Les monnaies incuses sont frappées en creux sur une face. Cet article explique de quoi il s'agit, et expose le point de vue d'E. Babelon sur les bactréates. On peut cependant préciser qu'il existe deux catégories de monnaies incuses : les monnaies volontairement incuses (celles dont on parle ci-dessous) et les monnaies accidentellement incuses (cliquez ici pour lire l'article spécialement consacré aux monnaies accidentellement incuses)
Monnaie incuse et bractéate (nummi incusi et bracteati) : ni l'une ni n'autre de ces deux expressions n'existe dans l'antiquité : elles ont été forgées par des numismates modernes pour désigner les monnaies dont le type est représenté en creux sur l'une de leurs faces.
Exemple de monnaie incuse : statère de Métaponte, émise entre 540 et 510 av. JC
Dans les séries numismatiques d'un grand nombre de villes de l'Italie méridionale on rencontre, dès le milieu du VIème siècle, des monnaies d'argent à flan large et plat, d'une épaisseur médiocre, qui portent au droit un type en relief et au revers un type en creux. Tantôt le revers n'est que la reproduction exacte du droit, comme si, malgré l'épaisseur relative du flan, la pièce n'était qu'une rondelle métallique dont la double empreinte eût été produite au repoussé, par un poinçon en relief; tantôt, le type du revers, tout en étant le même que celui du droit, offre pourtant des différences de détail qui attestent l'usage de deux coins spéciaux, l'un en creux, l'autre en relief; tantôt enfin le creux du revers n'a point de rapport avec le relief du droit et parfois même appartient à la numismatique d'une autre ville.
A Tarente, certaines pièces nous montrent Taras sur le dauphin, identique au droit et au revers, la monnaie paraissant une plaque de métal repoussé; sur d'autres au type de Taras en creux est opposé en relief Apollon Hyacinthien agenouillé. A Métaponte, on a, sur certaines pièces, deux épis semblables, le relief du droit reproduisant le creux du revers; ou bien on a l'épi en relief d'un côté, et de l'autre, un grain de blé ou un bucrane en creux. A Sybaris, le taureau est pareil des deux côtés. A Crotone, le trépied est aussi le même, avec cette particularité, sur certains exemplaires, que la légende en relief n'est pas reproduite en cruex. A Caulonia, Apollon Hyacinthien; à Reghium, le taureau à tête humaine; à Posidonia, le type de Poséidon, donnent lieu aux mêmes observations qu'on peut également faire dans le monnayage primitif de Siris, Pyxus, Pandosia, Laus Temesa. On rencontre aussi des monnaies incuses parmi les bronzes de l'Etrurie qui présentent, par exemple, au droit, la tête de Zeus et au revers, en creux un hippocampe, un aigle luttant contre un serpent, un griffon, une tête d'âne, un aigle, un coq, un poisson.
Des types en creux se voient aussi au revers d'un certain nombre d'hectés d'électrum de Phocée et de Mytilène, du commencement du IVème siècle; sur ces pièces globuleuses et très épaisses, le type du droit, en relief, n'est jamais le même que le type du revers en creux. Ainsi, une tête de Gorgone en relief est opposée à une tête d'Héraclès en creux; une tête de lion à une tête de coq; une tête de bélier à une tête de taureau. L'un des types appartient à Phocée, l'autre à Mytilène : leur rapprochement symbolise l'alliance des deux cités.
Un dernier exemple très remarquable de types en creux, est celui que nous fournit une petite série de monnaies d'argent des rois de Byblos, frappée de 410 à 340 avant JC environ; on y voit, au droit, un type en relief, et au revers un type qui n'est gravé en creux qu'en partie : c'est un lion qui dévore un taureau, ou un vautour qui dépèce un bouquetin. Le lion et le vautour sont en relief, tandis que leurs victimes, taureau et bouquetin, sont en creux, sauf la tête du taureau qui, elle-même, se détache en relief, bien que le reste du corps de l'animal soit en creux. Malgré ces exemples, la mode des monnaies incuses dura peu, même dans les pyas où elle se produisit. Au point de vue monétaire, elle présentait de graves inconvénients et le type en creux n'a aucun de avantages que présente le type en relief.
On a signalé dans la plupart des pays helléniques, de petits disques monétiformes en or et en argent, composés d'une pellicule extrêmement mince et ornée d'un type produit à l'aide d'un poinçon par le simple procédé de l'estampage, c'est-à-dire en relief d'un côté et en creux sur l'autre face. Ces feuilles brattées ("bractea" ou "brattea"), de médiocre dimensions, trouvées dans des tombeaux de divers parties du monde grec, n'ont jamais, quoi qu'on en ait dit, servi de monnaies. C'est en vain qu'on invoque comme argument leur poids qui s'accorde plus ou moins avec le poids de l'obole et de ses divisions. Ces petites pièces étaient cousues sur les vêtements à titre d'ornements, comme l'indiquent parfois leurs bords, ou bien enchâssées dans des colliers ou des couronnes; c'étaient, en un mot, la plupart du temps, des motifs décoratifs.
On a retrouvé d'assez nombreuses bractéates d'or au type de la chouette, dans des tombeaux athéniens, mais c'est à totr que Beulé et Lenormant les ont classées au nombre des monnaies d'Athènes. On a aussi signalé un bractéate d'or de Cyzique, au type du capricorne, et des bractéates d'argent de Ténédos et de Mélos : ce ne sont pas de véritables monnaies.
Il est possible, sans doute, que d'aucunes aient été placées dans la bouche des défunts pour l'offrande à Charron : dans ce cas, elles auraient seulement symbolisé la monnaie et ainsi s'expliqueraient les types monétaires dont parfois elles sont décorées.
A l'encontre de l'antiquité, le Moyen Age de l'Allemagne et des pays scandinaces a eu pendant de longs siècles, d'abondantes émissions de monnaies bractéates en argent aux types locaux les plus divers.
E. Babelon, "Traité des monnaies grecques et romaines", Paris, 1901