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Dans un chapitre simple, clair et rapide, A. Blanchet explique les principales techniques de fabrication des monnaies du Moyen Age à nos jours. Il évoque les techniques de fabrication et leurs évolutions, mais aussi les principaux personnages responsables de l'évolution et de la modernisation de la fabrication des monnaies
"On se servit au moyen âge des procédés employés dans l'antiquité, c'est-à-dire de la fabrication au marteau. Si les monnaies elles-mêmes ne révélaient ce mode de fabrication, nous en trouverions la preuve sur les sculptures, les vitraux, etc.
Les procédés employés pendant le moyen âge pour la fabrication des monnaies étaient extrêmement simples. Les coins étaient des morceaux de fer poli dont la surface avait été égalisée à la lime (ce qui explique les raies transversales du champ de quelques pièces carolingiennes), sur lesquels les lettres étaient enfoncées à l'aide d'un petit nombre de caractères très simples, qui variaient suivant l'époque et les exigences graphiques. Le burin rectifiait les imperfections de ce travail expéditif et la trempe durcissait ensuite les coins. L'emploi du procédé que j'indique avait pour effet d'occasionner aux arêtes des lettres une espèce de renflement causé par l'écartement du métal. Ce renflement est visible sur beaucoup de monnaies. Les grenetis s'obtenaient de trois manières : soit à l'aide d'une pointe, soit avec un poinçon ou lentille, soit encore par l'emploi d'un burin façonné de manière à produire des entailles cunéiformes ou semi-circulaires. Le cercle que l'on remarque quelquefois et qui donne au grenetis l'aspect d'un chapelet vient de ce que l'artiste traçait d'abord au compas un rond sur le coin, afin de suivre plus régulièrement le contour. Le centre où reposait l'une des branches du compas était souvent marqué d'un petit trou qui produisait sur les pièces un point de relief. (B. Fillon, Considérations, p. 118-119.)
Ces explications de Fillon sont ingénieuses, mais elles ne reposent sur rien de certain.Voici comment on procédait pour fabriquer la monnaie :
Après avoir formé des lames de métal, on les étendait sur une enclume, ce qui s'appelait battre la chaude; ensuite on les coupait en morceaux, opération qu'on nommait couper carreaux; ces carreaux, recuits et étendus au moyen du marteau nommé flatoir, étaient arrondis et blanchis puis livrés pour être monnayés. Cette dernière opération se faisait au moyen de deux poinçons ou coins : l'un, la pile, portant le revers de la pièce, et l'autre, le trousseau, représentant l'avers. La pile, qui avait huit pouces de hauteur, était pourvue d'une espèce de talon au milieu et finissait en pointe ; cette pointe s'adaptait dans un billot ou cépeau. Le monnayer ayant mis le flanc horizontalement sur la pile, le couvrait du trousseau qu'il tenait de la main gauche et frappait dessus avec un marteau jusqu'à ce qu'il eût obtenu la double empreinte bien marquée. Lorsqu'on n'avait pas obtenu un résultat satisfaisant on rengravait le flanc, c'est-à-dire que l'on recommençait l'opération.
Un bas-relief du XIème siècle, de l'abbaye de Saint-Georges de Boscherville (diocèse de Rouen) nous montre un monnayeur tenant un marteau et un trousseau et devant lui on voit le copeau surmonté de la pile (R.N., 1846, p. 366). Comparez aussi un des vitraux du Mans (R.N., 1840, p. 288). Des deniers frappés à Melle nous montrent le même outillage. Jusqu'au XVIème siècle on garda cette méthode peu rapide. Mais à cette époque l'Allemagne avait déjà appliqué la mécanique à la fabrication des espèces monétaires. Nuremberg et Augsbourg furent les grands centres d'où sortirent les nouvelles machines dont on substitua l'action aux opérations successives de la frappe au marteau. L'outillage se composa alors du laminoir ou moulin, du banc à tirer ou engin tireur, du découpoir ou coupeur avec sa boite, enfin du balancier qui servait à donner au flanc de métal l'empreinte du coin.
Henri II, soucieux de la bonne qualité du numéraire et comprenant que la perfection était une garantie contre la contrefaçon, envoya en Allemagne Guillaume de Marillac, valet de chambre ordinaire, accompagne d'un habile mécanicien nommé Aubin Olivier. Ceux-ci rapportèrent un outillage et des modèles, ainsi qu'il résulte des termes d'une déclaration du 1er mars 1552. Des lettres patentes du 27 mars 1550, confirmées par des édits de 1554, ordonnèrent l'établissement d'un atelier dans les dépendances de l'ancienne résidence royale de la Cité, au logis des Etuves. Les laminoirs des Etuves étaient mis en mouvement par des roues hydrauliques, de là vint le nom de moulin qu'on appliqua par extension à la fabrication nouvelle et aux ateliers où elle se faisait.
Aubin Olivier eut la direction du travail et apporta divers perfectionnements à l'outillage allemand. Ainsi, il inventa la virole brisée qui permettait de canneler la tranche des pièces ou d'y imprimer des lettres, soit en relief, soit en creux. Mais les monnayers officiels et privilégiés représentés par la Cour des monnaies objectèrent que les frais étaient trop considérables dans la nouvelle méthode et Henri III, en 1585, décida que la monnoie au moulin frapperait seulement les jetons, médailles et pièces de plaisir; les monnaies continueraient à être fabriquées par la vieille monnaie au marteau.
Quelques années plus tard, Nicolas Briot essaya de relever le prestige de la monnaie au moulin qui avait été installée au rez-de-chaussée de la grande galerie du Louvre élevée par Henri IV. Il se heurta à la même routine, aux mêmes ennemis, et se vit forcé de passer en Angleterre où il établit un atelier de mécanique dans la tour de Londres, en 1626.
Jean Warin, dont le lieu de naissance ne nous est pas encore connu avec certitude, sut gagner par son talent la protection de Richelieu, devint conducteur du balancier du Louvre, améliora l'outillage, installa un matériel semblable à Lyon et conduisit avec succès les grandes refontes d'or et d'argent, de 1636 à 1648. Le chancelier Séguier obtint de Louis XIII, en 1640, que les louis seraient fabriqués au balancier et au marteau, lorsque, par ce dernier procédé, on pourrait obtenir des résultats aussi satisfaisants. Les monnaies d'argent furent frappées au balancier en 1641. Enfin, en 1645, l'emploi du marteau fut interdit. La Cour des monnaies, pour se venger de sa défaite, pourvut la vieille monnaie d'un outillage mécanique et la maintint dans une indépendance absolue du balancier du Louvre qui se vit enlever peu à peu la fabrication des espèces et qui, vers 1660, ne frappait plus que des jetons et des médailles.
Dès lors le balancier du Louvre, mis sur le même pied que les autres manufactures royales, fut régi par des conseillers directeurs et reçut la dénomination de Monnaye du Roy pour la fabrique des médailles et jetions, pendant que l'autre atelier portait le nom de Monnaie des espèces. A cette époque, la monnaie au marteau occupait le périmètre formé par les rues de la Monnaie, Thibaut-aux-Dés et Boucher. Elle fut transférée au quai Conti en 1774.
L'atelier des médailles, fermé pendant la Révolution, fut rétabli par Napoléon Ier, qui le mit à la charge de sa liste civile et le transféra en 1804 dans les bâtiments de la Monnaie du quai Conti où il se trouve aujourd'hui. La Restauration le maintint dans les attributions de la Maison du Roi; mais depuis 1830 la fabrication des médailles et jetons, restée toujours à l'état de privilège, n'est plus qu'une entreprise exploitée sous le contrôle de la Commission des monnaies et médailles, par le directeur de la fabrication près la Monnaie de Paris.
En 1685, l'ingénieur Castaing trouva le moyen de marquer la tranche d'un seul coup, en même temps que les deux faces de la pièce.
Le balancier fut perfectionné, sous Napoléon, par Gengembre et Saunier. Aujourd'hui, dans la fabrication des monnaies telle qu'elle est pratiquée dans tous les pays, à la Monnaie de Paris par exemple, on peut distinguer trois opérations : 1° La préparation des flans métalliques ; 2° la gravure des coins ; 3° la frappe des pièces.
Le métal est fondu dans une lingotière en lames allongées, de la largeur des pièces que l'on veut obtenir. On fait passer les lames plusieurs fois au laminoir pour les étirer et leur donner une épaisseur et une densité égales dans toutes les parties. On fait recuire au moins une fois pondant l'opération pour rendre au métal toute sa malléabilité, diminuée par les tassements successifs. Les flans sont ensuite taillés dans le métal au moyen du découpoir. Avec le levier, un homme peut découper de quinze à vingt mille monnaies par jour. Les flans, pesés ensuite au trébuchet, sont refondus s'ils sont trop légers ou rabotés s'ils ont un excédent de poids.
On les soumnet ensuite aux opérations du cordonnage et du blanchiment. Par le cordonnage on corrige les imperfections de la tranche et on relève légèrement les bords du flan, afin d'obtenir plus aisément l'empreinte des listels et grènetis qui, lors de la frappe, ne reçoivent la pression qu'en dernier lieu, puisque les coins étant toujours un peu bombés au centre, la rencontre a lieu d'abord au milieu de la pièce. Cette opération s'effectue au moyen d'un appareil qui saisit chaque flan par la tranche et lui fait décrire, on le pressant fortement entre doux coussinets sablés, un mouvement de rotation. Le blanchiment donne le brillant mat qui prête tant d'éclat aux monnaies sortant de l'atelier. Après avoir fait subir aux flans un nouveau recuit, on les plonge dans un bain d'eau acidulée, mêlée d'acide nitrique pour l'or, d'acide sulfurique pour l'argent, où on les laisse une dizaine de minutes en les remuant constamment. On les retire du bain et on les lave à deux reprises dans de l'eau pure, pour enlever toute trace d'acide. Les flans une fois secs sont prêts pour la frappe.
Pour la gravure des coins, voici la marche suivie :
L'artiste exécute en relief un modèle en cire du type qu'on désire obtenir. Ce modèle terminé, on en obtient une fonte avec laquelle on opère, au moyen du tour à réduire, la reproduction du sujet sur un bloc d'acier, suivant le module que doit avoir la monnaie ou la médaille. La réduction est ensuite retouchée au burin et soumise à la trempe. On a ainsi un poinçon qui sert à la fabrication du creux ou coin. Celui-ci s'obtient au moyen du balancier, en enfonçant l'empreinte, on relief sur le poinçon, dans un nouveau bloc d'acier où elle se trouve reproduite on creux. Ce travail délicat ne peut être obtenu qu'en opérant à plusieurs reprises avec beaucoup de soins.
Lorsque le coin a reçu l'empreinte, on le trempe et il ne reste plus qu'à le monter sur le balancier de la presse à vapeur pour passer à la dernière opération, la frappe. Le balancier consiste en une cage en fer solidement assise et portant un écrou avec une vis armée d'un des coins, qui descend sur l'autre coin formant enclume. Le coin mobile est mis en mouvement par de longs bras armés de boules pesantes qui, garnies de cordes et tirées par huit ou douze hommes, compriment avec une grande puissance le flan que l'on veut frapper et dont la régularité est maintenue par une virole circulaire. Le balancier n'est plus employé maintenant que pour frapper les médailles.
Pour la fabrication des monnaies on a adopté depuis 1846, la presse a vapeur inventée par D. Uhlhorn, de Cologne, et perfectionnée par Thonnelier, dont elle a pris le nom. Cette machine remplace la percussion par l'action d'un levier articulé agissant du haut en bas verticalement et mis en mouvement par une manivelle qui reçoit l'action d'une machine à vapeur. La force motrice est toujours la même et le monnayage qui en résulte est toujours parfait. Avec ce système on peut frapper à l'heure 2,400 pièces. Les imperfections résultent seulement de la rupture des coins ou de flans mal préparés. L'adaptation de la virole brisée à la presse de Uhlhorn, réalisée par Thonnelier, a rendu possible l'impression de légendes en relief sur la tranche."
Extrait de : J. Adrien Blanchet, Nouveau Manuem de numismatique du Moyen Age et Moderne, Paris, 1890, chapitre I "La fabrication des monnaies"
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