnayeurs n'attachaient pas un sens précis à des formules telles que celles-ci : Albenno fit, Areduno vico fitur, etc., c'est dire qu'ils ne comprenaient pas la langue qu'ils parlaient. Les barbarismes fîet, fitur montrent assez que nous avons affaire à un mot d'un usage courant. J'ajouterai que pour les localités—je ne parle que des villas ou vici, comme Albennum, Ambacia, Apraricia, Tidiriciacutn, etc. — dont nous avons des séries monétaires assez nombreuses et où sont marquées les étapes du monnayage mérovingien, nous remarquons des dégénérescences et des immobilisations de types et même de noms de monnayeurs qui impliquent l'existence d'une tradition d'atelier; de tels faits ne sont intelligibles que dans l'hypothèse d'orfèvres monnayeurs établis d'une façon permanente dans un même lieu et frappant successivement des espèces imitées de celles de leurs prédécesseurs.
Un nombre aussi grand d'officines monétaires n'a rien qui soit en désaccord avec l'état économique de la Gaule aux VIIème et VIIIème siècles. D'abord MM. Ch. Robert et A. de Barthélémy ont parfaitement démontré que les monnaies n'étaient plus à l'époque mérovingienne que des instruments d'échange. Le droit de monnayage n'était plus considéré comme un privilège exclusif du souverain. Du moment que les membres de la familia monetalis avaient rompu les liens qui les attachaient au comes sacrarum largitionum, le monnayage était devenu libre. Si le roi continuait d'émettre des monnaies, s'il avait, comme on le verra plus loin, des ateliers qui dépendaient de lui directement, cela n'empêchait pas que les particuliers qui possédaient des lingots d'or ne pussent les faire monnayer où bon leur semblait. Or, les grands propriétaires pouvaient avoir dans leurs villae des monnayeurs. Nous sommes mal renseignés sur l'organisation et l'exploitation des domaines à l'époque mérovingienne. Mais, comme l'a remarqué M. A. de Barthélémy (6), le capitulaire de Charlemagne de Villis nous apprend que le judex, chargé d'administrer une villa, devait se préoccuper d'avoir parmi ses artisans des orfèvres et des argentiers (7). Si des orfèvres étaient utiles dans les domaines des rois, ils ne l'étaient sans doute pas moins dans ceux des particuliers, des leudes et des églises. De plus, de l'existence d'orfèvres dans les villas au commencement du IX° siècle, est-il bien téméraire de conclure à leur existence probable au VIIème siècle ? L'organisation des villae n'a pas été inventée par Charlemagne, qui s'est probablement contenté de reconnaître un état de choses préexistant et d'y faire quelques réformes. Tout au moins m'accordera-t-on qu'il n'est pas impossible que des orfèvres aient figuré parmi les artisans des exploitations agricoles à l'époque mérovingienne. On sait d'autre part que les mêmes personnes étaient à la fois orfèvres et monnayeurs. Il suffit de rappeler qu'à la fin du VIème siècle, Abbon, orfèvre très habile, dirigeait à Limoges l'officine publique de la monnaie fiscale.
On ne manquera pas de nous opposer les monnaies mérovingiennes portant le même nom de monnayeur et des noms de lieux différents. L'objection qu'on tirerait de pièces austrasiennes ne vaudrait rien, car les monnaies de la Gaule orientale ont une telle unité de style qu'on pourra toujours répondre que lorsqu'on rencontre sur des triens ayant le même aspect, mais de localités différentes, un même nom de monnayeur, il s'agit de personnages homonymes, et que le Theudelenus de Metz, par exemple, est un autre que le Theudeilenus de Mallo Matiriaco. Le nom de Francobodus se trouve sur un triens de Veuves (Vidua vico)(8) et sur deux triens d'Amboise (9) (Ambacia vico). Il faut d'abord laisser de côté le second triens d'Amboise, car c'est une copie grossière du premier. Quant à celui-ci, nous ne croyons pas qu'il soit l'œuvre du même monnayeur qui a fait le triens de Veuves. La pièce d'Amboise est probablement imitée de celle de Veuves. Je citerai cependant des tiers de sou qui portent trois noms de lieux différents, Briosso, Theodeberciaco et Teuderiaco, et le même nom d'homme Chadulfus, et qui pourraient être, sans que cela soit certain, l'œuvre d'un même monnayeur (10).
En effet, sur ces monnaies les têtes gravées au droit sont de même style ; les croix du revers diffèrent par les détails de leur forme les unes des autres ; mais elles ont ceci de commun qu'elles n'appartiennent pas aux types usités ordinairement dans l'art monétaire mérovingien. Je remarquerai en outre que ces trois villes sont très voisines : Briosso est aujourd'hui Brioux, dans le département des Deux-Sèvres ; Theodeberciaco, devenu Thiverzay, était sur le territoire de la ville actuelle de Fontenay-le-Comte; pour Teuderidaco, je crois avoir démontré ailleurs (11) que cette villa a fait place au monastère de Trizay sur le Lay. Admettons qu'on puisse établir que Chadulfus a frappé des monnaies avec les noms de trois villae différentes, très proches les unes des autres; admettons encore qu'on donne d'autres exemples du même fait, la thèse que je soutiens, à savoir qu'on frappait monnaie dans les villae, vici et castra, n'en serait pas détruite. Car des villae voisines pouvaient appartenir à un même propriétaire, avoir une administration commune et un seul monnayeur se transportant de l'une à l'autre. Ne peut-on encore supposer qu'un propriétaire, ou son intendant, manquant à un certain moment de monnayeur, avait recours exceptionnellement au monnayeur d'une villa voisine et même le faisait venir dans son domaine. Certes, le bagage d'un monnayeur mérovingien n'était pas lourd. Quelques instruments très simples suffisaient pour frapper les tiers de sou et les deniers. C'est là ce qui a rendu possible l'établissement d'orfèvres monnayeurs dans les villae mérovingiennes.
Tous les orfèvres ou monnayeurs pouvaient, comme l'a dit M. A. de Barthélémy, fabriquer des espèces avec l'or qu'on leur apportait, pourvu que ces espèces fussent « au poids légal et en bon or (12) ». Est-ce à dire que le monnayage étant libre, le souverain n'eût plus aucun atelier qui lui appartînt? Un passage de la Vie de saint Éloi prouve le contraire. Il y est dit que le père d'Éloi confia son fils à un orfèvre expérimenté, Abbon, qui dans ce temps-là dirigeait à Limoges l'officine publique de la monnaie fiscale, «publicam fiscales monetae officnam (13) ». Officina publica doit se traduire par officine royale. En effet, l'adjectif publicus est toujours employé à l'époque mérovingienne pour qualifier une chose appartenant à l'Etat, ou plus exactement au roi, puisqu'alors choses de l'État et choses du roi se confondent. Ainsi Grégoire de Tours appelle tributa publica (14) l'impôt que percevait le roi comme successeur de l'empereur romain; thesaurus pubicus, aerarium publicum, sacellum publi-cum (15), sont autant d'expressions qui désignent le trésor du roi. Des officines royales, officinae publicae, devaient exister ailleurs qu'à Limoges ; et c'est là que le fisc faisait frapper ses monnaies. Il est bien entendu que les particuliers pouvaient y apporter des lingots à monnayer.
En résumé, je crois avoir établi que les monnaies mérovingiennes étaient frappées dans les lieux mêmes dont elles présentent les noms inscrits sur l'une de leurs faces, et qu'à côté des nombreux ateliers libres, établis dans les villae, vici, castra, il y en avait d'autres, dits officinae publicœ, qui avaient le monopole de l'émission des monnaies fiscales.

Maurice Prou, 1884


NOTES
(1) La liste des noms de lieux inscrits sur les monnaies mérovingiennes dressée par H. A. de Barthélémy, en 1865, et publiée dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, 6° série, t, I, comprend 724 noms.
(2) Voyez le très important article de M. A. de Barthélémy intitulé Étude tur les monnayers, les noms de lieux et la fabrication de la monnaie dans Revue archéologique, nouvelle série, t. XI (1865), p. 1.
(3) P.-Ch. Robert, Considérations sur la monnaie à l'époque romane, pp. 27, 35, 36.
(4) A. de Barthélémy, Étude sur les monnoyers, dans Revue archéologique, nouvelle série, t. XI, page 11.
(5) Traité historique des monnoyes de France, éd. 1690, p. 57.
(6) A. de Barthélémy, article cité, dans Revue archéologique, nouvelle série, t. XI, p. 9.
(7) "Ut unusquisque judex in suo ministerio bonos habeat artifices, id est fabros, ferrarios, et aurifices vel argentarios, sutores, tornatores...." Capitularia, éd. Boretius, t. I, p. 87. Voyez l'article de Guérard, Explication du capitulaire de Villis, dans Bibliothèque de l'École des Chartes, 3° série, t. IV, p. 329. — Les argentarii dont il est question dans le capilulaire de Villis sont des ouvriers qui travaillent l'argent, comme les argentarii fabri mentionnés dans la loi des Burgondes, tit. X, § 4; au § 3 du même titre, il est aussi question du meurtre d'un orfèvre, Pertz, Monumenta, Leges, t. III, p. 538.
(8) P. d'Amécourt, Monnaies mérovingiennes de Touraine, dans Annuaire de la Société de numismatique, t. III, p. 94, n° 17.
(9) Ibidem, p. 95, n° 20 et p. 100, n° 26.
(10) Les triens de Briosso, signés de Chadulfus, ne paraissent pas appartenir tous au même temps; on trouvera celui qui est du même style que les pièces de Theodeberciaco et de Teudericiaco dans Fillon, Lettres à M. Dugast-Matifeux, pp. 62, 181, et pl. II, n°15; les, autres sont figurés dans Lecointre-Dupont, Essai sur les monnaies du Poitou, pp. 32 et 33. Le tiers de sou de Theodeberciaco est, je crois, inédit; il est conservé au Cabinet de France. Je connais deux variétés du triens de Teudericiaco et du monnayeur Chadulfus; on les trouvera dans la Revue numismatique, 3° série, t. IV (1886), pl. XIII, n°20 et 21.
(11) Tiers de sou d'or mérovingiens de Tidirciacum dans Revue numismatique, 3° série, t. IV (1886), p. 203.
(12) A, de Barthélémy, article cité, dans Revue archéologique, nouvelle série, t. XI (1865), p. 10.
(13) « Cum ergo videret pater ejus (Eligii) tantum filii ingenium, tradidit eum ad imbuendum honorabili viro Abboni vocabulo, fabro aurifici probatissimo, qui eo tempore in urbe Lemovicina publicam fiscatis monetae officinam gerebat. » Vita S. Eligii, auctore S. Audoeno, l..I, c. III dans d'Achery, Spicileg., éd. in-fol., t. II, p. 79.
(14) Grégoire de Tours, Hist., VII, 23 ; texte cité par J. Tardif, Etudes sur les institutions, p. 216, note 5.
(15) Voyez les textes cités Dans J. Tardif, Ibidem, p. 208, notes 2, 3 et 5.

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Commentaires
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DUBOIS Jacques - Monogrammes mérovingiens   2008-06-02 05:44:57
Bonjour, je recherche une liste de monogrammes mérovingiens identifiés ou non, présents sur les monnaies. Cordialement. Jacques DUBOIS
laurent - vieillot   2009-05-21 21:10:43
Maurice Prou,c'est bien,mais ça comence à se faire vieux...
bien d'autres ateliers sont sortis de l'ombre (et de terre) depuis,non?
enfin,cela reste une base de travail...
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Dernière mise à jour : ( 16-04-2009 )
 
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