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Le denier de Melgueil

Une des plus célèbres monnaies féodales du Languedoc : le denier de Melgueil

 
L’observation rapide du système monétaire entre le IX° et le XIV° siècle donne l’impression d’un inextricable désordre. Une multitude de monnaies féodales circulaient alors, parallèlement aux monnaies royales. Nous nous proposons d’examiner ici le cas d’une des monnaies féodales les plus célèbres et les plus utilisées dans le Languedoc médiéval, la monnaie de Melgueil, qui était la monnaie officielle de la ville de Montpellier. L’histoire de ce monnayage appelle plusieurs questions : quand et comment est-il apparu, quand a-t-il disparu ? Quel est l’aspect de ces monnaies, dans quelle zone ont-elles été utilisées et, enfin, quelle était leur valeur ?
Image d'un denier de Melgueil
Photo d'un denier de Melgueil
 
 
La monnaie des comtes de Melgueil fait partie des plus anciennes monnaies du Midi médiéval. Elle est citée dans des textes dès le X° siècle. La création de cette monnaie féodale s’inscrit dans un contexte général d’affaiblissement du pouvoir central. Les carolingiens en effet ont imposé une centralisation et une exclusivité royale en matière monétaire. Le droit de battre monnaie a toujours fait partie des droits régaliens. Aux IX°-X° siècles les comtes, jusque là nommés par le pouvoir central, se sont rendus indépendants et ont usurpé le droit de battre monnaie ; ils ont fini par faire frapper des monnaies en leur nom propre et non plus au nom du roi. La monnaie des comtes de Melgueil s’est rapidement répandue dans la région de Montpellier et même au-délà (voir la carte). Les deniers de Melgueil ont connu un succès éclatant jusqu’à la fin du XIII° siècle, malgré la concurrence de nombreuses autres monnaies locales. Parmi ces autres monnaies régionales, qui contribuent à donner un aspect complexe au monnayage médiéval, il faut citer les monnaies d’Anduze, de Somières, de Mende, de Saint-Gilles, de Béziers ou de Carcassonne, dont la diffusion fut assez limitée dans le temps et dans l’espace, ou des monnaies concurrentes beaucoup plus répandues, comme par exemple les monnaies de Barcelone ou les monnaies toulousaines.
 
Zone d'utilisation de la monnaie de Melgueil
 
Carte représentant la zone d'utilisation du denier de Melgueil
 
Malgré cet aspect disparate, toutes ces monnaie, et les monnaies de Melgueil ne font pas exception à la règle, ont un point commun : toutes appartenaient au système monétaire du denier, qui était alors utilisé dans l’ensemble de l’Europe Occidentale. Ce système hérité de l’Empire romain était fondé sur la frappe de l’argent, la frappe de l’or ayant été abandonnée sous les Carolingiens. Le denier et quelques pièces divisionnaies (la maille ou obole, valant ½ denier, et le « pogès », valant ¼ de denier), constituait l’armature du système. Le sou, qui correspondait à 12 deniers et la livre à 20 sous et 240 deniers n’étaient matérialisées par aucune pièce réelle, et servaient uniquement de monnaie de compte. Cependant, cette valeur n’est pas toujours restée fixe, comme nous le verrons.
 
 
 
L’aspect de ces monnaies était assez irrégulier, en raison de techniques de frappe rudimentaires. Il existait d’importantes variations dans la frappe des monnaies sorties d’un même atelier et à plus forte raison entre les deniers battus dans des ateliers différents. Ces monnaies étaient plus ou moins noires en fonction de leur teneur en argent fin et en alliage. Ces pièces avaient en général un poids extrêmement faible, ce qui contribuait à leur fragilité. La maille melgorienne, d’après le tarif de 1273, ne pèse que 0,510 grammes ; entre 1123 et 1315, là encore d’après les tarifs officiels, le poids du denier melgorien varie entre 1,046 et 1,275 grammes. Ces monnaies, fines et légères se tordaient assez facilement, et il n’est pas étonnant d’en voir beaucoup qui portent des traces de pliures.
 
 
 
En ce qui concerne le choix des représentations graphiques (voir photo du denier de Melgueil ci-dessus), on peut dire que dans l’ensemble, ces pièces sont assez monotypiques, toujours très proches. L’avers des deniers de Melgueil représente une croix, symbole chrétien par excellence, fortement pattée en haut et en bas, avec un point rond à l’angle supérieur gauche. Quatre annelets (cercles évidés) figurent au revers et entourent un point rond central. Les légendes sont simples (et souvent assez délicates à lire). L’avers mentionne le nom RAIMVDS, abréviation de Raimundus ou Ramundus, un des premiers seigneurs a avoir osé remplacer le nom du roi par le sien. Cependant, l’identité exacte de ce personnage n’a pas pu être identifiée avec certitude. Tout au long de l’histoire de la monnaie de Melgueil, ce nom est resté stable, à l’exception des gros Montpelliérains frappés à la fin du XIII° siècle et qui portent le nom du roi d’Aragon. Sur le revers figure l’inscription NARBONA, qui peut sembler étrange car la monnaie de Melgueil n’était pas frappée à Narbonne. Cette bizarrerie trouve une explication par l’existence très ancienne d’un atelier monétaire à Narbonne. Là encore, cepedant, les raisons exactes du choix de cette légende ne sont pas clairement établies.

Il existe une variété de monnaies de Melgueil un peu plus sophistiquées sur le plan graphique que les simples monnaies décrites ci-dessus. En 1273, Jayme Ier, roi d’Aragon et seigneur de Montpellier, a fait frapper une monnaie, le « gros montpelliérain », dont l’avers porte la légende « Jacques, par la grâce de Dieu roi d’Aragon » (IACOBUS DEI GRA. REX ARAGON.) et le revers le texte suivant : DOMINVS MONTISPESSULANI, qui signifie « Seigneur de Montpellier ». Sur cette monnaie, l’avers figure une croix pattée, dont les extrêmités représentent une couronne, symbole royal. Le revers porte, au centre d’un encadrement de six arcs de cercle, un écu chargé des armoiries d’Aragon. Sur le plan esthétique, bien entendu, les monnaies décrites ci-dessus, de même que le monnayage féodal ou médiéval en général, sont très éloignées de la richesse graphique des monnaies antiques. L’intérêt principal de ces monnaies pour le collectionneur est plus technique qu’esthétique.

 

La valeur de la monnaie de Melgueil

La question de la valeur de la monnaie de Melgueil n’est pas simple. L’autorité responsable de l’émission de ces deniers n’a pas toujours été stable. Ces mêmes autorités, par ailleurs, ont plusieurs fois modifié le poids et le titre de ces monnaies.
A l’origine, la monnaie de Melgueil appartenait exclusivement aux Comtes de Melgueil. A la première occasion, les seigneurs de Montpellier ont profité des difficultés financières des Comtes de Melgueil pour s’approprier des droits sur leur monnaie. En 1130, Guillem VI, seigneur de Montpellier finit par adopter la monnaie de Melgueil comme monnaie officielle de la ville de Montpellier et de son comté, le Comté de Substantion. Par la suite, le Comté de Melgueil est passé aux mains du Comte de Toulouse, puis finalement à l’évêque de Maguelonne, sans que rien ne change. Seuls des droits consentis à la commune de Montpellier par l’évêque de Maguelone furent rajoutés aux droits des seigneurs de Montpellier.
 
 
Quel était l’intérêt de tous ces pouvoirs à battre monnaie ? D’abord, ils remplissaient leurs caisses : quand il en était encore le seul propriétaire, le comte de Melgueil prélevait sur sa monnaie 12 deniers sur chaque livre de monnaie battue (soit 5% de la masse frappée). Ce prélèvement a été modifié après l’arrivée de seigneurs « comonnayeurs » (Seigneur et Commune de Montpellier) : ils se sont alors partagé le prélèvement. D’autre part, la frappe de la monnaie a été utilisée comme instrument politique, par le biais des dévaluations et autres mutations monétaires. Pour réduire le poids de leur dette ou pour financer leurs dépenses, la tentation était grande en effet de dévaluer la monnaie, et les responsables de la monnaie de Melgueil ont succombé à plusieurs reprises à la tentation… Pour ce faire, ils ont utilisé les deux leviers à leur disposition : ils ont modifié par décret le titre des monnaies et, dans les faits leur poids en métal, c’est à dire leur valeur réelle. Dès 1097, la livre est évaluée à 34 sous par livre d’argent fins au, lieu des 20 sous par livres dans le système de base (voir ci-dessus), soit une différence de plus de 40 % ! Cette forte tendance inflationniste se confirme et s’amplifie aux XII° et XIII°s. : en 1174, par exemple, on crée 218 deniers par Marc d’argent (1 marc = 244 grammes d’argent ; ces deniers pèsent donc 1,123 gr.) ; en 1261, un nouveau tarif prévoit de frapper 240 deniers par Marc d’argent (soit cette fois ci des deniers de 1,020 gr.).
 
Malgré cette inflation nominale (dévaluation du titre) et réelle (frappe d’importantes quantités de monnaies), il semble que la masse monétaire ait été constamment insuffisante pour que l’économie puisse fonctionner normalement. Les usagers, les commerçants en particuliers se sont souvent plaints de cette pénurie monétaire. La création du « gros montpelliérain », que nous avons décrit ci-dessus, avait pour objectif clairement affiché de pallier à cette pénurie.
 

On peut se demander quel a été l’impact de ces mutations. Les seigneurs monnayeurs, bien sûr avaient un intérêt immédiat à ces dévaluations, car ils pouvaient ainsi solder plus rapidement et à meilleur marché leurs dettes et répondre à la demande de numéraire. Mais le choix de la dévaluation avait un revers : les rentes fixes et les impôts pouvaient se retrouver réduits à la mesure de l’importance de la dévaluation. Les mutations monétaires avaient en outre un impact social incontestable : les endettés l’étaient désormais moins, les prêteurs et les rentiers étaient lésés. La dévaluation entrainait en outre une hausse mécanique des prix : prix des loyers de la terre, prix des denrées alimentaires, prix du crédit. Le commerce était désorganisé et la confiance dans la monnaie était amoindrie. Les deux monnaies continuaient à circuler ensembles pendant un certain temps. La parade contre ces dévaluations consistait, lors des paiements, à utiliser la monnaie ancienne à sa valeur intrinsèque et la monnaie nouvelle selon son cours officiel. Cette instabilité monétaire a fait les beaux jours de générations de changeurs, spécialisés dans l’évaluation de la valeur des monnaies et que l’on rencontrait dans de très nombreuses villes.

 

CONCLUSION au sujet du denier de Melgueil

La monnaie de Melgueil est née après l’affaiblissement du pouvoir central Carolingien. Elle meurt à la fin du XIII° et du XIV° siècle, lorsque le pouvoir central capétien récupère peu à peu l’exclusivité du droit de battre monnaie. En 1292, Philippe-Le-Bel restreint le cours de la monnaie aux limites du Diocèse de Maguelone ; quelques années après, en 1317, Philippe-Le-Long réserve au roi de France le droit de battre monnaie dans la baronnie de Montpellier. Bientôt, la concurrence de la monnaie royale, le denier tournois, est trop forte. La monnaie de Melgueil finit par disparaître, tandis que l’unification monétaire du Royaume est en marche.
 

Bibliographie sur le denier de Melgueil :

  • A. Germain, « Mémoire sur les anciennes monnaies seigneuriales de Melgueil et de Montpellier », Montpellier, 1852
  • M. Castaing-Sicard, « Monnaies féodales et circulation monétaire en Languedoc (X°-XIII° siècles), Toulouse, 1961


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Commentaires
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Cédric Lopez - auteurs numismatiques     2009-09-18 22:48:43
Bonjour,
Je vous contacte tout d'abord pour vous féliciter pour l'article. Par ailleurs, nous cherchons des auteurs pour la revue internationale "OMNI, revue numismatique". Il s'agit d'une revue scientifique de numismatique dédié à tout type de personnes (spécialistes ou néophites).
Si cela vous intéresse, vous pouvez contacter les deux personnes en relation avec les auteurs qui se feront un plaisir de répondre à vos questions. Merci de les contacter directement à : revue@identificacion-numismatica.com
Cordialement,
Cédric Lopez
Rédacteur en Chef "OMNI, Revue numismatique"
l***n - Monnaie de Melgueil dans le Ge   2012-09-05 08:40:06
Bonjour,
j'ai trouvé 2 monnaies de melgeuil (aucun doute possible) dans le Gers. Est-ce courant?
Cordialement
PL
Sacramon - Denier de Melgueil   2009-11-08 17:33:35
Le denier de Melgueil (ou Maguelonne) était une des monnaies les plus répandues et les plus communes dans le Languedoc médiéval. Les deniers de Melgueil étaient souvent utilisés très au-delà du seul Languedoc, et il n'est donc pas étonnant que vous en ayez trouvé dans le Gers (d'ailleurs bravo pour cette trouvaille...)
musil65 - Lieu Melgueil   2011-07-31 17:18:35
Bonjour
je possède une denier de Melgueil, daté 1080-1120, eveque de maguelonne, anonyme, marqué Raymond et Narbonne. Mais d'après votre article, l'atelier de frappe n'était pas à Narbonne. Ou était-il alors si vous le savez ?

Merci
Sacramon - Denier de Melgueil   2011-07-31 17:19:34
Melgueil est l'ancien nom de la commune de Mauguio qui est située dans le département de l'Hérault, à proximité de Montpellier
mcmatray - denier de Melgueil   2012-03-03 07:56:07
Savez-vous si une étude a été faite sur le symbolisme du graphisme du denier de Melgueil ? les deux mitres, le besan...
Quels sont les ateliers de ce denier ?
Le besan apparaît au 1er mais aussi au 2 et 3ème cantonnement... question d'atelier ? de période ?
existe-t-il des types différents de Melgueil ?
sacramon - Symbolisme du denier de Melgue   2012-03-03 08:03:06
Bonjour,
Poey d'Avant parle de la signification des symboles représentés sur les deniers de Melgueil (Mauguio), dans son livre "Monnaies féodales de France", tome II, page 287 [livres à télécharger gratuitement à cette adresse :
http://www.sacra-moneta.com/Numismatique-medievale/Collectionner-les-monnaies-feodales.html]
Vous y trouverez de très nombreux détails et explications historiques.
mcm - fragment monnaie melgorienne   2012-03-28 15:06:59
j'ai trouvé (dans le 34) un fragment de monnaie melgorienne mais elle n'est pas vraiment comme les autres. La croix (fasce et mitre) est dans un cercle de grainetis. La pièce devait faire 2cm de diamètre. La légende au lieu de se terminer par VNOS (de IAMVNOS) se termine par C ? OIS (s couché) et n'est pas du style dégénéré. L'autre côté est très mauvais, des traces d'annelets seulement, un monogramme ?si vous avez un spécialiste, j'aimerais en savoir plus...

Voilà les photos :

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Dernière mise à jour : ( 23-03-2011 )
 
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