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20-02-2012
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L'oppidum de Bibracte - Chapitre III - Intérieur de l'oppidum
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III


INTÉRIEUR DE L'OPPIDUM


L'oppidum est traversé dans toute sa longueur par la grande voie de la
_Croix du Rebout_. A l'extrémité du plateau triangulaire--dit du
_Champlain_,--cette voie est rejointe par un embranchement qui part du
hameau de l'_Echeneaux_ et remonte la vallée de l'_Ecluse_.

La surface comprise dans l'intérieur de la couronne supérieure des
remparts est partagée en trois régions bien distinctes, formées par
trois plateaux, divisés par des vallées.

Le plateau supérieur--appelé LA TERRASSE--occupe une langue de terre
très allongée parallèle au rempart du côté du levant. Du haut de ce
plateau, la vue s'étend sur des espaces sans limites, au-delà du
Puy-de-Dôme et du mont Blanc.

Le deuxième plateau, dit PARC AUX CHEVAUX,--inférieur au précédent de 10
à 12 mètres d'altitude, et séparé de lui par la vallée de la GOUTTE
DAMPIERRE,--se termine au couchant par le _Theureau de la Roche_,
monticule de grès qui domine d'une part le cours de la _Séglise_ et de
l'autre la VALLÉE DE L'ÉCLUSE, située entre ce plateau et celui du
CHAMPLAIN.

Ce dernier, resserré entre deux vallées, forme une esplanade
triangulaire au sud de laquelle s'élève un mamelon analogue à celui du
Theureau de la Roche.

La vallée de LA COME-CHAUDRON sépare le Champlain des pentes escarpées
qui montent à la pointe de la Terrasse où se trouve le _Porrey_, point
culminant du Beuvray, à 820 mètres d'altitude au-dessus du niveau de
la mer.



TERRASSE.

Ce plateau renferme le Temple, le Forum et le Champ de foire.

_Temple et Forum_.

Le temple du Beuvray--ainsi que le forum et autres dépendances qui
l'entourent--parait avoir été créé uniquement en vue du pèlerinage et de
la foire à l'époque où l'oppidum fut abandonné de gré ou de force par
les populations qui l'habitaient.

Les substructions qu'on rencontre sur son emplacement ont révélé les
traces d'installations antérieures remplacées par l'édifice cité
plus haut.[15]

Construit avec la solidité des travaux romains, ce temple était flanqué
de trois autres constructions au nord, à l'ouest et au sud.

La partie qui regarde le levant comprenait un très gros mur à hauteur
d'appui, qui soutenait tout le terrassement du plateau et laissait la
vue libre de ce côté.

Au nord et à l'ouest étaient des boutiques marchandes; au sud le
logement des bestiaux et la boucherie, dépendance obligée du temple.

Une rangée de boutiques--à l'usage des marchands qui se rendaient à la
foire--longeait les vieux côtés de la grande voie, séparée d'elle par un
trottoir et un portique couvert.

Le temple était entouré d'un portique semblable à celui des boutiques.
Il se composait de deux parties: d'un _pronaós_ ou vestibule de 7 à 8
mètres de côté, et d'une _cella_ surélevée, plus étroite que le
vestibule auquel elle faisait suite.

Quand le christianisme pénétra dans les montagnes du Morvan, le temple
du Beuvray fut transformé en chapelle; mais la partie la plus
ancienne--c'est-à-dire le vestibule--fut seule conservée. La _cella_, où
étaient les idoles, fut entièrement rasée; car on sait que les premiers
apôtres n'admettaient pas que les sacrés mystères soient célébrés dans
le sanctuaire même des fausses divinités.--On la remplaça par une abside
demi-circulaire précédée d'une partie droite plus étroite que le
vestibule, et l'édifice prit ainsi la forme des basiliques
constantiniennes du quatrième siècle.

La maçonnerie des parties reconstruites est irrégulière comme un travail
fait à la hâte et par des ouvriers inexpérimentés; le mortier et les
moellons en sont aussi également médiocres.

La tradition populaire attribue cette transformation à saint Martin
lui-même, et l'on doit convenir qu'à défaut de preuves elle a au moins
pour elle d'assez graves présomptions:

La circonstance qui milite le plus en faveur de l'opinion que nous
émettons, c'est que la médaille romaine--la dernière en date parmi
celles trouvées dans cette ruine--est exactement contemporaine de saint
Martin. Cette même médaille était aussi la dernière de celles qui
accompagnaient l'_ex voto_ de la Dea Bibracte trouvé--comme on sait--au
fond d'un puits scellé d'une dalle, dans l'enclos du petit séminaire
d'Autun.[16]

Le premier établissement chrétien du Beuvray disparut à une époque
difficile à préciser. On sait seulement qu'au douzième siècle, on éleva
sur le même emplacement un nouvel édifice, dédié à saint Martin, qui fut
ruiné vers 1570 par les soldats de Coligny, et fit place à une chapelle
plus petite encore; celle-ci s'étant écroulée peu d'années avant la
Révolution, ne fut remplacée que par une simple croix de bois.

En 1851, un membre de la Société Éduenne se rendant au congrès de
Nevers, traversa la route du Beuvray. S'étant détourné quelque peu pour
aller visiter le plateau de la Terrasse, il trouva la croix de
Saint-Martin gisante sur le sol et brisée par la vétusté.

Les membres du congrès, informés de ce fait, et soucieux de perpétuer le
souvenir du passage de saint Martin sur le Beuvray, votèrent par
acclamation un crédit pour l'érection de la croix de pierre qui se voit
au devant de la chapelle actuelle. Cette dernière fut construite par
souscription vingt ans plus tard, et Mgr Landriot, archevêque de Reims,
en posa la première pierre en 1871.

_Foire du Beuvray._

L'exploration des terrains autour du temple et du forum a permis--en
l'absence de textes écrits--de retracer l'histoire archéologique de
cette foire--la plus ancienne de France et peut-être du monde entier.

Elle se tient encore chaque année, au premier mercredi de mai, sur un
vaste emplacement dont la destination n'a jamais varié depuis l'époque
gauloise. On y recueille de nombreuses pièces de cités appartenant à la
Gaule, des silex taillés, des morceaux de hache de bronze, des
verroteries, des fibules, des objets de toilette, des émaux, et enfin
toutes espèces de fragments de poteries.

Viennent d'abord les poteries gauloises; la céramique romaine[17]--dont
les débris ne se trouvent que dans les boutiques et aux alentours du
champ de foire--fait suite dans cette série par rang d'ancienneté où
elle précède les poteries mérovingiennes, ardoisées, et ornementées de
grillages, trouvées en grande quantité sur le même emplacement.

On arrive ainsi aux poteries carlovingiennes blanches et rayées de
rouge, puis à celles du moyen âge et de la renaissance, et enfin à
l'époque moderne.

Les monnaies suivent la même série qui est ininterrompue de
Philippe-Auguste (1180) jusqu'à nos jours.

Ainsi,--depuis le temps où l'on taillait des silex pour en faire des
flèches--toutes les générations ont laissé des traces et en quelque
sorte gravé leur âge sur ce plateau célèbre. Fait unique en archéologie:
car autant vaudrait, pour un géologue, trouver au même lieu la série
complète des assises terrestres à partir du granit.

A l'époque gauloise, les populations accouraient en foule sur la
montagne, attirées non-seulement par la facilité de la vente ou de
l'achat des denrées, mais aussi par la grande fête religieuse qu'on
célébrait à la même époque. Les Éduens allaient porter leurs
voeux--_referre vota_--à la fée nationale, la DEA BIBRACTE et jeter dans
le bassin de sa source sacrée des oeufs, des pièces de monnaie ou autres
offrandes.

Sous la domination romaine, le Beuvray, malgré l'abandon de Bibracte,
n'en fut pas moins le rendez-vous de toutes les populations
d'alentour au moment de sa foire et de son pèlerinage, car les
Romains--contrairement à une opinion reçue--furent très tolérants pour
la religion des vaincus, _toutes les fois qu'elle ne touchait point à la
politique_, et acceptèrent avec la plus grande facilité les génies des
sources et des rivières, les fées des fontaines, les maires..., etc., en
un mot toutes les divinités des Gaulois.

Les coutumes religieuses du pays éduen étaient d'ailleurs d'une si
grande ténacité que le christianisme lui-même eut grand'peine à les
détruire. Saint Éloi, au sixième siècle, défendait expressément de
chômer au mois de mai; aujourd'hui encore, nous retrouvons la trace de
ces coutumes dans les pratiques superstitieuses en usage chez les
paysans de nos montagnes:

Les nourrices viennent comme autrefois aux sources de la fée
Bibracte--sanctifiées par les noms de Saint-Pierre et de
Saint-Martin--se laver le sein avant l'aurore pour obtenir un bon
nourrissage et jettent dans l'eau une pièce de monnaie ou un fromage.

Les hommes vont de même, à l'heure matinale, attacher des cordons de
lisière autour de la croix et y déposer des bouquets composés de cinq
espèces d'herbes magiques--à la mode des druides--pour préserver du
mauvais oeil leur bétail ou leurs champs; puis ils s'avancent devant la
croix, le dos tourné vers elle, et jettent derrière leur épaule gauche
une baguette de coudrier--l'arbre du mal.[18]

On retrouve dans toutes ces pratiques les restes de traditions communes
à tous les peuples issus des plateaux de l'Asie centrale.

Les forums, au moyen âge, furent détruits à une date inconnue et
remplacés par de petites loges dispersées sur le même terrain.

La foire du Beuvray pendant cette période était non-seulement un
rendez-vous religieux, mais aussi servait de prétexte à ces sortes de
plaids, dont César a cité quelques exemples chez les Gaulois.

Les seigneurs de Glux et de la Roche-Milay, possesseurs de la montagne,
y réunissaient chaque année tous leurs vassaux pour en faire le
dénombrement, et tenaient cour plénière.

Les fêtes se terminaient généralement par un tournoi auquel prenait part
toute la noblesse des environs.

La foule avant de se livrer aux affaires se rendait à la chapelle où
étaient célébrés les offices religieux, et où l'on faisait des offrandes
comme au temps d'Eumène--_referunt vota templis_.

La foire du Beuvray au seizième siècle est ainsi décrite par Guy
Coquille:

«En la dite cime du Beuvray se tient une foire renommée par toute la
France ... qui représente beaucoup d'antiquité car elle se tient chacun
an le premier mercredy du mois de may.

«Au temps du paganisme les marchands soulaient sacrifier et faire leurs
voeux a Maja déesse fille d'Atlas, et à Mercure son fils, en ce mois de
may, pour avoir leur faveur au trafic de leurs marchandises.

Le mois de may est dit _majus_, en l'honneur de la dite Maja du temps
des Romains, ainsi que dit Ovide au cinquième livre des _Fastes_;
Mercure était le dieu des marchands comme se voit au prologue de la
comédie de Plaute, _Amphytrion_. Et on voit encore aujourd'huy que cette
foire est à jour de mercredy dit de _Mercure_ et au mois de may dit
de _Maja_.»

De nos jours, quoique singulièrement déchue, cette foire subsiste
encore; elle est même l'occasion, entre les paysans, de rixes parfois
sanglantes, car on s'ajourne au premier mercredi de mai pour vider en
champ clos les anciennes querelles sur le sommet de la Terrasse.



PARC AUX CHEVAUX.

Il commence aux pentes inférieures de la Terrasse et se prolonge
jusqu'au _Theureau de la Roche_ entre les vallées de la
Goutte-Dompierre et de l'Écluse.

Des fouilles pratiquées sur ce plateau, au début des explorations, par
M. le vicomte d'Aboville, ont mis à jour les substructions de plusieurs
maisons construites avec un certain luxe, et renfermant même des
mosaïques,--bien qu'on n'y ait trouvé que des médailles gauloises.

On rencontra dans ces fouilles les aqueducs et les premières salles
d'une vaste habitation, dont les proportions dépassent tout ce qui a été
découvert jusqu'à ce jour au mont Beuvray.

Cette maison--dite du Parc-aux-Chevaux--est construite sur le plan des
maisons romaines, mais nous n'hésitons pas à l'attribuer aux derniers
temps de l'indépendance de la Gaule, car on y a trouvé quarante
médailles gauloises et pas une seule médaille de l'empire.

Elle se compose--comme les maisons luxueuses de l'antiquité--d'un
_atrium_ entouré de couloirs ou _fauces_ qui desservent les
appartements distribués sur les quatres faces.

Pendant les trois années qu'ont duré les fouilles de ce vaste bâtiment,
on chercha inutilement l'entrée principale aux trois parties les mieux
exposées, sud, est, ouest, et c'est avec surprise qu'à la fin du travail
on la découvrit en plein nord dans des conditions qui prouvent que nos
aïeux étaient aguerris contre les intempéries des saisons et la rudesse
de _l'Hiems gallica_.

On accédait au seuil par des marches de granit conduisant à un petit
vestibule couvert, qui débouchait lui-même sur une cour; d'autres cours
s'étendaient à droite et à gauche et étaient entourées de dépendances
considérables.

Les appartements--dans plusieurs desquels on a reconnu des traces de
mosaïque, des carrelages carrés et triangulaires en schiste ou formés
par des briquettes posées sur champ et imitant la feuille de fougère,
comme nos parquets, des traces de placage en calcaire oolithique autour
des pieds-droits des portes, des cheminées aux _brasseros_ en briques
parfaitement construits...--font de cette maison une sorte de petit
palais dont il nous est impossible de préciser la destination, mais que
nous oserions presque attribuer au vergobret si nous avions l'assurance
que ce magistrat suprême--pris dans toutes les parties de la cité
indistinctement--avait à Bibracte une résidence fixe. Dans cette
hypothèse, il faudrait admettre que les Gaulois possédaient des
bâtiments publics.

Une belle source, située dans l'arrière-cour, et qui, depuis s'est fait
jour par dessous le massif de glaise sur lequel repose l'habitation, va
former la fontaine du _Loup-Bourrou_, qui sort à 150 mètres plus loin,
et conserve encore aujourd'hui une partie de sa voûte gauloise
construite en tuileaux et en terre glaise.

Le bâtiment dont on vient de parler--établi dans une anfractuosité qui
le mettait à l'abri des coups de vent et de la foudre--était adossé du
côté du levant aux pentes que coupe la grande voie du Rebout et situé le
long d'une chaussée empierrée, non encore explorée.

Au nord et à l'ouest s'étendent de vastes espaces couverts de ruines,
principalement dans le bois dit _des Queudres_, et à la pointe du
_Theureau de la Roche_.

Entre ce mamelon et le rempart se dresse le rocher de la
_Pierre-Salvée_. L'analogie de ce rocher avec la _Pierre de
la Wivre_ permet d'y voir une tribune de justice.

Au sud de ce quartier jusqu'à la fontaine Saint-Pierre et même au-delà,
les mouvements du terrain indiquent d'autres ruines où quelques sondages
ont été pratiqués: on y a découvert entre autres une vaste écurie dont
les cases--au nombre de quatre-vingts--formées par des poteaux
carbonisés, à un mètre de distance les uns des autres, devaient servir
non à des chevaux mais à des boeufs,--pour qui cet espace était
suffisant. L'aire d'une grande cheminée demi-circulaire de 1m 70 de
diamètre, composée d'un béton de tuileaux et de terre glaise dur comme
la pierre, de 0m 80 d'épaisseur, a été trouvée derrière cette écurie.

La fontaine Saint-Pierre, située à quelques pas de là, se répand dans un
espèce de massif bétonné, entouré de murs, et dans lequel on a trouvé un
grand nombre de tuiles à rebords provenant--selon toute apparence--de la
chute d'une toiture de lavoir.



LE CHAMPLAIN.

A droite de l'entrée de l'oppidum s'élève un mamelon triangulaire
compris entre le rempart et les vallées de l'Écluse et de la
Come-Chaudron.

Une voie longeant le retranchement conduit à un petit plateau rocheux
escarpé de trois côtés, et dominé par un monticule dont il n'est séparé
que par une esplanade demi-circulaire.

Au centre du plateau s'élève un bloc de quelques mètres de hauteur,
taillé--disent les géologues--par la main de l'homme, et ménagé dans la
masse d'un roc aplani qui forme l'aire environnante.

C'est la _pierre de la Wivre_. Elle recouvre--suivant la légende--un
trésor accessible seulement dans la nuit de Noël--où la pierre, à
l'heure de minuit, fait une révolution sur elle-même.

Le sommet, auquel on accède par une rampe étroite, est rasé à l'avant en
forme de siège; à l'arrière est une excavation ordinairement remplie
d'eau pluviale et désignée dans le pays sous le nom de _Fontaine des
Larmes_. Ces traditions, rapprochées de la disposition singulière du
lieu, lui donnent un intérêt historique qu'il est impossible de
méconnaître: la légende du trésor rappelle le _locus consecratus_--dont
parle César--si fréquent dans les cités gauloises, où les populations
déposaient en plein air leurs offrandes aux génies et aux dieux sous la
garde du serpent sacré.[19]

Le plateau, d'autre part--grâce à son escarpement isolé, et son
inclinaison sur toutes faces qui facilite l'écoulement des eaux--se
prête mieux que tout autre point de l'_oppidum_ à la réunion d'un corps
délibérant.

Abrité par sa situation de l'oreille des curieux, ce _locus
consecratus_--qui dans toutes les cités antiques était celui du
conseil--est pour nous la salle en plein air du sénat gaulois. Elle
pouvait contenir facilement plus de 500 personnes--chiffre auquel César
évalue le nombre des chefs d'une des grandes cités de la Gaule.

L'hémicycle aplani, dont nous avons parlé, séparé du lieu du _concilium_
par une levée de terre assez prononcée, était destiné vraisemblablement
à loger les chariots des chefs et leurs chevaux, qui, pendant le
conseil--d'après les lois les plus anciennes des tribus
celtiques--devaient rester attachés au piquet.[20]

Toute cette partie de l'_oppidum_ était inhabitée. On n'a rencontré
autour du monticule qu'une seule maison dans laquelle fut trouvé un vase
couvert d'ornements gaulois.

Les habitations n'existaient que dans la partie orientale voisine de la
grande voie de la _Croix du Rebout_. La plupart étaient possédées par
des artisans--notamment des fabricants de bronze dont les creusets et
les scories ont été recueillis en grande quantité; on a trouvé de
distances en distances des cases funéraires--renfermant jusqu'à 50 ou 60
amphores--qui appartenaient--ainsi qu'on a pu le constater depuis--aux
différents corps de métier occupant cette région.



VALLÉES DE LA GOUTTE DAMPIERRE, DE L'ÉCLUSE ET DE LA COME-CHAUDRON.

Ces trois vallées sont suivies chacune par un ruisseau où vont se
réunir, par bassins respectifs, les vingt-deux sources comprises dans
l'intérieur de l'enceinte.

Une seule de ces vallées--celle de la Come-Chaudron--a été suffisamment
explorée pour qu'on puisse en parler ici:

Le quartier de la Come-Chaudron, parallèle à celui du Champlain, est
situé à gauche de la grande voie, et se compose d'une partie supérieure
légèrement inclinée à l'est et d'une vallée profonde traversée par un
faible ruisseau. Les régions fouillées le plus complètement sont à
l'entrée même de la place et servaient de demeure exclusive à des
métallurgistes.

Le premier établissement était une fonderie, où, dans de petits fours
bien construits, on extrayait le fer directement par la méthode
catalane. Plus loin, des forges isolées, creusées dans le sol et munies
de buses en terre réfractaire, assez semblables aux nôtres, un grand
atelier de forgerons de 47 mètres de long, de vastes hangars construits
avec des charpentes et de la terre battue ont offert partout les débris
de la sidérurgie dans toutes ses variétés. Les habitations, sur la pente
de la vallée, enterrées de deux mètres à l'arrière et de plain-pied à la
façade, étaient construites, la plupart du temps, en pisé et en poteaux
fixés dans le sol; les parties enfouies étaient seules en maçonnerie de
pierres sans chaux, quelques-unes même cloisonnées avec de simples
planches. C'est dans ces réduits, espèces de tannières, où le soleil ne
pénétrait que par la porte, quand elle n'était point abritée sous un
auvent, que les fabricants de Bibracte exerçaient leurs industries,
parmi lesquelles une des plus curieuses est celle de l'émaillerie. Le
travail des émaux, qui confine à l'art, apparut pour la première fois au
centre de la Gaule, avec des dates certaines, lors des fouilles de la
Come-Chaudron, en 1869; car, on ne mit point seulement à jour quelques
échantillons isolés, mais tout un centre de fabrication, dont les
ateliers--comme dans certaines fouilles de Pompéï--n'auraient paru
fermés que de la veille, si l'état d'altération d'un grand nombre
d'objets n'eût témoigné d'un long séjour au sein de la terre.

Les ustensiles gisaient pêle-mêle, les fours étaient encore remplis de
charbon; à côté de spécimens complètement terminés, on en voyait
d'autres à peine ébauchés, d'autres en pleine période de fabrication;
tout autour, des fragments d'émail brut, des creusets de terre, des grès
à polir, une quantité considérable de déchets, des bavures, des rognures
provenant de la taille; des coques vitreuses qui conservaient
l'empreinte des dessins du bronze, et, par-dessus tout, le témoin même
des opérations, c'est-à-dire la médaille.[21]

Le procédé, employé par les Gaulois pour émailler les bronzes, diffère
peu du travail de la niellure, dans lequel les populations du Caucase
ont excellé de tout temps.

Il consistait à graver des traits ou des dessins sur la pièce à décorer,
puis à la recouvrir uniformément, sur toute sa surface, d'une couche
d'émail dont on enlevait ensuite l'excès à l'aide de pierres de grès et
de polissoirs.

Un assez grand nombre de ces émaux primitifs de la Gaule ont
été trouvés au Beuvray et déposés dans les vitrines du musée de
Saint-Germain-en-Laye; ce sont--pour la plupart--des bossettes, des
clous-ornements, des fleurons..., etc., en un mot, des objets relatifs à
l'attelage et au harnachement, incisés de tailles profondes remplies
d'émail rouge.

Les lignes parallèles ou brisées, les chevrons, les feuilles de fougères
et les quadrillés qui composent le dessin de ces émaux ont un caractère
purement gaulois. L'ornementation est la même que celle qu'on voit
figurer sur le bouclier du guerrier gaulois dont la statue est au musée
d'Avignon. Il est donc de toute vraisemblance que les couleurs
mentionnées par les écrivains et dont nous avons parlé plus haut comme
resplendissant sur les boucliers des chefs gaulois, n'étaient autres que
des émaux.

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Dernière mise à jour : ( 29-09-2007 )
 
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