Lors d'une interview donnée à Euronew le 6 juin 2009 au sujet de l'Europe, Jacques Attali a dressé le tableau d'un Europe en crise.
Il a même évoqué une possible disparition de l'Euro, dans les termes suivants :
"Toute l'histoire nous apprend que si l'Europe ne se dote pas dans les années qui viennent d'un véritable gouvernement, toute la construction européenne s'effondrera. Car qui n'avance pas recule.
Si nous ne sommes pas capables d'avoir un ministère des finances, une politique budgéraire, une politique fiscale commune, une politique sociale commune, l'Euro n'existera plus, car l'Euro ne peut pas tenir si chacun a sa propre conception de la discipline budgétaire."
Ecouter Jacques Attali au sujet de la disparition possible de l'Euro
Paul Jorion est économiste et anthropologue. Il est intervenu dans l'émission "Ce soir ou jamais", sur France 3, le 5 juin dernier. Selon Paul Jorion, le dollar en tant que monnaie de réserve internationale est en train de vivre ses derniers jours.
D'après Paul Jorion, qui fait partie des analystes les plus pessimistes (ou les plus lucides ?), le système financier américain est en train de s'effondrer et la politique inflationniste conduite par la Réserve Fédérale Américaine (FED) contribue fortement à une cette perte de puissance.
La perte de puissance économique de l'Amérique, déjà pronostiquée depuis longtemps par des analystes tels qu'Emmanuel Todd (Après l'Empire), serait en train de se réaliser sous nos yeux. D'après Paul Jorion, le dollar en tant que monnaie de réserve internationale ne pourra plus durer très longtemps.
Christine Largarde, ministre des finances, est revenue sur la crise le 6 juin dernier dans une interview donnée à Euronews.
La crise financière, la crise économique et la crise sociale sont au coeur de l'actualité. Il s'agissait de savoir où nous en sommes après les espoirs suscités par les G20 de Londres sur la réforme du système financier. Les questions portent aussi sur le déficit budgétaire de l'Etat Français.
Le journaliste commence l'interview en affirmant que les causes de la crise sont trop de dette et des taux d'intérêt bas et que la réponse à cette crise est une augmentation des dettes et une nouvelle baisse des taux d'intérêt.
Les causes de la crise
Christine Lagarde répond à cela qu'il s'agit d'une analyse parcellaire de la crise. En fait, il y a bien eu, affirme la ministre, trop de liquidités et des taux d'intérêt trop bas, ainsi qu'un excès de sophistication dans les instruments financiers.
Mais la cause majeure de la crise, ce sont les déséquilibres macro-économiques mondiaux et notamment l'énorme déséquilibre entre la Chine et les Etats-Unis. Désormais la Chine détient l'outil de production industriel et les capitaux; l'Amérique a une industrie en ruine (voir le cas emblématique de Général Motors) et des montagnes de dettes. Et la situation de l'Europe, à l'exception peut-être de l'Allemagne, n'est guère meilleure.
A ces déséquilibres internationaux, il faut ajouter les déséquilibres internes des sociétés occidentales, où une minorité concentre une part considérable des richesses produites, provoquant par contrecoup une crise de la demande, car il est bien évident qu'un marché ne peut être dynamique qu'à condition qu'il existe des acheteurs solvables.
Les réponses à la crise
Selon Christine Lagarde, seuls les Etats sont en mesure de répondre à la crise car les acteurs privés (ainsi que la "main invisible du marché") sont complètement décrédibilisés. La politique monétaire qui a été suivie est la seule politique monétaire raisonnable. Il n'y a pas d'autre choix que d'injecter des liquidités dans le système et de maintenir autant que possible un système de crédit en état de fonctionnement. L'existence du crédit est la condition sine qua non du fonctionnement de l'économie. L'autre possibilité (hausse des taux d'intérêt) et absence de liquidités sur le marché monétaire aurait conduit directement à une situation comparable à celle de 1929.
Mais naturellement cette solution monétaire (baisse des taux et injection de liquidités) est insuffisante tant que les déséquilibres macro-économiques mondiaux évoqués ci-dessus, qui sont la cause fondamentale de la crise, ne sont pas sérieusement traités sur un plan politique. Et traiter le déséquilibre avec la Chine signifie instaurer des taux de change normaux entre les monnaies (dollar/Yuan et Euro Yuan) ou instaurer des barrières douanières, faute de quoi la crise va s'aggraver et le déclassement économique puis politique de l'Occident va s'approfondir irrémédiablement.
Interview de Christine Lagarde sur Euronews le 6 juin 2009
Les élections européennes n'ont pratiquement pas évoqué le vrai sujet politique qui est évidemment la crise économique majeure et très profonde qui frappe les pays occidentaux.
Paul Jorion était l'invité vendredi dernier de L'émission Parlons Net de France Info.
Paul Jorion est est anthropologue et sociologue, spécialisé dans les sciences cognitives et l'économie. Il tient aussi un blog très consulté.
Paul Jorion a vécu et enseigné aux Etats-Unis, à Cambridge et à Bruxelles, avant de revenir en France il y a quelques semaines. C'est en 2004 qu'il rédige un ouvrage dont aucun éditeur ne voudra jusqu'en 2006. La Découverte accepte enfin, avec l'appui d'un certain Jacques Attali, de publier “Vers la crise du capitalisme américain” paru en 2007. Paul Jorion y annonce, entre autres, la crise des subprimes. Autant dire qu'il vise juste.
Avec Paul Jorion, on parlera de cette crise, des atouts de l’Europe pour la surmonter par rapport aux Etats-Unis et du libre échange débarassé de la la spéculation qu’il appelle de ses voeux.
Paul Jorion considère que la crise actuelle est systémique et qu'elle sera très longue
Il existe deux interprétations sur la crise actuelle : l'une considère qu'il s'agit d'une crise comme le capitalisme en connaît périodiquement, et qui sont généralement suivies d'un rebond à courte échéance.
L'autre interprétation considère qu'il s'agit d'une crise majeure, d'une crise systémique du système économique dans son ensemble. C'est le point de vue de Paul Jorion. Selon lui la crise est très sévère et cette crise est très loin d'avoir atteint son paroxysme. Il évoque la décomposition complète du système financier américain et un possible effondrement à court terme du dollar.
A ce sujet, Paul Jorion évoque Bill Gross, patron de Pimko, établissement spécialisé dans l'achat-vente d'obligations. Bill Gross recommande aux investisseurs de sortir du dollar le plus vite possible.
Paul Jorion a une vision de la crise très sombre et très négative; "c'est la fin du capitalisme américain".
Enfin, à propos de la politique monétaire suivie par la Réserve Fédérale Américaine, Paul Jorion pense que tout est tenté pour juguler la crise mais que même la FED ne maîtrise rien et naviguerait à vue.
La conséquence "mécanique" de cet afflaiblissement du dollar par rapport à l'euro, c'est une hausse continue du cours l'or en dollar : l'once a atteint les 959,75 dollars l'once vendredi après-midi. Et quelques observateurs prévoient déjà l'once d'or à 1000 dollars...
Les causes de ces importantes fluctuations des monnaies sont nombreuses : la spéculation, l'augmentation de la masse monétaire américaine liée à la politique du quasi taux zéro, ou l'affaiblissement du rôle du dollar en tant que valeur refuge pendant la crise financière (rôle paradoxal mais réel).
Certains observateurs prévoient un effondrement prochain du dollar, ce qui aurait pour conséquence une explosion des cours de l'or. Si une érosion longue du dollar est possible la probabilité d'assiter à un effondrement complet de la valeur du dollar pendant l'été est très faible.
L'Amérique a besoin d'une bonne dose d'inflation pour sortir de la crise
Ce titre est la traduction d'un article du journaliste américain Rich Miller paru le 19 mai sur le site bloomberg.com.
Ce dont a besoin l'économie américaine, affirme-t-il, c'est d'une bonne dose d'inflation à l'ancienne.
C'est en tout cas ce qu'affirment quelques économistes américains, dont Grégory Mankiw, conseiller à la Maison Blanche et Kenneth Rogoff qui fut chef économiste au Fond Monétaire International. Une accélération de l'inflation, pensent-ils, permettrait de solder plus rapidement les dettes accumulées et aiderait les consommateurs et le gouvernement américain à faire face à ses échéances. Un processus d'inflation encouragerait aussi les Américains à dépenser leur argent maintenant plutôt que de différer leurs achats puisque les prix augmenteraient (mais encore faudrait-il qu'il achètent des produits américains, et non pas chinois, pour relancer l'économie américaine).
Mais une telle approche n'est pas sans risques, notamment pour le dollar, qui risquerait une forte dépréciation. Pour l'instant il n'est pas question d'en arriver aux deux années d'inflation à 6% préconisées par Marvin Goodfriend, de la Réserve Fédérale Américaine, mais simplement d'empêcher la déflation : en cas de déflation le début du cycle est connu mais sa fin est toujours difficile à prévoir. Le dernier grand cycle de déflation mondiale s'est achevé par la deuxième guerre mondiale.
L'inflation est le meilleur moyen pour une Nation de ne pas payer ses dettes
Un des avantages évidents de l'inflation, c'est qu'elle réduit les rentes de toutes nature et, abaissant la valeur de la monnaie, diminue insensiblement le volume des dettes. Il n'y a pas de meilleur moyen pour une Nation que l'inflation pour ne pas payer ses dettes, fut-ce au prix de la crédibilité de ses Institutions monétaires.
On peut d'ailleurs se demander si l'Amérique a une autre possibilité que de laisser filer l'inflation (ce qui équivaudrait également à dévaluer le dollar). Car l'Amérique ne peut pas durablement vivre à crédit en consommant des produits chinois qui profitent d'un dunping social et monétaire tout à fait évident. La dévaluation du dollar pourrait être une réponse efficace face à la Chine. Et l'Europe, qui refuse de protéger ses frontières pourrait opter elle aussi pour cette solution : l'inflation comme rempart contre le dumping chinois.
La BCE vient d'annoncer une nouvelle baisse de son principal taux d'intérêt, qui a été ramené à 1%. C'est la quatrième fois que la BCE décide d'abaisser son taux depuis le début de l'année. Le 2 avril, le taux avait été ramené de 1,5% à 1,25%.
Les taux d'intérêt ont été abaissé de 325 points de base depuis le 8 octobre 2008, au plus fort de la crise financière et du blocage du crédit. Il s'agit donc d'une mesure prise dans un la continuité de la politique monétaire adoptée en réponse à la crise financière. Il s'agit d'enrayer la désinflation.
en abaissant le loyer de l'argent pour les entreprises et les particuliers. Cette mesure, de façon générale, est susceptible de favoriser le travail et l'investissement au détriment de la rente et de la spéculation.
On peut lire le texte intégral de la conférence de presse tenue par Jean Claude Trichet ci-dessous
Jacques Attali est intervenu vendredi dernier au sujet du G20, donnant son point de vue sur la portée de l'évènement.
Parmi ses remarques, il observe que la relance est un mélange de création monétaire et d'endettement public. A propos du FMI, dont le rôle se trouve renforcé, et dont une partie des stocks d'or vont être vendus, il déclare ceci : " vendre de l'or, ça fait baisser le cours de l'or...". Il évoque également les banques, la spéculation, les paradis fiscaux, etc. Bref, Jacques Attali est globalement négatif sur les effets du G20.
Conférence de Presse de Nicolas Sarkozy au G20 de Londres 2 avril 2009
La réunion du G20 s'est tenue à Londres aujourd'hui. Dans cette conférence de presse, Nicolas Sarkozy évoque les décisions qui ont été prises. Quelles que soient ces décisions, les principales bourses mondiales se sont envolées aujourd'hui; dans le même temps, l'or passait sous la barre symbolique des 900 dollars l'once et la BCE a annoncé une nouvelle baisse des taux d'intérêt à 1,25%, décision éclipsée par le G20.
Conférence de Presse de Nicolas Sarkozy au G20 de Londres
Nicolas Sarkozy veut une politique monétaire non conventionnelle
Le président Sarkozy s'est exprimé au sujet de la politique monétaire lors d'une conférence de presse le 20 mars 2009. Cette conférence de presse faisant suite au Conseil européen destiné à préparer le G20 qui doit se tenir à Londres le 2 avril prochain.
Nicolas Sarkozy a d'abord salué l'action de Jean-Claude Trichet, patron de la BCE, qui a fait baisser fortement les taux d'intérêt et qui a pris des mesures appropriées pour éviter un effondrement complet de l'ensemble du système bancaire.
Ceci dit, Nicolas Sarkozy considère que des mesures monétaires non conventionnelles, à l'image de celles qui ont été prises aux Etats-Unis, seraient utiles. Il y a là un point de désaccord important avec Jean Claude Trichet, qui y voit davantage d'inconvénients que d'avantages pour le moment (voir cette interview de Jean Claude Trichet).
En matière monétaire comme dans d'autres domaine, Nicolas Sarkozy souhaite semble-t-il privilégier l'audace face à une crise d'une ampleur exceptionnelle, plutôt qu'une attitude conventionnelle. Mais en matière monétaire, c'est le conseil des gouverneurs des banques centrales, présidé par Monsieur Trichet, qui décide. Et Jean Claude Trichet semble craindre un dérapage inflationniste plus que la déflation.
Nicolas Sarkozy s'exprime au sujet de la monnaie (20-03-2009)