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XIII. Ulpius Trajan.
En effet, ce fut Ulpius Trajan, d'Italica, ville d'Espagne, d'une famille sénatoriale et consulaire, que Nerva adopta par adrogation, et dont il dota l'empire. On trouverait difficilement un plus habile politique, un guerrier plus illustre que Trajan. Car le premier, ou même le seul, il étendit les forces et la domination romaine au delà de l'Ister, après avoir dompté, réduit en province les deux nations des Saces et des Daces (aux larges coiffures), par la défaite des rois Décibale et Sardonius ; tous les pays de l'Orient, situés entre les fleuves célèbres de l'Indus et do l'Euphrate, éprouvèrent aussi la puissance de ses armes victorieuses ; il exigea des otages du roi de Perse Cosroès, en même temps qu'il fit ouvrir à travers les peuplades barbares une route immense, pour faciliter le passage depuis le Pont-Euxin jusque dans la Gaule. Il bâtit des forteresses dans les endroits les plus exposés aux surprises, et dont la situation était favorable ; il éleva un pont sur le Danube, et forma un très grand nombre de colonies. Puis, à Rome, il acheva les forums commencés par Domitien, et beaucoup d'autres ouvrages qu'il embellit et décora d'ornements au-dessus de toute magnificence. Par une prévoyance admirable, et afin d'en retenir à Rome une perpétuelle abondance, il établit et consolida le collège des boulangers ; pour connaître plus vite à la fois ce qui se faisait dans tout l'empire, il institua une course ou inspection publique : établissement assez utile, mais qui devait tourner à la ruine du monde romain par l'avarice et l'insolence de certains de ses successeurs. Disons que, dans ces dernières années, le fléau a épargné les provinces illyriennes, qui ont obtenu beaucoup de soulagement, grâce à la salutaire administration du préfet Anatolius. Ainsi, dans un État, le bien et le mal peuvent changer de nature par le caractère de ceux qui gouvernent. Juste, clément, le plus patient des hommes, et surtout le plus fidèle des amis, Trajan, par affection pour Sura, lui consacra l'édifice qui porte ce nom. Il comptait si bien sur sa propre vertu, que chaque fois qu'il remettait, selon l'usage, à Saburanus, préfet du prétoire, un poignard, comme l'attribut distinctif de ses hautes fonctions, il lui disait en forme d'avertissement : « Je te confie cette arme pour me défendre, si je fais bien ; pour la tourner plutôt contre moi-même, si je fais mal. » Car celui qui gouverne les autres a moins que personne le droit de se tromper. Tourmenté, comme Nerva, de la passion du vin, il en avait atténué les effets par sa prudence et par la défense expresse d'exécuter les ordres qu'il aurait pu donner après un trop long repas. Ce fut avec de telles vertus qu'il gouverna l'empire pendant près de vingt années. À l'époque où un violent tremblement de terre s'était fait sentir à Antioche et jusqu'aux extrémités de la Syrie, Trajan qui, sur la demande du sénat, était parti pour recommencer la guerre d'Orient, mourut de maladie dans un âge avancé, après avoir préalablement associé à l'empire Adrien, son compatriote et son parent. C'est du règne d'Adrien que date la séparation des titres de césars et d'auguste, et l'usage de laisser deux ou plusieurs princes exercer dans la république la souveraine puissance, avec un titre différent et un pouvoir inégal. D'autres auteurs pensent toutefois qu'Adrien dut son élévation au crédit de Plotine, femme de Trajan, qui supposa que ce prince avait par testament institué son cousin pour héritier de l'empire.
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