Le mot "médaille" a un long passé, puisque son usage remonte au Moyen Age. Cet article donne une définition du mot médaille, mais explique aussi comment l'usage de ce terme a évolué au cours du temps, et notamment comment la science numismatique a fini par distinguer une monnaie et une médaille.
Le mot médaille a été emprunté au XVème siècle à l'italien "medaglia" qui, dans le cours du Moyen Age, était synonyme d'obole ou demi-denier. Du Cange cite des documents du commencement du XIIème siècle où le mot "medalla" ou "medallia" est employé pour désigner l'obole. Au milieu du XIIIème siècle, Charles Ier d'Anjou, roi de Sicile, frère de Saint Louis, ordonne la fabrication de carlins et de demi-carlins d'argent, ainsi spécifiés : "... et cudi facias monetal novam nostram carolensium argenti et MEDALEARUM ipsorum, que sunt MEDIFORMES" (Revue Numismatique, 1864, p. 308). Ainsi, primitivement, les "médailles" sont des moitiés de deniers, et c'est du terme de basse latinité "medalia", "medalla" qu'est dérivé par contraction notre vieux mot maille, qui a le même sens.
Comment "medalia" a-t-il passé du sens de demi-denier à celui de vieille pièce grecque ou romaine et de médaille commémorative ? François Lenormant l'explique comme suit dans son ouvrage "La monnaie dans l'Antiquité", tome I, page 4 : les mailles italiennes ou "medaglie" étant tombées en désuétude, devinrent des pièces anciennes et sans valeur monétaire, n'ayant dès lors qu'un intérêt de curiosité; plus tard, par analogie et extension toute naturelle, on appliqua la même appellation à toutes sortes de vieilles pièces, et particulièrement à celles qui restaient de l'antiquité. Ce sens nouveau est spécifié dès la seconde moitié du XIIIème siècle, dans divers textes rapportés par Du Cange, notamment dans un passage de la chronique du monastère de Padoue où il est fait allusion à une trouvaille de pièces anciennes en or faite en 1274 : "thesaurus magnus in medaleis (alias metallis), auri optimi" (Chronicon Patavinum, dans Muratori, Antiquitates Italicae, éd. de 1741, t. IV, col 1146; cf. Du Cange, Gloss., s. v° Medalla).
Philippe de Commynes, le premier, dans la langue française, se sert du mot "médaille" dans le sens de pièce n'ayant qu'un intérêt historique ou de curiosité : c'est quand il parle des collections numismatiques de Pierre de Médicis (Commynes, Mémoires, éd. Chantelauze, p. 544; cf. Fr. Lenormant, "La monnaie dans l'antiquité", tome I, p. 4 et 84). La "medaglia" ou "médaille" étant ainsi un monument bien distinct des espèces circulantes, on en vint, ajoute Fr. Lenormant, à appliquer le mot "médaille" par opposition au mot "monnaie", "aux pièces non monétaires qu'on commençait, précisément dans le XVème siècle, à prendre l'habitude de fabriquer (comme on a continué depuis lors, mais comme ne faisait pas le Moyen Age) sous une forme analogue à celle des monnaies et avec les mêmes procédés, à titre d'objets d'ornement artistiques, de portraits sur métal ou comme moyen de perpétuer le souvenir des évènements, mais sans les destiner à circuler avec valeur légale".
Nous voici ainsi parvenus à la conception de la médaille moderne proprement dite, monétiforme mais distincte de la monnaie, et dont le métal, les types, le poids et les dimensions sont occasionnels et arbitraires.
Mais les Grecs et les Romains, en dehors de quelques exceptions, comme les tessères et les grands médaillons, n'ont que bien rarement frappé des médailles dans le sens moderne du mot, ou plus exactement ils n'ont en général, pas distingué la "médaille" de la "monnaie". Pour eux, médaille et monnaie c'est un tout, puisque leurs monnaies sont à la fois des monuments commémoratifs et des signes d'échanges.
Si elles remplissent en tous points le rôle de nos espèces circulantes, en même temps, leurs types, des plus variés, sont souvent inspirés, comme ceux de nos médailles, par un évènement dont elles ont pour but de consacrer le souvenir. Voilà pour quelles raisons, lorsqu'il s'agit de l'antiquité il est indifférent et également juste d'employer le mot médaille (pièce commémorative) ou le mot monnaie (espèce circulante) : les deux caractères se trouvent confondus sans qu'on les puisse disjoindre.
Dans les commencements de la science numismatique, aux XVIème, XVIIème et même XVIIIème siècles, on a écrit de nombreux volumes sur la question oiseuse de savoir si les monnaies antiques étaient des monnaies véritables ou des médailles. La plupart des antiquaires ont pris part, sur ce thème, à des discussions interminables et qui étaient sans issue. Il a fallu qu'Eckhel lui-même vînt mettre un terme à la querelle, en démontrant que les deux partis avaient à la fois, tort et raison, dans son chapitre : "Numi veteres fuerintne vera moneta" (Eckhel, Doctr., tome I, Proleg., p. XII).
C'est parce qu'on envisageait surtout, dans les monnaies anciennes, le caractère historique et commémoratif, que les antiquaires adonnés à la numismatique furent désignés par l'appellation de "médaillistes" ou de "curieux de médailles".
La Bruyère, dans son chapitre sur "La Curiosité", raille spirituellement Diognète, le curieux "qui sait d'une médaille le frust, le feloux et la fleur du coin" (La Bruyère adopte l'orthographe "frust" et "feloux" pour fruste et flou). Le terme de "médailliste", courant dans les derniers siècles, n'était pas encore tombé en désuétude dans le premier tiers du XIXème siècle : Villenave, dans sa notice sur l'abbé JJ Barthélémy, écrite en 1821, s'exprime ainsi ; "Barthélémy est le premier antiquaire qui ait eu de l'imagination et le premier médailliste célèbre qui ait été un excellent écrivain" (Notice de Villenave en tête des Oeuvres de JJ Barthélémy, édition de 1821).
Pourtant les mots de "numismatistes" et de "numismate" commencèrent à être employés par les spécialistes, en concurrence avec "médailliste", dès la fin du XVIIIème siècle. En 1795, Jean-Godefroi Lipsius se sert indifféremment de "numismatiste" et de médailliste" (JG Lipsius, Dissertation sur la rareté, les grandeurs et la contrefaçon des médailles antiques, trad. de l'anglais, Dresde, 1795, in-4°).
Mionnet, en 1808, tient pour numismate, terme qu'il devait abandonner plus tard pour numismatiste. Cependant, le vulgaire disait et continue à dire numismate. Le Dictionnaire de l'Académie, qui enregistre l'usage, ne connaît pas le mot numismatiste, mais il donne droit de cité à numismate et à médailliste. L'édition de 1835 définit : "Numismate, celui qui étudie les médailles, qui est versé dans la numismatique : Un savant numismate".
Extrait de E. Babelon, Dictionnaire des monnaies grecques et romaines, Paris, 1901
En définitive, le mot numismate s'est imposé au XIXème siècle pour désigner à la fois le spécialiste des anciennes monnaies circulantes et des médailles commémoratives; le mot médailliste est tombé en désuétude. En ce qui concerne la différence essentielle entre une monnaie et une médaille, il faut retenir qu'une monnaie a été émise pour circuler et une médaille pour commémorer un évènement ou pour des raisons purement artistiques.