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VESPASIEN (Titus-Flavius-Vespasiaisus), 10° empereur romain, né dans une bourgade voisine de Rieti l'an de Rome 760, passa les premiers temps de sa jeunesse dans une retraite simple et sévère, dont il ne sortit que malgré lui pour entrer dans les voies de l'ambition, aiguillonné par les reproches de sa mère et par l'avancement rapide de son frère, T.-Flavius-Sabinus.
Il obtint l'édilité, puis la préture sous Caligula, dont il se ménagea la faveur par toutes sortes de flatteries. Investi sous le règne de Claude du commandement d'une légion, par la protection de l'affranchi Narcisse, il fit d'abord la guerre en Germanie, puis dans la Grande-Bretagne, y rcmporta des avantages qui lui firent décerner les honneurs du triomphe, et bientôt après le sacerdoce et le consulat.
Ses liaisons avec Narcisse l'obligèrent de se faire oublier pendant les premières années du règne de Néron ou plutôt d'Agrippine ; toutefois il fut bientôt chargé du proconsulat d'Afrique, et il revint perdu de dettes ; mais il répara promptement sa fortune par d'indignes manœuvres.
Après avoir joui de quelque crédit à la cour de Néron, il tomba dans la disgrâce pour s'être assoupi deux fois pendant que l'empereur occupait la scène. Néanmoins, à sa grande surprise, il reçut le commandement de l'armée destinée à réprimer la révolte des Juifs. Il ne lui restait plus, pour terminer cette guerre, qu'à prendre Jérusalem, lorsqu'il apprit la mort de Néron (an de Rome 820). Il était alors si loin de songer à l'empire pour lui-même, qu'il s'empressa d'offrir son hommage au nouvel empereur. Mais Galba, Othon, Vitellius se succédèrent rapidement sur le trône, et les légions d'Orient, témoins de cette sorte de parade sanglante, s'avisèrent aussi de donner un maître au monde.
Mucien, gouverneur de Syrie, qui pouvait avoir pour lui-même des vues ambitieuses, fit déclarer les troupes en faveur de Vespasien, dont il fallut vaincre la résistance. Le nouvel empereur, lorsqu'il eut accepté ce litre, prit les mesures les plus sages pour s'assurer la possession du trône. Mais la fortune se plut à lui en aplanir le chemin (v. Vitellius); proclamé dans Alexandrie, il fut en peu de temps débarrassé de son rival sans avoir contribué à sa mort, et fut reconnu dans Rome. Quoiqu'il ne dût l'empire qu'aux soldats, il fut assez politique pour vouloir aussi le tenir du sénat, qui lui décerna tous les litres de la souveraine puissance, par le décret si fameux sous le nom de loi royale.
Une année s'écoula avant qu'il quittât l'Orient, et Mucien, qui se croyait le droit d'agir en maître, profita de ce délai pour ordonner dans Rome quelques exécutions et protéger les délateurs des règnes précédents contre la juste vengeance des gens de bien. Cependant Vespasien se hâtait d'envoyer des blés en Italie, où, grâce à ce bienfait, son retour ne fut que plus ardemment désiré. Enfin il y parut, et ses manières pleines de simplicité, achevèrent de lui gagner la confiance publique. Il avait néanmoins de grands obstacles à surmonter. Toutes les parties de l'administration étaient dans un désordre affreux; le trésor était tellement ruiné et endetté, qu'il ne fallait pas moins de cinq milliards pour assurer l'existence de l'empire.
Le cours de la justice était interrompu ; les légions de Vitellius conservaient un profond ressentiment de leur défaite; de dangereuses préventions existaient contre tout empereur qui n'était pas de la famille des Césars, et ces préventions se trouvaient en quelque sorte justifiées par la chute rapide de Galba, d'Othon et de Vitellius. L'habile Vespasien sut tout réparer. Sa grande politique fut d'amasser de l'argent. Le but qu'il se proposait peut seul excuser la multiplicité de ses mesures fiscales; mais ses contemporains ne devaient point le juger avec la même modération ni du même point de vue que nous. Aussi fut-il l'objet de continuelles railleries.
Il y répondit en plaisantant lui-même avec beaucoup d'esprit et de calme, et, ce qui vaut mieux encore, en faisant élever des monuments magnifiques, en construisant des routes, en prodiguant des secours aux villes ou aux familles frappées par quelque grand désastre, en nommant des professeurs richement rétribués, en donnant l'exemple de la plus sévère économie dans sa vie privée ; mais il se permit rarement de sévir contre les mécontents. Sa facilité à accueillir tout le monde, sa déférence pour le sénat, son attention à conserver au gouvernement impérial les formes républicaines, permettent de le considérer, malgré ses mœurs peu régulières, comme un des meilleurs citoyens qu'ait eus Rome dans sa décadence.
On peut cependant lui reprocher d'avoir banni les stoïciens sans trop de raison, si ce n'est qu'ils réclamaient la réorganisation, désormais impossible, du régime républicain, et la mort du sénateur Helvidius-Priscus, gendre de Thraséas, ainsi que celle d'Epponine et de Sabinus. Il faut dire pourtant que, hormis cette dernière exécution dont il fut seul coupable, il ne sévit jamais contre personne sans y avoir été poussé par l'influence de Mucien, auquel, dans sa reconnaissance mal entendue, il craignait trop de résister. On compte, sous le règne de Vespasien, trois guerres : celle des Juifs, qui fut terminée par Titus l'an 822 de Rome (71 de J.-C); celle des Bataves et des Gaulois, que Céréalis termina par la soumission de ces peuples (an 821 ) ; et l'expédition d'Agricola dans la Grande-Bretagne, commencée l'an 829 et achevée sous Domitien. Ce fut sous Vespasien que la Commagène, la Lycie, la Pamphylie et la Cilicie furent réduites en provinces romaines, et la Grèce réunie à l'empire, ainsi que Rhodes, Samos et les îles de la mer Egée. Vespasien, lorsque la mort l'enleva l'an 830 (79 de J.-C), travaillait encore avec une ardeur infatigable au bonheur de ses peuples. Outre Suétone, Dion-Cassius, Aurélius-Victor et Paul Orose, on peut consulter sur ce prince une dissertation de A.-G. Cramer, intitulée : D. Vespasianus, sive de vitâ et legislatione T.-Flavii Vespasiani imp. Commentarius.
Weiss, Biographie universelle
Autres pages sur Vespasien
Vespasien Empereur (1er juillet 69 après JC : Les légions d’Orient proclament Vespasien empereur; illustration de ce fait avec un sesterce)
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