Nationaliser la dette ne supprime pas la dette
On entend ici ou là des commentateurs tenir un discours de ce style : "quand il s'agit de sauver le système, on trouve de l'argent; par contre pour résoudre la question de la faim dans le monde, ou pour augmenter les salaires, ce n'est pas possible..." Ce sont en effet des millards d'Euros, de Dollars, de Yens, et d'autres devises qui ont été "injectés" ces dernières semaines dans le système bancaire pour éviter la faillite financière. Les Nationalisations partielles ou les prises de participation des Etats dans les banques se chiffrent en dizaines de millards d'Euros, de dollars ou de Livres Sterling. Le plan Paulson met en jeu la somme astronomique de 700 millards de dollars. Ces sommes ont de quoi impressionner en effet, et on pourrait avoir l'impression "qu'il y a de l'argent", que "si on veut trouver de l'argent, on peut".
La dette était privée, elle devient publique
Oui, les Etats peuvent mobiliser des sommes considérables s'ils le décident. Mais il faut être conscient que ces sommes ne sont pas autre chose que du crédit, une nouvelle dette pour empêcher la faillite complète du système financier, et, au-delà du système économique. Nationaliser un établissement bancaire en faillite revient à Nationaliser sa dette. Et Nationaliser une dette ne supprime pas la dette. Celle-ci change de main, passant de propriétaires privés à des propriétaires publics. La fuite en avant par la dette n'est absolument pas la solution définitive à la crise (pas plus que la faillite généralisée). C'est une solution nécessaire à court terme pour sauver le système financier d'une déroute complète, dont les conséquences sur les économies "réelles" seraient dramatiques.
Nationaliser les dettes est une solution nécessaire, mais forcément provisoire
Nationaliser les dettes ne peut être qu'une solution de court terme pour éviter la faillite complète du système
Lorsque le système financier et économique mondial aura été stabilisé par l'action vigoureuse et concertée des Etats, les Etats devront s'attaquer au coeur du problème, c'est-à-dire la règlementation du système capitaliste et la réforme des économies. Les déséquilibres commerciaux entre les Nations qui sont le résultat de la dérégulation commerciale et financière, sont la cause profonde de la crise économique et financière actuelle.
Que des Nations fondent leur prospérité exclusivement sur les exportations plutôt que sur la consommation intérieure et le bien-être de leur population; que ces Nations pressurent leur classe ouvrière au profit de leur balance commerciale et des profit exhorbitants exigés par des actionnaires sans limites; que des Nations sous-évaluent volontairement leur monnaie pour avantager leur économie; a contrario, que des Nations fondent leur prospérité sur la dette plutôt que par la production de ce qu'elles consomment, tout ceci génère de très profonds déséquilibres à l'échelle de la planète et a conduit le monde dans la sévère crise dans laquelle il se trouve. Cette situation, ces déséquilibres pourraient bien avoir des conséquences très négatives pour toutes les Nations, celles qui ont choisi la dette comme mode de fonctionnement normal comme celles qui ont choisi le dumping économique, social et monétaire. Lorsque le système financier aura été sauvé de la faillite, les Nations devront réformer ce système.
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