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Joseph Hilarius Eckhel (1737, Enzersfeld - 16 mai 1798), numismate autrichien, de l'ordre des Jésuites.
Il était directeur du cabinet des médailles de Vienne, et professeur d'antiquités. Il embrassa toutes les parties de la numismatique, et publia un grand traité De Doctrina nummarum, en 8 volumes in-4, Vienne, 1792-1798. Les médailles y sont distribuées dans l'ordre des villes qui les ont fait frapper.
BIOGRAPHIE DETAILLEE DE ECKHEL
ECKHEL (joseph-Hilaire). Célèbre numismate, naquit le 13 janvier 1737 à Enzesfeld, village situé près d'Ens, dans l'Autriche supérieure. Son père qui était attaché au comte de Sinzendorf, lui fit donner une éducation libérale chez les jésuites, et le jeune homme, par ses progrès dans les lettres, fixa bientôt l'attention de ses maîtres, qui l'engagèrent dès l'âge de quinze ans à s'enrôler dans leur société. Ses talents pour les lettres se développèrent si heureusement dans le cours de ses études, qu'il fit à Léoben, qu'après un petit nombre d'années on l'envoya enseigner le latin à Vienne dans le collège Thérésien, et la rhétorique à Stever. Peu après, il fut nommé professeur d’éloquence dans l’université de Vienne. L'ardeur qu'il avait pour la belle littérature le porta à en cultiver les différentes parties : il s'exerça en prose et en vers, dans les langues anciennes et dans sa langue maternelle; mais son affection particulière pour les auteurs classiques, et ses connaissances dans les langues savantes, lui inspirèrent de bonne heure un goût décidé pour les études de l'antiquité, et particulièrement pour la numismatique, dont il avait sous les veux un grand nombre de monuments dans le cabinet même des jésuites. On lui en confia la garde après la mort du père Khell, l'un de ses confrères, dont la conversation et l'exemple, ainsi que ceux du père Froelich, autre numismate non moins célèbre de la même société, avaient contribué à le déterminer dans ce choix de ses études. La riche collection de médailles réunies dans la bibliothèque de l'empereur, et les cabinets de plusieurs amateurs distingués, attirèrent bientôt toute son attention. La comparaison des monuments étendit et fortifia les connaissances du nouvel antiquaire, et lui lit acquérir peu à peu ce coup d'œil et, s’il est permis de s'exprimer ainsi, ce tact qui abrège et facilite l'examen des monuments mêmes et donne à l'homme instruit cette justesse de jugement qui fait le complément de la science. La numismatique, qui tient à l'archéologie par les types des médailles, et à la paléographie par leurs légendes, avait, depuis la renaissance des lettres, fixé l'attention de plusieurs savants qui avaient reconnu la liaisons intime de cette science avec la philologie et l'histoire. Mais le grand nombre de monuments numismatiques qui sont parvenus et qu'on ne cesse encore de découvrir chaque jour la diversité des siècles et des pays auxquels ils appartiennent, la variété des caractères et des langues employées dans leurs légendes, ont donné à cette étude une si vaste étendue, et ont nécessité pour la parcourir tant de secours de différents genres, qu’à la fin du 18e siècle on n'avait pas encore osé la réduire à un seul système, et la renfermer dans un seul corps de doctrine; les livres élémentaires de Jobert et du père Zaccaria étant plus propres à faire sentir les difficultés de l’entreprise, qu'à en préjuger la réussite. Ezechiel Spanheim avait à la vérité soumis à des considérations générales, et éclairé par des remarques savantes, presque toutes les branches de la numismatique; mais son grand ouvrage, (De usu et proestantia numistnatum), très propre à relever le prix de cette science, ne l’est pas également à porter la lumière sur tous les objets qu'elle embrasse; et d'ailleurs un grand nombre de monuments, ignorés de son temps, ont répandu depuis un nouveau jour sur une multitude d’endroits obscurs, et ont fait découvrir dans ce bel ouvrage plusieurs fautes et encore, plus de lacunes. Trois antiquaires français avaient mieux mérité que tous les autres de la science des médailles, et on peut dire avec vérité que si leurs travaux n’avaient pas précédé ceux, de Joseph Eckhel, celui-ci n'aurait jamais pu atteindre cette perfection à laquelle il s'est élevé. Ces trois antiquaires sont Vaillant, Pellerin et l'abbé Barthélémy : le premier avait mis plus d'ordre et plus d'ensemble dans la numismatique, surtout dans la partie qui concerne les suites des rois, des princes et des empereurs : le mérite du second s'est particulièrement signalé à l’égard des médailles autonomes, c’est-à-dire de celles qui, sans nom de prince ni d'empereur, ont été frappées par les villes et par les états «le l'antiquité, et ne sont pas moins utiles à la géographie qu'à l’histoire ; le troisième, plus savant que les deux autres, s'est distingué principalement par ses travaux sur la paléographie des médailles. Tels sont les principaux secours qui s’offraient à Eckhel lorsqu'il méditait la grande entreprise d’embrasser, dans un seul ouvrage, toute la doctrine numismatique. Il pouvait encore tirer parti d'un nombre immense de recherches partielles dues aux études d'un grand nombre de savants, le champ qu'il se proposait de parcourir lui présentait au premier coup d'œil deux grandes parties bien distinctes : d’un côté les médailles romaines, et de l'autre celles de tout le reste du monde ancien. Il était naturel de commencer par celles-ci, et de s'occuper ensuite des médailles romaines; c'est ce que fit Eckhel; il n'hésita point à suivre pour les médailles des villes l’ordre géographique de Pellerin ; mais il le perfectionna en plaçant après les médailles autonomes de chaque ville celles que cette même ville avait fait frapper sous l’autorité des empereurs romains ou de ses rois. Hardouin a été le premier qui ait fait usage de celle méthode ; mais, au lieu de disposer ses catalogues dans l'ordre géographique, il avait adopté celui de l'alphabet. Il est incroyable, combien ce simple changement d'ordre, introduit par Eckhel, a donné de facilité pour l'explication des types, des emblèmes et des légendes que l'on rencontre sur les médailles des villes anciennes. Pour les médailles romaines, on avait traité séparément de celles qui ont été frappées sous la république et de celles qui l’ont été sous le règne des empereurs; mais le désordre et la confusion s'étaient glissés dans presque tous les ouvrages où l'on traitait, avec une certaine étendue de ces dernières, c’est-à-dire des médailles impériales. En vain Occon et Mezzabarba avaient voulu les ranger suivant l'ordre des fastes et de la chronologie. Des difficultés qui semblaient insurmontables décourageaient les numismates. Ces difficultés naissaient la plupart du mélange des monuments apocryphes avec les monuments authentiques. Dès que le goût pour l’antiquité et pour les monuments commença à revivre, en Europe, plusieurs habiles graveurs, séduits par l'appel d'un vil profit, s'adonnèrent à contrefaire les monuments numismatiques (voy. Cavino). Un grand nombre d'amateurs y furent trompés, et les cabinets se remplirent de ces monuments supposés, qui passèrent dans les ouvrages des antiquaires trop crédules. Il y eut aussi des faux-monnayeurs chez les peuples anciens : la quantité de pièces fausses fabriquées par eux est énorme, particulièrement de pièces d'argent, dont un grand nombre ne sont que fourrées. Ces médailles, qui ne sont pas toujours des copies fidèles de la bonne monnaie du temps, nous présentent souvent des particularités qui répugnent à la chronologie et à l'histoire. Faille d'avoir usé d'une critique éclairée dans le choix des monuments, les médailles qui auraient dû être le guide le plus sûr dans le dédale souvent obscur de la chronologie, étaient devenues la source de quelques systèmes si pleins d'absurdités et de contradictions, qu'ils faisaient le désespoir des savants. La critique d'Eckhel a surmonté ces difficultés; il n'a admis dans ses ouvrages que des monuments authentiques, il a signalé avec exactitude les médailles des faux monnayeurs anciens; celles qui étaient suspectes ou que les modernes avaient contrefaites; celles enfin qui sont imaginaires et n'ont jamais existé, que sur des catalogues. Le soin qu'il a pris de décrire avec fidélité et précision les empreintes et les légendes des médailles impériales du côté de la tête, particularité que ses prédécesseurs avaient négligée, a donné unplus- haut degré de perfection et de justesse à son travail sur cette classe de médailles, qui est la plus nombreuse. Avant de commencer l'exécution du grand ouvrage qu'il s'était proposé comme le but de ses travaux constants, Eckhel avait senti qu'il avait besoin d’une connaissance plus vaste des monuments numismatiques que celle qu'il avait pu acquérir dans son pays. Il obtint de ses supérieurs la permission de faire en 1772, pour atteindre ce but, le voyage d'Italie, où il examina, autant qu'il lui fut possible, les nombreux cabinets qui s y trouvent épars. Pierre-Léopold d'Autriche régnait alors sur la Toscane : il voulut que le cabinet des Médicis profitât de la visite de l'antiquaire, son compatriote. Le docteur Coechi, qui avait alors la direction de la galerie de Florence, ne chercha point, par une basse jalousie, à traverser les vues du prince, et il fut permis au jésuite voyageur de faire l'essai de son nouveau classement sur une des plus belles et des plus riches collections de l’Europe. De retour à Vienne, en 1776, il s'y trouva prévenu par la bienveillance et la protection de Léopold, auprès de sa mère l'impératrice Marie-Thérèse. Cette souveraine l'avait nommé directeur du cabinet des médailles et professeur d'antiquités. La suppression des jésuites, opérée peu de mois auparavant, et ce nouvel emploi permirent à Eckhel de se livrer entièrement à ses études favorites ; et le bel ouvrage Numi veteres anecdoti, publié à Vienne en 1775, 2 parties in-4°, fut le premier fruit de ses voyages et de ses loisirs. Dans cet excellent recueil, il a fait connaître plus de 400 médailles inédites, la plupart autonomes, et les a accompagnées d'explications savantes, telles qu'on n'en avait vu dans aucun autre recueil du même genre, si l'on en excepte les médaillons de Ph. Bonarotti : mais les explications d'Eckhel, moins abondantes à la vérité, et moins détaillées que celles du numismate florentin, prouvent une critique plus sûre et une connaissance plus profonde des langues anciennes. La nouvelle édition du catalogue du cabinet numismatique de Vienne (imprimé à Vienne en 1779, 2 vol. in-fol. en latin), rangé suivant la méthode introduite par lui, et augmenté d'un grand nombre de monuments qui ne s'y trouvaient point à l'époque de la première édition, soignée par Froelich et par Knell, fut encore un heureux résultat de son zèle pour faire jouir le public des richesses dont il était dépositaire. Cependant ces différents travaux ne lui faisaient point perdre de vue l'ouvrage, d'une tout autre importance, qu'il méditait depuis longtemps, et dont il publia, en 1786, un fragment dans lequel il traite des médailles d'Antioche de Syrie, in-4°. Le public put juger, par cet essai, combien la science des médailles serait redevable au professeur de Vienne, s'il réussissait à donner à chaque partie du plan immense qu'il s'était fait, le degré de perfection qu'on admirait dans cet article détaché. Comme le cabinet impérial contenait, outre les médailles, une collection très précieuse de pierres gravées antiques, le directeur crut également de son devoir de faire mieux connaître cette autre classe de monuments confiés à sa garde. Il en fit un choix et en publia, en 1788, à Vienne, les dessins gravés avec netteté, en 12 planches, et accompagnés de quelques éclaircissements écrits en français. Il préféra sans doute notre langue comme la plus familière aux amateurs, pour lesquels l'ouvrage semble principalement destiné. Aussi les explications en sont-elles rédigées de manière à ne point fatiguer les gens du monde par trop d'érudition et par des recherches trop abstruses. Le premier volume de l'ouvrage De doctrina numorum, ou de la science des médailles, que nous avons indiqué précédemment en parlant du traité des médailles d'Antioche sur l’Oronto, et qu'on attendait avec impatience, parut enfin à Vienne en 1792. Les autres volumes se succédèrent rapidement, et le 8e et dernier fût publié en 1798. Les prolégomènes en ont été traduits en français par M. Du Mersan, dans sa Numismatique d'Anacharsis, et reproduits dans les Eléments de numismatique de la Bibliothèque populaire). Ce bel ouvrage, dans lequel l’auteur a embrassé la numismatique tout entière, en a disposé les différentes parties dans le meilleur ordre, les a soumises à la critique la plus savante et la plus ingénieuse, et a dissipé les ténèbres dont plusieurs étaient encore couvertes, a mis le comble à sa gloire littéraire; mais il n'a pas eu le temps d'en jouir. Il mourut le 16 mai 1798, peu de jours après la publication de son dernier volume, et avant que l'opinion des savants, toujours un peu lente à se manifester lorsqu'il s'agit de juger des ouvrages aussi solides et aussi profonds que celui d'Eckhel, eut pu justifier dans son esprit cette satisfaction intime qui est le prix, sinon le plus brillant, du moins le plus sûr et le plus flatteur des grands travaux littéraires. Tant que les bonnes études et le goût de l'antiquité, de ses écrivains et de ses monuments seront en honneur, l'ouvrage De la science des médailles sera le flambeau qui éclairera cette vaste région des connaissances. Des découvertes nouvelles pourront compléter et enrichir l'ouvrage d'Eckhel; on pourra remarquer et corriger quelques fautes qui lui sont échappées dans les détails; mais la perfection du plan général, l'étendue des recherches, la justesse de la critique, le choix et la sobriété dans les citations, rendront à jamais ce livre précieux pour ceux qui aiment à s'instruire profondément dans un genre de connaissances si intimement lié à l'histoire, et si propre à exciter une docte curiosité. On ne cessera d'admirer la sage distribution que l'auteur a faite des matières, distribution par laquelle, pour éviter les redites et donner des aperçus plus généraux, il a placé, dans des prolégomènes et dans des traités joints à chaque partie de l'ouvrage, l’examen des questions difficiles et les recherches qui forment l'ensemble de la théorie numismatique. Cette lecture, attachante par l'intérêt du fond, l'est encore par la clarté et les grâces du style, qui est si coulant et si naturel, que l'ouvrage, pour tout lecteur qui entend le latin, lui semble écrit dans sa langue maternelle. On regrettera peut-être que l'auteur n'ait point eu l'occasion ou le loisir de se familiariser un peu avec les arts et les monuments de la sculpture ancienne. Ces connaissances auraient souvent porté à un plus haut degré la justesse de ses conjectures, et même celle de ses expressions : elles auraient rendu son travail encore plus intéressant par les secours que l'histoire de l'art et la numismatique se prêtent réciproquement; enfin elles auraient laissé moins d'incertitude dans les jugements de l'auteur relativement aux portraits des princes et des hommes illustres. Il est à regretter aussi que les collections visitées par Eckhel n'aient été que médiocrement riches enmédailles appartenant aux suites des rois. S'il avait visité à Paris le cabinet de la Bibliothèque, il aurait pu donner à cette branche de la numismatique tout le développement que je me suis efforcé de lui donner dans mon ouvrage de l'iconographie grecque. Le caractère moral d'Eckhel était aussi aimable et bienfaisant que son esprit était éclairé : on peut voir dans l'éloge historique de ce savant, par Millin [Magasin Encyclopédique, 5e année 1799, t. 2, p. 458), quelques traits de sa bonté et de son désintéressement. La notice do M. Millin, traduite en latin par M. Hohler, a été reproduite, avec le portrait de ce savant, dans l'ouvrage intitulé Addenda ad Eckhelii Doctrinam numorum veterum, ex ejusdem autographo posthumo (Vienne, 1826 , in-4°), par M. Steinbuchel, son élève, qui lui a succédé dans la place de garde du cabinet des médailles de Vienne. Dans les disputes littéraires, Eckhel ne s'emporta jamais. Attaqué très âcrement par Pellerin, que son grand âge rendait trop irascible et incapable de garder aucun ménagement envers ceux qui osaient n'être pas de son avis, il ne répondit qu'avec décence et douceur. Outre les ouvrages qu'on a indiqués dans le cours de cet article, Eckhel a publié, en différentes occasions, plusieurs opuscules dont voici le catalogue : 1° Odœ duœ quum Josephus II et Jonepha Bauariœ princeps nuptiis jungerentur, Vienne, 1705, in-4°. 2° Un Poème en allemand sur le départ de la princesse Marie-Charlotte, Vienne, 1768. in-8°. 3° Un Discours dans la même langue sur le voyage de Joseph II en Italie, Vienne, 1770, in-8'. 4° Explication grammaticale des prophéties d'Hagée (Magasin Encyclopédique, 2e année, t. 2, p. 461). 5° Sylloge prima numorum anecdotorum thesauri Cesarei, Vienne, 1786, grand in-4°. Cet intéressant ouvrage n'est qu'une espèce d'appendice à celui qui a pour titre : Numi veteres anecdocti. Les médailles qu'il y publie sont gravées sur dix planches. Le titre Sylloge prima fait entendre que l'auteur avait le projet de donner une suite à cet ouvrage; mais il n'a pu le faire. 6° Un Traité élémentaire de numismatique allemande, à l'usage des Ecoles, Vienne, 1786, grand in-8°.
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Extrait de la Biographie universelle, 1855
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