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Henry Cohen (1806-1880)
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Henry Cohen (allocution prononcée sur la tombe de M. Henry Cohen, à Bry-sur-Marne (Seine), le mercredi 19 mai 1880, par M. Chabouillet

La mort ne se lasse pas de frapper la Bibliothèque Nationale. Il n'y a pas un mois nous conduisions à sa dernière demeure l'un des conservateurs du département des imprimés si cruellement éprouvés depuis quelques années, et, pour ne parler que de celui des Médailles, le 13 mars 1878, j'adressais à Saint-Mandé un dernier adieu à l'un de mes collaborateurs, à mon jeune et savant ami Camille de la Berge; et voici qu'après deux ans à peine je me retrouve au bord d'une tombe qui s'ouvre pour un des soldats de la phalange, pourtant si peu nombreuse, dont j'ai l'honneur d'être le chef.

Hélas ! c'est ainsi ! La destinée n'épargne pas la douleur renaissante de voir tomber les meilleurs compagnons de route à ceux qu'elle n'arrête pas dès le commencement du voyage.

M. Henry Cohen, qui vient de succomber ici, le lundi 17 mai 1880, était né à Amsterdam le 21 avril 1806. Il ne nous quitte donc pas aussi prématurément que Camille de la Berge; mais l'ardente activité de M. Cohen empêchait de compter les années qui s'accumulaient sur sa tête, et nous donnait l'espoir de le conserver encore longtemps parmi nous.

Cependant, tout à coup, de funestes symptômes se révélèrent et nous apprirent que cette santé, en apparence si vigoureuse, était ébranlée. Au mois de novembre dernier, M. Cohen fut atteint d'une paralysie de la mains droite. Quelques heures après cette attaque, M. Cohen se rendait seul, à pied, au Cabinet des Médailles.

Avec la plus philosophique simplicité, il nous faisait part de cet "accident", et, montrant sa main presque inerte, nous disait que son médecin espérait lui rendre le mouvement et l'élasticité, mais qu'en attendant il s'étudierait à écrire de la mains gauche.
Puis il trouvait un sourire pour se plaindre d'avoir éprouvé en chemin un autre accident, - il avait été renversé par une voiture, - et, sans plus de discours, allait stoïquement s'asseoir à son bureau, où, l'instant même, il adressait à un ami une lettre péniblement écrite de la main gauche !

Depuis cette journée fatale, malgré les soins dont il fut entouré par madame Morin, son excellente fille, ainsi que par M. Morin, son gendre, qui fut pour lui un fils, M. Cohen n'a jamais retrouvé la santé.

Le 6 du mois de janvier de cette année, il faillit succomber à une première attaque d'une autre maladie (le catarrhe suffoquant); à peine se rétablissait-il, que des crises nouvelles venaient l'abattre de nouveau. La robuste constitution de M. Cohen était minée; mais avec un courage qui ne se démentit pas un instant, dès qu'il parvenait des souffrances qui ne le terrassèrent qu'après des assauts répétes, il revenait au Cabinet des médailles, où il étonnait collègues et visiteurs par sa résignation à un dénouement qu'il savait prochain, ainsi que par la présence de son esprit et la persistance de sa mémoire numismatique.
Samedi dernier, M. Cohen paraissait encore au Cabinet des médailles : il venait nous dire adieu, au moment de partir pour Bry, où les médecins l'envoyaient chercher, sinon la guérison, au moins le repos auprès de ses enfants. Hélas ! il ne devait pas en revenir ! M. Cohen a succombé le 17 mai 1880.

Je ne sais presque rien de M. Cohen avant l'époque où il commença à fréquenter le Cabinet des Médailles, comme amateur, c'es-à-dire plusieurs années avant la publication de son livre sur les monnaies consulaires, lequel date de 1857. Je sais seulement qu'il tenait de sa famille une fortune qui lui assura d'abord l'indépendance.

Doué d'aptitudes très diverses, M. Cohen avait des goûts variés. Bibliophile, il se fit une bibliothèque de bons et beaux livres; minéralogiste, il rassemblait des pierres rares; numismatiste, il collectionnait les monnaies romaines, surtout les consulaires; musicien passionné, il n'était pas seulement remarquable exécutant, c'était un compositeur et un savant théoricien. Vers 1834, M. Cohen faisait jouer, à Naples, un opéra, "l'Impératrice"; à Paris et à Londres, des scènes lyriques et des romances qu'il chantait souvent lui-même dans les salons, et on lui doit un excellent recueil de fugues et de savants traités d'harmonie et de contrepoint, où les juges compétents s'accordent à reconnaître des qualités de premier ordre, celles que nous retrouvons chez le numismatiste : la clarté dans l'exposition des principes et des règles, de la nouveauté et de la justesse dans les idées. Je constate le succès, qui dure encore, des ouvrages de M. Cohen sur la musique; je ne songe pas à en donner la moindre idée à ceux qui m'écoutent. D'autres apprécieront M. Cohen musicien, M. Cohen bibliophile, auteur du "Guide de l'amateur de livres à vignettes du XVIIIème siècle", dont la 4ème édition paraissait la veille de sa mort; je dois me borner à parler de M. Cohen numismatiste, de celui qui, pendant plus de vingt années, fut mon collaborateur au Cabinet des médailles.

En numismatique, surtout au point de vue pratique, M. Cohen était un maître; aussi, lorsqu'en 1859, des revers vinrent le contraindre à renoncer à ses collections et à demander à un travail rémunéré les ressources qui lui faisaient défaut, s'empressa-t-on de lui ouvrir les portes du Cabinet des Médailles.

Malheureusement, par suite des prescriptions du règlement et des nécessités budgétaires,, M. Cohen, qui commença par l'emploi trop modeste de surnuméraire, ne franchit pax aussi rapidement que tout le monde l'aurait voulu, les degrés qui le séparaient du grade de bibliothécaire, auquel il ne parvint qu'en 1875. Dès les premiers mois de l'année 1859, qui le vit entrer au Cabinet national, M. Cohen avait fait paraître le premier volume du second de ses grands ouvrages, sa "Description des médailles impériales", dont le deuxième porte la même date. On le voit, ces publications suivirent de près son ouvrage sur les "Médailles consulaires" (voici les titres in extenso de ces deux excellent vademacum : 1° "Description générale des monnaies de la République romaine, communémznt appelées Médailles consulaires", par Henry Cohen (1 vol. in-4 avec planches, Paris, 1857); 2° "Description historique des Monnaies frappées sous l'Empire romain, communément appelées Médailles impériales, par Henry Cohen (7 volumes, in-8, publiés : t. 1 et 2 en 1859; t 3 et 4 en 1860, tome 5 en 1861, t. 6 en 1862; enfin, en 1868 le t. 7 ou supplément).

Deux pensées avaient engagé M. Cohen à composer ces grands ouvrages : s'il avait voulu être utile aux amateurs, ses confrères, il avait eu aussi l'ambition d'élever un monument à Rome antique. M. Cohen aurait pu prendre le surnom d'ami des Romains que nous lisons sur les monnaies de plusieurs rois grecs de l'Asie; il avait presque un culte pour le Peuple-Roi, dont la littérature le charmait, dont il préconisait les lois et les moeurs, parfois avec une partialité dont nous lui faisions la guerre, mais qu'il défendait avec conviction et non sans originalité.

On peut le dire, M. Cohen a atteint le double but qu'il avait poursuivi. D'ailleurs, sincèrement modeste, c'est lui-même qui, dans la préface de ses "Médailles consulaires", déclare n'avoir pas songé à lutter de science avec les grands numismatistes du passé, Vaillant, Patin, Eckhel, et avour simplement la prétention qu'il espérait justifier, "de donner un ouvrage plus exact, sous le rapport de l'intégrité des inscriptions et et de l'authenticité des pièces, que tous ceux qui existent" ("Médailles consulaires", préface, page première). Cette prétention, M. Cohen l'a pleinement justifiée dans ses ouvrages; il l'a même dépassée.
S'il ne fut pas supérieur à Eckhel, si le rédacteur de simples répertoires, si parfaits qu'ils soient, ne peut être comparé à l'auteur de la "Doctrina numorum veterum", à celui qu'il nommait lui-même "le grand législateur de la numismatique ancienne" (Parlant du principal des livres d'Eckhel, M. Cohen s'exprimait ainsi : "... l'immortel "Doctrina nummorum veterum" du grand législateur de la numismatique ancienne, Eckhel...." (voyez "Description des médailles impériales", préface, page II de la première édition), M. Cohen a laissé loin derrière lui la plupart des numismatistes du siècle dernier, et s'est placé dans les premiers rangs parmi ceux du nôtre.

Ce n'est pas le moment d'analyser les ouvrages qui apprirent le nom d'Henry Cohen à l'Europe érudite. Je n'essaierai même pas de donner une idée des difficultés qu'il y avait à vaincre, des qualités, rares ay degré où M. Cohen les possédait, qu'il fallait réunir pour composer d'aussi vastes répertoires, pour les faire aussi complets que possible, et en même temps leur imprimer le cachet d'une incomparable exactitude.

Malgré sa modestie, qui, je le répète, n'était pas feinte, M. Cohen n'ignorait pas l'importance des services qu'il avait rendus; et après tout, les suffrages de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, qui le couronnait en 1862, lui auraient révélé son mérite s'il s'était absolument ignoré lui-même. Non, il savait bien que tout le monde n'aurait pu faire comme lui ses deux grands ouvrages.

"Dût-on me taxer d'outrecuidance", écrivait-il dans cette préface de ses "Médailles consulaires" que je viens de citer, "je dirai que, s'il est difficile d'écrire un livre de numismatique savant, il l'est peut-être plus encore d'en faire un très exact".

Je dirai, moi, qu'il n'y a pas que l'exactitude à louer dans les ouvrages de M. Cohen. La simplicité du plan, la méthode, la clarté, en font des conseillers que l'on ne trouve, pour ainsi dire, jamais en défaut. Et lorsqu'on pense que le volume des "Médailles consulaires" comprend 360 pages in-4°, que les sept volumes des "Médailles impériales" en comprennent 4000, que dans ces innombrables descriptions, où rien d'essentiel n'est omis, il n'y a pas un mot inutile, que, comme il l'avait annoncé, les légendes sont reproduites avec la plus scrupuleuse exactitude, que la patience de l'auteur ne lui a jamais fait défaut, on reste confondu !

Un autre mérite de M. Cohen, et celui-ci est des plus considérables, c'est que, de l'aveu général, on peut s'en rapporter à lui, à l'égard de l'authenticité des médailles admises dans ses ouvrages.

Grand admirateur de l'art antique, doué d'étonnantes facultés de travail, d'un tact des plus délicats, de ce tact qui ne s'acquiert pas, dont on ne peut même pas approcher si l'on commence tard à s'occuper de numismatique, M. Cohen avait perfectionné les dons qu'il devait à la nature par l'étude des procédés de la fabrication monétaire et par une longue pratique des monuments numismatiques. Mais ce n'était pas seulement le tact, la sûreté et la rapidité du coup d'oeil qui surprenaient chez M. Cohen; sa mémoire numismatique était prodigieuse, et c'était l'un des grands secrets de sa supériorité.

On ne dira pas, cependant, qu'il ne se glissa jamais une inexactitude dans ses descriptions, une erreur dans ses explications. Où est l'homme dont on pourrait dire : "Il ne s'est jamais trompé" ? Ce que l'on peut dire de M. Cohen, c'est qu'il fut de ceux qui se trompent très rarement, c'est que ses livres qui, à bon droit, font autorité, c'est que ses articles trop peu nombreux de la "Revue Numismatique" ("Essai sur la véritable prononciation du latin, d'après les médailles antiques", année 1854, p. 293 à 304); "Notice sur sept médailles romaines", année 1860, p. 359 à 363; "De la numismatique de Pescennius Niger", année 1867, p. 432 à 445), ont largement contribué aux progrès de la numismatique romaine, et, par là, à ceux de l'histoire de Rome sous les consuls et sous les empereurs.

Le culte de M. Cohen pour Rome et la numismatique romaine, pour grand qu'il fut, n'était pas exclusif. S'il n'a pas fait pour la Grèce ce qu'il fit avec tant de succès pour Rome, ce n'est pas qu'il n'y eut jamais songé, et il est à regretter que le temps lui ait manqué pour accomplir certains projets dont il m'avait souvent entretenu. Il s'en serait certainement tiré à son honneur, car il connaissait et appréciait aussi bien les médailles de la Grèce que celles de Rome. Les médailles gauloises et les monnaies du moyen âge sont peut-être les seules grandes séries qui ne répondaient ni à sa prédilection pour l'art classique, ni à ses idées d'humaniste de la vieille roche; mais il était trop avisé pour en nier l'importance historique.

A toutes les qualités que je viens d'énumérer, M. Cohen en joignait une autre, la première chez nous. Il n'aimait pas seulement la numismatique, il aimait notre cher Cabinet ! C'est avec un patriotique orgueil qu'il y voyait s'accumuler les trésors dus à la munificence de l'Etat et aux dons d'amateurs, comme Proper Dupré, le duc de Luynes, le vicomte de Janzé, le commandant Opperman, le baron d'ailly. Et ce qu'il ne faut pas oublier, malgré le nombre et la diversité des occupations qui remplirent sa vie, jamais M. Cohen n'oublia ses devoirs envers l'Etat, et notre inventaire, dont plusieurs volumes écrits de sa mains, témoigne du zèle avec lequel il s'acquittait de ses devoirs de fonctionnaire.

Hélas ! cet excellent collaborateur n'est plus ! Il n'assistera plus à nos intimes délibérations; il ne terminera pas cette seconde édition de ses "Médailles impériales", dont le tome premier, à peine distribué porte le millésime de l'année qui le vit mourir !
Les mortels vivent-ils jamais assez pour voir l'accomplissement de leurs projets ? Sera-t-elle même achevée par un autre, cette seconde édition ? Il y a tout lieu de l'espérer. On en trouvera les éléments dans ses papiers et sur les marges de son exemplaire; mais il en serait autrement, on ne l'achèverait pas, cette seconde édition, on ne publierait pas non plus celle de ses "Médailles consulaires" à laquelle on pendait et dont il parlait parfois, que ces deux ouvrages, tels qu'il les a laissés, suffiraient à faire vivre son nom aussi longtemps qu'il y aura des historiens et des archéologues.

Parmi nous, au Cabinet des médailles, le souvenir de Henry Cohen sera toujours vivant. Nous n'ouvrirons jamais un de ses livres, nous ne reconnaîtrons jamais sa fine et nette écriture sur nos registres, sans une pensée de regret pour le précieux collaborateur, pour l'homme de bonne compagnie, l'homme au commerce faicle et sûr, avec qui nous avons passé tant d'années !

Qu'il repose en paix, l'infatigable travailleur !

A. Chabouillet

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Description historique des monnaies romaines (Catalogues d'Henry Cohen, téléchargeable gratuitement)
Les monnaies romaines

 

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Dernière mise à jour : ( 30-06-2011 )
 
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