Accueil arrow Ouvrages historiques arrow L'oppidum de Bibracte arrow L'oppidum de Bibracte - Chapitre I - Aperçu sur l'histoire de Bibracte
20-02-2012
Abonnement par email

Entrez votre adresse email pour recevoir les derniers articles

Menu principal
Accueil
Monnaies grecques
Monnaies gauloises
Monnaies Romaines
Monnaies du Moyen Age
Monnaies françaises
Monnaies du monde
RUBRIQUES MONNAIES
Actualités numismatiques
Monnaies en or
Monnaies en vente
Collectionner les monnaies
Dictionnaire des monnaies
Archives articles
Sites Internet
ARTICLES TRIES PAR CATEGORIES
Crise financière
Monnaies grecques
Monnaies gauloises
Monnaies romaines
Monnaies médiévales
Monnaies françaises
Monnaies du monde
Collectionner les monnaies
Dictionnaire numismatique
Catalogues de monnaies
Biographies historiques
Ouvrages historiques
Littérature latine
Biographies de numismates
Détection
Sites Internet
Annuaire numismatique

 



L'oppidum de Bibracte - Chapitre I - Aperçu sur l'histoire de Bibracte
(1 vote)

I


APERÇU SUR L'HISTOIRE DE BIBRACTE


Des haches de bronze et quelques flèches en silex sont les premiers
indices du séjour de l'homme sur la montagne de Beuvray. A cette preuve
archéologique de l'ancienneté de la station, il convient d'en ajouter
une autre empruntée aux traditions religieuses: le culte des eaux et
des fontaines--le plus ancien de tous avec celui du feu--a laissé, en
effet, sur la montagne (où il fut apporté par les races d'émigrants
venus d'Asie) des traces qu'on ne saurait méconnaître et qui jusqu'ici
ont résisté à toutes les révolutions. La persistance de ce culte au
_même_ lieu, aux _mêmes_ époques--et suivant les _mêmes_ rites que l'on
voit observer encore aujourd'hui sur les bords du Gange et de l'Indus,
s'explique difficilement si l'on n'admet point que _dès les temps les
plus reculés_ le mont Beuvray a été fréquenté comme un lieu de
pèlerinage, et que les coutumes dont nous parlons puisent leur vitalité
dans la profondeur des âges.

La position escarpée de la montagne dut en faire, à l'origine, un refuge
pour les populations de chasseurs et de pasteurs nomades qui occupaient
le pays; d'autre part, la fête religieuse des sources du Beuvray fut un
puissant appât pour les industries qui trouvaient en même temps, dans
cette position retranchée, la sécurité indispensable à leur travail, et
l'écoulement facile de leurs produits.

Les arts et l'industrie des Gaulois éduens restèrent à l'état
rudimentaire jusqu'à l'époque où des peuples plus civilisés--les
Carthaginois et surtout les Marseillais--entrèrent en communication avec
eux par les deux grandes voies fluviales du Rhône et de la Saône.[1]

Il serait difficile de fixer la date de ces premières communications
(que l'histoire a enregistrées à une époque relativement récente); nous
savons seulement que, 123 ans avant Jésus-Christ, les Marseillais mirent
les Éduens en rapport avec Rome et obtinrent pour eux le titre de
_frères du peuple romain_.

A l'époque dont nous parlons (un siècle environ avant l'ère chrétienne)
la Gaule était divisée en clans restreints, sans lien entre
eux, sans littérature, et sans art proprement dit, presque sans
écriture--puisqu'il était défendu aux druides de s'en servir pour
conserver l'histoire et les dogmes.--Les Éduens étaient pourtant en
pleine prospérité, sous le rapport matériel. Nous n'en voulons pour
preuve que l'état de l'impôt et les entreprises financières de certains
chefs éduens--dont l'un, Dumnorix, fermier de tous les péages de la
cité, ne voyageait jamais sans avoir trois cents chevaux à sa
suite.--L'agriculture était très avancée; l'emploi de la marne et de la
chaux pour amender les terres--invention gauloise ou grecque--avait plus
que doublé la fertilité des champs. _Aedui calce uberrimos fecere
agros_.[2] Quant au bétail, il était nombreux et nourri dans de vastes
pâtures, situées quelquefois dans l'intérieur même des oppidum.

Cet état de prospérité fut sérieusement troublé dans le siècle qui
précéda l'ère chrétienne par les luttes des Éduens avec les Arvernes,
les Séquanais et surtout les Germains, appelés par ces derniers.

Les Éduens, trop faibles contre tant d'ennemis réunis, furent écrasés à
la bataille de _Magetobria_, dans laquelle leur noblesse périt presque
toute entière. Il fallut livrer des otages, et payer des tributs onéreux
pour obtenir la paix. Le druide Divitiacus refusa seul de souscrire à
l'humiliation de sa cité, et se réfugia à Rome, où il fut l'hôte de
Cicéron. Introduit dans le sénat--il parla debout, à la mode gauloise et
par interprète, appuyé sur un bouclier orné de diverses couleurs--qui
pour nous était un bouclier _émaillé_.[3] L'éloquence de Divitiacus
n'obtint qu'un médiocre succès. Ce n'est que lorsque les Helvètes
menacèrent la province romaine que la sympathie des Romains, éveillée
par leur intérêt, leur remit en mémoire la demande de secours de leurs
_frères_ éduens.

On connaît l'histoire de cette campagne où Bibracte est nommée pour la
première fois. César, manquant de vivres, se détourna de la route que
suivaient les Helvètes et prit celle de Bibracte, pour ravitailler son
armée qui était alors distante de cette ville d'environ dix-huit
milles--_quod a Bibracte... non amplius millibus passuum XVIII
aberat_.[4] Les ennemis, croyant que les Romains s'éloignaient d'eux par
crainte, revinrent sur leurs pas, et engagèrent l'action où ils
furent--comme on sait--taillés en pièces.

Après cette bataille--dite de Bibracte--les Éduens, malgré leurs
divisions intestines, marchèrent d'accord avec les Romains. Leur
cavalerie, commandée par Divitiacus, combattit même dans leurs rangs au
nord de la Gaule lors de l'insurrection des Rémois.

L'alliance dura jusqu'aux entreprises de Vercingétorix. A ce moment, un
parti puissant dans la cité éduenne cherchait à la détacher des Romains;
le vergobret venait d'être élu et il avait fallu l'intervention de César
pour pacifier les esprits et fixer le choix du magistrat suprême, mais
la cité n'en continuait pas moins à être travaillée par des factions
rivales. La cavalerie éduenne, sous les ordres de Litavie et de ses
frères, s'étant mise en marche pour rejoindre César au siège de
Gergovie, les chefs résolurent de faire passer leurs troupes non à
l'attaque mais à la défense de la place. César, informé de ces menées,
déjoua le complot: Litavie--l'un des auteurs de la conspiration--put
seul échapper aux Romains et passa à l'ennemi--avec son escorte; car,
dit l'auteur des _Commentaires, il est sans exemple qu'un client gaulois
abandonne son chef en péril de mort_.

L'échec des Romains au siège de Gergovie fut un encouragement pour le
parti qui leur était hostile, et l'insurrection s'étendit par toute
la Gaule.

Après la levée du siège et tandis que César descendait la rive gauche de
la Loire pour rallier Labienus, Litavie gagna rapidement la route de
Bibracte, et fut reçu par les Éduens:--_Litavicum Bibracte ab Eduis
receptum_.[5]--Le vergobret et le sénat ne tardèrent point à l'y
rejoindre.

César apprit cette nouvelle avec une inquiétude qui perce à travers son
style, en dépit de sa concision, et, comme pour se justifier de ne point
marcher sur Bibracte, il prononça ces mots qui marquent bien la position
imprenable de cette forteresse et l'impossibilité d'un siège:
_Bibracte ... quod est apud cos oppidum maximae autoritatis_.[6]

Au même moment, Vercingétorix accourait aussi à Bibracte pour entraîner
définitivement la cité dans son parti. L'assemblée générale des chefs
gaulois y fut convoquée:--_Totius Galliae concilium Bibracte
indicitur_.[7]

Le chef Arverne, acclamé par la foule, fut placé par l'enthousiasme
populaire à la tête de toutes les forces réunies de la Gaule, malgré
l'opposition des chefs éduens, humiliés de voir leur cité obéir à un
étranger. Ils fournirent, néanmoins, leur contingent pour la défense
d'Alesia, mais la conduite de plusieurs d'entre eux, faits prisonniers
par les Romains, a laissé subsister des doutes sur leur fidélité à la
cause nationale.

Après la prise d'Alesia, César rendit aux Éduens leurs prisonniers et
vint lui-même hiverner à Bibracte:--_Ipse Bibracte hicmare
constituit_.[8]

Il était occupé à y rendre la justice, lorsqu'il apprit que les
Bituriges préparaient une nouvelle insurrection. Ne voulant pas laisser
à l'ennemi le temps d'organiser ses forces, il quitta Bibracte la veille
des kalendes de janvier:--_Pridic kalendas januarias a Bibracte
proficisitur_,[9]--avec une faible escorte de cavalerie:--_cum manu
equitatis_,--et laissant Marc-Antoine à la garde des bagages, il rallia
la XIe légion campée dans le voisinage:--_quae proxiima erat_,--et la
XIIIe qui occupait la limite entre les Éduens et les Bituriges.
L'ennemi, pris à l'improviste, fut complètement défait. La conquête de
la Gaule était achevée.

Il ne paraît point que César soit revenu à Bibracte, du moins ni lui ni
ses historiens n'en ont fait mention. La forteresse est nommée encore
une fois par Strabon, quelques années plus tard, à une date difficile à
préciser: «Les Éduens--dit ce géographe--ont une _ville_,
Chalon-sur-Saône, et une _forteresse_, Bibracte.»

L'organisation nouvelle donnée à la Gaule par Auguste semble avoir
décidé de la suppression de l'ancien oppidum. Rome ne voulut pas laisser
entre les mains d'une population toujours remuante une forteresse de
cette importance qui, à un moment donné, pouvait offrir aux insurgés un
point d'appui des plus solides.

Bibracte fut détruite avec Gergovie et remplacée comme elle par une
ville de création romaine. Elles prirent l'une et l'autre le nom
d'Auguste: _Augustodunum--Augustonemetum_;--et Bibracte fut transportée
à Autun, comme Gergovie à Clermont.

Les Romains--ces maîtres dans l'art de coloniser--ont fait usage assez
fréquemment du moyen dont nous parlons, soit pour châtier une cité
rebelle, soit pour briser les dernières résistances d'un pays
récemment conquis.

Pausanias cite, entr'autres, un grand nombre de villes grecques
qu'Auguste, après la bataille d'Actium, dépeupla entièrement et dont il
transporta les habitants dans d'autres cités, pour les punir d'avoir
servi le parti d'Antoine.

En Gaule, la sévérité de la nouvelle administration transforma en peu de
temps les populations indigènes et leur fit oublier jusqu'à leur
langue.[10]

Les anciennes forteresses furent détruites, et les récalcitrants tués,
vendus à l'encan, ou transportés en masse.

Les quartiers industriels de Bibracte, les maisons de bois, les ateliers
de forgerons et d'orfèvres ont été indistinctement brûlés; les maisons
en pierres, plus riches, ont été déménagées. Les matériaux de luxe--tels
que les mosaïques--ou simplement utiles--tels que les placages en pierre
calcaire--furent partout enlevés pour être employés, sans aucun doute,
dans les constructions d'Augustodunum.

La nouvelle capitale fut bâtie--selon l'usage romain--avec une rapidité
bien faite pour nous étonner, mais dont la création des cités
américaines nous offre encore aujourd'hui l'exemple. «En quelques
mois--dit Viollet-le-Duc--les Romains créaient une ville», et il décrit
leurs procédés.

L'intervalle de temps qui sépare l'époque où Strabon cite Bibracte, de
celle où apparaît pour la première fois le nom d'Augustodunum dans
Tacite, peut être évalué à un _maximum_ de 25 années.

Les médailles fournissent d'ailleurs sur l'abandon de Bibracte et les
commencements d'Augustodunum des renseignements qui concordent avec ceux
de l'histoire.

Parmi les deux mille et quelques monnaies trouvées au Beuvray, les plus
récentes sont le petit bronze frappé en Gaule au revers de l'autel de
Lyon et la pièce gauloise de Germanus, fils d'Indutillus, qu'on regarde
comme le petit-fils de l'Indutiomar des _Commentaires_.

Ces deux types, les derniers en date au mont Beuvray, sont les premiers
qu'on rencontre à Autun.[11]

La ruine de Bibracte et la somptuosité toujours croissante
d'Augustodunum ne tardèrent point à faire oublier quelque peu la
première de ces villes.

Attirées par la curiosité ou l'intérêt vers le nouveau centre qui
réunissait l'administration, les écoles et le commerce, les populations
ne connurent bientôt plus le vieil oppidum que par son pèlerinage et
sa foire.

Eumène, à la fin du troisième siècle, cite Bibracte en passant, une fois
encore, et comme à titre de mention historique. La désignation de
Florentia, qu'il ajoute à son nom, semble elle-même indiquer que cette
fête du printemps l'empêchait d'être entièrement oubliée.[12]

Tel ne fut pourtant pas son sort, malgré les invasions barbares, qui
portèrent le dernier coup à tout ce qui se rattachait aux anciens
centres gaulois, confondus souvent, par la communauté d'un même
désastre, avec les villes de création plus récente.[13]

Le nom de Bibracte fut conservé à la montagne, et se transforma peu à
peu en celui de Beuvray qui--pour le philologue--est exactement le même.

Au seizième siècle, Gaucher, chanoine d'Autun, parlant de deux de ses
amis qui se rendaient au Beuvray pour la foire du premier mercredi de
mai, écrit ces mots: «_... qui ibant Bibracte._»

Jean Bouchet, dans ses _Chroniques d'Aquitaine_, parle de Libracte
(_sic_)... «qui était une petite ville d'Authun qu'on appelle de
présent Beuvray.»

Dans tout le bassin de l'Arroux les registres des paroisses mentionnent
à la même époque: La Comelle-sous-Bibracte, St-Léger-sous-Bibracte, etc.

Le passage que le célèbre jurisconsulte Guy-Coquille consacre au mont
Beuvray dans son «_Histoire du Nivernais_» est à citer en entier:

«La montagne de Beuvray, en la cime de laquelle était l'ancienne
Bibracte, est aujourd'hui en dedans le duché et pays de Nivernois.

Il est vray-semblable que les plus anciennes villes, bâties après le
déluge, ayent été mises ès-cimes des montagnes, et depuis, à cause de
l'incommodité des lieux hauts, ayent été transférées en lieux plus bas
et de plus facile accès; ainsi les habitants de ce haut Beuvray se
soient transférés au lieu ou est de présent Authun, et pour l'honneur
d'Auguste César l'ayent nommé Augustodunum.»

La tradition populaire, qui n'est pas moins explicite, témoignerait à
elle-même, par son étonnante persistance à travers les âges, de la
grandeur de l'antique Bibracte, et de sa situation, même en l'absence de
textes écrits et de faits matériels:

«En faisant visiter les terrassements qui enveloppent les différents
sommets de la montagne, les paysans rapportent que: «là était autrefois
la capitale de tout le pays... que la nuit on entend les charriots, les
hommes et les chevaux courir sur les retranchements...» Ils montrent
l'emplacement des portes qui, lorsqu'on les ouvrait le matin, criaient
sur leurs gonds, de façon qu'on les entendait jusqu'à Nevers.»

Sur les pentes abruptes qui conduisent à la montagne, «il
fallait--disent-ils encore--du temps de la _vieille ville_, cinq paires
de boeufs pour monter un char.» Ils ajoutent que la ville fut ruinée et
montrent près du Beuvray un mamelon par lequel l'ennemi déboucha: une
bergère aurait révélé le point vulnérable, et pour sa récompense, le
chef des ennemis lui aurait percé le coeur d'un coup d'épée, dans la
crainte qu'un repentir tardif ou une nouvelle indiscrétion n'avertît
trop tôt les habitants que la trahison était consommée. Après la
destruction de la ville, suivie d'un grand massacre, les survivants
auraient quitté la montagne et fondé Autun.

Quand l'Histoire est muette, il faut se contenter de la Légende--tel est
le cas présent--mais, hâtons-nous de le dire, celle-ci n'a rien
d'invraisemblable; en effet, bien que la première ne nous fournisse
aucun détail sur la fin de Bibracte et les commencements d'Augustodunum,
il est fort à croire que la forteresse éduenne ne fut point anéantie
sans qu'il y ait eu quelques résistances de la part de la population
indigène. D'un autre côté, il est à peu près démontré que de graves
insurrections--dont les historiens ont à peine parlé--éclatèrent en
Gaule avant le commencement de l'empire, et furent réprimées, avec une
cruauté dont César n'avait que trop donné l'exemple.

Un détail fourni par la numismatique vient à l'appui de notre dire, car
il accuse assez nettement l'impuissante rancune du peuple éduen contre
Auguste, patron de la nouvelle cité et destructeur de l'ancienne.

Sur les lisières d'Augustodunum, dans les quartiers pauvres, voisins des
remparts où la population des ouvriers gaulois semblait avoir été
parquée, on a recueilli avec soin une grande quantité de médailles
d'Auguste de tous les modules. Presque toutes ont le cou ou la face
marquée d'un trait fait par un instrument tranchant. Nos antiquaires
appellent ces pièces des «Auguste à cou coupé.»

L'usage de mutiler les pièces de monnaie, par haine du maître, date de
loin, comme on le voit.


Donnez votre avis se ces monnaies et sur ces textes !
Commentaires
Ajouter un nouveauRechercher
Ecrire un commentaire
Nom:
Website:
Titre:
BBCode:
[b] [i] [u] [url] [quote] [code] [img] 
 
 
 
Security Image
Saisissez le code que vous voyez.
Dernière mise à jour : ( 02-04-2009 )
 
< Précédent   Suivant >
Contact : sacramon@yahoo.fr | www.sacra-moneta.com 2006-2011 monnnaies numismatique or et pièces de collection |