Le sesterce est une des monnaies romaines les plus connues. Elle a été popularisée par Astérix et Obélix, qui n'ont que ce mot à la bouche quand ils parlent d'argent. Il s'agit pourtant bien d'une monnaie romaine. En voici l'histoire et la définition par E. Babelon (article Sestertius dans le Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines de Saglio), suivi par quelques images de sesterces de la période impériale.

Exemple de sesterce de Marc Aurèle (161–180 après JC). 24.81 grammes. Frappé à Rome en décembre 165-166. A/ M AVREL ANTONINVS AVG ARMENIACVS P M, tête laurée de Marc Aurèle tournée à droite. R/ TR POT XX IMP III COS III S—C, La Providence debout à gauche, pointant une baguette vers un globe et tenant un sceptre. (Références : BMCRE 1279. RIC 923. Cohen 805).
Sesterce (SESTERTIUS). Monnaie qui fut l'unité de compte des Romains, depuis les origines jusqu'à Constantin, et fut aussi monnaie réelle, d'abord en argent, puis en bronze. Lorsque les Romains, à l'époque primitive, n'avaient encore que la monnaie de bronze, ils estimaient le sesterce d'argent de 0 gr. 87 des villes de la Grande-Grèce et de la Sicile à deux as et demi de leur propre monnaie [NUMMUS](1). Voilà pourquoi lorsqu'en 269 av. J.-C., ils se décidèrent à frapper l'argent dans l'atelier du Capitole, ils émirent, outre le denier et le quinaire, une petite pièce d'argent qui fut à peu près l'équivalent du sesterce de l'Italie méridionale; celle pièce qui valait deux as et demi ou le quart du denier, fut le sesterce ("nummus semistertius", par abréviation sestertius) (2). Comme monnaie de compte, on a expliqué à l'article DENARIUS les diverses formes que prenait le sesterce dans les énoncés des sommes et les registres financiers, sous la République et sous l'Empire (3). Comme monnaie réelle, le sesterce, qui pèse théoriquement un scrupule (1 gr. 137), fut frappé en argent, bien qu'assez rarement, depuis l'an 269 av. J.-C. jusqu'à 217, date de l'affaiblissement officiel de la monnaie d'argent et de bronze; il porte la marque HS ( = 2 as 1/2)(4). Le sesterce fit une courte réapparition, en 89 av. J.-C., grâce à la loi Plautia Papiria qui créa l'as oncial ; puis il disparut une seconde fois (5). Enfin, de 49 à 43 av. J.-C., César et Pompée décrétèrent de nouveau l'émission du sesterce d'argent (6). Après l'an 43 qui précède notre ère, le sesterce d'argent fut remplacé par un sesterce de bronze valant 4 as et pesant une once (27 gr. 29), [AUREUS, p.564](7). Sous Auguste, on frappa le sesterce en laiton ou cuivre jaune (aurichalcum), et cette grande pièce persista au moins jusqu'au temps de Florien (276 ap. J.-C.)(8). Mais son poids diminua progressivement presque à chaque émission; après avoir pesé originairement une once, le sesterce de cuivre est de 5/6 d'once à l'époque de Sévère Alexandre; d'une demi-once sous Trajan Dèce ; puis d'un tiers d'once sous Trébonien Galle. De plus, le métal s'était aussi altéré graduellement, et le laiton, dès le temps des Antonins, était remplacé par du bronze ordinaire (9).
Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines. Article rédigé par E. Babelon
Notes :
1. Varro, De ling. lat., IV, 36, dans Hulsch, Métrol. script. t.II p. 50; cf. E Babelon, Traité des monnaies grecques et romaines, Théorie et Doctrine, 1, 551.
2. Mommsen, Mon. Rom., tred. Blacas, t. 1 p. 238-239. Voir Denarius, fig. 2321.
3. Voir aussi E. Babelon, op. cit., p.753 à 761.
4. Duruy, Hist. des Rom., I, p. 519 fig en bas.
5. Mommsen, op. cit., t. II, p.418; E. Babelon, Monn. de la Républ. Rom., t. I, Introd. p.39, t. II p. 110.
6. Exemples dans E. Babelon, op. cit., t. I, p. 156, 315, 316, 385; t. II, p. 23, 149, 284, 441, 521, 547.
7. Plin., Nat. Hist, XXXIV, 2, 4; Cod. Justin. VIII, 54, 37; Hero Alex, p.51 (éd. Letronne); Arrian. Epictet. diss, IV, 5; cf. M Bahrfeld, Die Münzen der Flotten-präfecten des M. Antonius (Vienne, 1905); Michel Soutzo, Rev. numism, 1906, p. 457-471.
8. Voy. AUREUS, fig. 642; Borghesi, Oeuvres compl., t. II, p. 418; Fr. Kenner, Num Zeit, t. X, 1878, p. 234; E. Gabrici, Contributo alla storia della moneta romana, p.2; Soutzo, Rev. num., 1898, p. 662; Babelon, Traité, Théorie et doctr. et t. I, p. 599.
9. Mommsen, op cit, t. III, p.93
Quelques exemples de sesterces
1. Tibère 14-37 après JC. Sesterce (26.23 grammes). Sesterce commémoratif frappé pour Livie, la femme d'Auguste et la mère de Tibère. Emission de l'atelier de Rome, frappée en 22-23 après JC. A/ Carpentum ornementé conduit par une paire de mules R/ Légende autour d'un large SC. RIC I 51 (Tiberius). Vente CNG 23 mai 2007 - Estimation : 1500 USD.

2. Galba. 68-69 après JC. Sesterce (27.29 grammes). Frappé à Rome, vers octobre-décembre 68 après JC. A/ Tête laurée tournée à droite. R/ Rome debout à gauche, tenant une Victoire sur un globe et une lance. RIC I 452; ACG 35 (A35/P101). Vente CNG 23 mai 2007 - 1800 USD.

3. Nerva. 96-98 après JC. Sesterce (22.57 grammes). Frappé à Rome en 96 après JC. A/ Tête laurée tournée à droite. R/ Mains jointes. Dessous aigle posé sur une proue tournée à droite. RIC II 54; Banti 5 var. (proue à gauche).
Vente CNG le 23 mai 2007 - 1160 USD

4. Trajan. 98-117 après JC. Sesterce (24.86 grammes). Frappé à Rome, vers 115-116 après JC A/ Buste lauré tourné à droite. R/ IMPERATOR VIII en exergue, Trajan assis à droite et s'adressantr à un groupe de soldats qui tient trois enseignes. Deux officiers se tiennent au côté de Trajan. RIC II 655; Banti 78. Vente CNG le 23 mai 2007. 700 USD

5. Caracalla. 198-217 après JC. Sesterce (22.73 grammes). Frappé à Rome en 214 après JC. A/ Buste lauré et cuirassé tourné à droite. R/ Caracalla et deux officiers sur une plate-forme, s'adressant à un groupe de trois soldats devant eux. RIC IV 525c var. (draped); Banti 59.

5. Philipe I. 244-249. Sesterce (20.55 grammes). Frappé à Rome, première officine. 4ème émission (245 après JC). A/ Buste lauré, drapé et cuirassé tourné à droite. R/ Philipe assis à gauche, tenant un globe et un sceptre court. RIC IV 148a; Banti 30. Vente CNG 23 mai 2007. 410 USD

Autres pièces de monnaie romaines :
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