Adolphe Dieudonné : Né le 31 janvier 1868, mort à Paris le 4 juin 1945
Adolphe Dieudonné passa quarante et un ans de sa vie au Cabinet des médailles avant de prendre sa retraite en 1937. Il retrace ces années dans un article publié en 1939 dans la Revue Numismatique: « Quarante et un ans au Cabinet des Médailles et Antiques de la Bibliothèque Nationale ». Au début de sa carrière, il s'intéressa au monnayage antique et il n'abandonna jamais ce champ de recherche. Mais il était médiéviste de formation et il entreprit la publication du Catalogue des monnaies françaises de la Bibliothèque Nationale. On lui doit deux tomes de cette belle entreprise (Les monnaies capétiennes, ou royales françaises. I, 1923 ; II, 1932) ainsi que le tome IV du Manuel de numismatique française. Monnaies féodales françaises, 1936). En 1924, il avait pris la direction du Cabinet, succédant à Ernest Babelon. Il mourut en 1945, victime d'un accident de la circulation. Sa bibliographie est impressionnante (plus de cent cinquante livres et articles; quatre cents notices) et sa contribution à la numismatique française demeure essentielle.
Hommages rendus le 24 février 1938 à M. Adolphe Dieudonné conservateur du Cabinet des médailles (1924-1937), s.l., 1938 ; Jean Babelon, Revue Numismatique 1944-1945, p. 201-202
Source : BNF Cabinet des Médailles
Biographie d'Adolphe Dieudonné par P. Le Gentillome
Le 4 août 1945, Adolphe Dieudonné s'est éteint dans la solitude d'un
hôpital parisien, au moment où sa fidèle compagne venait, après de
multiples démarches, d'obtenir enfin l'autorisation de ramener le
mourant dans sa petite villa de Suresnes. Quelques jours plus
tôt, il avait été renversé par un camion et ce stupide accident mit fin
à la studieuse carrière du savant numismate.
Né le 31 janvier 1868, à Paris, boulevard du Prince-Eugène, aujourd'hui
boulevard Voltaire, Adolphe Dieudonné était fils d'un ingénieur aux
chemins de fer de l'Est, de souche normande, d'une famille
universitaire, lui-même ancien élève de l'École Polytechnique, et d'une
mère ardennaisse, issue d'une famille de magistrats. Ses études se
firent à l'école Rocroy-Saint-Léon, puis au collège Rollin, à Paris. Il
entra à l'École des chartes en 1891, déjà muni de la licence es
lettres. C'est une thèse d'histoire littéraire qui valut à Dieudonné le
titre d'archiviste paléographe, Hildebert de Lavardin, évéque du Mans,
au XIIe siècle, sujet qui lui avait été recommandé par Hauréau et
Molinier. Dieudonné entra en 1895 à la Bibliothèque nationale au
département des Imprimés, où il travailla à la section des Entrées, au
Catalogue de l'Histoire de France, puis, en 1896, au Cabinet des
Médailles, comme stagiaire, pour classer et insérer, sous la direction
d'Ernest Babelon, les monnaies grecques de la collection Waddington. Il
collabora à l'inventaire qui fut alors dressé de cette collection.
C'est ainsi qu'il fut d'abord appelé à s'occuper de numismatique
antique et à étudier, dans la Revue numismatique, les acquisitions
nouvelles de pièces grecques et romaines du Cabinet des Médailles de
1895 à 1905.
A partir du départ de Maurice Prou, Dieudonné orienta ses recherches
sur la numismatique française. Mais il n'en garda pas moins
soigneusement le contact avec les séries grecques et romaines. Non
seulement il a rédigé deux inventaires, tirés par voie de sélection du
Recueil général des monnaies grecques d'Asie Mineure, mais il a composé
de toutes pièces celui des monnaies grecques de la Syrie du Nord, à
l'époque romaine, et a fait l'inventaire des monnaies de la Syrie du
Sud. Épigraphiste autant que numismate, il a dressé l'inventaire des
inscriptions du Cabinet des Médailles et étudié en détail la plus
intéressante : un compte de Délos. Mais le grand mérite de Dieudonné
est d'avoir consacré presque tous ses efforts, jusqu'à son dernier
moment, à aborder en historien l'étude, si négligée jusqu'à lui, des
monnaies royales et féodales françaises. En ce domaine, tout était à
faire. Il lui fallut d'abord déblayer le terrain et dresser le bilan
des résultats acquis par les chercheurs qui, sans liaison et le plus
souvent sans méthode, l'avaient précédé. Il publia donc le précieux
instrument de travail que constituent les tables de la Reçue
numismatique et la Chronologie des documents monétaires, tandis que,
par des acquisitions systématiques, il complétait les séries du Cabinet
de France, dont il fit le foyer des études de numismatique médiévale et
moderne. Ses Mélanges numismatiques, dont une partie est restée
manuscrite, ne constituent pas moins de sept volumes à la bibliothèque
du Cabinet des Médailles. Deux des quatre volumes du Manuel de
numismatique française lui sont dus, ainsi que deux volumes du
Catalogue de la série royale pour les monnaies dHugues Capet à Louis
XII. Mais tout cela n'était, à ses yeux, que le travail préliminaire
qui devait lui permettre de rédiger un vaste traité doctrinal de la
monnaie royale française, traité dont nous sommes fier d'avoir à
assumer la publication posthume.
Conservateur adjoint du Cabinet des Médailles'en 1913, il succéda à
Ernest Babelon en 1924 dans les fonctions de conservateur qu'il assuma
jusqu'en 1937, année où sonna pour lui l'heure de la retraite. Il eut
la satisfaction de voir une dernière fois réunis autour de lui, pour
lui rendre un solennel hommage, dans le cadre somptueux du Salon des
Muses des nouveaux locaux du Cabinet des Médailles, ses nombreux amis,
parmi lesquels l'administrateur de la Bibliothèque nationale, les
représentants de la Société des Antiquaires de France, de la Société
française de numismatique, du Comité international de numismatique, et
bien entendu, de l'École des chartes. Une plaquette a été éditée en
souvenir de cette cérémonie, où se trouve la bibliographdie des travaux
publiés par le savant numismate. Elle ne compte pas moins de 145
numéros. Dès novembre 1894, il avait épousé une Ardennaise, dont la
famille était fixée à Paris. Mme Dieudonné fut la patiente compagne de
ses veilles laborieuses et, pendant ses dernières années, la Providence
de son corps souffrant et d'un esprit que la surdité, conséquence d'une
fièvre typhoïde, ne parvint jamais à aigrir. Il savait si bien faire
crédit à l'homme des vertus qu'il lui supposait, qu'il les suscitait,
en quelque sorte. C'est pourquoi il sut tout naturellement être un
chef, lorsqu'il fut amené à en prendre les responsabilités. Sous sa
faible enveloppe charnelle, il fut toujours un exemple de courage
intellectuel. Sa haute probité scientifique et sa modestie de vrai
savant l'amenaient souvent à renier des hypothèses que lui-même avait
avancées quelques années plus tôt, et il n'hésitait pas à reconnaître
qu'il s'était trompé si d'aventure il lui était prouvé par autrui qu'il
avait tort. Cette rectitude d'esprit allait de pair avec celle de ses
moeurs de par fait honnête homme. Pendant les plus sombres jours de la
guerre, il se trouvait souvent aux offices du matin, où il demandait au
Ciel d'exaucer son voeu de voir notre beau pays purgé de ses occupants.
Son aversion pour ceux-ci se traduisait parfois en terribles boutades
qu'il ne craignait pas, en dépit des contingences, de clamer aux
oreilles de ses auditeurs parfois gênés, voire apeurés. Il conserva
jusqu'à la fin une jeunesse et une vivacité d'esprit extraordinaires.
Sa curiosité toujours en éveil lui fit, au soir de la vie, entreprendre
de multiples voyages en Hollande, en Grèce, en Angleterre. Il ne
manquait pas d'assister à toutes les expositions d'art moderne. Ce
savant aimable enseigna la numismatique à l'École des chartes. Il
détestait faire étalage de sa grande culture et de son érudition aux
multiples aspects. Toujours il encouragea les initiatives de ses jeunes
élèves qui lui ont voué une pieuse affection, et tous ceux qui l'ont
connu ont appris à l'aimer.
P. Le Gentilhomme.
[source : Le Gentilhomme P. Adolphe Dieudonné. In: Bibliothèque de
l'école des chartes. 1946, tome 106, livraison 2. pp. 428-430.]
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Biographie Adolphe Dieudonné (par
P. Le Genrilhomme, dans la Revue Persée)
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