
Lors de la conférence de presse du 2 octobre 2008 à Francfort, Jean-Claude Trichet, président de la Banque Centrale Européenne a annoncé qu'il laissait les taux d'intérêt inchangés à 4,25%.
Cette décision a été prise, a-t-il affirmé, après des discussions approfondies sur la récente intensification de la crise des marchés financiers et de son possible impact sur l'activité économique et sur l'inflation.
Plus que jamais, la stabilité des prix reste l'objectif du patron de la BCE. "La stabilité des prix permet une bonne allocation des ressources, contient le risque inflationniste et préserve le pouvoir d'achat de la monnaie", a-t-il déclaré. Il a rajouté : ce faisant, la stabilité des prix soutient la croissance et l'emploi et contribue à la stabilité financière".
Bien qu'il soit arc-bouté sur ses positions dogmatiques a-priori, Le patron de la BCE a quand même concédé que les récentes données économiques montrent que l'activité économique commence à ralentir dans la zone Euro, avec une demande en baisse et des conditions financières plus difficiles.
Ceci dit, les taux d'intérêt sont restés inchangés à 4,25%.
Une partie des analystes financiers, lisant entre les lignes les déclarations de Jean-Claude Trichet ont voulu comprendre que la BCE allait prochainement abaisser les taux d'intérêt.
Le maintien, des ces taux d'intérêt élevés a un effet assez surprenant sur le marché des changes : le cours de l'euro a décroché face au dollar, atteignant 1,3818 le 2-09-2008 au soir, contre 1,6038 dollars pour un euro lors de son record historique du 15 juillet dernier, soit une baisse de près de 15 % en 1 mois et demi.
Tout cela est très inattendu : la crise financière américaine fait baisser l'Euro, alors que c'est le dollar qui devrait s'effondrer. C'est que de puissants mouvements spéculatifs à la hausse ou à la baisse s'acharnent sur des proies (telles que récemment la banque Fortis). Les analystes peuvent chercher des explications rationnelles à ces mouvements spéculatifs, ils n'en trouveront pas d'autres que la spéculation pour elle-même. La finance mondiale est une machine folle déconectée de toute réalité économique. La baisse de l'euro s'interrompra aussi vite qu'elle est apparue, sans raisons autres que la lassitude des spéculateurs, qui trouveront une autre proie. Cette évolution sur le marché des changes n'est qu'un épiphénomène monétaire passager.
Si l'on revient dans le domaine de l'économie réelle, on constate que la récession s'installe en France en Espagne ou ailleurs. L'Allemagne, champion économique de l'Europe, ne sera pas épargnée. La BCE doit donc relancer la machine économique avec les moyens dont elle dispose. Parmi ces moyens, il y a la baisse des taux d'intérêt, susceptible de soutenir la consommation (et l'immobilier) mais aussi les investissements des entreprises. Il faut sacrifier la stabilité monétaire pour relancer l'économie dans la zone euro. Les circonstances l'exigent. La baisse des taux doit être subtantielle. Une telle baisse ne saurait cependant à elle seule résoudre la sévère crise économique qui s'annonce, mais elle peut au moins en atténuer les effets. Il vaut mieux une monnaie faible et une économie dynamique qu'une monnaie forte et une économie en ruine.