Christine Largarde, ministre des finances, est revenue sur la crise le 6 juin dernier dans une interview donnée à Euronews.
La crise financière, la crise économique et la crise sociale sont au coeur de l'actualité. Il s'agissait de savoir où nous en sommes après les espoirs suscités par les G20 de Londres sur la réforme du système financier. Les questions portent aussi sur le déficit budgétaire de l'Etat Français.
Le journaliste commence l'interview en affirmant que les causes de la crise sont trop de dette et des taux d'intérêt bas et que la réponse à cette crise est une augmentation des dettes et une nouvelle baisse des taux d'intérêt.
Les causes de la crise
Christine Lagarde répond à cela qu'il s'agit d'une analyse parcellaire de la crise. En fait, il y a bien eu, affirme la ministre, trop de liquidités et des taux d'intérêt trop bas, ainsi qu'un excès de sophistication dans les instruments financiers.
Mais la cause majeure de la crise, ce sont les déséquilibres macro-économiques mondiaux et notamment l'énorme déséquilibre entre la Chine et les Etats-Unis. Désormais la Chine détient l'outil de production industriel et les capitaux; l'Amérique a une industrie en ruine (voir le cas emblématique de Général Motors) et des montagnes de dettes. Et la situation de l'Europe, à l'exception peut-être de l'Allemagne, n'est guère meilleure.
A ces déséquilibres internationaux, il faut ajouter les déséquilibres internes des sociétés occidentales, où une minorité concentre une part considérable des richesses produites, provoquant par contrecoup une crise de la demande, car il est bien évident qu'un marché ne peut être dynamique qu'à condition qu'il existe des acheteurs solvables.
Les réponses à la crise
Selon Christine Lagarde, seuls les Etats sont en mesure de répondre à la crise car les acteurs privés (ainsi que la "main invisible du marché") sont complètement décrédibilisés. La politique monétaire qui a été suivie est la seule politique monétaire raisonnable. Il n'y a pas d'autre choix que d'injecter des liquidités dans le système et de maintenir autant que possible un système de crédit en état de fonctionnement. L'existence du crédit est la condition sine qua non du fonctionnement de l'économie. L'autre possibilité (hausse des taux d'intérêt) et absence de liquidités sur le marché monétaire aurait conduit directement à une situation comparable à celle de 1929.
Mais naturellement cette solution monétaire (baisse des taux et injection de liquidités) est insuffisante tant que les déséquilibres macro-économiques mondiaux évoqués ci-dessus, qui sont la cause fondamentale de la crise, ne sont pas sérieusement traités sur un plan politique. Et traiter le déséquilibre avec la Chine signifie instaurer des taux de change normaux entre les monnaies (dollar/Yuan et Euro Yuan) ou instaurer des barrières douanières, faute de quoi la crise va s'aggraver et le déclassement économique puis politique de l'Occident va s'approfondir irrémédiablement.
Interview de Christine Lagarde sur Euronews le 6 juin 2009