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TRAJAN ( Marcus-Ulpius - Trajanus - Crinitus ), empereur romain, surnommé Optimus (très bon), naquit à Italica, près de Seville, l'an 82 de J.-C, d'une famille très ancienne, mais sans illustration.
Il fit ses premières armes avec assez d'éclat pour être distingué par Domitien, et se conduisit avec assez de prudence pour ne point éveiller les soupçons de ce tyran, qui lui laissa obtenir le consulat l'an 91, et le mit ensuite à la tête des légions de la Basse-Germanie. Ce fut dans ce poste important qu'il acquit les titres qui, plus tard, le recommandèrent à l'estime de Nerva. Il fut adopté à l'âge de 42 ans par cet empereur, dont il devint le plus ferme appui dans ces temps de troubles et de séditions. Après la mort de son père adoptif (l'an 98), il fut reconnu empereur d'une voix unanime par le sénat, le peuple et les armées ; mais il était alors dans les contrées que baignent le Rhin et le Danube, et il crut devoir y rester quelque temps encore pour contenir les Barbares dans les limites de leur territoire, et pour rétablir la discipline dans les armées de l'empire. Il ne prit le chemin de Rome que dans la seconde année de son règne. L'ordre et la régularité de sa marche triomphale, sa simplicité, sa modestie, son affabilité lui firent décerner par le sénat le titre de Père de la patrie. Il accepta cet honneur après quelque hésitation, et ne voulut y voir qu'un engagement de rendre heureux les peuples qui se confiaient en lui. Accessible à tout le monde, il eut des amis, tous distingués par leur mérite et leur vertu, et il plaça en eux une confiance que l'on chercha vainement à altérer.
Il n'eut que deux défauts : le penchant aux excès de table et le goût de débauches qui nous paraissent inconcevables, et que les anciens pardonnaient même à leurs sages. Mais chez Trajan les faiblesses de l'homme n'influèrent jamais sur la conduite de l'empereur. Ainsi, quoiqu'il ne bût jamais jusqu'à perdre la raison, il défendit d'exécuter les ordres qu'il pourrait donner après de longs repas. Plus empressé de satisfaire les citoyens que les soldats à son avènement au trône, il fit en entier la gratification destinée au soulagement du peuple avant d'avoir complété celle qu'il accordait aux troupes. Il dispensa ses sujets des contributions prétendues volontaires qui se percevaient à l'occasion de chaque nouveau règne. Il donna la plus grande attention à l'approvisionnement de Rome, et la purgea de cette race malfaisante de délateurs qui avait régné sous Domitien et était demeurée impunie sous Nerva. En même temps il rechercha les hommes indépendants, élevés et fermes, pour leur donner de préférence les dignités. Il renonça à une grande partie du domaine impérial, et laissa rentrer dans la circulation, par des ventes ou par des dons, cette multitude de palais, de maisons de plaisance, de jardins superbes que les premiers Césars avaient acquis par des confiscations odieuses. Peu curieux de rien bâtir pour lui-même, il couvrit tout l'empire de monuments, dont quelques-uns subsistent encore en entier ou ruinés. Tels sont à Rome la colonne trajane, le pont d'Alcantara sur le Tage, et un grand nombre de routes et de voies militaires dans diverses contrées. La reconnaissance de l'univers se manifesta envers lui par le titre d'Optimus, qui lui fut donné par la voix des peuples.
Malheureusement ce prince, nourri au milieu des camps et passionné pour la gloire, voulut remettre en vigueur l'ambitieux projet, abandonné depuis Auguste, de pousser la domination romaine jusqu'aux limites du monde. Il se signala d'abord contre les Daces, et quoiqu'il eût trouvé un rival digne de lui dans le brave Décébale, leur roi, il le vainquit, et lui ayant permis de racheter son royaume à des conditions que le sénat romain fut appelé à ratifier, il revint dans la capitale de l'empire l'an 105 pour y triompher et prendre le surnom de Dacique. Vinrent alors deux années de paix qui furent employées à introduire dans l'administration publique d'utiles réformes. Mais Décébale ayant violé le traité qui lui avait été imposé, la guerre recommença l'an 105, et ne fut terminée que l'année suivante par la mort volontaire de ce prince et la réduction de la Dacie en province romaine. C'est à cette occasion que fut élevée la colonne trajane. Pendant qu'il gagnait des batailles et du terrain au-delà du Danube, un de ses lieutenants, Cornélius-Palma, subjuguait l'Arabie-Pétrée, qui fut aussi réduite en province romaine l'an 107 de J.-C. Après 8 ans de paix marqués par la refonte générale des monnaies et par la construction d'une immense chaussée qui traverse les marais Pontins, Trajan profita, pour porter la guerre en Asie, d'un prétexte que lui fournit le roi des Parthes Chosroès, en disposant du trône vacant d'Arménie, dont Rome prétendait avoir seule le droit de donner l'investiture. Il partit à la tête de ses légions l'an 114de J.-C, et sans se laisser arrêter par les concessions tardives de Chosroès, il se mit en possession de l'Arménie. S'il n'eût voulu que réhabiliter la gloire de l'empire, son but était atteint ; mais il voulait conquérir le royaume des Parthes, et il entra dans la Mésopotamie, dont plusieurs villes importantes se rangèrent rapidement sous sa loi.
Tant d'exploits lui firent décerner les surnoms glorieux d'Arménique et de Parthique. Dans le môme temps il forçait
l'Arabie-Pétrée de recevoir un gouverneur romain, portait ses aigles victorieuses entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne, donnait un roi aux Albaniens, subjuguait les princes de l'Ibérie et de la Colchide, et par le armes de son lieutenant Lucius-Quiétus, triomphait des Mardes, peuple belliqueux et féroce, de la Médie. L'année suivante (115), il entreprit une seconde campagne contre les Parthes. Il soumit sans peine l’Adiabène et toute l'Assyrie, et redescendit ensuite vers le pays de Babylone sans éprouver de résistance. Il n'eut qu'à se montrer devant Ctésiphon pour s'en rendre maître. Suze, ancienne métropole des Perses, lui ouvrit ses portes. La prudence demandait qu'il s'occupât d'affermir ses conquêtes moins difficiles à faire qu'à conserver. Mais il était possédé du désir d'égaler, de surpasser même Alexandre. Après avoir parcouru dans toute sa longueur le golfe Persique, il s'avança jusqu'au grand-Ocean, et, regrettant de n'être plus assez jeune pour porter la guerre chez les Indiens, il se rabattit sur l'Arabie-Heureuse, dont il ravagea les côtes et soumit le territoire ; puis il revint par le Tigre et l’Euphrate à Babylone, où il offrit des sacrifices aux mânes du héros macédonien. Mais les Parthes avaient profité de son fastueux voyage pour reprendre l'offensive, et avec succès, ce qui le força de recommencer la guerre. Il rétablit à peu près dans ces contrées sa domination ; mais renonçant à l'idée de réduire le royaume des Parthes en province romaine, il se contenta de lui imposer, à la place de Chosroès, un monarque de son propre choix, qui fut Parthamaspatès, prince arménien, du sang des Arsacides (117 de J.-C).
Après avoir pris quelques autres arrangements analogues, qui eurent pour résultat d'étendre les limites de l'empire au-delà du Tigre et de lui donner une longueur d'environ 2,000 lieues d'Occident en Orient, il se disposait à marcher contre les Juifs, qui, depuis deux ans, épouvantaient l'Afrique et l'Asie des plus horribles cruautés pour venger la perte de leur existence politique. Il fut alors attaqué d'une maladie de langueur à laquelle il succomba le 11 août 117 de J.-C, dans la 64e année de son âge et la 20e de son règne. Ce fut à Sélinonte en Cilicie, qui prit le nom de Trajanopolis. Il eut la douleur de voir avant d'expirer Chosroès rappelé, Parthamaspatès détrôné, et l'Arménie et la Mésopotamie rendues à leurs anciens maîtres. Un autre chagrin pour lui fut de savoir qu'Adrien serait son successeur, grâce aux intrigues de Plotine. Trajan, malgré les vices dont on rougit pour lui, malgré ses persécutions dirigées isolément contre quelques chrétiens, malgré sa folle passion des conquêtes, est regardé comme le souverain le plus accompli dont l'histoire ait jamais parlé. Son règne, si glorieux, se recommande encore comme époque littéraire. C'est sous lui que fleurirent Plutarque, Pline-le-Jeune, Tacite, Quinte-Curce, Suétone, Florus, Quintilien, Juvénal, Frontin, etc. Les seuls écrits de l'antiquité où l'on puisse trouver des renseignement sur lui sont sa correspondance avec Pline-le-Jeune, le panégyrique qu'a fait de lui cet écrivain sans altérer la vérité, parce que cela eût été inutile, et les extraits de Dion-Cassius, par Xiphilin, avec les abrégés d'Eutrope, d'Aurélius-Victor et de Paul-Orose. Parmi les modernes qui ont écrit sa Vie ou qui l'ont jugée, on citera Tillemont, Crévier, Gibbon, Voltaire, Montesquieu. Le Triomphe de Trajan, opéra d'Esménard, fut représenté en 1807 avec un grand éclat.
Weiss, Biographie universelle
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