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Biographie de Tibère
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TIBÈRE (Claudius-Néro), empereur romain, né à Rome l'an 34 avant notre ère, de Tibérius-Nero, grand-pontife, et de Livie, fille de Drusus-Claudianus, courut de grands dangers dans son en­fance, après l'assassinat de César, dont son père avait été l'un des partisans les plus dévoués ; mais son aventureuse destinée fut bientôt fixée par le mariage de Livie avec le triumvir Octave, qui dès le principe lui montra une tendresse toute paternelle. Le jeune Tibère paraissait mériter cet atta­chement du maître du monde par ses progrès ra­pides et par ses talents prématurés ; mais ses vices aussi se développaient, au point qu'un Grec, son précepteur, avait coutume de dire de lui: « C'est de la boue détrempée avec du sang. » Nommé questeur dès l'âge de 19 ans, il s'occupa de l'in­tendance des vivres avec beaucoup d'habileté. Il alla ensuite, comme tribun militaire, se former contre les Cantabres à un plus rude apprentissage. De là il passa en Orient, subjugua l'Arménie, dont il rendit le trône à Tigrane, et reçut du roi des Parthes les aigles romaines enlevées sur Crassus. Au sortir de cette glorieuse expédition, il gouverna pendant un an la Gaule, nommée Chevelue. I1 sou­mit les Rhœtes et les Vindéliciens, combattit avec succès en Germanie, en Pannonie, en Dalmatie, et, après avoir ramené à Rome le corps de son frère Drusus, mort dans cette guerre, alla achever la défaite et la soumission des Germains. A son retour, il eut les honneurs de l'ovation, avec les ornements du grand triomphe, privilège jusque-là sans exemple, puis fut créé consul et décoré de la puissance tribunitienne pour cinq ans. Cependant il se détermina tout à coup à quitter Rome et les affaires. Il se retira dans l'île de Rhodes, et y vé­cut en simple particulier, fréquentant les écoles des sophistes et les gymnases, et n'ayant près de sa personne qu'un seul ami du rang de sénateur, quelques compagnons obscurs de ses débauches et un astrologue. Cette affectation de modestie ne l'empêchait pas de recevoir les visites des proconsuls et des lieutennts de l'empereur qui se rendaient en Asie. Lorsque le temps de son tribunat fut ex­piré, il sollicita son retour à Rome, ne pouvant plus craindre, disait-il, ce qu'il avait voulu surtout prévenir, une apparence de rivalité avec le fils de l'em­pereur; il éprouva un refus, et dès lors sa retraite volontaire devenant un exil forcé, il vécut non seulement en homme privé, mais en homme sus­pect et menacé. Enfin Auguste se laissa fléchir par les prières de Livie, qu'appuyait le consentement de Caïus, l'héritier présomptif de l'empire ; et Tibère, après huit ans d'éloignement, revint à Rome, pour y vivre d'abord aussi retiré et aussi modeste que dans son île. Mais la mort prématurée de Caïus et de son frère Lucius vint tout changer. Tibère, adopté par l’empereur, en même temps qu'Agrippa, dernier frère de Caïus, fut de nouveau revêtu de la puissance tribunitienne, et mis à la tête des lé­gions de Germanie. Plusieurs campagnes, marquées par des victoires sur différents peuples germains, tels que les Marcomans, les Pannoniens, les Dalmates, les Illyriens, prouvèrent qu'il n'était point un général inhabile, et la défaite de Varus, qui survint à la même époque, fit encore ressortir l'é­clat de sa fortune et de son talent. Chargé de répa­rer ce grand désastre, il y réussit par sa vigilance, son activité, son courage, quelquefois aussi par la ruse. Il revint triompher à Home, puis il repartit pour la guerre d'Illyrie; mais il rebroussa chemin pour assister aux derniers moments de l'empereur. A peine ce prince eut-il cessé de vivre, que le der­nier fils d'Agrippa, cet autre enfant adoptif d'Au­guste , déjà relégué loin de la cour par les intrigues de Livie, reçut la mort dans sa prison : « Ce fut, dit Tacite, le premier crime du nouveau règne. » Cependant Tibère voulait préparer et légitimer son avènement. En vertu de la puissance tribunitienne, il convoqua le sénat, et, feignant une profonde dou­leur-, fit lire par son fils Drusus le discours qu'il avait composé, il entendit ensuite la lecture du testament d'Auguste, qui, agissant comme particulier et non comme prince, disposait de sa fortune et non de l'empire. Le fils de Livie, institué héritier pour les deux tiers de cette belle succes­sion, dont l'autre tiers était dévolu en diverses parts au peuple romain, se fit supplier d'accepter aussi l'empire. Dans ce débat si énergiquement dé­peint par Tacite, on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, la servitude du sénat, ou l'hypocrisie du futur despote. Cette comédie paraîtra moins ridi­cule, si l'on songe que l'établissement impérial n'avait encore été confirmé par aucune transmis­sion, qu'Auguste lui-même avait feint de n'en jouir que pour dix ans, enfin que les légions s'agitaient dans plusieurs provinces. La vertu de Germanicus et les promesses de Drusus firent taire la révolte, et le nouvel empereur entra en possession d'un pou­voir aussi paisible qu'étendu. Il parut d'abord en user avec modération, et marqua beaucoup de dé­férence pour le sénat, et même pour les fantaisies du peuple; mais sous le voile de cette fausse modestie, il cachait des projets despotiques, que tra­hissaient de temps à autre ses paroles hautaines, et dont l'exécution ne tarda pas à commencer par la suppression des comices : Auguste en avait con­servé l'image comme une dernière forme de la liberté populaire. Insensiblement l'habile tyran essaya son influence, d'abord par la surveillance sévère de la justice, puis par la réforme des mœurs ; et lorsqu'il fut assuré de celte influence, il la tourna bientôt au profit du despotisme : c'est ainsi qu'après avoir écarté les accusations de lèse-majesté, il parut dispo­sé à les accueillir. Cependent il n'osait encore mettre à découvert ses affreux penchants : la gloire de son neveu Germanicus l'inquiétait et le contenait. Mais ce jeune prince mourut, et l'on peut soupçonner, avec Tacite, que l’empereur, n'était point étranger à cette mort qui fit verser tant de larmes. A partir de cette époque, le gouvernement de Tibère, jusque-là mêlé de quelque bien, devint chaque jour plus cruel. Il quitta Rome cette année pour aller habiter la Campanie , laissant aux mains de Séjan, déjà ministre, une partie de son pouvoir, mais ne renonçant pas à donner ses ordres du fond de sa retraite. La paix de l'empire était faiblement trou­blée de temps en temps par quelques guerres dans l'Afrique ou la Thrace, et quelques révoltes dans les Gaules. Les seuls événements remarquables de ce règne sont donc l'avilissement, les iniques sen­tences, les délations du sénat et l'attention conti­nuelle du tyran à s'élever sur les débris de ce corps jadis puissant et respecté. Il sut l'asservir au point d'en faire l'instrument docile de ses vengeances, même lorsqu'elles frappaient quelques-uns de ses membres : cependant il lui laissa, avec une sorte de dérision, un simulacre de pouvoir dans les choses indifférentes, la liberté, par exemple, de discuter longuement les titres sur lesquels se fondait le droit d'asile réclamé pour les temples de quelques villes d'Ionie. Si quelque chose pouvait justifier les envahissements tyranniques de Tibère, ce serait la bassesse empressée qu'il trouva dans le sénat : un seul trait suffit pour en donner une idée. L'empe­reur effaça un jour de la liste des accusations le nom d'un citoyen ; et aussitôt un sénateur lui re­procha, comme un abus de pouvoir, cet acte qui dérobait à la justice du sénat un homme coupable de lèse-majesté : c'était là une de ces bassesses bien faites pour fatiguer Tibère, dont l'esprit, au milieu des cruautés et de la débauche, avait con­servé sa perspicacité et sa justesse naturelles. Une chose étonne surtout dans l'histoire de ce tyran; c'est qu'avec un tel esprit et un tel caractère il se soit laissé quelque temps dominer par Séjan : cette faiblesse était portée si loin, que Tacite n'en trouve d'autre explication que le caprice du sort et la co­lère des dieux contre Rome. Peut-être vaut-il mieux l'expliquer par ce dégoût des hommes et des choses qui lui faisait sentir la nécessité d'un aide dans tous ses crimes, et par le dévouement appa­rent et maintes fois éprouvé de ce Séjan, qui avait ses motifs pour paraître docile (v. Séjan). Se croyant sûr de la fidélité de son favori, Tibère passa dans l'île de Capri, où il essaya de cacher son ennui, ses crimes et ses infâmes plaisirs. Les sophistes, dont il aimait l'érudition frivole, qu'il honorait de son amitié et de ses questions pédantesques et capricieuses, furent plus d'une fois aussi exposés à ses cruautés imprévues. Quoiqu'il parût souvent négliger le soin des affaires, son activité n'en était pas moins grande pour le mal; et du fond de son affreux repaire, il faisait peser sa ty­rannie sur Rome, et de Rome sur l'univers. Les délateurs continuaient leur métier et le sénat ses atroces jugements, comme sous les yeux du maître. La mort de Livie enleva une dernière protection aux Romains. Déjà depuis quelque temps, et par le crime de Séjan, était mort Drusus, le fils du tyran, qui ne le regretta point; car il se trouvait encore affranchi, par ce meurtre, d'un des hommes qui le forçaient à dissimuler ses horribles penchants. Il chercha alors à perdre Agrippine et son fils ; mais tel était le prestige du nom de Germanicus, que le sénat hésita, que le peuple murmura, et que la persécution de cette illustre famille dut être ajour­née. C'est à cette époque du règne de Tibère, et pendant les premiers temps de sa retraite à Capri, que se place le martyre du divin législateur. L'on a dit que le monstre, qui gouvernait alors le monde romain, avait eu l'idée de protéger la religion nou­velle; mais on a plutôt des motifs de présumer que, s'il s'occupa jamais du christianisme, ce fut en frappant quelques-uns de ses sectateurs dans la foule de ces malheureux Juifs qu'il envoyait périr en Sardaigne : les Romains alors ne distinguaient pas les chrétiens des Juifs, et les confondaient dans une commune haine. Séjan lui-même finit par devenir l'objet des soupçons de son maître, qui, après s'être préparé lentement à le faire tomber, envoya au sénat une longue lettre, dans laquelle, à la suite de vagues digressions et de quelques éloges donnés au puissant favori, non sans mélange de blâme, l'ordre était prononcé de l'arrêter et de le faire mourir. Cet ordre fut accueilli par des trans­ports de joie du sénat et du peuple. A partir de ce jour les fureurs de Tibère n'eurent plus de bornes, et, sous prétexte de punir les complices de son ancien ministre, il frappa une foule de victimes innocentes. Dans son ardente soif du sang, il se chargea lui-même d'une partie des poursuites, fit torturer les prévenus sous ses yeux, et s'avança même jusqu'à Sorrente et aux portes de Rome, afin de surveiller le zèle des bourreaux. Bientôt il alla de nouveau cacher derrière les rochers de son île, non plus seulement ses cruautés, mais ses débauches, qu'une plume moderne ne saurait expri­mer, et dont l'empire faisait les frais par le sacrifice honteux de tout ce qu'il renfermait de beauté et de jeunesse. Les prétendus partisans de Séjan ne furent pas seuls condamnés à périr, mais ses enne­mis mêmes furent enveloppés dans une pareille proscription. Le jeune Drusus, petit-fils du tyran, mourut de faim en prison, et son aïeul fit lire dans le sénat les détails de son affreuse agonie ; Agrippine périt de la même manière, et son meurtrier chercha à flétrir sa mémoire par des calomnies. Le sénat, pendant ce temps, applaudissait ou restait muet. Un souverain étranger, Artaban, roi des Parthes, fut le seul homme qui osa écrire à Tibère pour lui reprocher ses infamies, ses meurtres, ses parricides, sa vieillesse inutile et souillée : Tibère le punit en excitant dans ses états des troubles qui finirent par lui faire perdre la couronne. Enfin ce monstre alla rejoindre toutes ses victimes le 16 mars de l'an 37, dans la 78e année de son âge, après un règne de 25 ans. Les uns disent que sa mort fut naturelle; d'autres, et c'est l'opinion la plus générale, assurent qu'il fut étouffé par les ordres de Macron. La joie des Romains, lorsqu'ils apprirent cet événement, égala au moins celle qui avait suivi la mort de Séjan. Tibère avait écrit sur sa Vie des Mémoires fort abrégés et pleins de la même hypocrisie que ses discours. Domitien n'a­vait pas d'autre lecture.
 
Weiss, Biographie Universelle
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Dernière mise à jour : ( 01-07-2008 )
 
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