Crise financière : l'argent ne part pas en fumée
Wall Street et les grandes bourses mondiales ont perdu 25% de leur valeur en l'espace de 3 semaines. Certains commentateurs écrivent même des remarques telles que celle-ci : "environ 25 000 milliards de dollars sont partis en fumée, soit près de deux fois le produit intérieur brut (PIB) des Etats-Unis".
Que signifie cette expression "25 000 milliards de dollars partis en fumée" ? L'expression "partis en fumée" sous-entend un incendie détruisant des tas des billets. Le sous-entendu est clair : la monnaie ainsi "partie en fumée" est détruite définitivement et irrémédiablement. Mais c'est une vision un peu courte, et pour tout dire incorrecte de la situation. Ce n'est pas parce que les investisseurs fuient les marchés boursiers que tout l'argent qu'ils possédaient sous forme d'actions est détruit, loin de là.
L'argent disparaît lorsque des entreprises font faillite
L'argent disparaît de deux manières, mais disons tout de suite qu'à l'heure actuelle, le principal biais qui provoque une destruction définitive de monnaie, ce sont les faillites d'entreprises.
Dans le passé, au cours des périodes où la monnaie était avant tout physique (c'est-à-dire composée de pièces de monnaie "sonnantes et trébuchantes"), l'usure desdites pièces pouvait provoquer leur disparition. La thésaurisation (notamment par l'enfouissement) était aussi une cause de disparition d'argent de la circulation monétaire.
Aujourd'hui, l'argent physique ne représente plus qu'une infime partie de la masse monétaire et les causes anciennes de disparition de monnaie n'ont pas disparu mais ne jouent pratiquement plus aucun rôle dans la destruction monétaire.
A l'heure actuelle la monnaie est principalement fiduciaire (ou virtuelle), et on la crée par des jeux d'écriture; on la détruit aussi par des jeux d'écritures, en supprimant les dettes des entreprises qui ont fait faillite. C'est pourquoi le nombre de faillites d'entreprises, et les sommes qu'elles ont entraînées avec elles dans leur disparition, est le vrai indicateur de la destruction de monnaie. La monnaie "part en fumée" à chaque fois qu'une entreprise fait faillite et qu'on supprime de facto ses dettes; cet argent n'existe plus définitivement.
Les faillites n'ont pas détruit 250000 milliards de dollars
Les faillites ont augmenté récemment; certaines ont été particulièrement retentissantes (banque Lehman Brothers) et on failli entraîner d'autres grands établissement bancaires à leur suite. Mais cela n'a pas eu lieu grâce à la prise de conscience et à l'action des Etats. Alors oui, de l'argent part en fumée; oui le nombre de faillites d'entreprises augmente, mais certainement pas au point d'avoir détruit 25000 milliards de dollars.
Où est l'argent ?
Si les sommes colossales évoquées ci-dessous n'ont pas été détruites, où sont-elles ? Dans leur majorité, elles existent toujours sous forme de liquidités. Les "investisseurs" fuient les marchés, mais pas les Obligations d'Etat, à commencer par les Bons du Trésor Américain. Ainsi voit-on le dollar remonter fortement, alors que certains prédisaient son effondrement. En France, le sucès du Livret A (garanti par l'Etat) ne se dément pas depuis le début de la crise.
La vérité, finalement, c'est que l'argent privé se tourne vers ce qui rassure le plus : les Etats. C'est donc désormais aux Etats dotés de masses d'argent considérables, qu'il incombe de relancer la machine économique, puisque l'allocation des ressources par la "main invisible du marché" ne fait plus recette.
Pour relancer l'économie, qui souffre gravement de la pénurie de crédit qu'elle vient de subir pendant un mois, il s'agit à présent pour les Etats d'investir les sommes colossales dont ils disposent. L'économie ne redémarrera pas seule. En plus de puissants (et si possibles judicieux) investissements public, les banques centrales, au premier rang desquelles la BCE, seraient bien inspirées d'abaisser très fortement leur taux d'intérêt. Par exemple, l'Europe pourrait s'aligner sur les Etat-Unis (1,5%) et pourquoi pas sur le Japon (0,5%). Ainsi le redémarrage de la consommation et de l'investissement privés seraient stimulés fortement. Des secteurs entiers de l'économie (en particulier l'immobilier) ne demanderaient pas mieux.
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