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XVI. M. Aurèle Antonin et L. Verus.
En effet, il choisit pour gendre et pour successeur M. Bojonius, connu sous le nom de Marc Aurèle Antonin, de la même ville et d'une famille aussi noble que celle de son beau-père, qu'il surpassait de beaucoup par son double mérite de philosophe et d'orateur. Dans la paix comme dans la guerre, toutes les actions, tous les desseins de Marc Aurèle portèrent l'empreinte d'une sagesse divine : mais il en ternit l'éclat par sa négligence à réprimer les dérèglements de sa femme, dont les passions étaient si impétueuses et si vives, que, lors de son séjour dans la Campanie, elle visitait fort assidûment les sites les plus agréables du rivage, afin de choisir parmi les matelots, qui presque toujours travaillent nus, les plus capables de satisfaire son infâme lubricité. Lorsque Antonin, âgé de soixante et quinze ans, fut mort à Lorium, Marc Aurèle associa aussitôt à l'empire son frère Lucius Verus. Ce prince, d'abord vaincu par les Perses, finit par les battre à son tour et par triompher de leur roi Vologèse. Comme il mourut peu de jours après, on répandit le bruit calomnieux qu'il avait été victime de la perfidie de son parent, qui, disait-on, jaloux et envieux de ses exploits, l'aurait empoisonné dans un repas. En effet, à l'aide d'un couteau dont un côté avait été frotté de poison, Marc Aurèle avait partagé en deux tranches une vulve de truie, qu'il avait à dessein fait servir seule sur la table ; il en avait mangé une moitié, et, selon l'usage de ceux qui vivent ensemble familièrement, il avait présenté à son frère adoptif le morceau qui restait, et que le venin avait touché. Pour croire à un tel crime de la part d'un si grand homme, il faut nécessairement être capable de le commettre. Il est d'ailleurs assez constant que Lucius mourut d'un coup de sang à Altinum, ville de la Vénétie. Pour Marc Aurèle, il savait allier à la plus haute sagesse tant de douceur, de pureté de mœurs et de connaissances littéraires, qu'à l'époque où il allait partir pour la guerre des Marcomans avec son fils Commode, qu'il avait créé césar, plusieurs philosophes l'entourèrent, en le suppliant de ne pas s'exposer aux hasards de cette expédition et des combats, avant de les avoir initiés aux mystères les plus profonds et les plus cachés des sectes philosophiques : tant ils redoutaient les chances de cette campagne, et pour sa vie et dans l'intérêt de la science ! En effet, les arts libéraux fleurirent avec tant d'éclat sous son règne, qu'a mon avis c'est en cela surtout que consiste la gloire de ce siècle. On éclaircit alors d'une manière admirable les obscurités des lois ; on supprima, pour l'homme cité en justice, l'obligation de fournir un répondant, et l'on introduisit dans le droit l'heureuse innovation de dénoncer simplement la demande et d'attendre sans caution le jour du procès. Tous les sujets de l'empire, sans distinction, reçurent le titre de citoyens de Rome ; un grand nombre de villes furent bâties, agrandies, réparées, embellies, et surtout, en Afrique, Carthage, qui avait été détruite par l'action dévorante du feu ; en Asie, Éphèse, et Nicomédie chez les Bithyniens, renversées tontes deux par un tremblement de terre, comme l'a été une seconde fois de nos jours Nicomédie, sous le consulat de Céréalis. L'empereur obtint des triomphes sur les nations qui s'étaient liguées avec le roi Marcomare, depuis la ville de Carnutum, en Pannonie, jusqu'au centre des Gaules. Après dix-huit années d'un règne si glorieux, le prince encore dans toute la force de l'âge, mourut à Vendobona, vivement regretté de tout le genre humain. Enfin le sénat et le peuple, qui jusqu'alors avaient voté séparément à la mort des autres empereurs, se réunirent cette fois pour décerner au seul Marc Aurèle tous les genres d'hommages, des temples, des colonnes, des prêtres.
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