Taux d'intérêt : pragmatisme américain contre dogmatisme européen
Ces derniers temps, comme dirait De Gaulle, la bourse est exagérément mauvaise... Hier encore, le Dow Jones, indice vedette de la bourse américaine, a terminé sur une baisse conséquente de 5,11% tandis que le Nasdaq perdait 5,80%. La bourse de New York, après cinq séances de baisse consécutives, a atteint son plus bas niveau depuis octobre 2003.
La crise financière provoquée par les abus du crédit provoque à son tour une crise du crédit : après avoir prêté sans discernement, les banques, mal en point, sont atteintes par une frilosité extrême et probablement exagérée qui ne peut pas être sans conséquences sur l'économie réelle. On assiste pour la première fois depuis 10 ans à une baisse des crédits à la consommation aux Etats-Unis.
Le plan de sauvetage de la finance américaine, qui met en jeu une somme de 700 milliards de dollars et qui s'est aussi matérialisé par des Nationalisations de Banques en difficulté, un comble au pays du Capitalisme libéral, tout ceci ne suffit pas à rassurer les marchés, qui semblent conscients que le problème n'est pas seulement une question de crédit. Le problème, c'est le système économique américain lui même. Ce système a été fondé sur une consommation à outrance et à crédit de produits d'importation fabriqués dans des pays à bas coût de main d'oeuvre. Aujourd'hui, l'Amérique fait face à la dette, et la crise ne peut pas se résoudre à court terme. On n'efface pas en un an 40 ans de dérives monétaires.
Les autorités américaines font preuve de pragmatisme et d'une bonne réactivité
Quelle que soit la nature profonde de cette crise, les autorités américaines font preuve d'un grand pragmatisme et d'une bonne réactivité. Le patron de la banque centrale américaine (FED), Ben Bernanke affirmé hier (8-10-2008) que la FED allait réexaminer prochainement le niveau des taux d'intérêt. Ben Bernanke a déclaré ceci : "La combinaison des nouvelles données économiques et les récents développements financiers suggèrent que les perspectives de croissance économique se sont dégradées". En période de crise, la pire solution consiste à bloquer le crédit, ce qui freine la consommation et par conséquent entraîne des défaillances d'entreprises (qui elles-mêmes ont du mal à financer leurs investissements si le coût de l'argent est trop élevé). L'argent trop cher nuit gravement à l'économie réelle.
Baisser les taux d'intérêt n'est pas sans risques
Les détracteurs d'une baisse des taux ont cependant des arguments solides : la bulle financière actuelle est le résultat des taux d'intérêt bas mis en place après 2001 par la FED pour soutenir l'économie. Cet argent facile et abondant provoque de l'inflation, la hausse des prix, et la baisse des salaires, qui suivent toujours avec du retard le coût de la vie. Et puis dans le contexte de libéralisme mondial actuel, la baisse des taux d'intérêt ne peut que creuser la balance commerciale des Etats-Unis (ou de l'Europe) vis-à-vis des pays Asiatiques qui pratiquent un dumping social et monétaire agressif. En somme la baisse des taux ne serait qu'une nouvelle reculade par la dette face à une réalité économique difficile, une solution de facilité.
Les circonstance actuelles exigence une relance du crédit
Oui, mais as-t-on vraiment le choix ? Préfère-t-on amortir la crise en douceur, ou voir des millions de chômeurs affluer dans les agences pour l'emploi ? Préfère-t-on l'inflation ou la déflation ? La baisse des taux d'intérêt est une solution nécessaire au moins provisoirement pour amortir l'impact de la crise. Ce n'est pas la solution miracle qui résoudra tout les problèmes durablement, mais il faut au moins commencer par là.
Les américains dans de nombreux domaines sont loin d'être exemplaires. Mais dans le cas des taux d'intérêt, ils sont pragmatiques. Ce n'est pas le cas de l'Europe : la BCE est arc-boutée sur le dogme de la stabilité monétaire et refuse de baisser les taux d'intérêt, alors que les économies européennes sont en train de plonger dans une sévère récession.
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