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Tibère, dont la mort fut ou naturelle ou violente, après un règne de vingt-trois années, et à l'âge de soixante-dix-neuf ans, eut pour successeur Caïus César, surnommé Caligula, que les vœux de Rome entière appelèrent au trône, en mémoire de ses aïeux et de son père. En effet, du côté maternel, arrière-petit-fils d'Auguste et petit-fils d'Agrippa, Caïus avait pour aïeul paternel Drusus, père de Germanicus, dont il était né. Les vertus modestes et la mort prématurée de ces princes, tous moissonnés avant le temps, à l'exception d'Auguste, la fin tragique de la mère et des frères de Caligula, que Tibère avait fait périr au milieu de leur carrière, inspiraient au peuple les plus touchants souvenirs. Aussi, c'était à qui adoucirait le deuil d'une si noble famille, dans l'espoir que faisait revivre son jeune rejeton, né au milieu des camps, où il avait pris son surnom d'une chaussure militaire, et où il était l'idole des légions. Enfin chaque homme sensé croyait qu'il ressemblerait à ses parents, malgré cette loi toute contraire de la nature, qui souvent, comme à dessein, fait maître de l'homme vertueux le méchant, l'ignorant de l'homme instruit, ainsi du reste, et réciproquement : exemple qui a fait penser à bien des sages qu'il était plus avantageux de n'avoir pas d'enfants. Au reste, la bonne opinion qu'on s'était formée de Caligula n'était pas sans quelque fondement de vérité ; en effet, il avait d'abord si bien déguisé ses vices monstrueux, soit par pudeur, soit par hypocrisie de soumission, que l'on répétait partout avec justice, qu'il n'y avait jamais eu de meilleur esclave ni de plus mauvais maître que lui. Enfin, parvenu au pouvoir, et fort habile, comme ces sortes de caractères, à dissimuler les sentiments de son âme, il fit d'abord plusieurs actions agréables au peuple, au sénat et aux troupes : un jour même qu'on lui dénonçait une conspiration, comme s'il eût refusé d'y croire, il dit hautement qu'il était à peine vraisemblable que l'on pût rien tenter contre celui dont l'existence n'était ni à charge ni nuisible à personne. Mais tout à coup il fait périr, par des forfaits divers, un petit nombre de personnes innocentes, et dès lors tel qu'une bête farouche qui s'est abreuvée de sang, il s'abandonne à toute la férocité de son naturel aussi, à partir de ce moment, pendant trois années, il souilla l'univers du massacre toujours nouveau des sénateurs et des citoyens les plus vertueux. À ces crimes il ajoute l'inceste avec ses propres sœurs, et l'adultère avec les plus nobles Romaines ; il s'avance paré du costume des dieux, il se vante d'être Jupiter, à cause de son triple inceste avec ses sœurs ; puis, dans ses orgies et dans ses bacchanales, il affirme qu'il est le dieu Bacchus. Toutefois, au milieu de ses désordres, il rassemble en un seul corps toutes les légions, et leur donne l'espoir de passer en Germanie ; mais bientôt elles reçoivent l'ordre de recueillir, sur les côtes de l'Océan, des coquillages et de petits cailloux : lui-même il préside à cette opération, tantôt revêtit d'une robe flottante et avec les attributs de Vénus, tantôt, armé de toutes pièces, il ne cesse de répéter qu'il emporte, non point les dépouilles des hommes, mais celles des dieux ; sans doute parce qu'il s'emparait de ces sortes de coquillages, que les Grecs, toujours passionnés pour l'exagération, appellent des yeux de nymphes. Fier de tels exploits, il essaye de prendre le titre de seigneur et d'orner son front du royal diadème. Aussi, tous les citoyens qui avaient conservé l'antique vertu romaine, animés par Chéréa, résolurent d'affranchir, par la mort du tyran, la république d'un fléau si pernicieux : et cette action éclatante aurait eu le même résultat que l'héroïsme de Brutus, qui chassa Tarquin, si les Romains eussent encore été alors les seuls soldats de Rome. Mais du moment où l'indolence et la mollesse avaient forcé les citoyens à ne composer leurs légions que d'étrangers et de barbares, la corruption des mœurs anéantit la liberté, et la passion des richesses ne connut plus de bornes, Tandis que, sur un décret du sénat, des gens aminés poursuivent la famille impériale et tous ses membres, sans exception même des femmes, le hasard voulut qu'un Epirote, faisant partie des cohortes qui gardaient les postes les plus importants du palais, vint à découvrir Tib. Claude, qui se tenait caché dans un coin des plus obscurs : il l'en tira brusquement, et se mit à crier à ses compagnons : « Si vous êtes sages, voici un empereur. » En effet, la stupidité de Claude le faisait paraître plein de douceur à ceux qui ne le devinaient pas ; déjà elle lui avait été d'un grand secours auprès de son oncle Tibère, l'humeur intraitable, et l'avait préservé de la jalousie de son neveu Caligula ; je dirai plus : il s'était concilié le peuple et les soldats, en raison même du mépris de l'état misérable dans lequel il avait vécu sous le règne tyrannique des deux précédents empereurs. Tandis que la plupart des assistants rappellent de telles circonstances, tout à coup les troupes alors présentes l'environnent, sans que personne s'y oppose ; en même temps accourent le reste des soldats et une grande foule de peuple. À cette nouvelle, les sénateurs envoient promptement réprimer la tentative. Mais lorsqu'ils voient la ville entière et tous les ordres de l'État déchirés par des séditions violentes, qui ont chacune un but différent, ils se soumettent, comme s'ils en avaient reçu le commandement. Ainsi le pouvoir suprême d'un seul fut de nouveau consolidé Rome, et l'on reconnut alors, d'une manière bien évidente, que les efforts des mortels sont impuissants lorsque la fortune ne les seconde pas.
PLUS D'INFOS SUR CALIGULA :
Caligula et sa sombre légende [biographie détaillée de Caligula accompagnée d'un court catalogue de monnaies représentatives de son règne]
Biographie de Caligula [d'après le dictionnaire de Weiss, XIXème siècle]
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