Crise financière : que ferait De Gaulle ?
Le président français Nicolas Sarkozy doit rencontrer aujourd'hui la chancelière allemande Angela Merkel à Colombey-les-Deux-Eglises, à l'occasion de l'inauguration du Mémorial De Gaulle. Cette rencontre fait écho à une autre rencontre qui a eu lieu il y 50 ans entre De Gaulle et Adenauer en ces lieux, rencontre hautement symbolique qui a scellé la réconciliation franco allemande.
Voilà une bonne occasion de s'interroger : qu'aurait fait De Gaulle face à la crise financière actuelle ? Cette question est évidemment très délicate et s'apparente à de la politique fiction (certains qualifieraient cette démarche d'uchronie); on ne peut émettre que des hypothèses en fonction de ce que fut l'action politique de De Gaulle.
De Gaulle, qui n'a jamais transigé sur la souveraineté nationale, n'aurait peut-être pas accepté que la France abandonne ses prérogatives monétaires à une instance supranationale (la BCE) qui agit sans contrôle politique et démocratique. Nous admettrons cependant que De Gaulle soit placé dans la situation actuelle. Il y a fort à parier que dans les circonstances actuelles, De Gaulle n'aurait pas joué au jeu dangereux de la "chaise vide", la situation étant trop grave pour cela, mais plutôt la carte de la solidarité européenne.
La vidéo ci-dessous rappelle ce que fut la conception de l'Europe selon De Gaulle :
D'abord, De Gaulle voulait voir la réalité en face : "Il faut prendre les choses comme elles sont car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités", dit-il. Ensuite, De Gaulle avait une pensée politique fondée sur l'action, et pas seulement sur des disours sans conséquences.
Dans les circonstances actuelles, De Gaulle n'aurait donc certainement pas attaqué l'Euro malgré ses insuffisances. Il aurait très certainement joué la carte de la solidarité européenne, et au delà, il aurait sans doute poussé à la réunion d'une grande conférence mondiale de type Bretton Woods pour redéfinir les règles du système économique, monétaire et financier mondial.
Quel genre de décisions De Gaulle aurait-il pu envisager ?
De Gaule n'aurait certainement pas choisi la solution du laisser-faire. Il aurait revendiqué et mis en oeuvre des solutions politiques, car les problèmes économiques ne sont pas indépendants des problèmes politiques. On peut même dire que l'action politique (ou l'inaction politique) est à la base d'un certain modèle économique.
De Gaulle se serait très probablement occupé, avec ses partenaires Européens, de la question du crédit interbancaire, qui menace les économies à court terme. Pour rétablir un fonctionnement normal du marché interbancaire, il aurait certainement employé tous les moyens possibles : Nationalisations (à la façon de Gordon Brown) et pourquoi pas la loi, une loi d'exception, provisoire ou durable, adaptée au caractère exceptionnel de la situation et contraignant les organismes financiers à faire leur devoir; un telle initiative est possible dans le cadre des Institutions de la Vème République, idéales pour faire face aux problèmes qui requièrent des actions fortes et déterminées.
En ce qui concerne le moyen et le long terme, De Gaulle n'était évidemment pas indifférent au "panier de la ménagère", c'est-à-dire au pouvoir d'achat, et, au delà, à la situation économique française. La Liberté d'une Nation dépend de sa capacité à subvenir par elle-même à ses propres besoins. De Gaulle aurait certainement envisagé les déficits commerciaux durables et le creusement de la dette comme une solution facile à court terme, mais potentiellement mortelle à long terme. De Gaulle aurait donc cherché à réduire ces déséquilibres.
De Gaulle avait des conceptions plutôt traditionnelles en matière budgetaire et monétaire : il voulait l'équilibre des comptes de la Nation plutôt que les déficits, et une monnaie basée sur l'Etalon Or plutôt qu'un système complètement fiduciaire tel qu'il existe aujourd'hui. Mais répétons cette phrase "Il faut prendre les choses comme elles sont car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités".
De Gaulle se serait donc adapté à la réalité d'aujourd'hui. Il aurait accepté provisoirement des déficits, nécessaires pour ne pas aggraver la situation économique; il aurait ensuite très certainement cherché à rétablir les équilibres économiques entre les Nations, trouvant insupportable la concurrence déloyale conduite depuis des années par une partie des Nations du monde; enfin il se serait préoccupé de réformer le capitalisme pour le mettre au service du peuple français (avec, par exemple, une vraie participation des salariés des entreprises au capital).
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